{"id":415,"date":"2008-07-11T14:50:12","date_gmt":"2008-07-11T13:50:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=415"},"modified":"2008-07-11T14:50:12","modified_gmt":"2008-07-11T13:50:12","slug":"eve-of-destruction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=415","title":{"rendered":"Eve of destruction"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" style=\"float: right\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_dvd.jpg\" alt=\"\" \/><em>Eve of destruction<\/em>, sorti en 1991, est un film de Duncan Gibbins. Je ne pense pas qu&rsquo;il ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une sortie en salles en France. On le trouve en DVD zone 1.<\/p>\n<p>Le titre repose sur un jeu de mot. <em><br \/>\nThe eve of destruction<\/em>, dans la chanson \u00e9ponyme de Barry McGuire (1964), c&rsquo;est la veille de la destruction, le jour d&rsquo;avant la fin du monde. Apr\u00e8s la crise des missiles \u00e0 Cuba, l&rsquo;assassinat de John Kennedy et en pleine guerre au Viet-Nam, cette chanson a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;hymne de toute une partie de la jeunesse, un <em>no future<\/em> avant la lettre.<br \/>\nMais Eve, c&rsquo;est aussi le pr\u00e9nom deux personnes dans le film : le docteur Eve Simmons, roboticienne, et sa cr\u00e9ature Eve VIII, construite \u00e0 son image.<\/p>\n<p>Bien entendu, Eve est aussi le nom de la premi\u00e8re femme dans la Bible, elle est donc toutes les femmes. Eve n&rsquo;est pas exactement la premi\u00e8re femme pour la tradition juive puisqu&rsquo;avant elle aurait v\u00e9cu Lilith (absente de la Gen\u00e8se mais parfois \u00e9voqu\u00e9e ailleurs dans le corpus biblique et connue par des repr\u00e9sentations litt\u00e9raires ou artistiques diverses), une autre femme arch\u00e9typale, bien diff\u00e9rente d&rsquo;Eve, notamment de par sa sensualit\u00e9 d\u00e9bordante, son app\u00e9tit sexuel insatiable, son refus d&rsquo;enfanter et sa revendication claire d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 hi\u00e9rarchique avec Adam. D\u00e9pass\u00e9 par le trop-plein de personnalit\u00e9 de sa ma\u00eetresse, Adam chasse celle-ci du paradis terrestre et exige une compagne de remplacement, plus effac\u00e9e et plus soumise. Ce sera Eve. L&rsquo;\u00e9pouse parfaite s&rsquo;av\u00e8rera cependant \u00eatre une \u00ab desperate housewife \u00bb rendue d\u00e9sob\u00e9issante par sa curiosit\u00e9 scientifique puisqu&rsquo;elle commettra le p\u00each\u00e9 de vouloir go\u00fbter au fruit de l&rsquo;arbre de la connaissance, provoquant la premi\u00e8re grosse crise d&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;un Dieu \u00e9ternellement immature.<br \/>\nLe film ne manque pas de rapports avec ces l\u00e9gendes, nous l&rsquo;allons voir. Les histoires de robots, tout comme les l\u00e9gendes philosophiques et religieuses, sont souvent un pr\u00e9texte \u00e0 exposer les rapports entre hommes et femmes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_1.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Eve Simmons est donc une roboticienne. Elle travaille en secret \u00e0 la confection d&rsquo;\u00eatres humano\u00efdes de synth\u00e8se. On apprendra plus tard que le gouvernement am\u00e9ricain m\u00e8ne ce type de recherches depuis des d\u00e9c\u00e9nies et qu&rsquo;il est \u00e0 pr\u00e9sent parvenu \u00e0 cr\u00e9er des robots impossibles \u00e0 distinguer de leurs mod\u00e8les.<br \/>\nUn de ces robots est Eve VIII, le sosie parfait du docteur Eve Simmons qui lui a donn\u00e9 non seulement son apparence mais aussi sa personnalit\u00e9.<br \/>\nUn beau jour, le robot est l\u00e2ch\u00e9, sous une discr\u00e8te surveillance, dans la ville de San Francisco. Sa mission est de se rendre dans une agence bancaire et d&rsquo;agir et de r\u00e9agir comme le ferait n&rsquo;importe quel \u00eatre humain. Un braquage violent de la banque modifie compl\u00e8tement la donne. L&rsquo;homme qui escortait Eve VIII est tu\u00e9 par les cambrioleurs et celle-ci re\u00e7oit un impact de balle \u00e0 l&rsquo;abdomen. Le robot active alors son mode \u00ab\u00a0combat\u00a0\u00bb et met les malfaiteurs hors d&rsquo;\u00e9tat de nuire avant de dispara\u00eetre dans la nature.<br \/>\nLes l\u00e9sions dues \u00e0 sa blessure rendent son comportement compl\u00e8tement impr\u00e9visible pour ses cr\u00e9ateurs.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_2.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Le colonel Jim McQuade, militaire sp\u00e9cialis\u00e9 dans les situations critiques qui r\u00e9clament tact et discr\u00e9tion, est r\u00e9quisitionn\u00e9 pour r\u00e9gler cette crise. Il commence par se moquer de l&rsquo;\u00e9quipe qui a d\u00e9pens\u00e9 des millions de dollars dans, dit-il, \u00ab\u00a0une machine sans bouton stop\u00a0\u00bb.<br \/>\nOn lui explique en effet que le robot a peu de points faibles et qu&rsquo;on ne peut le neutraliser qu&rsquo;en visant ses yeux. Ce qu&rsquo;on ne lui dit pas dans un premier temps, c&rsquo;est que l&rsquo;organisme d&rsquo;Eve VIII abrite aussi une bombe atomique de vingt m\u00e9gatonnes, susceptible d&rsquo;\u00eatre arm\u00e9e \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_3.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Eve VIII se rend alors dans un motel-bar que ne fr\u00e9quentent que des camionneurs et des filles perdues. Trois types, dans le bar, sont vivement int\u00e9ress\u00e9s par cette femme aguichante \u2014 la virginale Eve a troqu\u00e9 son tailleur beige sage pour un v\u00eatement de cuir rouge, elle est devenue Lilith. Mais si Lilith manque de pudeur, elle ne manque pas de respect d&rsquo;elle-m\u00eame,\u00a0 ce qu&rsquo;apprendra \u00e0 ses d\u00e9pends un camionneur qui, au lieu de se contenter d&rsquo;avoir obtenu d&#8217;emmener Eve VIII dans une chambre du motel, tient absolument \u00e0 la qualifier de chienne (\u00ab\u00a0bitch\u00a0\u00bb). Je vous \u00e9pargne le r\u00e9cit des souffrances qui lui sont inflig\u00e9es. Eve VIII ne s&rsquo;arr\u00eate pas l\u00e0 : elle refait le portrait des deux autres piliers du bar, puis (elle est arm\u00e9e) tue un certain nombre de policiers.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_4.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Cet incident permet au docteur Simmons et au colonel McQuade de retrouver la trace de la dangereuse gyno\u00efde, et mieux, de comprendre ce qui la motive. En effet, en voyant le motel crasseux, Eve Simmons, qui a grandi \u00e0 proximit\u00e9, se souvient que, adolescente, elle avait toujours r\u00eav\u00e9 d&rsquo;y entrer. Eve VIII r\u00e9alise les fantasmes de la tr\u00e8s sage Eve Simmons, elle ose s&rsquo;habiller de mani\u00e8re aguicheuse, elle est devenue une version d\u00e9brid\u00e9e de sa propre cr\u00e9atrice.<br \/>\nR\u00e9guli\u00e8rement, au fil du r\u00e9cit, Eve VIII est assaillie par des souvenirs divers appartenant \u00e0 Eve Simmons.<br \/>\nLe sc\u00e9nario ne s&rsquo;attarde pas tellement sur les conditions techniques du prodige qui consiste \u00e0 transmettre sa m\u00e9moire et ses frustrations pass\u00e9es \u00e0 une machine, en plus de son apparence.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_5.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Sachant ce qui motive sa cr\u00e9ature, Eve Simmons devine la suite. Tout d&rsquo;abord, Eve VIII va chercher le p\u00e8re de sa cr\u00e9atrice, William, un ing\u00e9nieur militaire dont la trace s&rsquo;est perdue des ann\u00e9es plus t\u00f4t. Mauvais p\u00e8re et \u00e9poux violent, William Simmons est responsable de l&rsquo;accident qui a caus\u00e9 la mort de Catherine, la m\u00e8re d&rsquo;Eve.<br \/>\nLe golem en robe courte va faire ce qu&rsquo;Eve Simmons n&rsquo;a jamais os\u00e9 faire, se venger. McQuade arrive juste \u00e0 temps pour voir William Simmons se faire assassiner par le robot qu&rsquo;il croit \u00eatre sa fille. Le colonel d\u00e9couvre au passage qu&rsquo;Eve VIII est aussi dangereuse qu&rsquo;on le lui a dit.<br \/>\nLe robot prend la fuite avec une troisi\u00e8me mission : aller r\u00e9cup\u00e9rer son fils qui vit \u00e0 New York chez son ancien \u00e9poux. Sur le chemin, elle a une altercation avec un automobiliste qui a le malheur de lui adresser un geste ordurier. Il le paie de sa vie, mais au passage, Eve VIII est accident\u00e9e, ce qui a pour effet d&rsquo;armer la bombe atomique qu&rsquo;elle porte en elle. Il ne reste plus que vingt-quatre heures pour la neutraliser.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_6.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>\u00c0 New York, Eve VIII se rend chez l&rsquo;ancien mari d&rsquo;Eve en trompant la surveillance des militaires qui l&rsquo;y attendaient. Elle enl\u00e8ve son fils puis s&rsquo;enfuit dans le m\u00e9tro. Endomag\u00e9e, elle a une vue un peu d\u00e9fectueuse. McQuade la poursuit et parvient \u00e0 tirer dans un de ses yeux. Mais \u00e7a ne suffit pas. Victime d&rsquo;une absence passag\u00e8re, Eve VIII envoie le\u00a0 fils d&rsquo;Eve \u00e0 sa v\u00e9ritable m\u00e8re. McQuade et Eve Simmons n&rsquo;ont plus qu&rsquo;\u00e0 crever le second oeil du robot. Pour on ne sait quelle raison, cela bloque le compte \u00e0 rebours de la bombe, ce qui tombe assez bien puisqu&rsquo;il ne restait que neuf secondes avant l&rsquo;explosion.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_7.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e8te des deux Eve est Ren\u00e9e Soutendijk, une actrice n\u00e9erlandaise qui a notamment tourn\u00e9 dans des films de Paul Verhoeven (<em>Spetters<\/em> notamment), avant que celui ci ne parte faire carri\u00e8re \u00e0 Hollywood. Le physique nordique de l&rsquo;actrice s&rsquo;accomode bien de ses deux personnalit\u00e9s \u2014 Eve-la-dure et Eve-la-tendre. En revanche, son jeu n&rsquo;est pas fameux, ce que j&rsquo;imputerais d&rsquo;instinct aux choix de mise-en-sc\u00e8ne d\u00e9sastreux du r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste Duncan Gibbins, un auteur britannique de clips vid\u00e9o (Wham, Eurithmics) mort tragiquement dans un feu de for\u00eat en Californie.<br \/>\nMcQuade est quand \u00e0 lui interpr\u00e8t\u00e9 par Gregory Hine, un bon acteur et un excellent danseur d\u00e9c\u00e9d\u00e9 lui aussi, il y a cinq ans, d&rsquo;un cancer du foie. Il avait notamment jou\u00e9 dans <em>Cotton Club<\/em>, <em>Soleil de nuit <\/em>et <em>Tap Dance<\/em>. La sobri\u00e9t\u00e9 de son jeu et son \u00e9l\u00e9gance gestuelle rendent son personnage plut\u00f4t cr\u00e9dible et font partie des rares \u00e9l\u00e9ments du film qui m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre sauv\u00e9s.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/07\/eve_of_destruction_8.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Vous l&rsquo;avez devin\u00e9 : Eve of Destruction est bel et bien un navet. Un de ces navets timides, r\u00e9alis\u00e9s avec \u00e9conomie, si ce n&rsquo;est avec radinerie. Peu de d\u00e9cors, peu d&rsquo;acteurs, peu d&rsquo;action, peu d&rsquo;id\u00e9es, peu d&rsquo;effets, peu d&rsquo;humour, peu de suspense, aucune densit\u00e9&#8230; Et beaucoup d&#8217;emprunts \u00e9hont\u00e9s \u00e0 <em>Terminator <\/em>mais aussi au <em>M\u00e9tropolis <\/em>de Fritz Lang, qui contient aussi une \u00ab Eve \u00bb de chair et une \u00ab Lilith \u00bb d&rsquo;acier incarn\u00e9es par une seule et m\u00eame actrice.<br \/>\nOn rel\u00e8ve au passage quelques petites piques de bon aloi contre la guerre et la raison d&rsquo;\u00e9tat, dont une allusion \u00e0 la guerre du golfe (\u00ab si les choses tournent mal on accusera les irakiens ou les lybiens \u00bb) et contre la science-sans-conscience. Je suppose que la morale g\u00e9n\u00e9rale est qu&rsquo;il faut que les filles se tiennent bien (r\u00e9fr\u00e8nent leurs envies, contrairement \u00e0 Eve VIII et ne soient pas trop savantes, comme Eve Simmons) sous peine d&rsquo;apocalypse. Plut\u00f4t misogyne. On notera au passage que 1991 est aussi l&rsquo;ann\u00e9e de la sortie de <em>Thelma et Louise<\/em>,\u00a0 dont les deux h\u00e9ro\u00efnes payaient de leur vie leur d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9mancipation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eve of destruction, sorti en 1991, est un film de Duncan Gibbins. Je ne pense pas qu&rsquo;il ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une sortie en salles en France. On le trouve en DVD zone 1. Le titre repose sur un jeu de mot. 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