{"id":391,"date":"2008-08-21T17:59:25","date_gmt":"2008-08-21T16:59:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=391"},"modified":"2025-03-13T16:02:20","modified_gmt":"2025-03-13T15:02:20","slug":"blade-runner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=391","title":{"rendered":"Blade Runner"},"content":{"rendered":"\n<p><img decoding=\"async\" width=\"180\" height=\"253\" align=\"right\" class=\"imageadroite\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_dvd.jpg\" alt=\"\">Dans un article du regrett\u00e9 <em>M\u00e9tal Hurlant<\/em>, Philippe Man\u0153uvre s&rsquo;en \u00e9tait violemment pris au film <em>Blade Runner<\/em> qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme une trahison du roman de Philip Kindred Dick, une seconde mort pour l&rsquo;auteur disait-il m\u00eame<sup><a href=\"#footnote_1_391\" id=\"identifier_1_391\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Philippe Man&oelig;uvre, La Seconde mort Philip K. Dick (il semble qu&rsquo;un &laquo; de &raquo; ait &eacute;t&eacute; oubli&eacute; dans le titre), in M&eacute;tal Hurlant num&eacute;ro 79, septembre 1982, pp52-58. La page suivante contient un article de Joe Staline, La premi&egrave;re mort de Moebius, qui accuse Ridley Scott d&rsquo;avoir emprunt&eacute; les meilleurs &eacute;l&eacute;ments de Blade Runner &agrave; la s&eacute;rie l&rsquo;Incal, par Moebius et Jodorowsky, ce sur quoi il ne se trompe pas ainsi qu&rsquo;on le verra plus tard\">1<\/a><\/sup>. Le r\u00e9sum\u00e9 introductif de l&rsquo;article donne le ton\u00a0:<br><em>\u00ab\u00a0Philippe Man\u0153uvre est all\u00e9 voir deux fois l&rsquo;ignoble pensum que Hollywood, ou Ridley Scott, ou les deux, pr\u00e9sentent comme Philip K. Dick au cin\u00e9ma. Son verdict est ferme et sans nuance<\/em> <em>: bande de salauds\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0<em>!<\/em><br>Les titres sont dans la m\u00eame veine\u00a0: \u00ab\u00a0Minable\u00a0\u00bb\u202f; \u00ab\u00a0Ringard\u00a0\u00bb\u202f; \u00ab\u00a0Sabotage\u00a0\u00bb\u202f; \u00ab\u00a0Ignominie\u00a0\u00bb\u202f; \u00ab\u00a0Connerie\u00a0\u00bb. Qu&rsquo;on lui donne raison ou pas sur le fond, on d\u00e9plorera avec un brin de nostalgie que, \u00e0 notre \u00e9poque, c&rsquo;est \u00e0 dire plus de vingt-cinq ans apr\u00e8s la parution de l&rsquo;article, peu de critiques oseraient parler d&rsquo;un film avec des termes aussi violents dans la presse<sup><a href=\"#footnote_2_391\" id=\"identifier_2_391\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"En 2008 on a heureusement toujours le droit de ne pas aimer un film, mais il semble mal vu de s&rsquo;emballer. Le Web 2.0, sans en &ecirc;tre responsable, n&rsquo;arrange rien, car tout article un peu n&eacute;gatif se voit gratifi&eacute; de dizaines de commentaires rageurs. D&rsquo;ailleurs les articles dithyrambiques subissent souvent le m&ecirc;me sort, alors les journalistes ont une petite tendance &agrave; prendre une posture prudente. Peut-&ecirc;tre re&ccedil;oivent-ils aussi des coups de fils d&rsquo;attach&eacute;s de presse qui leur disent avec un tr&eacute;molo dans la voix pourquoi il ne faut pas trop dire de mal du film (il y a tellement d&rsquo;argent et d&rsquo;emplois en jeu, etc.), et peut-&ecirc;tre aussi qu&rsquo;on les prive d&rsquo;avant-premi&egrave;res quand ils se montrent trop ingrats. D&rsquo;ailleurs plusieurs films &agrave; gros budget ne sont &agrave; pr&eacute;sent plus montr&eacute;s aux journalistes avant leur sortie, un bon budget marketing est un moyen bien plus s&ucirc;r pour faire conna&icirc;tre un film au public &ndash; et l&rsquo;envoyer le voir m&ecirc;me s&rsquo;il n&rsquo;a de bien que sa bande annonce. S&rsquo;ils ont aim&eacute; un film, les critiques parleront de &laquo; bonne surprise &raquo;, et sinon, d&rsquo;un film &laquo; sans surprises &raquo;. L&rsquo;euph&eacute;misme est souvent le sympt&ocirc;me d&rsquo;une parole contrainte.\">2<\/a><\/sup>.<br>L&rsquo;agressivit\u00e9 de la critique de Man\u0153uvre semble d\u00e9cupl\u00e9e par le fait que M\u00e9tal Hurlant avait pour ainsi dire d\u00e9couvert le talent de Ridley Scott en \u00e9tant un des premiers journaux \u00e0 encenser le film <em>Alien : Le huiti\u00e8me passager<\/em>, au point que le r\u00e9alisateur \u00e9tait venu rendre une visite \u00e0 la r\u00e9daction du magazine.<br>Man\u0153uvre n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 comparer la situation de <em>Blade Runner<\/em> au traitement de <em>J&rsquo;irai cracher sur vos tombes<\/em>, adaptation d&rsquo;un roman de Boris Vian que l&rsquo;auteur d\u00e9sapprouvait au point d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 terrass\u00e9 par un infarctus en plein visionnage priv\u00e9, infarctus dont il est mort apr\u00e8s avoir eu le temps de dire : <em>\u00ab Alors c&rsquo;est \u00e7a qu&rsquo;ils ont fait ? Chierie ! Chierie ! \u00bb<\/em>.<br>Il est vrai que le film de Ridley Scott est bien diff\u00e9rent du roman qui l&rsquo;a inspir\u00e9, <em><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2290314943\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;tag=lederniblog-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2290314943\">Do Androids Dream of Electric Sheep?<\/a><img decoding=\"async\" width=\"1\" height=\"1\" border=\"0\" style=\"border: none !important; margin: 0px !important;\" src=\"http:\/\/www.assoc-amazon.fr\/e\/ir?t=lederniblog-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2290314943\" alt=\"\"><\/em> (les Andro\u00efdes r\u00eavent-ils de moutons \u00e9lectriques). Et il est vrai que Philip K. Dick est mort deux mois avant la sortie en salles de <em>Blade Runner<\/em>, film qu&rsquo;il avait au d\u00e9part combattu.<br>La comparaison ne saurait cependant \u00eatre pouss\u00e9e beaucoup plus loin.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_metal_hurlant.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les producteurs du film avaient propos\u00e9 \u00e0 Dick, sans succ\u00e8s, d&rsquo;\u00e9crire le sc\u00e9nario. Pour l&rsquo;auteur, les conditions \u00e9taient inacceptables puisqu&rsquo;on lui r\u00e9clamait de rendre le r\u00e9cit un peu plus \u00ab\u00a0tous publics\u00a0\u00bb et, dans la foul\u00e9e, de r\u00e9diger une \u00ab\u00a0novelisation\u00a0\u00bb (un livre d&rsquo;apr\u00e8s le film) adapt\u00e9 \u00e0 un public de pr\u00e9-ados. La production du film a donc commenc\u00e9 sans Dick et sans m\u00eame qu&rsquo;on l&rsquo;en avertisse. Dans un article paru dans la presse, il avait critiqu\u00e9 le sc\u00e9nario retenu, et sa critique a fait mouche, puisque tout fut r\u00e9\u00e9crit en fonction de ses remarques.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 la comparaison avec Boris Vian ne tient pas, c&rsquo;est qu&rsquo;en voyant les premi\u00e8res images de <em>Blade Runner<\/em>, Philip K Dick a \u00e9t\u00e9 conquis<sup><a href=\"#footnote_3_391\" id=\"identifier_3_391\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Pour se convaincre de l&rsquo;enthousiasme de Dick pour le film Blade Runner, on peut lire sa toute derni&egrave;re interview par John Boonstra, parue dans la revue Rod Serling&rsquo;s The Twilight Zone Magazine, juin 1982, pp. 47-52.&nbsp;:I saw a segment of Douglas Trumbull&rsquo;s special effects for Blade Runner on the KNBC-TV news. I recognized it immediately. It was my own interior world. They caught it perfectly. I wrote the station, and they sent the letter to the Ladd Company. They gave me the updated screenplay. I read it without knowing they had brought somebody else in. I couldn&rsquo;t believe what I was reading! It was simply sensational &mdash; still Hampton Francher&rsquo;s screenplay, but miraculously transfigured, as it were. The whole thing had simply been rejuvenated in a very fundamental way.&nbsp; After I finished reading the screenplay, I got the novel out and looked through it. The two reinforce each other, so that someone who started with the novel would enjoy the movie and someone who started with the movie would enjoy the novel. I was amazed that Peoples could get some of those scenes to work. It taught me things about writing that I didn&rsquo;t know.\">3<\/a><\/sup>. La trame n&rsquo;est pas la m\u00eame, c&rsquo;est vrai, rien n&rsquo;est pareil, mais visuellement, c&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;il imaginait. Ce qui nous ram\u00e8ne d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie du mot \u00ab imagination \u00bb\u00a0: la capacit\u00e9 \u00e0 mettre en images. Le verbe est faux mais l&rsquo;image dit juste.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_1.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on compare les deux r\u00e9cits, on constate de nombreuses diff\u00e9rences sur des points qui semblent essentiels : la similarit\u00e9 physique, dans le roman, des personnages de Rachel et de Pris (qui appartiennent \u00e0 une m\u00eame s\u00e9rie d&rsquo;andro\u00efdes)\u202f; le fait que Rick Deckard soit mari\u00e9\u202f; l&rsquo;importance des questions de f\u00e9condit\u00e9 et la raret\u00e9 des animaux (difficile peut-\u00eatre d&rsquo;\u00e9voquer la disparation des animaux dans un film urbain)\u202f; la religion de Wilbur Mercer\u202f; l&rsquo;orgue \u00e0 humeurs (qui permet de se plonger dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit choisi en modifiant son \u00e9quilibre neurochimique) et la boite \u00e0 empathie (qui permet \u00e0 tous de ressentir les m\u00eames choses en m\u00eame temps) disparaissent eux aussi dans le film. Ces escamotages sont loin d&rsquo;\u00eatre des trahisons \u00e0 mon avis, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit essentiellement d&rsquo;objets ou de concepts qui impliqueraient de lourdes explications. Or \u00e0 l&rsquo;image, chaque seconde que l&rsquo;on passe \u00e0 expliquer au spectateur ce qu&rsquo;il doit voir et comprendre fait sortir ce m\u00eame spectateur du film. Je ne parle pas du bavardage (Rohmer, Cassavetes, Godard ou Kechiche, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, prouvent qu&rsquo;un film peut rester un film tout en \u00e9tant extr\u00eamement bavard) mais bien des explications. La science-fiction \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran souffre souvent de ce probl\u00e8me : un certain nombre de choses doivent \u00eatre expliqu\u00e9es et ces pr\u00e9-requis sont autant de freins \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du spectateur dans le r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_3.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les rapports amoureux sont eux aussi simplifi\u00e9s. Pour une raison que j&rsquo;ignore, les films hollywoodiens semblent presque obligatoirement devoir montrer, parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;intrigue (quand l&rsquo;intrigue ne s&rsquo;y limite pas) le processus de construction d&rsquo;une relation amoureuse sinc\u00e8re. Il peut y avoir des complications, des amours pass\u00e9s ou parall\u00e8les, mais la r\u00e8gle semble \u00eatre que la relation qui aboutit est sinc\u00e8re et m\u00eame sans grandes surprises (d\u00e8s le premier regard, on sait qu&rsquo;ils vivront heureux, etc.). Dans le roman, Deckard est mari\u00e9. Son \u00e9pouse est compl\u00e8tement hypnotis\u00e9e par la machine \u00e0 empathie. Rachel utilise ses atouts pour s\u00e9duire Deckard et obtenir de lui ce qu&rsquo;elle veut tandis que Pris, \u00ab robot de compagnie \u00bb, joue sur sa similarit\u00e9 physique avec Rachel pour troubler Deckard. Deux femmes-robot qui utilisent Deckard, une troisi\u00e8me, son \u00e9pouse l\u00e9gitime, qui n&rsquo;a plus de volont\u00e9&#8230; dans le roman personne n&rsquo;aime Deckard.<br>Dans le film en revanche, il est divorc\u00e9, il s&rsquo;attache sinc\u00e8rement \u00e0 Rachel et cet attachement est r\u00e9ciproque. Quand \u00e0 ses rapports avec Pris, ils sont plut\u00f4t professionnels, et m\u00eame si la beaut\u00e9 de la jeune andro\u00efde le trouble peut-\u00eatre (elle \u00e9meut surtout un autre personnage, JF Sebastian), il ne cherche qu&rsquo;\u00e0 faire ce qu&rsquo;il a \u00e0 faire, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 la tuer.<br>La trame du Blade Runner de Ridley Scott est donc bien plus simple que celle du roman de Philip K. Dick. Mais Scott, en compensation, apporte une atmosph\u00e8re, une charge po\u00e9tique plus que conceptuelle, malgr\u00e9 un certain kitsch g\u00e9n\u00e9ral (jusqu&rsquo;\u00e0 choisir Vangelis comme auteur de la bande originale).<br>Dick parlait d&rsquo;\u00ab&nbsp;andro\u00efdes&nbsp;\u00bb, un terme assez dat\u00e9, et Scott a invent\u00e9 le myst\u00e9rieux mot \u00ab&nbsp;r\u00e9plicant&nbsp;\u00bb. Quand au m\u00e9tier de Deckard, qui \u00e9tait originellement celui de \u00ab Bounty hunter \u00bb (chasseur de primes), il devient \u00ab&nbsp;Blade runner&nbsp;\u00bb, locution emprunt\u00e9e \u00e0 William Burroughs pour l&rsquo;occasion. Les accessoires, aussi, sont souvent bien trouv\u00e9s, comme par exemple la machine qui permet \u00e0 Deckard d&rsquo;analyser une photographie<sup><a href=\"#footnote_4_391\" id=\"identifier_4_391\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"sc&egrave;ne qui a inspir&eacute; le cdrom multim&eacute;dia 18:39 de Fabien Lagny, Bruno Piacenza et Serge Bilous, une cr&eacute;ation publi&eacute;e en 1997 par Flammarion dans son &eacute;ph&eacute;m&egrave;re mais ambitieuse collection&nbsp; &laquo;&nbsp;art et essai&nbsp;&raquo;. Le manipulateur du cdrom &eacute;tait invit&eacute; &agrave; fouiller &agrave; l&rsquo;infini dans les d&eacute;tails d&rsquo;une photographie.\">4<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_5.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le film<\/h4>\n\n\n\n<p>Rick Deckard est donc un \u00ab Blade Runner \u00bb \u00e0 la retraite. Il chasse les \u00ab r\u00e9plicants \u00bb, des andro\u00efdes impossibles \u00e0 distinguer des humains, cr\u00e9es pour les conditions difficiles des colonies mini\u00e8res spatiales mais qui n&rsquo;ont pas le droit de se trouver sur terre. Ces esclaves bio-technologiques, sup\u00e9rieurement forts et intelligents mais dont la dur\u00e9e de vie n&rsquo;exc\u00e8de pas quatre ans (limite technique dans le roman, mais intentionnelle dans le film), se rendent r\u00e9guli\u00e8rement coupables de reb\u00e9llion. Les r\u00e9plicants sont incapables d&#8217;empathie et on les reconna\u00eet notamment \u00e0 leur indiff\u00e9rence vis-\u00e0-vis de la souffrance d&rsquo;autrui ou vis-\u00e0-vis des animaux. Le centre-ville de Los Angeles en 2019, qui sert de cadre au film, est un lieu plut\u00f4t malsain. Pluies radioactives, duret\u00e9 des rapports humains, mis\u00e8re,&#8230;<br>Quelques r\u00e9plicants sont arriv\u00e9s sur terre ill\u00e9galement et l&rsquo;on demande \u00e0 Deckard de reprendre du service pour les assassiner, ce qu&rsquo;il accepte plus ou moins contraint et forc\u00e9.<br>Au cours de son enqu\u00eate, Deckard rencontre Rachel, une r\u00e9plicante qui croit \u00eatre humaine et qui sert d&rsquo;assistante \u00e0 Eldon Tyrell, le pr\u00e9sident de la Tyrell Corporation, multi-nationale surpuissante qui fabrique les r\u00e9plicants. Rachel et Deckard tombent amoureux.<br>De leur c\u00f4t\u00e9, les r\u00e9plicants \u00e9vad\u00e9s, dirig\u00e9s par Roy Batty (Rutger Hauer, excellent robot psychopathe effray\u00e9 par la mort), cherchent \u00e0 utiliser un de leurs concepteurs, JF Sebastian, pour atteindre Eldon Tyrell. Batty assassine Sebastian et Tyrell.<br>Deckard finit par trouver tous les r\u00e9plicants, qu&rsquo;il tue \u00e0 l&rsquo;exception du plus dangereux, Batty, qui meurt de sa belle mort.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_6.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Versions<\/h4>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re version que j&rsquo;ai vu, Rachel devait \u00eatre tu\u00e9e par un coll\u00e8gue de Deckard mais est \u00e9pargn\u00e9e. Deckard et Rachel quittent alors la ville pour un voyage dans de beaux paysages buccoliques vus d&rsquo;h\u00e9licopt\u00e8re \u2014 images qui s&rsquo;av\u00e8rent avoir \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9s au film <em>The Shinning<\/em> de Stanley Kubrick. Une certaine confusion entoure la question des montages de Blade Runner, on en compte sept diff\u00e9rents, dont quatre importants (version US de 1982, version internationale de 1982, Director&rsquo;s Cut de 1992 et Final Cut de 2007). Dans certains cas la fin est ouverte, dans d&rsquo;autres on comprend que Deckard est sans doute lui-m\u00eame un r\u00e9plicant.<br>Je n&rsquo;ai jamais ador\u00e9 devoir comparer les versions de films, ni voir les sc\u00e8nes coup\u00e9es, la premi\u00e8re version que je visionne me semble toujours \u00eatre la seule v\u00e9ritable. Dans <em>Blade Runner<\/em>, il me semble de toute fa\u00e7on que ce qui compte r\u00e9ellement, c&rsquo;est l&rsquo;atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, tr\u00e8s sombre, mais les paysages verts de la premi\u00e8re fin apportaient un contrepoint \u00e0 mon avis tr\u00e8s bienvenu et je suis d\u00e9\u00e7u qu&rsquo;ils ne se trouvent pas sur le DVD.<\/p>\n\n\n\n<p>Blade Runner est aujourd&rsquo;hui une r\u00e9f\u00e9rence incontournable de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma de science-fiction. Il a influenc\u00e9 l&rsquo;adaptation en long-m\u00e9trage du <em>Ghost in The Shell<\/em> de Masamune Shirow et bien d&rsquo;autres films, sans parler du nombre de vid\u00e9o-clips qui reprennent la brume et les n\u00e9ons de ce qu&rsquo;on peut qualifier de premier film cyber-punk.<br>Ridley Scott a expliqu\u00e9 s&rsquo;\u00eatre inspir\u00e9 de Moebius mais aussi de la peinture d&rsquo;Edward Hopper et de villes comme Hong Kong ou Tokyo (les \u00e9l\u00e9ments de culture asiatique qui courent dans <em>Blade Runner<\/em> fait partie des \u00e9l\u00e9ments qui rendaient \u00e0 mon avis le film tr\u00e8s moderne \u00e0 sa sortie. Cela pourrait avoir \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 \u00e0 la nouvelle <em>Johnny Mnemonic <\/em>par William Gibson, sortie un an avant <em>Blade Runner<\/em>).<br>On notera aussi un clin d&rsquo;\u0153il appuy\u00e9 au film noir de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre comme en t\u00e9moignent divers \u00e9l\u00e9ments familiers : Harrisson Ford porte un chapeau et lit le journal, Rachel a une coiffure de pin-up fifties, et une partie de l&rsquo;enqu\u00eate se d\u00e9roule dans les coulisses d&rsquo;une boite de nuit.<br>Le film doit \u00e9norm\u00e9ment au talent de Syd Mead, styliste automobile des ann\u00e9es 1960 qui s&rsquo;est rendu c\u00e9l\u00e8bre plus tard gr\u00e2ce aux designs futuristes qu&rsquo;il a cr\u00e9es pour le cin\u00e9ma, notamment dans <em>Tron <\/em>et bien entendu, pour <em>Blade Runner<\/em>, dont il a dessin\u00e9 les v\u00e9hicules, mais aussi et surtout les vues de la ville \u2014 vues qui font toute l&rsquo;identit\u00e9 du film<sup><a href=\"#footnote_5_391\" id=\"identifier_5_391\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ridley Scott a voulu que le Los Angeles de Blade Runner s&rsquo;inspire du d&eacute;cor du Metropolis de Fritz Lang, qui entretient d&rsquo;ailleurs plus d&rsquo;une similitude avec Blade Runner.\">5<\/a><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/08\/blade_runner_4.jpg\" alt=\"\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit n&rsquo;apporte certes pas grand chose au texte original de Philip K. Dick, il l&rsquo;ampute m\u00eame de nombreuses th\u00e9matiques, mais apr\u00e8s tout tant mieux, pourquoi pas, l&rsquo;adaptation la plus fid\u00e8le ne peut \u00eatre qu&rsquo;inutile&#8230; au pire&nbsp; terriblement plate, au mieux illustrative (<em>Harry Potter<\/em> ou <em>Le Seigneur des Anneaux<\/em> en sont \u00e0 mon avis de bons exemples).<br>Le livre de Philip K. Dick utilisait le personnage de Deckard et l&rsquo;affection st\u00e9rile des humains envers des animaux robots pour parler d&rsquo;une humanit\u00e9 g\u00e2ch\u00e9e, finissante. Le film de Ridley Scott met beaucoup l&rsquo;accent sur les r\u00e9plicants, qui, avec leur quatre pauvres ann\u00e9es d&rsquo;esp\u00e9rance de vie, leurs r\u00e9voltes vaines et leur incapacit\u00e9 \u00e0 vivre avec autrui sont des m\u00e9taphores ambulantes de la condition humaine. Les deux r\u00e9cits ne parlent donc pas exactement des m\u00eames choses.<br>J&rsquo;ai lu que Mathieu Kassovitz, pendant la promotion de son film <em>Babylon A.D.<\/em> se r\u00e9clame de <em>Blade Runner<\/em> qu&rsquo;il d\u00e9crit ainsi : <em>\u00ab Quand on regarde Blade Runner, on voit d&rsquo;abord un film de science fiction et d&rsquo;action. Mais au fond il parle de Dieu, de notre existence sur cette plan\u00e8te, de la cr\u00e9ation&#8230; \u00bb<\/em>. Il me semble de mon c\u00f4t\u00e9 que si ce film parle effectivement de notre existence, il ne traite en revanche pas de la cr\u00e9ation. Oui, les r\u00e9plicants sont des \u00eatres artificiels, ils ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, et Roy Batty s&rsquo;amuse quelques secondes \u00e0 laisser croire \u00e0 Eldon Tyrell, son \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb, que ce dernier a quelque pouvoir sur lui, dans une parodie de confession catholique, mais \u00e7a ne va pas bien loin, pas de quoi casser trois pattes \u00e0 un canard.<br>Ce n&rsquo;est pas non plus un film que se rapporte directement \u00e0 la culture num\u00e9rique (en dehors peut-\u00eatre de l&rsquo;int\u00e9ressant scanner d&rsquo;images utilis\u00e9 par Deckard), qui est un peu mon sujet, mais en revanche de nombreux films consacr\u00e9s \u00e0 la culture num\u00e9rique ont puis\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 Blade Runner.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ignore si Philippe Man\u0153uvre a r\u00e9vis\u00e9 son jugement depuis la r\u00e9daction de son article. Pour ma part, j&rsquo;avais ador\u00e9 le film \u00e0 sa sortie, car il ne ressemblait \u00e0 rien de ce que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 vu (je n&rsquo;avais pas encore lu le roman, par ailleurs), et je dois admettre que je n&rsquo;ai pas chang\u00e9 d&rsquo;avis depuis.<\/p>\n\n\n\n<p>Lire aussi : <a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=1112\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>La machine Esper<\/em><\/a>, \u00e0 propos de l&rsquo;outil d&rsquo;analyse criminologique qu&#8217;emploie Deckard.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_391\" class=\"footnote\"> Philippe Man\u0153uvre, <em>La Seconde mort Philip K. Dick<\/em> (il semble qu&rsquo;un \u00ab de \u00bb ait \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 dans le titre), in <em>M\u00e9tal Hurlant<\/em> num\u00e9ro 79, septembre 1982, pp52-58. La page suivante contient un article de Joe Staline, <em>La premi\u00e8re mort de Moebius<\/em>, qui accuse Ridley Scott d&rsquo;avoir emprunt\u00e9 les meilleurs \u00e9l\u00e9ments de <em>Blade Runner<\/em> \u00e0 la s\u00e9rie <em>l&rsquo;Incal<\/em>, par Moebius et Jodorowsky, ce sur quoi il ne se trompe pas ainsi qu&rsquo;on le verra plus tard <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_391\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_391\" class=\"footnote\"> En 2008 on a heureusement toujours le droit de ne pas aimer un film, mais il semble mal vu de s&#8217;emballer. Le Web 2.0, sans en \u00eatre responsable, n&rsquo;arrange rien, car tout article un peu n\u00e9gatif se voit gratifi\u00e9 de dizaines de commentaires rageurs. D&rsquo;ailleurs les articles dithyrambiques subissent souvent le m\u00eame sort, alors les journalistes ont une petite tendance \u00e0 prendre une posture prudente. Peut-\u00eatre re\u00e7oivent-ils aussi des coups de fils d&rsquo;attach\u00e9s de presse qui leur disent avec un tr\u00e9molo dans la voix pourquoi il ne faut pas trop dire de mal du film (il y a tellement d&rsquo;argent et d&#8217;emplois en jeu, etc.), et peut-\u00eatre aussi qu&rsquo;on les prive d&rsquo;avant-premi\u00e8res quand ils se montrent trop ingrats. D&rsquo;ailleurs plusieurs films \u00e0 gros budget ne sont \u00e0 pr\u00e9sent plus montr\u00e9s aux journalistes avant leur sortie, un bon budget marketing est un moyen bien plus s\u00fbr pour faire conna\u00eetre un film au public &#8211; et l&rsquo;envoyer le voir m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a de bien que sa bande annonce. S&rsquo;ils ont aim\u00e9 un film, les critiques parleront de \u00ab bonne surprise \u00bb, et sinon, d&rsquo;un film \u00ab sans surprises \u00bb. L&rsquo;euph\u00e9misme est souvent le sympt\u00f4me d&rsquo;une parole contrainte. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_391\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_391\" class=\"footnote\"> Pour se convaincre de l&rsquo;enthousiasme de Dick pour le film Blade Runner, on peut lire sa toute derni\u00e8re interview par John Boonstra, parue dans la revue <em>Rod Serling&rsquo;s The Twilight Zone Magazine<\/em>, juin 1982, pp. 47-52.\u00a0:<br><span class=\"citation\"><em>I saw a segment of Douglas Trumbull&rsquo;s special effects for Blade Runner on the KNBC-TV news. I recognized it immediately. It was my own interior world. They caught it perfectly. I wrote the station, and they sent the letter to the Ladd Company. They gave me the updated screenplay. I read it without knowing they had brought somebody else in. I couldn&rsquo;t believe what I was reading! It was simply sensational &#8212; still Hampton Francher&rsquo;s screenplay, but miraculously transfigured, as it were. The whole thing had simply been rejuvenated in a very fundamental way.\u00a0 After I finished reading the screenplay, I got the novel out and looked through it. The two reinforce each other, so that someone who started with the novel would enjoy the movie and someone who started with the movie would enjoy the novel. I was amazed that Peoples could get some of those scenes to work. It taught me things about writing that I didn&rsquo;t know.<\/em><\/span> <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_391\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_391\" class=\"footnote\"> sc\u00e8ne qui a inspir\u00e9 le cdrom multim\u00e9dia <em>18:39<\/em> de Fabien Lagny, Bruno Piacenza et Serge Bilous, une cr\u00e9ation publi\u00e9e en 1997 par Flammarion dans son \u00e9ph\u00e9m\u00e8re mais ambitieuse collection&nbsp; \u00ab\u00a0art et essai\u00a0\u00bb. Le manipulateur du cdrom \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 fouiller \u00e0 l&rsquo;infini dans les d\u00e9tails d&rsquo;une photographie. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_391\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_391\" class=\"footnote\">Ridley Scott a voulu que le <em>Los Angeles<\/em> de <em>Blade Runner<\/em> s&rsquo;inspire du d\u00e9cor du <em>Metropolis<\/em> de Fritz Lang, qui entretient d&rsquo;ailleurs plus d&rsquo;une similitude avec <em>Blade Runner<\/em>. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_391\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un article du regrett\u00e9 M\u00e9tal Hurlant, Philippe Man\u0153uvre s&rsquo;en \u00e9tait violemment pris au film Blade Runner qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme une trahison du roman de Philip Kindred Dick, une seconde mort pour l&rsquo;auteur disait-il m\u00eame1. Le r\u00e9sum\u00e9 introductif de l&rsquo;article donne le ton\u00a0:\u00ab\u00a0Philippe Man\u0153uvre est all\u00e9 voir deux fois l&rsquo;ignoble pensum que Hollywood, ou Ridley [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":["post-391","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-robot-au-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/391","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=391"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/391\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45654,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/391\/revisions\/45654"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=391"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=391"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=391"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}