{"id":456,"date":"2008-07-26T01:15:40","date_gmt":"2008-07-26T00:15:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=456"},"modified":"2024-01-22T23:47:10","modified_gmt":"2024-01-22T22:47:10","slug":"rollerball","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=456","title":{"rendered":"Rollerball"},"content":{"rendered":"\n<p><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" style=\"float: right;\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_affiche.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"251\">Quand j&rsquo;\u00e9tais, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire, le film <em>Rollerball <\/em>(1975) appartenait \u00e0 la mythologie de la cour de r\u00e9cr\u00e9. Les uns se vantaient de l&rsquo;avoir vu (apr\u00e8s minuit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, mentaient-ils \u2014 il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;\u00e9missions \u00e0 ces heures-l\u00e0, et encore moins de films r\u00e9cents), d&rsquo;autres racontaient que c&rsquo;\u00e9tait leur grand-fr\u00e8re ou leur grand cousin qui l&rsquo;avait vu, beaucoup avaient en tout cas des d\u00e9tails sanglants \u00e0 raconter. Le Rollerball \u00e9tait, d&rsquo;apr\u00e8s certains, un jeu qui existait vraiment. Pour d&rsquo;autres ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un film mais ils savaient de source sure qu&rsquo;il y avait eu des morts v\u00e9ritables pendant le tournage. En tout cas, il s&rsquo;y passait toutes sortes de choses affreuses, il y avait des lames de rasoir ou des pointes m\u00e9taliques sur les patins \u00e0 roulettes, des t\u00eates explosaient, des motos explosaient, il y avait du sang partout.<br>Bien entendu, je n&rsquo;ai pas vu le film \u00e0 sa sortie (je devais avoir sept ou huit ans), ni quand il est devenu une l\u00e9gende urbaine parmi les \u00e9coliers (encore un ou deux ans plus tard).<br>Je n&rsquo;ai m\u00eame pas vu le remake du film, r\u00e9alis\u00e9 par John McTiernan (<em>Predator<\/em>, <em>Die Hard<\/em>, et <em>Last Action Hero<\/em>), sorti il y a cinq ans et dans lequel jouaient l&rsquo;acteur fran\u00e7ais Jean Reno et le rappeur L.L. Cool Jay.<br>J&rsquo;aurai finalement attendu trente ans pour voir <em>Rollerball<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_1.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9alisateur, Norman Jewison, est l&rsquo;auteur de classiques tels que <em>Le Kid de Cincinnati<\/em>, <em>Un violon sur le toit<\/em>, <em>Dans la chaleur de la nuit<\/em> ou encore <em>L&rsquo;Affaire Thomas Crown<\/em>. Bien qu&rsquo;il ait obtenu un succ\u00e8s public ou critique \u00e0 de nombreuses reprises (<em>Moonstruck, The russians are coming, Jesus Christ Superstar<\/em>, <em>A Soldier&rsquo;s story<\/em>, etc.), son \u0153uvre me semble loin d&rsquo;\u00eatre typique du cin\u00e9ma hollywoodien.<\/p>\n\n\n\n<p>Rollerball, qui est une production britannique, tourn\u00e9 en grande partie en Allemagne, s&rsquo;inscrit bien dans la veine de la science-fiction de la d\u00e9c\u00e9nie qui pr\u00e9c\u00e8de la sortie du film <em>Star Wars<\/em>.<br>Cette science-fiction, qui correspond \u00e0 une p\u00e9riode mondiale de doutes et d&rsquo;espoirs d\u00e9\u00e7us, est parano\u00efaque, d\u00e9sabus\u00e9e, souvent morne : <em>Silent Running<\/em>, <em>Logan&rsquo;s Run<\/em>, <em>Soylent Green<\/em>,&nbsp;<em>Z.P.G.<\/em>,&nbsp;<em>Zardoz<\/em>,&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=226\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Fahrenheit 451<\/em><\/a>, <em>Planet of the apes<\/em>, <em>The Omega man<\/em>, <em><a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=20\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Colossus: The Forbin Project<\/a>, THX 1138<\/em>, <em>Slaughterhouse five<\/em>, <em>A boy and his dog<\/em>, <em>Solaris<\/em>&#8230; Car au del\u00e0 de l&rsquo;\u00ab ultra-violence \u00bb du film (nous y reviendrons), le sc\u00e9nario nous pr\u00e9sente une soci\u00e9t\u00e9 future d&rsquo;autant plus angoissante qu&rsquo;elle semble ne poser de probl\u00e8me \u00e0 personne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_2.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 humaine du temps futur de <em>Rollerball<\/em>, dont l&rsquo;action se situe en 2018,&nbsp;est unifi\u00e9e. Plus de nations, plus de patries, plus de guerres, plus de famines. La plan\u00e8te est dirig\u00e9 de mani\u00e8re douce mais ferme par les cadres de \u00ab corporations \u00bb : \u00e9nergie, nourriture, industrie. Apr\u00e8s des guerres terribles mais dont plus personne n&rsquo;a la m\u00e9moire, la population mondiale a accept\u00e9 de remettre son destin entre les mains d&rsquo;un groupe r\u00e9duit de conseils d&rsquo;administration. Personne ne sait vraiment qui prend les d\u00e9cisions, ni pourquoi, mais la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et le confort semblent primer au point que plus personne ne revendique la libert\u00e9, et \u00e0 ceux qui le feraient, on rappelle le march\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 conclu : <em>\u00ab Corporate society takes care of everything. And all it asks of anyone, all it&rsquo;s ever asked of anyone ever, is not to interfere with management decisions \u00bb<\/em>.<br>Le Rollerball, sport absurde et meurtrier, a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 pour contenter la soif de sang et de divertissement du public tout en d\u00e9montrant la vanit\u00e9 de tout effort individuel. Seulement cela ne fonctionne pas totalement, car un h\u00e9ros populaire est n\u00e9, Jonathan E. (James Caan), capitaine de l&rsquo;\u00e9quipe de rollerball de Houston.<br>Il faut alors \u00e9vincer Jonathan. On lui demande tout d&rsquo;abord de prendre sa retraite \u2014 cela fait dix ans qu&rsquo;il joue, un record \u2014, en \u00e9change d&rsquo;une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e0 sa gloire. Mais il r\u00e9siste et commence \u00e0 se poser des questions sur ceux qui ma\u00eetrisent son destin et sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de ces derniers. L&rsquo;\u00e9mission est tout de m\u00eame diffus\u00e9e, sans l&rsquo;annonce r\u00e9clam\u00e9e, augmentant la popularit\u00e9 du Jonathan qui compte bien aller jusqu&rsquo;au bout le championnat mondial de rollerball. Les r\u00e8gles de ce sport sont souvent modifi\u00e9es, et les deux derniers matchs disput\u00e9s par Jonathan E. se r\u00e9v\u00e9leront les plus violents, la finale est m\u00eame annonc\u00e9e \u00ab sans limite de dur\u00e9e \u00bb : le jeu continue tant qu&rsquo;il restera des adversaires debout.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_4.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le jeu<\/h4>\n\n\n\n<p>Le sport lui-m\u00eame est un curieux m\u00e9lange de jeux du cirque romain (course autour d&rsquo;une piste circulaire o\u00f9 presque tous les coups sont permis), de flipper (une lourde bille m\u00e9tallique est lanc\u00e9e \u00e0 une grande vitesse sur la piste), de football am\u00e9ricain et de hockey sur glace. Les joueurs sont mont\u00e9s sur patins \u00e0 roulettes ou sont \u00e0 moto, les deux-roues servant \u00e0 donner de la vitesse aux joueurs en rollers. Les r\u00e8gles du jeu ont \u00e9t\u00e9 invent\u00e9es au fur et \u00e0 mesure du tournage et sont relativement incompr\u00e9hensibles mais le principe fondamental est que deux \u00e9quipes doivent se saisir de la balle m\u00e9tallique projet\u00e9e sur la piste afin d&rsquo;aller marquer le but adverse.<br>Les images sont violentes, mais elles l&rsquo;\u00e9taient sans doute beaucoup plus en 1975 qu&rsquo;elles ne le sont \u00e0 pr\u00e9sent. Dire que la violence \u00e0 l&rsquo;image s&rsquo;est banalis\u00e9e, notamment au cours des ann\u00e9es 1980, n&rsquo;est sans doute pas un clich\u00e9. Rollerball ne semble pas beaucoup plus \u00ab gore \u00bb qu&rsquo;un match de hockey sur glace (Jewison, qui est canadien, s&rsquo;est inspir\u00e9 de la brutalit\u00e9 de ce sport) et il l&rsquo;est bien moins que des films plut\u00f4t grand public tels que <em>Die Hard<\/em>. Mais au contraire de nos actuels films d&rsquo;action, dans Rollerball, la violence est douloureuse, les coups portent, les joueurs meurent ou peuvent terminer leur existence dans le coma. Aujourd&rsquo;hui, la violence \u00e0 l&rsquo;image est virtualis\u00e9e, sans incidence v\u00e9ritable, le h\u00e9ros survit aux blessures et le m\u00e9chant est tellement coriace qu&rsquo;on est immanquablement soulag\u00e9 de le voir enfin pulv\u00e9ris\u00e9 \u00e0 la fin du film.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_3.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>En dehors des sc\u00e8nes de matchs, qui sont tr\u00e8s bien film\u00e9es (on trouverait le temps long, sinon, car elles constituent une tr\u00e8s grande part du film), <em>Rollerball <\/em>pr\u00e9sente une soci\u00e9t\u00e9 un peu molle, o\u00f9 personne ne veut se poser de questions, o\u00f9 l&rsquo;on se bourre de pilules diverses et o\u00f9 les femmes ont des r\u00f4les de courtisanes. Le h\u00e9ros doit s&rsquo;estimer heureux de son confort et ne doit pas r\u00e9clamer \u00e0 revoir l&rsquo;ancienne \u00e9pouse qui lui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e parce qu&rsquo;un cadre important voulait d&rsquo;elle.<br>En dehors de la r\u00e9f\u00e9rence presque grossi\u00e8re au <em>Panem et circences<\/em> romain, de nombreuses allusions (un peu superficielles) sont faites au d\u00e9clin de l&#8217;empire romain. Orgies, abandon de la citoyennet\u00e9, outrances diverses. <em>Moonpie<\/em>, l&rsquo;autre forte personnalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9quipe de Houston, symbolise tout ceci, jouisseur, il refuse de se poser la moindre question.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs sc\u00e8nes sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressantes dans le film, notamment une s\u00e9quence muette pendant laquelle l&rsquo;\u00e9lite, sportifs et cadres r\u00e9unis, regarde l&rsquo;\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision dans une immobilit\u00e9 presque totale qui semble faire sciemment \u00e9cho \u00e0 <em>L&rsquo;Ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad<\/em>, de Resnais, suivi par une sc\u00e8ne qui rappelle furieusement la <em>Dolce Vita<\/em> de Fellini : \u00e0 la fin de la f\u00eate, une farandole d&rsquo;invit\u00e9s, tous issus de la tr\u00e8s haute soci\u00e9t\u00e9 (cadres ou sportifs) progresse dans les jardins, ivres ou sous l&rsquo;influence de substances diverses, et effectue des actions inutiles et cruelles. Avec une arme particuli\u00e8rement puissante (mais de la forme et de la taille d&rsquo;un simple pistolet), ils s&rsquo;amusent \u00e0 mettre en joue de grands et vieux arbres, puis \u00e0 tirer. Les arbres s&rsquo;enflamment en quelques secondes.<br>Or l&rsquo;arbre, c&rsquo;est la m\u00e9moire, c&rsquo;est la continuit\u00e9, c&rsquo;est l&rsquo;histoire. Dans la soci\u00e9t\u00e9 de <em>Rollerball<\/em>, o\u00f9 la violence est un spectacle et o\u00f9 le confort est la seule valeur, la m\u00e9moire n&rsquo;existe plus.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_5.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La m\u00e9moire<\/h4>\n\n\n\n<p>Lorsque Jonathan fait appel aux souvenirs de son entraineur, un homme plut\u00f4t \u00e2g\u00e9 qui a v\u00e9cu avant la guerre des corporations, ce dernier est assez \u00e9vasif. Il ne se rappelle plus de grand chose. Le h\u00e9ros du film est tout de m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 comprendre un peu mieux la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit (parce qu&rsquo;il ne se r\u00e9signe pas \u00e0 abandonner son sport) et il tente de consulter des livres, mais il apprend que ce genre de chose n&rsquo;existe plus r\u00e9ellement, que les biblioth\u00e8ques n&rsquo;en sont plus, que les informations sont difficiles d&rsquo;acc\u00e8s. Tout se trouve dans des ordinateurs, et m\u00eame, finalement, dans un seul et unique ordinateur baptis\u00e9 <em>Z\u00e9ro<\/em>, et situ\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve. Peu avant la finale du match, Jonathan se rend donc \u00e0 Gen\u00e8ve pour interroger l&rsquo;ordinateur <em>Z\u00e9ro<\/em>. Il apprend que ce dernier vient tout juste de perdre le XIIIe si\u00e8cle, c&rsquo;est \u00e0 dire que tout ce qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit au XIIIe si\u00e8cle a tout bonnement disparu du patrimoine humain, du fait d&rsquo;un probl\u00e8me technique.<br>En dehors de ce si\u00e8cle \u00e9gar\u00e9, Zero poss\u00e8de toute la m\u00e9moire du monde, son cerveau fluide sait absolument tout sur tout. Mais lorsqu&rsquo;on l&rsquo;interroge, il refuse de fournir les r\u00e9ponses, se montre capricieux et peu loquace. Il est aussi d\u00e9pressif que la soci\u00e9t\u00e9 qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9.<br>Jonathan interroge le gardien de Zero : qui vient le consulter ? Les cadres de la corporation ? <em>\u00ab Un peu&#8230; Autrefois&#8230; \u00bb<\/em>. M\u00eame les dirigeants du monde sont devenus indiff\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;histoire. \u00c0 tel point qu&rsquo;elle n&rsquo;est m\u00eame pas un secret, personne n&#8217;emp\u00eache Jonathan d&rsquo;aller consulter <em>Zero<\/em>, si ce n&rsquo;est <em>Z\u00e9ro <\/em>lui-m\u00eame, devenu confus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e8me de l&rsquo;amn\u00e9sie ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l&rsquo;histoire collective. Profitant de la peur qu&rsquo;inspire sa popularit\u00e9, Johathan exige de revoir son \u00e9pouse, \u00e9cart\u00e9e au profit de ma\u00eetresses missionn\u00e9es par la corporation pour lui tenir compagnie quelques mois avant d&rsquo;\u00eatre remplac\u00e9es. Cette femme, partie vivre avec un cadre \u00e0 Rome, est le plus grand grand regret de Jonhatan. Lorsqu&rsquo;elle revient, c&rsquo;est avant tout pour convaincre son ancien mari d&rsquo;ob\u00e9ir, d&rsquo;abandonner le rollerball.<br>D\u00e9\u00e7u par ces retrouvailles, Jonathan d\u00e9cide d&rsquo;effacer les cassettes sur lesquelles il a enregistr\u00e9 ses souvenirs d&rsquo;elle, et il fait cela devant elle, lui signifiant qu&rsquo;elle n&rsquo;existe plus pour lui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_6.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce monde dans lequel la libert\u00e9 a \u00e9t\u00e9 troqu\u00e9e contre le confort, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9tat a disparu au profits d&rsquo;\u00e9normes soci\u00e9t\u00e9s, o\u00f9 le pouvoir et la m\u00e9moire sont confi\u00e9s \u00e0 des instances d\u00e9fectueuse (conseil d&rsquo;administration aux d\u00e9cisions opaques, ordinateur inintelligible) mais qui ont r\u00e9ussi \u00e0 un moment donn\u00e9 \u00e0 ce qu&rsquo;on pense qu&rsquo;elles \u00e9taient comp\u00e9tentes, c&rsquo;est bien entendu un peu le n\u00f4tre et \u00e7a l&rsquo;est m\u00eame sans doute bien plus en 2008 que \u00e7a ne l&rsquo;\u00e9tait en 1975.<br>Je pense que le contre-pouvoir, le contre poison \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 du flux, de l&rsquo;oubli et de l&rsquo;abandon de la libert\u00e9 individuelle (libert\u00e9 individuelle qu&rsquo;il ne faut pas confondre avec l&rsquo;\u00e9go\u00efsme) existe aussi, et m\u00eame, qu&rsquo;il existe plus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il y a trente ans.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Design<\/h4>\n\n\n\n<p>Visuellement, <em>Rollerball <\/em>est un film int\u00e9ressant, comme le sont souvent les films de science-fiction des ann\u00e9es 1970. Ce n&rsquo;est pas seulement un film \u00ab <a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=240\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Cyber-pop<\/a> \u00bb au mobilier en plastique orange et \u00e0 l&rsquo;architecture futuriste, c&rsquo;est aussi un film qui d\u00e9crit un monde o\u00f9 il n&rsquo;existe plus qu&rsquo;une seule et unique typographie (en dehors des \u00e9critures japonaises). Maillots des sportifs, signal\u00e9tique, cette lettre curieuse se trouve partout.<br>Cette typo est apparemment d\u00e9riv\u00e9e de <a href=\"http:\/\/www.linotype.com\/fr\/43336\/countdown-famille.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Countdown<\/em><\/a> (1965), du graphiste <a href=\"http:\/\/www.linotype.com\/fr\/674\/colinbrignall.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Colin Brignall<\/a>, chez Letraset.<br>Ce n&rsquo;est pas la typo choisie pour l&rsquo;affiche qui quand \u00e0 elle rappelle les <a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=210\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">typos cybern\u00e9tiques<\/a> mais aussi le logo du groupe de hard-rock allemand <em>Scorpions<\/em>. Le fondeur Larabie Fonts a \u00e9dit\u00e9 en 1999 une typographie semblable baptis\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.myfonts.com\/search?search[text]=Lady+Starlight\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Lady Starlight<\/em><\/a>, du nom du titre d&rsquo;une chanson du groupe Scorpion. J&rsquo;ignore d&rsquo;o\u00f9 sort la forme des lettres employ\u00e9e, en tout cas <em>Rollerball <\/em>est sorti la m\u00eame ann\u00e9e que l&rsquo;album <em>In Trance<\/em> pour lequel le groupe Scorpion l&rsquo;a employ\u00e9 pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/rollerball_scorpions.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Si on m&rsquo;avait dit un jour que je reproduirais une pochette du groupe Scorpions sur mon site, je n&rsquo;y aurais pas cru. La bande originale du film n&rsquo;est pas compos\u00e9e par Scorpions et contient principalement de la musique classique, notamment du Jean-S\u00e9bastien Bach, jou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;orgue, au tout d\u00e9but du film et \u00e0 sa conclusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les objets futuristes int\u00e9ressants, on notera que la t\u00e9l\u00e9vision devient \u00ab\u00a0multivision\u00a0\u00bb, toute diffusion est constitu\u00e9e en fait de quatre images, une tr\u00e8s grande et trois petites, qui montrent chacune un plan diff\u00e9rent, mais qui ne sont pas n\u00e9c\u00e9ssairement synchronis\u00e9es. Dans L&rsquo;Affaire Thomas Crown, le m\u00eame r\u00e9alisateur Norman Jewison faisait une utilisation tout \u00e0 fait int\u00e9ressante du split screen.<br>L&rsquo;ordinateur caract\u00e9riel <em>Z\u00e9ro <\/em>ressemble quand \u00e0 lui furieusement \u00e0 une \u0153uvre d&rsquo;art cin\u00e9tique \u2014 ou, plus modestement, \u00e0 un objet d\u00e9coratif pop.<br>Toujours dans le registre de l&rsquo;art cin\u00e9tique, le plus haut personnage du film, Bartholomew, a install\u00e9 son fauteuil dans un endroit, dit-il, propre \u00e0 la m\u00e9ditation, entourr\u00e9 de lames de verre coupantes pendues au plafond (on pense un peu aux <em>p\u00e9n\u00e9trables <\/em>de Jesus Rafael Soto).<br>Enfin, les \u00e9l\u00e9ments architecturaux sont presque exclusivement circulaires.<br>Ce futurisme seventies tranche radicalement avec le lieu ou Jonathan vit, son ranch, confortablement agenc\u00e9 et situ\u00e9 en pleine nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Je serais curieux de voir ce que donne le remake de ce film<sup><a href=\"#footnote_1_456\" id=\"identifier_1_456\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Mise &agrave; jour : j&rsquo;ai fini par voir le Rollerball de 2002, film qui a envoy&eacute; son r&eacute;alisateur John McTiernan en prison, puisqu&rsquo;il avait espionn&eacute; ses producteurs, apparemment par int&eacute;grit&eacute; artistique puisqu&rsquo;il craignait que la charge politique du film d&rsquo;origine ne soit &eacute;vacu&eacute;e de son remake. Cette rocambolesque motivation est curieusement cr&eacute;dible, et les craintes de l&rsquo;auteur de Predator et Pi&egrave;ge de cristal se sont av&eacute;r&eacute;es fond&eacute;es, le film est mauvais et n&rsquo;a plus rien de ce qui faisait l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t du film d&rsquo;origine. Ce n&rsquo;est bien s&ucirc;r qu&rsquo;un exemple parmi bien d&rsquo;autres de remakes dont l&rsquo;effet est de trahir les intentions politiques de l&rsquo;original, j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; &eacute;baucher un traitement de ce sujet avec l&rsquo;article De la trahison.\">1<\/a><\/sup>. Il a une r\u00e9putation \u00e9pouvantable et il semble que ce qui fait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du <em>Rollerball <\/em>de 1975, \u00e0 savoir sa r\u00e9flexion politique, ait compl\u00e8tement disparu dans le <em>Rollerball <\/em>de 2002. L&rsquo;original est en tout cas bien film\u00e9, bien pens\u00e9, et il a m\u00eame la vertu \u00e0 mon sens cardinale de ne pas faire que penser, de contenir sa part d&rsquo;instinct, d&rsquo;intuition, et m\u00eame de morale trouble : le h\u00e9ros est victorieux, mais qu&rsquo;a-t-il gagn\u00e9 au juste ?<br>Le r\u00f4le principal est parfaitement interpr\u00e9t\u00e9 par le trop rare James Caan (<em>le Parrain<\/em>, <em>Alien Nation<\/em>), qui est un ancien professionnel du rod\u00e9o et qui est donc tout \u00e0 fait cr\u00e9dible dans les sc\u00e8nes d&rsquo;action. La plupart des autres acteurs ne sont pas ou peu connus (beaucoup sont d&rsquo;ailleurs des cascadeurs promus acteurs au g\u00e9n\u00e9rique), \u00e0 l&rsquo;exception de deux v\u00e9t\u00e9rans, John Houseman, co-fondateur avec Orson Welles du <em>Mercury Theatre<\/em>, et Ralph Richardson, une l\u00e9gende du cin\u00e9ma britannique, qui donne au film sa grande sc\u00e8ne d&rsquo;humour absurde, car il interpr\u00e8te le biblioth\u00e9caire qui est charg\u00e9 de veiller sur l&rsquo;ordinateur <em>Z\u00e9ro<\/em>.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_456\" class=\"footnote\">Mise \u00e0 jour : j&rsquo;ai fini par voir le Rollerball de 2002, film qui a envoy\u00e9 son r\u00e9alisateur John McTiernan en prison, puisqu&rsquo;il avait espionn\u00e9 ses producteurs, apparemment par int\u00e9grit\u00e9 artistique puisqu&rsquo;il craignait que la charge politique du film d&rsquo;origine ne soit \u00e9vacu\u00e9e de son remake. Cette rocambolesque motivation est curieusement cr\u00e9dible, et les craintes de l&rsquo;auteur de <em>Predator<\/em> et <em>Pi\u00e8ge de cristal<\/em> se sont av\u00e9r\u00e9es fond\u00e9es, le film est mauvais et n&rsquo;a plus rien de ce qui faisait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du film d&rsquo;origine. Ce n&rsquo;est bien s\u00fbr qu&rsquo;un exemple parmi bien d&rsquo;autres de remakes dont l&rsquo;effet est de trahir les intentions politiques de l&rsquo;original, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9baucher un traitement de ce sujet avec l&rsquo;article <a href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=11179\"><em>De la trahison<\/em><\/a>. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_456\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand j&rsquo;\u00e9tais, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire, le film Rollerball (1975) appartenait \u00e0 la mythologie de la cour de r\u00e9cr\u00e9. Les uns se vantaient de l&rsquo;avoir vu (apr\u00e8s minuit \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, mentaient-ils \u2014 il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;\u00e9missions \u00e0 ces heures-l\u00e0, et encore moins de films r\u00e9cents), d&rsquo;autres racontaient que c&rsquo;\u00e9tait leur grand-fr\u00e8re ou leur grand [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":37847,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,49],"tags":[],"class_list":["post-456","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ordinateur_cinema","category-vintage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/456","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=456"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/456\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":43608,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/456\/revisions\/43608"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/37847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=456"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=456"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=456"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}