{"id":862,"date":"2024-06-02T17:09:04","date_gmt":"2024-06-02T15:09:04","guid":{"rendered":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/?p=862"},"modified":"2024-06-02T17:09:26","modified_gmt":"2024-06-02T15:09:26","slug":"862","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/2024\/06\/02\/862\/","title":{"rendered":"Derni\u00e8re lettre"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-beige-background-color has-background has-small-font-size\"><em>Lettre de Jean-Baptiste Goursaud, seigneur de Merlis (Rochechouart, le 15 janvier 1745 \u2013 Paris le 18 mars 1794), \u00e0 son \u00e9pouse Marie Radegonde Moreau de Villejalet, quelques heures avant de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.<\/em><br><em>Abb\u00e9 Dul\u00e9ry, <\/em>Rochechouart: histoire, l\u00e9gendes, arch\u00e9ologie<em>, Limoges 1855<\/em><br><br>Jean-Baptiste Gourdaud \u00e9tait le fr\u00e8re de mon arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-m\u00e8re Jeanne Goursaud de la Jousselenie (\u20201779)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><em> <\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-text-align-right  paragrapheAlinea\">27 vent\u00f4se onze h. du soir, l\u2019an II de la r\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">Voici bient\u00f4t le moment o\u00f9 mon sort sera d\u00e9cid\u00e9\u202f&nbsp;; demain est le jour de notre jugement. Si j\u2019en crois ma conscience et m\u00eame les apparences il ne doit pas \u00eatre sinistre. Cependant en pareille circonstance on ne peut assurer le r\u00e9sultat. Quel qu\u2019il puisse \u00eatre, je serais en \u00e9tat d\u2019en raisonner froidement si c\u2019\u00e9tait avec tout autre qu\u2019avec mon amie. Mes trop fr\u00e9quents retours vers elle ou mes enfants diminueraient de mon sang froid, mais ne l\u2019an\u00e9antiraient pas. Tout sera d\u00e9cid\u00e9 lorsque tu recevras cette lettre. Si c\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re&#8230; je te plaindrais bien plus que moi&#8230; Et mes enfants, mes chers enfants&nbsp;! Dans tout autre temps si, c\u00e9dant \u00e0 une maladie, il fallait nous s\u00e9parer, tu aurais au moins la perspective de trouver des secours, des sentiments&nbsp;; actuellement tous fuiraient les malheureux, tous s\u2019isoleraient de toi. Que ferais tu&nbsp;? que pourrais-tu faire au travers des suites de cet \u00e9v\u00e9nement&nbsp;? Oh&nbsp;! pour le coup, ce serait alors que la plus forte comme la plus difficile preuve que tu puisses me donner de ton attachement, ce serait de prendre le dessus avec force, de sentir que tu restes seule avec des \u00eatres perdus sur la surface de la r\u00e9publique. Si je venais \u00e0 leur manquer&nbsp;! ce serait alors qu\u2019 il faudrait m\u2019oublier, si je puis m\u2019exprimer ainsi, pour songer \u00e0 ces malheureux enfants, pourvoir \u00e0 leur \u00e9ducation, et \u00e0 leur conserver une bien faible subsistance. Apr\u00e8s avoir v\u00e9cu pour moi, il faudrait vivre pour eux, et rendre \u00e0 ma m\u00e9moire le seul souvenir auquel elle puisse \u00eatre sensible&#8230; Mais j\u2019ai bien tort de te sugg\u00e9rer ce que tu devrais faire alors&nbsp;; ton attachement pour eux ne m\u2019est-il pas connu et ne dois-je pas m\u2019en rapporter \u00e0 tout ce que t\u2019inspire ce sentiment. Je me laisse entra\u00eener \u00e0 une id\u00e9e qui vous identifie tous ensemble, et n\u2019ai pas pens\u00e9 que mes exhortations ne sont pas n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">Dis \u00e0 cet a\u00een\u00e9 que j\u2019aimai, que j\u2019aime toujours, combien il a besoin d\u2019 acqu\u00e9rir, combien il lui manque de connaissances, et qu\u2019il sache qu\u2019il ne pourra jamais mieux honorer ma m\u00e9moire qu&rsquo;en respectant sa m\u00e8re, qu&rsquo;en lui \u00e9tant toujours soumis \u2014 Dis \u00e0 Adrien que ses dispositions lui imposent de plus grandes obligations qu&rsquo;aux autres&nbsp;; qu&rsquo;il aura plus que jamais besoin d\u2019en tirer parti&nbsp;; qu&rsquo;il te le doit, qu&rsquo;il le doit \u00e0 lui-m\u00eame, qu&rsquo;il le doit \u00e0 son p\u00e8re qui l\u2019a toujours ch\u00e9ri \u2014 Dis \u00e0 Charles que l\u2019annonce de ses succ\u00e8s me pr\u00e9sage que s\u2019il veut il te donnera autant de satisfaction que les autres que je l\u2019y exhorte, l\u2019embrasse et l\u2019aime bien tendrement \u2014 Quant \u00e0 mes deux a\u00een\u00e9es dont les caract\u00e8res quoique constants me faisaient un \u00e9gal plaisir, dis-leur, mais tu n\u2019as pas besoin de le leur dire, que c\u2019est \u00e0 elles principalement, puisqu&rsquo;elles sont plus souvent avec toi, que je m\u2019adresse pour te pr\u00e9venir en tout, te secourir, et ne se conduire jamais que d\u2019apr\u00e8s tes conseils et tes instructions&nbsp;; leurs exemples, leurs avis, y porteront les deux plus jeunes, et si mes d\u00e9sirs \u00e0 cet \u00e9gard succ\u00e8dent suivant mes esp\u00e9rances, tu seras au moins heureuse m\u00e8re&nbsp;!&#8230; Embrasse-les pour moi, ou du moins qu&rsquo;elles t\u2019embrassent chaque jour pour leur p\u00e8re. Si les uns savent combien je les ch\u00e9ris les autres sauront un jour qu&rsquo;elles ne m\u2019\u00e9taient pas moins ch\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">Dis \u00e0 ma s\u0153ur que si les circonstances ne m\u2019ont pas mis \u00e0 m\u00eame de la voir longtemps, cela ajoute \u00e0 mes autres privations. Elle s\u2019affligera avec toi, je le sens, et ne pourra de longtemps jeter dans ton c\u0153ur le baume de la consolation. Je vous plains l\u2019une et l\u2019autre en proportion de mon affection&nbsp;; juge donc jusqu&rsquo;\u00e0 quel degr\u00e9&nbsp;! Dis \u00e0 mon oncle, et \u00e0 sa maison \u00e0 chacun en d\u00e9tail, ce que mon c\u0153ur dicte pour chacun&nbsp;; ils le sentiront mieux que tu ne pourrais l exprimer et que je ne pourrais le rendre moi m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">Dis \u00e0 tous mes amis que je ne fus jamais indigne des sentiments qu&rsquo;ils m\u2019accord\u00e8rent&nbsp;; qu&rsquo;ils me le devaient \u00e0 titre de retour, et que jamais je ne ressentis plus vivement la peine qu&rsquo;en songeant \u00e0 celle qu&rsquo;ils ont \u00e9prouv\u00e9e et qu&rsquo;ils \u00e9prouvent \u00e0 mon sujet. \u2014 Dis \u00e0 Marguy, \u00e0 Fran\u00e7oise et Jean, que jamais le souvenir de leurs bons services ne s\u2019effacera de mon \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">N\u2019oublie pas surtout ces pauvres malheureux qui m\u2019ont si souvent souhait\u00e9 la prosp\u00e9rit\u00e9&nbsp;; c\u2019est s\u00fbrement \u00e0 leurs pri\u00e8res que je dois le calme parfait dans lequel je suis et serai jusqu&rsquo;\u00e0 la fin&nbsp;; Dis-leur que si dans d\u2019autres temps je me trouvais heureux de pouvoir venir \u00e0 leur secours, la plus grande privation que j\u2019aie \u00e9prouv\u00e9e lors du revers, a \u00e9t\u00e9 de ne pouvoir me livrer aux sentiments de mon c\u0153ur pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">N\u2019oublie pas mes m\u00e9tayers&nbsp;; dis-leur que s\u2019ils me trouv\u00e8rent bon ma\u00eetre je leur \u00e9tais et leur suis tendrement attach\u00e9 par d\u2019autres sentiments que ceux d\u2019ordinaire, les croyant de bien honn\u00eates gens. Dis-en un mot \u00e0 tous ceux qui prennent quelque int\u00e9r\u00eat \u00e0 mon sort, que j\u2019avais des droits \u00e0 ces sentiments de leur part, attendu la vive sensibilit\u00e9 que m\u2019ont toujours fait les malheurs d\u2019autrui\u2026 Enfin recommande \u00e0 mes enfants que, comme j\u2019ai oubli\u00e9 et pardonn\u00e9 depuis longtemps les traverses qu&rsquo;on a pu me faire \u00e9prouver, je demande et j\u2019exige qu&rsquo;ils n\u2019en aient non plus que moi aucun souvenir. Au surplus, les causes de mon arrestation et de mon jugement n\u2019y ont aucun trait&nbsp;; mon d\u00e9fenseur \u00e0 mon d\u00e9faut en donnera par la suite les d\u00e9tails.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"paragrapheAlinea\">Voil\u00e0 bien des commissions et bien des choses, ma ch\u00e8re amie&nbsp;; tu ne seras pas en \u00e9tat peut \u00eatre d\u2019y faire attention de longtemps&nbsp;; mais apr\u00e8s un certain terme tu retrouveras avec un plaisir r\u00e9el, quoique m\u00eal\u00e9 de douleur, les sentiments qui m\u2019ont anim\u00e9, et qui m animent encore. Mon \u00e2me se peint avec plaisir \u00e0 tes yeux, quoique tu la connaisses mieux que personne, et je ne finirais pas si je me livrais \u00e0 mon penchant. Je te quitte pour travailler \u00e0 ma d\u00e9fense&nbsp;; tu me le pardonneras&#8230; Adieu donc&nbsp;! Adieu&nbsp;! Puiss\u00e9-je te le dire encore une fois, \u00f4 la plus accomplie des femmes, comme la plus ch\u00e9rie de ton trop affectionn\u00e9<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Merlis<\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre de Jean-Baptiste Goursaud, seigneur de Merlis (Rochechouart, le 15 janvier 1745 \u2013 Paris le 18 mars 1794), \u00e0 son \u00e9pouse Marie Radegonde Moreau de Villejalet, quelques heures avant de monter \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud.Abb\u00e9 Dul\u00e9ry, Rochechouart: histoire, l\u00e9gendes, arch\u00e9ologie, Limoges 1855 Jean-Baptiste Gourdaud \u00e9tait le fr\u00e8re de mon arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-arri\u00e8re-grand-m\u00e8re Jeanne Goursaud de la Jousselenie (\u20201779) 27 &hellip; <a href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/2024\/06\/02\/862\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Derni\u00e8re lettre<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-862","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/862","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=862"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/862\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":876,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/862\/revisions\/876"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=862"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=862"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/legendefamiliale\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=862"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}