{"id":4458,"date":"2009-02-27T20:14:00","date_gmt":"2009-02-27T19:14:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=4458"},"modified":"2009-02-27T20:14:00","modified_gmt":"2009-02-27T19:14:00","slug":"ignis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=4458","title":{"rendered":"Ignis"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2843623812?ie=UTF8&amp;tag=lederniblog-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2843623812\"><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" src=\"\/dernier\/files\/2009\/02\/ignis_couv.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"310\" align=\"right\" \/><\/a><em>Ignis<\/em>, est d&rsquo;abord paru anonymement en 1883 aux \u00e9ditions Berger-Levrault et Compagnie. Au troisi\u00e8me tirage, en 1884, l&rsquo;auteur revendique enfin son ouvrage en le signant d&rsquo;un nom qui ne nous renseigne pas beaucoup : comte Didier de Chousy. Qui fut Didier de Chousy ? On n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait s\u00fbr qu&rsquo;il ait effectivement exist\u00e9, m\u00eame si la Biblioth\u00e8que nationale lui attribue une date de naissance :\u00a01834.<\/p>\n<p>On conna\u00eet de lui deux lettres, l&rsquo;une adress\u00e9e \u00e0 Charles Cros et dat\u00e9e du\u00a025 juillet 1872, dans laquelle il sollicite une rencontre professionnelle<sup><a href=\"#footnote_1_4458\" id=\"identifier_1_4458\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"&nbsp;Charles Cros, Tristan Corbi&egrave;re &ndash; Oeuvres compl&egrave;tes, par Louis Forestier et Pierre-Olivier Walzer avec la collaboration de Francis F. Burch, coll. &laquo;&nbsp;Biblioth&egrave;que de la Pl&eacute;iade&nbsp;&raquo;, Gallimard, Paris, 1970&nbsp;\">1<\/a><\/sup> ; L&rsquo;autre, adress\u00e9e \u00e0 Villiers de l&rsquo;Isle Adam<sup><a href=\"#footnote_2_4458\" id=\"identifier_2_4458\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Correspondance&nbsp;g&eacute;n&eacute;rale, par&nbsp;Joseph Bollery,&nbsp;&eacute;d. Mercure de France, 1962, t.II, p.126\">2<\/a><\/sup>, dans laquelle l&rsquo;auteur d&rsquo;<em>Ignis<\/em> f\u00e9licite l&rsquo;auteur de\u00a0l&rsquo;<em>\u00c8ve Future<\/em>, autre roman de science-fiction, dont la parution sous forme de feuilleton a commenc\u00e9 en 1880 et qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sous forme de recueil en 1886.<br \/>\nDidier de Chousy semble avoir \u00e9t\u00e9 un ami de Charles Cros et aurait pour partie financ\u00e9 l&rsquo;\u00e9dition du <a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Le_Coffret_de_santal\" target=\"_blank\"><em>Coffret de Santal<\/em><\/a>, recueil dans lequel Cros d\u00e9die son po\u00e8me <a href=\"http:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Sultanerie\" target=\"_blank\"><em>Sultanerie<\/em><\/a> (1879) au comte de Chousy. Eu \u00e9gard au myst\u00e8re qui entoure l&rsquo;\u00e9crivain d&rsquo;<em>Ignis<\/em>, certains ont sugg\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il pouvait s&rsquo;agir d&rsquo;un pseudonyme pour Villiers de l&rsquo;Isle Adam. Comme\u00a0l&rsquo;\u00e9crit Fr\u00e9d\u00e9ric Jaccaud dans sa pr\u00e9face \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2843623812?ie=UTF8&amp;tag=lederniblog-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2843623812\">l&rsquo;\u00e9dition d&rsquo;<em>Ignis<\/em> parue l&rsquo;an dernier aux \u00e9ditions Terre de Brume<\/a>, la chose est improbable car les styles ne correspondent pas. L&rsquo;\u00e9criture de Didier de Chousy est aussi fluide et l\u00e9g\u00e8re que celle de Villiers est emphatique. Pour ma part, si je devais attribuer \u00e0 Didier de Chousy l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;un des \u00e9crivains auquel on peut le relier, j&rsquo;aurais plut\u00f4t choisi le po\u00e8te-savant Charles Cros avec qui Didier de Chousy partage un go\u00fbt pour les sciences et un grand talent pour les descriptions.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de la litt\u00e9rature de science-fiction est assez cruelle avec les auteurs du XIXe si\u00e8cle dont le nombre et le talent ne cesse de surprendre celui qui se penche sur le sujet. Car derri\u00e8re\u00a0\u00a0Jules Verne et\u00a0H.G. Wells (qui est autant un auteur du XXe si\u00e8cle qu&rsquo;un auteur du XIXe, d&rsquo;ailleurs, comme Rosny-Ain\u00e9, Gustave Le Rouge et Edgar Rice Burroughs), il reste \u00e0 red\u00e9couvrir des dizaines d&rsquo;\u0153uvres dont le talent, la fantaisie et les intuitions m\u00e9ritent une v\u00e9ritable attention : Albert Robida, Camille Flammarion,\u00a0Jean-Baptiste Cousin de Grainville,\u00a0Auguste Creuz\u00e9 de Lesser, Paulin et \u00c9lise Gagne,\u00a0Alain Le Drimeur,\u00a0Charlemagne Ischir Defontenay,\u00a0Richard Henry Horne,\u00a0Edward Page Mitchell, Hans Christian Andersen&#8230; On peut accuser les am\u00e9ricains d&rsquo;avoir constament fait de leur pays (et du XXe si\u00e8cle, qui fut leur si\u00e8cle) une sorte de pivot de l&rsquo;histoire de la science-fiction<sup><a href=\"#footnote_3_4458\" id=\"identifier_3_4458\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"le terme science-fiction, forg&eacute; par le luxembourgeois d&rsquo;origine&nbsp;Hugo Gernsback,&nbsp;est d&rsquo;ailleurs am&eacute;ricain et date des ann&eacute;es 1920, m&ecirc;me si un britannique d&eacute;nomm&eacute; William Wilson l&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; utilis&eacute; en 1851, cf. Colson R., Ruaud A.-F., Science-Fiction &ndash; les fronti&egrave;res de la modernit&eacute;, &eacute;d. Mnemos 2008\">3<\/a><\/sup>, mais l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 force \u00e0 constater que la plupart des auteurs \u00ab\u00a0pr\u00e9curseurs\u00a0\u00bb du genre, quelle que soit leur nationalit\u00e9, sont disponibles aux \u00c9tats-Unis mais bien peu chez nous. Il est par exemple impossible de se procurer les oeuvres d&rsquo;Albert Robida en Fran\u00e7ais tandis qu&rsquo;elles sont \u00e9dit\u00e9es et r\u00e9\u00e9dit\u00e9es aux \u00c9tats-Unis. C&rsquo;est pourquoi on peut saluer la cr\u00e9ation de la collection <em>Terra Incognita<\/em>, aux \u00e9ditions <a href=\"http:\/\/www.terredebrume.com\/\" target=\"_blank\">Terre de Brume<\/a>, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment destin\u00e9e \u00e0 exhumer un peu de ce riche patrimoine perdu de la science-fiction ou du fantastique, et o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 <em>Ignis<\/em>.<\/p>\n<h4>Premi\u00e8re partie<\/h4>\n<p>(attention, je raconte le livre)<br \/>\nDes ing\u00e9nieurs et des financiers britanniques se lancent dans un astucieux montage capitaliste destin\u00e9 \u00e0 exploiter la chaleur du \u00ab feu central \u00bb (le noyau terrestre) pour cr\u00e9er une ville prosp\u00e8re, <em>Industria City<\/em>. Afin que la d\u00e9monstration soit parfaite, la ville est fond\u00e9e au nord de l&rsquo;Irlande, pays d\u00e9crit comme <em>(&#8230;) une contr\u00e9e pauvre, inculte et incultivable (&#8230;) Un mauvais soleil, aux rayons tout frang\u00e9s de givre, \u00e9claire parfois ce pays le plus souvent plong\u00e9 dans un brouillard opaque, transsudant l&rsquo;hydropsie et la fi\u00e8vre, puant et fade comme si les esquimaux du Groenland d&rsquo;en face l&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 respir\u00e9<\/em><sup><a href=\"#footnote_4_4458\" id=\"identifier_4_4458\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Le comte de Chousy fait preuve d&rsquo;un racisme assez virulent tout au long du livre, mais cela n&rsquo;a rien de franchement &eacute;tonnant pour l&rsquo;&eacute;poque. On n&rsquo;aura en effet pas de mal &agrave; retrouver le m&ecirc;me genre de complexe de sup&eacute;riorit&eacute; ethnocentriste chez Jules Verne ou encore dans la politique de colonisation que menait Jules Ferry qui &eacute;tait mont&eacute; &agrave; la tribune de l&rsquo;assembl&eacute;e en 1885 pour justifier sa politique en Chine ou au Maghreb ainsi: il y a pour les races sup&eacute;rieures un droit, parce qu&rsquo;il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inf&eacute;rieures. Charmant! Le caract&egrave;re antis&eacute;mite des allusions aux magouilles suppos&eacute;es entre un &laquo;&nbsp;changeur Goldiove&nbsp;&raquo; et un &laquo;&nbsp;banquier Shyllokston&nbsp;&raquo; est moins &eacute;vident, car il s&rsquo;agit, dans le r&eacute;cit, de faits que le public imagine &agrave; tort\">4<\/a><\/sup> .<\/p>\n<p>La description de la fr\u00e9n\u00e9sie capitaliste qui entoure le projet d&rsquo;exploitation du feu central est assez savoureuse. On y voit le montage d&rsquo;une op\u00e9ration de relations publiques des plus habiles, comme le montre cet extrait au ton pince-sans-rire :<\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Munis de ces pouvoirs, les administrateurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s\u00a0se mirent \u00e0 l&rsquo;oeuvre, et s&rsquo;occup\u00e8rent d&rsquo;abord,\u00a0par les moyens convenables, de former la conviction\u00a0des journaux. Ceux-ci commenc\u00e8rent aussit\u00f4t a expliquer\u00a0l&rsquo;affaire simplement, sans emphase, sans\u00a0parti pris d&rsquo;optimisme, mais au contraire en l&rsquo;analysant\u00a0avec minutie, en la scrutant avec s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, en\u00a0l&rsquo;envisageant sous tant de faces et en la retournant\u00a0sur tant de bases, que ses cr\u00e9ateurs avaient parfois\u00a0peine a la reconna\u00eetre, et que les conclusions favorables, r\u00e9sultant d&rsquo;un examen si aust\u00e8re, \u00e9murent\u00a0profond\u00e9ment le public.\u00a0Les autres moyens de publicit\u00e9 ne furent pas davantage\u00a0n\u00e9gliges (&#8230;) La population se f\u00e2cha,\u00a0et un gentleman, mouchet\u00e9 comme un tigre par les\u00a0afficheurs, intenta un proc\u00e8s. Les administrateurs\u00a0s&rsquo;engag\u00e8rent avec plaisir dans cette voie de publicit\u00e9\u00a0judiciaire. Condamn\u00e9s par les premiers juges, ils\u00a0tra\u00een\u00e8rent leur adversaire devant toutes les cours,\u00a0pour finalement s&rsquo;entendre condamner \u00e0 10,500 fr.\u00a0de d\u00e9pens, somme bien inf\u00e9rieure au brui profitable\u00a0qu&rsquo;avait fait le proc\u00e8s.<\/p><\/blockquote>\n<p>Afin d&rsquo;amener les futurs actionnaires au paroxysme de l&rsquo;impatience, les responsables de l&rsquo;op\u00e9ration d\u00e9cident subitement de dispara\u00eetre de la circulation, \u00e0 l&rsquo;exception du g\u00e9ologue Penkenton. Des rumeurs de sp\u00e9culations et de magouilles secouent le public,\u00a0<em>chacun, \u00e0 tout hasard, portait sur soi son argent, se\u00a0tenait pr\u00eat \u00e0 souscrire, surveillait son voisin et le\u00a0soup\u00e7onnait d&rsquo;\u00eatre dans la confidence : population\u00a0d&rsquo;aspirants actionnaires, lanc\u00e9e \u00e0 la poursuite de son\u00a0si\u00e8ge social \u00e9vad\u00e9<\/em>. Le g\u00e9ologue Penkenton ne se montre pas tr\u00e8s coop\u00e9ratif :<\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Il est vrai que M. le g\u00e9ologue en chef, Samuel\u00a0Penkenton, n&rsquo;avait pas quitt\u00e9 Londres, et quelques\u00a0personnes s&rsquo;\u00e9taient hasard\u00e9es \u00e0 l&rsquo;interroger. Mais\u00a0M. Penkenton, prenant son air le plus fossile, et\u00a0sans para\u00eetre comprendre, avait r\u00e9pondu des choses\u00a0incoh\u00e9rentes, dans une langue morte avant le d\u00e9luge.\u00a0Or, pour peu que l&rsquo;on conn\u00fbt ce savant bizarre et\u00a0irascible, toujours arm\u00e9 de sa canne-massue, on ne\u00a0se risquait pas \u00e0 insister, lorsqu&rsquo;il lui d\u00e9plaisait de\u00a0r\u00e9pondre.<\/p><\/blockquote>\n<p>Une fois le projet lanc\u00e9 financi\u00e8rement, ses initiateurs s&rsquo;engagent donc dans les travaux de percement d&rsquo;un puits de plusieurs kilom\u00e8tres de haut qui leur permet d&rsquo;approcher du centre de la terre et de r\u00e9colter un peu de sa chaleur. La temp\u00e9rature devient rapidement insoutenable, et malgr\u00e9 divers am\u00e9nagements comme l&rsquo;importation de glace du Groenland, les ouvriers se rebellent. Il faut alors les remplacer par des africains acquis comme esclaves et que l&rsquo;on suppose plus adapt\u00e9s aux grandes chaleurs. Un beau jour, un morceau de glace est livr\u00e9 avec un ours polaire, ce qui rend fous les ouvriers, suivant un retournement de situation monty-pythonesque : l&rsquo;ours est empaill\u00e9 et contient des explosifs, son arriv\u00e9e signifie que les esclaves africains, qui sont en fait des saboteurs de l&rsquo;arm\u00e9e prussienne grim\u00e9s, ont achev\u00e9 leur travail et peuvent faire sauter le puits. L&rsquo;affaire se terminera sans trop de probl\u00e8mes (les prussiens se r\u00e9signent \u00e0 reprendre le travail) et le puits sera bel et bien achev\u00e9 apr\u00e8s douze ann\u00e9es de travaux.<br \/>\nAu cours des travaux, l&rsquo;entrepreneur et scientifique Lord Hotairwell, le professeur Penkenton et les ing\u00e9nieurs Hatchitt et Archbold explorent le fond de la terre dans des pages qui rappellent furieusement le <em>Voyage au centre de la terre<\/em> de Jules Verne ou la <em>Terre avant le d\u00e9luge<\/em>, de Louis Figuier<sup><a href=\"#footnote_5_4458\" id=\"identifier_5_4458\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pour l&rsquo;anecdote, Ignis sera repris sous forme de feuilleton illustr&eacute; en 1896 dans La Science Illustr&eacute;e, journal fond&eacute; par Louis Figuier. Les illustrations, sign&eacute;es par Eug&egrave;ne Damblans, ont &eacute;t&eacute; reproduites dans l&rsquo;&eacute;dition 2008.\">5<\/a><\/sup>. Enferm\u00e9s dans une poche de gaz carbonique, des arbres, des \u00eatres vivants (notamment un mamouth et un couple humain) ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s sans alt\u00e9ration pendant des mill\u00e9naires. Les visiteurs qui viennent troubler leur tranquilit\u00e9 les d\u00e9truisent en faisant entrer l&rsquo;oxyg\u00e8ne avec eux. La description de cette esp\u00e8ce de mus\u00e9e gr\u00e9vin pr\u00e9historique est assez belle, c&rsquo;est peut-\u00eatre l&rsquo;instant o\u00f9 l&rsquo;auteur se montre le plus po\u00e8te, sans pour autant perdre son sens de la dr\u00f4lerie.<br \/>\n\u00c0 cette occasion (et \u00e0 d&rsquo;autres) les scientifiques responsables du projet font la d\u00e9monstration de ce qu&rsquo;ils sont chercheurs avant tout. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ils trouvent sous terre qui les passionne et ils ne cessent de confronter leur hypoth\u00e8ses, pouvant m\u00eame aller jusqu&rsquo;\u00e0 envisager de d\u00e9truire la plan\u00e8te enti\u00e8re pour v\u00e9rifier quelle est la m\u00e9thode la plus appropri\u00e9e pour y parvenir.<br \/>\nLa premi\u00e8re partie du livre s&rsquo;ach\u00e8ve sur un banquet monstre dont les convives, d\u00e9bordants d&rsquo;enthousiasme, finissent par hurler : <em>God save the queen, Emperess of India, Sovereign of the infernal regions<\/em>.<\/p>\n<h4>Seconde partie<\/h4>\n<p>La ville d&rsquo;Industria-city est donc cr\u00e9\u00e9e. La temp\u00e9rature cl\u00e9mente et r\u00e9gul\u00e9e de la cit\u00e9 permet qu&rsquo;on y cultive des orangers (un oranger sur le sol irlandais&#8230; ) et lui donne un air de villa orientale. Les maisons sont faites de verre plus ou moins d\u00e9poli suivant l&rsquo;humeur de ceux qui y vivent (l&rsquo;auteur pensait-il \u00e0 quelque chose comme nos actuels verres \u00e0 cristaux liquides dont le degr\u00e9 d&rsquo;opacit\u00e9 se r\u00e8gle \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un variateur ?) et peuvent \u00eatre recouvertes de volets pour ceux qui ne veulent plus profiter de la lumi\u00e8re qui luit en permanence, gr\u00e2ce \u00e0 une substance, l&rsquo;h\u00e9liovore, qui permet de capturer les rayons du soleil le jour pour les restituer la nuit. Dans la campagne, l&rsquo;\u00e9clairage public est quand \u00e0 lui assur\u00e9 par des vers luisants g\u00e9ants cr\u00e9\u00e9s par g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique. Pour finir, le labeur des champs ou le service domestique sont assur\u00e9s par des machines humano\u00efdes baptis\u00e9es Enginemen (hommes-moteur) ou encore Atmophytes (hommes-vapeur, si l&rsquo;on en croit le narrateur), puisqu&rsquo;ils fonctionnent \u00e0 la vapeur.<\/p>\n<p>Dans la cit\u00e9 d&rsquo;Industria, on \u00e9coute de la musique en bouteille, et les t\u00e9l\u00e9communications t\u00e9l\u00e9graphiques, t\u00e9l\u00e9phoniques et visiophoniques ont une importance toute particuli\u00e8re. Les lignes qui suivent font de Didier de Chousy un \u00e9tonnant anticipateur de notre civilisation de t\u00e9l\u00e9communications :<\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Les habitants d&rsquo;Industria se trouvent si bien chez eux qu&rsquo;ils n&rsquo;en sortent gu\u00e8re, quoiqu&rsquo;ils puissent y rester tout en en sortant. L&rsquo;absence, ce mal des \u00e2mes tendres, a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e. On est ubiquiste, en m\u00eame temps chez soi et ailleurs : r\u00e9sultat obtenu en perfectionnant un moyen propos\u00e9 jadis pour transmettre les t\u00e9l\u00e9grammes sans fil, sans autre conducteur que le milieu ambiant ; moyen abandonn\u00e9, parce que les premiers t\u00e9l\u00e9grammes livr\u00e9s \u00e0 leur instinct s&rsquo;\u00e9garaient, que l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 volage acceptait trop de conducteurs et se livrait \u00e0 tous les \u00e9lectrodes ; puis r\u00e9\u00e9tudi\u00e9 et amen\u00e9 \u00e0 bien par les ing\u00e9nieurs d&rsquo;Industria qui sont parvenus \u00e0 domestiquer le fluide, \u00e0 lui cr\u00e9er des affinit\u00e9s, pour ne pas dire des affections, qui le rendent fid\u00e8le \u00e0 un conducteur, \u00e0 un p\u00f4le. \u00c9lectricit\u00e9 animalis\u00e9e et apprivois\u00e9e qu&rsquo;il suffit de mettre une fois en contact avec son ma\u00eetre, de le lui faire sentir et toucher, pour que ce v\u00e9ritable chien courant magn\u00e9tique s&rsquo;attache \u00e0 ses pas ou retrouve sa piste.<br \/>\n(&#8230;)<br \/>\nLe t\u00e9l\u00e9chromophotophonot\u00e9troscope, invent\u00e9 dans le m\u00eame temps, par les m\u00eames physiciens, supprimait l&rsquo;absence d&rsquo;une mani\u00e8re plus radicale encore. La t\u00e9l\u00e9chromophotophonot\u00e9troscopie est, comme on le sait, une succession presque synoptique d&rsquo;\u00e9preuves photographiques instantan\u00e9es, qui reproduisent \u00e9lectriquement la figure, la parole, le geste d&rsquo;une personne absente avec une v\u00e9rit\u00e9 qui \u00e9quivaut \u00e0 la pr\u00e9sence,et qui constitue moins une image qu&rsquo;une apparition, un d\u00e9doublement de la personne de l&rsquo;absent.<br \/>\n(&#8230;)<br \/>\nOn comprend tous les bienfaits d&rsquo;un pareil instrument et toute l&rsquo;activit\u00e9 qu&rsquo;il imprimait aux relations. Plus d&rsquo;isolement ni de solitude de gr\u00e9 ou de force, on recevait \u00e0 toute heure la visite spectrale d&rsquo;un ami absent, de parents de province oude voisins oisifs, venant famili\u00e8rement passer une heure ou quelques jours chez vous.<br \/>\n(&#8230;)<br \/>\nL&rsquo;invention qu&rsquo;on vient de d\u00e9crire s&rsquo;appliquait aussi aux spectacles, o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;allait pas, puisqu&rsquo;on pouvait s&rsquo;en procurer les charmes chez soi.<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;auteur pr\u00e9voit m\u00eame une citoyennet\u00e9 en r\u00e9seau :<\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Pour le courant de la vie parlementaire, les s\u00e9ances ont lieu dans une armoire o\u00f9 si\u00e8gent deux cents bouches de t\u00e9l\u00e9phones, reli\u00e9es \u00e0 celles des deux cents d\u00e9put\u00e9s qui de la sorte, sans sortir de chez eux, assistent aux s\u00e9ances et prennent part aux d\u00e9bats. Pos\u00e9 sur une table, au centre de ces appareils, un phonographe pr\u00e9sident avale les discours et rend les d\u00e9crets.<br \/>\nCes sortes de s\u00e9ance sont d&rsquo;ordinaire paisibles; parfois, cependant, des orages \u00e9clatent dans l&rsquo;armoire qu&rsquo;on prendrait alors, tant il s&rsquo;y fait de tapage, pour un tambour rempli de lapins enrag\u00e9s. Ces jours-l\u00e0, le peuple assembl\u00e9 devant ce placard, friand, comme tous les peuples, de voir fonctionner ses rouages politiques, s&rsquo;amuse \u00e0 recueillir les miettes du bruit qui s&rsquo;\u00e9chappent par les fentes.<br \/>\nAu reste tous les citoyens, abonn\u00e9s au r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9phonique, peuvent assister de loin aux s\u00e9ances, comme les d\u00e9put\u00e9s; ils peuvent aussi, dans les cas d&rsquo;urgence, envahir t\u00e9l\u00e9phoniquement la salle, monter \u00e0 la tribune, chasser le phonographe et renverser le pouvoir, sans d\u00e9placement, sans perte de temps, sans fatigue, et tout en vaquant \u00e0 leurs occupations habituelles.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette civilisation de prosp\u00e9rit\u00e9, d&rsquo;abondance et de robots, dans laquelle les rapports humains et la citoyennet\u00e9 ne passent plus que par les communications \u00e0 distance me rappelle furieusement le classique\u00a0<em>The Naked Sun<\/em> (1957), d&rsquo;Isaac Asimov, o\u00f9 \u00a0les habitants de la plan\u00e8te Solaria n&rsquo;ont plus le moindre contact physique les uns avec les autres, vivent de mani\u00e8re totalement solitaire (quoique entour\u00e9s de robots) et ne se fr\u00e9quentent que par hologrammes interpos\u00e9s. Il est int\u00e9ressant de constater que dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Industria, comme dans celle de Solaria, la pr\u00e9sence physique est rare (et rel\u00e8ve m\u00eame du tabou dans <em>The Naked Sun<\/em>) mais qu&rsquo;il en d\u00e9coule dans les deux cas une certaine perte d&#8217;embarras vis \u00e0 vis de l&rsquo;exposition de l&rsquo;intimit\u00e9. Les habitants d&rsquo;Industria vivent dans des maisons en verre o\u00f9 ils sont souvent expos\u00e9s aux regards :\u00a0<em>D&rsquo;une maison \u00e0 l&rsquo;autre on se regarde vivre ; on se r\u00e9conforte en empruntant du bonheur au voisin<\/em>. Les habitants de la plan\u00e8te Solaria n&rsquo;\u00e9prouvent quand \u00e0 eux plus la moindre forme de g\u00e8ne vis \u00e0 vis de la nudit\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" src=\"\/dernier\/files\/2009\/02\/ignis_robot.png\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"293\" align=\"right\" \/><em>The Naked Sun<\/em> (<a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=8399\"><em>Face aux feux du soleil<\/em><\/a>) est consid\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;essayiste Philippe Breton<sup><a href=\"#footnote_6_4458\" id=\"identifier_6_4458\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Breton, P.,&nbsp;L&rsquo;utopie de la communication, 1997, pp114-116\">6<\/a><\/sup> comme une illustration de ce qu&rsquo;impliquent, en termes de destruction du lien social, l&rsquo;id\u00e9ologie de la communication actuelle, qui d\u00e9coule de la cybern\u00e9tique de Norbert Wiener. On voit que Didier de Chousy n&rsquo;a pas attendu Norbert Wiener pour se poser ces questions.<br \/>\nDans le roman d&rsquo;Asimov, la contrepartie \u00e0 cette existence totalement pacifi\u00e9e o\u00f9 chaque individu est absolument libre est la disparition de l&rsquo;amour familial (chacun n&rsquo;a pour famille que les robots qui l&rsquo;ont \u00e9lev\u00e9) et de la sexualit\u00e9 (la conception des enfants est un sujet tabou qui est g\u00e9r\u00e9 en dehors de toute question affective).<br \/>\nLe roman de Didier de Chousy ne va pas si loin bien entendu, mais la libert\u00e9 de chacun est l\u00e0 aussi totale (c&rsquo;est un syst\u00e8me pantopantarchique, chacun r\u00e8gne sur tous tant qu&rsquo;il ne nuit pas \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;autrui :\u00a0<em>Chaque citoyen en naissant\u00a0trouve une couronne dans son berceau, et, arriv\u00e9 en\u00a0\u00e2ge de manier un sceptre, exerce le pouvoir absolu,\u00a0sans autre limite que l&rsquo;absolu pouvoir de son voisin.\u00a0L&rsquo;autorit\u00e9 si n\u00e9cessaire et la libert\u00e9 plus pr\u00e9cieuse\u00a0se trouvent donc exactement pond\u00e9r\u00e9es<\/em>.\u00a0Ce mode de gouvernement, nous dit l&rsquo;auteur, ne peut \u00eatre que celui d&rsquo;<em>un peuple millionnaire et heureux, assez heureux et assez riche pour que le plus avide soit rassasi\u00e9<\/em>.<br \/>\nTout le monde n&rsquo;est cependant pas autoris\u00e9 \u00e0 si\u00e9ger au parlement, il faut avoir un cerveau qui ne soit ni trop gros, ni trop petit. On apprend au passage que la prosp\u00e9rit\u00e9 est la cause de probl\u00e8mes de surpoids :\u00a0<em>On se garde, au contraire, de ces anomalies<\/em> [des cerveaux trop importants]<em>, rares\u00a0d&rsquo;ailleurs parmi ces hommes qui, sous l&rsquo;influence du\u00a0climat qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9, sont devenus des Orientaux\u00a0plantureux et de sant\u00e9 superbe, mais d&rsquo;esprit et\u00a0d&rsquo;angle facial assez obtus. L&rsquo;\u00e2me n&rsquo;a pas grossi, en\u00a0eux, proportionnellement \u00e0 l&rsquo;abdomen<\/em>.<\/p>\n<p>La ville ne tarde pas \u00e0 rencontrer un probl\u00e8me, qui est le fondement m\u00eame de sa prosp\u00e9rit\u00e9. Les atmophytes (les robots), \u00e0 force d&rsquo;am\u00e9liorations techniques, sont devenus capables de penser et, pour certains, d&rsquo;agir de mani\u00e8re probl\u00e9matique. Un d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9chire alors les habitants d&rsquo;Industria : faut-il donner des droits aux machines, ou au contraire accentuer leur oppression ? C&rsquo;est un peu, de mani\u00e8re raccourcie (et l&rsquo;auteur ne l&rsquo;ignorait certainement pas), l&rsquo;histoire de l&#8217;empire romain o\u00f9 les droits des esclaves n&rsquo;ont cess\u00e9 de progresser au fil des si\u00e8cles et o\u00f9 les \u00e9mancipations se sont multipli\u00e9es, minant finalement les fondations m\u00eame de l&#8217;empire. On retrouve l\u00e0 une autre analogie effectu\u00e9e par Isaac Asimov dans sa nouvelle <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2207250253?ie=UTF8&amp;tag=lederniblog-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2207250253\"><em>L&rsquo;homme bicentenaire<\/em><\/a><em><img decoding=\"async\" style=\"border:none !important;margin:0px !important\" src=\"http:\/\/www.assoc-amazon.fr\/e\/ir?t=lederniblog-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2207250253\" border=\"0\" alt=\"\" width=\"1\" height=\"1\" \/> <\/em>(1976), \u00e9crite \u00e0 l&rsquo;origine pour c\u00e9l\u00e9brer le bicentenaire des \u00c9tats-Unis, o\u00f9 le robot Andrew, serviteur de la famille Martin dont il est devenu un membre au fil des d\u00e9cennies, cherche \u00e0 obtenir juridiquement le droit de devenir humain et de s&rsquo;appeler Andrew Martin. La nouvelle contient de nombreuses allusions transparentes \u00e0 l&rsquo;histoire des esclaves noirs am\u00e9ricains ainsi qu&rsquo;au roman <em>La Case de l&rsquo;oncle Tom<\/em> (l&rsquo;affection du robot \u00e0 sa \u00ab\u00a0little miss\u00a0\u00bb, notamment).<br \/>\nLes d\u00e9bats parlementaires, qui permettent \u00e0 l&rsquo;auteur quelques pages de satire de la vie politique, n&rsquo;auront pas le temps d&rsquo;\u00eatre pouss\u00e9s si loin, car les atmophytes se r\u00e9voltent pour de bon et sont pr\u00eats \u00e0 d\u00e9truire la cit\u00e9 enti\u00e8re alors m\u00eame que le syst\u00e8me de communications s&#8217;emballe et montre ses effets pervers :<\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Tous les appareils de transmission, ainsi transform\u00e9s en agents malfaisants et en outils de r\u00e9volte, vomissaient, suivant leurs aptitudes, des gr\u00eales de projectiles ou des torrents d&rsquo;injures que les microphones prenaient le soin de grossir, que les phonographes enregistraient et r\u00e9p\u00e9taient avec un ent\u00eatement de machine, m\u00ealant leurs voix criardes aux coups de tonnerre du marteau-pilon. T\u00e9l\u00e9phones devenus cacophones et phonographes cacographes<\/p><\/blockquote>\n<p>L&rsquo;ing\u00e9nieur Archbold a tout de m\u00eame la bonne id\u00e9e de couper l&rsquo;approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique des machines avant que le drame ne survienne. Mais la ville n&rsquo;est pas sauv\u00e9e pour autant, Samuel Penkenton, qui voit dans Industria la r\u00e9alisation de l&rsquo;apocalypse de Jean, persuad\u00e9 d&rsquo;agir conform\u00e9ment \u00e0 une volont\u00e9 divine, parvient \u00e0 saboter et \u00e0 d\u00e9truire la cit\u00e9. Projet\u00e9e hors de la plan\u00e8te terre, Industria d\u00e9rive lentement mais s\u00fbrement vers le soleil&#8230;<br \/>\n(je m&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, afin de ne pas \u00e9venter tout suspense)<\/p>\n<h4>Un roman de science-fiction moderne<\/h4>\n<p>La tradition d&rsquo;o\u00f9 est n\u00e9e la science-fiction moderne, celle des contes satiriques, moralistes ou utopistes de Cyrano de Bergerac, Thomas More, Voltaire, Swift, etc., cherchait de mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e ou parfois absurde \u00e0 traiter des probl\u00e8mes de son temps et \u00e0 imaginer de mani\u00e8re plus ou moins fantaisiste des rem\u00e8des \u00e0 ces probl\u00e8mes. Par bien des aspects (certaines pages pr\u00e9cises qui traitent de vie politique ou acad\u00e9mique, ainsi que toute la partie finale), <em>Ignis <\/em>se rattache \u00e0 cette tradition. Mais le livre de Didier de Chousy appartient aussi au registre de la science-fiction telle qu&rsquo;on l&rsquo;entend \u00e0 pr\u00e9sent car il se penche assez pragmatiquement sur les mutations sociologiques qui d\u00e9coulent de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s technologiques. De plus, l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 laquelle se d\u00e9roule le roman est cens\u00e9e \u00eatre proche de l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une fantaisie mais bien d&rsquo;anticipation.<br \/>\nIl est \u00e9tonnant qu&rsquo;Ignis soit un roman si m\u00e9connu. Il est bien \u00e9crit, il est dr\u00f4le, et il contient, en sus, de nombreuses id\u00e9es directement en rapport avec les pr\u00e9occupations de notre \u00e9poque. Par certains aspects, il se montre assez r\u00e9actionnaire. Il est int\u00e9ressant de noter par exemple que les femmes n&rsquo;y ont strictement aucune place, si ce n&rsquo;est dans l&rsquo;angoissante description de robots f\u00e9minins (machines \u00e0 coudre par exemple) qui prennent part au soul\u00e8vement des athmophytes :<\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Il faut voir ces choses pour les croire et cependant ce spectacle a des acteurs plus hideux: les femmes, les furies, les bacchantes de l&rsquo;\u00e9meute, ses comparses les plus f\u00e9roces, les plus ardentes \u00e0 se vautrer dans la coupe de l&rsquo;orgie populaire. Elles se\u00a0l\u00e8vent \u00e0 l&rsquo;aube de tous les jours sanglants de l&rsquo;histoire, marchent au premier rang des r\u00e9volutions violentes, et ne devaient pas manquer \u00e0 celle-ci.<\/p><\/blockquote>\n<p>On est loin des \u00e9vocations de l&rsquo;\u00e9volution du statut des femmes au XXe si\u00e8cle par Albert Robida, qui \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, et dans le m\u00eame journal (<em>la science illustr\u00e9e<\/em>), racontait \u00e0 qui voulait l&rsquo;entendre qu&rsquo;un jour, on verrait des femmes militaires ou m\u00eame, avocates.<br \/>\nMais c&rsquo;\u00e9tait un peu pour rire, bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Outre ses diverses \u00e9ditions r\u00e9centes sur papier (1981, 2008), on peut <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/Catalogue\/noticesInd\/FRBNF33425491.htm\" target=\"_blank\">lire le texte int\u00e9gral d&rsquo;Ignis sur Gallica<\/a>, le site de la biblioth\u00e8que nationale.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_4458\" class=\"footnote\">\u00a0<em>Charles Cros, Tristan Corbi\u00e8re &#8211; Oeuvres compl\u00e8tes<\/em>, par Louis Forestier et Pierre-Olivier Walzer avec la collaboration de Francis F. Burch, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, Gallimard, Paris, 1970\u00a0<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_4458\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_4458\" class=\"footnote\"> <em>Correspondance\u00a0g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, par\u00a0Joseph Bollery,\u00a0\u00e9d. Mercure de France, 1962, t.II, p.126 <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_4458\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_4458\" class=\"footnote\"> le terme science-fiction, forg\u00e9 par le luxembourgeois d&rsquo;origine\u00a0Hugo Gernsback,\u00a0est d&rsquo;ailleurs am\u00e9ricain et date des ann\u00e9es 1920, m\u00eame si un britannique d\u00e9nomm\u00e9 William Wilson l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 en 1851, cf. Colson R., Ruaud A.-F., Science-Fiction &#8211; les fronti\u00e8res de la modernit\u00e9, \u00e9d. Mnemos 2008 <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_4458\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_4458\" class=\"footnote\"> Le comte de Chousy fait preuve d&rsquo;un racisme assez virulent tout au long du livre, mais cela n&rsquo;a rien de franchement \u00e9tonnant pour l&rsquo;\u00e9poque. On n&rsquo;aura en effet pas de mal \u00e0 retrouver le m\u00eame genre de complexe de sup\u00e9riorit\u00e9 ethnocentriste chez Jules Verne ou encore dans la politique de colonisation que menait Jules Ferry qui \u00e9tait mont\u00e9 \u00e0 la tribune de l&rsquo;assembl\u00e9e en 1885 pour justifier sa politique en Chine ou au Maghreb ainsi: <em>il y a pour les races sup\u00e9rieures un droit, parce qu&rsquo;il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inf\u00e9rieures<\/em>. Charmant! Le caract\u00e8re antis\u00e9mite des allusions aux magouilles suppos\u00e9es entre un \u00ab\u00a0changeur Goldiove\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0banquier Shyllokston\u00a0\u00bb est moins \u00e9vident, car il s&rsquo;agit, dans le r\u00e9cit, de faits que le public imagine \u00e0 tort  <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_4458\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_4458\" class=\"footnote\"> Pour l&rsquo;anecdote, <em>Ignis<\/em> sera repris sous forme de feuilleton illustr\u00e9 en 1896 dans <em>La Science Illustr\u00e9e<\/em>, journal fond\u00e9 par Louis Figuier. Les illustrations, sign\u00e9es par Eug\u00e8ne Damblans, ont \u00e9t\u00e9 reproduites dans l&rsquo;\u00e9dition 2008. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_4458\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_4458\" class=\"footnote\"> Breton, P.,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2707144185?ie=UTF8&amp;tag=lederniblog-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2707144185\"><em>L&rsquo;utopie de la communication<\/em><\/a>, 1997, pp114-116 <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_4458\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ignis, est d&rsquo;abord paru anonymement en 1883 aux \u00e9ditions Berger-Levrault et Compagnie. Au troisi\u00e8me tirage, en 1884, l&rsquo;auteur revendique enfin son ouvrage en le signant d&rsquo;un nom qui ne nous renseigne pas beaucoup : comte Didier de Chousy. Qui fut Didier de Chousy ? On n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait s\u00fbr qu&rsquo;il ait effectivement exist\u00e9, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[25],"tags":[],"class_list":["post-4458","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lecture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4458","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4458"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4458\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4458"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4458"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4458"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}