{"id":3475,"date":"2009-01-09T12:40:45","date_gmt":"2009-01-09T11:40:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=3475"},"modified":"2009-01-09T12:40:45","modified_gmt":"2009-01-09T11:40:45","slug":"lordinateur-detective","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=3475","title":{"rendered":"L&rsquo;ordinateur d\u00e9tective"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" src=\"\/dernier\/files\/2009\/01\/ron_goulart_empereur.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"299\" align=\"right\" \/><em><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2258005132?ie=UTF8&amp;tag=lederniblog-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2258005132\">L&rsquo;Empereur des derniers jours<\/a><img decoding=\"async\" style=\"border:none !important;margin:0px !important\" src=\"http:\/\/www.assoc-amazon.fr\/e\/ir?t=lederniblog-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2258005132\" border=\"0\" alt=\"\" width=\"1\" height=\"1\" \/><\/em>, par Ron Goulart, Presses de la cit\u00e9 1979 (coll. Futurama).<\/p>\n<p>Ron Goulart, n\u00e9 en 1933, est un \u00e9crivain am\u00e9ricain de science-fiction assez m\u00e9connu, notamment en France o\u00f9 ses romans n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 beaucoup \u00e9dit\u00e9s et encore moins r\u00e9\u00e9dit\u00e9s. Son \u0153uvre contient pourtant pas moins de 180 titres : nov\u00e9lisations de bandes dessin\u00e9es (Vampirella, Flash Gordon,&#8230;) sous pseudonymes, aventures de Groucho Marx, essais \u00e9rudits sur la bande dessin\u00e9e et le comic-strip, r\u00e9cits fantastiques et r\u00e9cits de science-fiction. Il a m\u00eame \u00e9t\u00e9 le n\u00e8gre de William Shatner (le commandant Kirk de Star Trek) pour sa s\u00e9rie <em>TekWar<\/em>.<br \/>\nL&rsquo;excellent <a href=\"http:\/\/muller-fokker.blogspot.com\/2007\/12\/ron-joseph-goulart.html\" target=\"_blank\"><em>M\u00fcller-Fokker Pulpbot effect<\/em> d\u00e9crit le style narratif de Goulart<\/a> de cette mani\u00e8re :<\/p>\n<p><em>[&#8230;] l&rsquo;intrigue n&rsquo;est, chez Ron Goulart, qu&rsquo;un simple pr\u00e9texte pour \u00e9crire \u00e0 peu pr\u00e8s tout sur n&rsquo;importe quoi, n&rsquo;importe comment. En fait, l&rsquo;intrigue est tellement secondaire que l&rsquo;auteur se permet parfois de passer outre le climax final, un peu comme si le chapitre narrant la sacro-sainte confrontation h\u00e9ros\/vilain avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lagu\u00e9 par l&rsquo;\u00e9diteur pour gagner du temps et atterrir directement en page d&rsquo;\u00e9pilogue [&#8230;] on n&rsquo;ouvre pas ses livres pour vibrer \u00e0 d&rsquo;hypoth\u00e9tiques effets de tensions ni pour appr\u00e9cier la folle originalit\u00e9 de l&rsquo;intrigue mais juste pour s&rsquo;amuser, tel un petit andro\u00efde acidifi\u00e9, de ces gros amas de b\u00eatises qui nous sont si gentiment jet\u00e9s en p\u00e2ture. Et pour ce qui est des conneries, Goulart est plut\u00f4t dou\u00e9 &#8211; surtout quant elles ont trait \u00e0 ses deux domaines de pr\u00e9dilection : les robots et la pop culture.<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><span style=\"font-style: normal\">Publi\u00e9 aux presses de la cit\u00e9 dans la collection <\/span>Futurama<span style=\"font-style: normal\">, que dirigeait Jean-Patrick Manchette, <\/span><em>L&#8217;empereur des derniers jours<\/em><span style=\"font-style: normal\"> m&rsquo;a \u2014 c&rsquo;est une co\u00efncidence \u2014\u00a0justement rappel\u00e9 l&rsquo;actuel feuilleton <\/span><em>Futurama<\/em><span style=\"font-style: normal\">. Mais si la s\u00e9rie anim\u00e9e de Matt Groening allie une certaine fantaisie th\u00e9matique \u00e0 des intrigues tr\u00e8s construites, le roman de Goulart est d&rsquo;une nonchalance effectivement \u00e9tonnante. En t\u00e9moigne par exemple l&rsquo;absence de confrontation finale entre les \u00ab\u00a0gentils\u00a0\u00bb de l&rsquo;histoire et le \u00ab\u00a0m\u00e9chant\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils ont poursuivi tout au long du r\u00e9cit. La victoire finale n&rsquo;est pas racont\u00e9e, elle est \u00e0 peine \u00e9voqu\u00e9e pendant un repas dont le v\u00e9ritable sujet est de savoir s&rsquo;il sera possible d&rsquo;escroquer le serveur pour ne pas payer l&rsquo;addition.<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-style: normal\">Le futur qui sert de cadre au r\u00e9cit est marqu\u00e9 par l&rsquo;omnipr\u00e9sence de robots \u00e0 intelligence artificielle (tous plus ou moins d\u00e9fectueux), par l&rsquo;usage banal de la t\u00e9l\u00e9portation et par des conditions politiques et g\u00e9opolitiques calamiteuses. Les coups d&rsquo;\u00e9tat en Afrique et en Am\u00e9rique du Sud sont non seulement fr\u00e9quents mais m\u00eame banals et presque sans gravit\u00e9, le pape met le feu au Vatican pour \u00e9viter que des rivaux ne le lui prennent et les chefs d&rsquo;\u00e9tat, sont corrompus sans que cela \u00e9meuve le public.<br \/>\nL&rsquo;ancien pr\u00e9sident Dormacker, sorte de Richard Nixon<sup><a href=\"#footnote_1_3475\" id=\"identifier_1_3475\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Richard Nixon n&rsquo;est pas cit&eacute;, mais comme avec Futurama, je pense qu&rsquo;on peut inventer pour ce roman un sous-genre de science-fiction que l&rsquo;on nommerait Nixonpunk ou WatergatePunk, marqu&eacute; par une banalisation postmoderne du progr&egrave;s technique et par une g&eacute;n&eacute;ralisation de la corruption politique\">1<\/a><\/sup> , transforme son d\u00e9shonneur en une attraction touristique : <\/span><\/p>\n<blockquote class=\"extrait_Livre\"><p>Souvenirs de l&rsquo;ex-pr\u00e9sident Dormacker !\u00a0Souvenirs de l&rsquo;ex-pr\u00e9sident Dormacker, proposait une \u00e9norme vieille femme assise pr\u00e8s des guichets. Achetez <em>Mes sept fiascos<\/em>, le livre que le Washington Post a qualifi\u00e9 de \u00ab plong\u00e9e dans la canaillerie ! \u00bb\u00a0Lisez <em>Pour quelques fiascos de plus<\/em>, la suite des m\u00e9moires d&rsquo;Alden Dormacker. Demandez la photo, encadr\u00e9e en bambou, qui a contraint le pr\u00e9sident \u00e0 d\u00e9missionner ! Achetez mes coussins brod\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;on voit Aldern Dormacker dire adieu en pleurant \u00e0 la maison blanche.<\/p><\/blockquote>\n<p><span style=\"font-style: normal\">Un jeune informaticien, Dan Farleigh, travaille seul dans un bureau avec un ordinateur nomm\u00e9 Barney. Pour tuer le temps, Dan et Barney s&rsquo;amusent \u00e0 parcourir des bases de donn\u00e9es pour enqu\u00eater sur la vie des personnalit\u00e9s par exemple. Ils n&rsquo;en ont pas le droit, ils courent m\u00eame des risques en le faisant.<br \/>\nOn comprend rapidement que le curieux, le fac\u00e9tieux, ce n&rsquo;est pas Dan, l&rsquo;humain, mais Barney, l&rsquo;ordinateur, qui pilote d&rsquo;ailleurs plus ou moins l&rsquo;existence de son ami : il l&rsquo;a fait embaucher, consid\u00e9rant qu&rsquo;il avait le profil le plus adapt\u00e9 (pas assez de caract\u00e8re pour s&rsquo;opposer \u00e0 ses jeux mais assez d&rsquo;humour pour comprendre ses plaisanteries) et d\u00e8s le d\u00e9but du roman, le lance sur une enqu\u00eate aux implications politiques gravissimes. Barney laisse \u00e0 Dan l&rsquo;illusion qu&rsquo;il m\u00e8ne le jeu mais on s&rsquo;aper\u00e7oit vite que ce n&rsquo;est pas le cas, l&rsquo;ordinateur ayant planifi\u00e9 avec une grande pr\u00e9cision le d\u00e9roulement de l&rsquo;enqu\u00eate. Profitant de sa camaraderie avec des ordinateurs financiers, policiers, judiciaires, etc., Barney s&rsquo;est invent\u00e9 une identit\u00e9 humaine, il se fait conna\u00eetre sous le nom de Bernard D\u00e9dale (Bernard Maze en anglais), millionnaire excentrique. Et il est effectivement multi-millionnaire car, bien qu&rsquo;il n&rsquo;en ait pas le droit, Barney dispose d&rsquo;un compte en banque et a r\u00e9alis\u00e9 des placements financiers tr\u00e8s avis\u00e9s.<br \/>\nBarney est viss\u00e9 au sol d&rsquo;une grande pi\u00e8ce de la soci\u00e9t\u00e9 Fax Central, il r\u00e8gle donc toutes ses affaires \u00e0 distance,\u00a0\u00e0 la mani\u00e8re de Mycroft Holmes<sup><a href=\"#footnote_2_3475\" id=\"identifier_2_3475\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Mycroft Holmes, le fr&egrave;re de Sherlock, est encore plus dou&eacute; que le d&eacute;tective de Baker Street, mais il n&rsquo;a aucune &eacute;nergie et refuse de sortir de chez lui. Robert Heinlein lui rend hommage avec son ordinateur HOLMES IV, surnomm&eacute; &laquo;&nbsp;Mike&nbsp;&raquo;, dans R&eacute;volte sur la lune.\">2<\/a><\/sup> , de Nero Wolfe \u2014 le d\u00e9tective en fauteuil des ann\u00e9es 1930 \u2014, du banquier-escroc Thomas Crown, ou encore du myst\u00e9rieux \u00ab\u00a0Charlie\u00a0\u00bb de la s\u00e9rie Charlie&rsquo;s angels, diffus\u00e9e un an avant la sortie du roman de Goulart.<br \/>\nDan vient de faire la connaissance de Janis, une journaliste qui enqu\u00eate sur une s\u00e9rie de morts suspectes et qui est persuad\u00e9e qu&rsquo;un coup d&rsquo;\u00e9tat global est en pr\u00e9paration. Dan et Janis ont \u00e0 peine eu le temps de tomber amoureux lorsque Janis est enlev\u00e9e par la \u00ab\u00a0confr\u00e9rie Millenium\u00a0\u00bb, une soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te qui veut \u00e9tablir un gouvernement mondial pour mille ans.<br \/>\nBarney embauche alors une \u00e9quipe de marginaux aux talents sp\u00e9ciaux pour \u00e9pauler Dan. Il y a le professeur Supermental, un hypnotiseur de robots de soixante-quinze ans, vantard et fanfaron qui a l&rsquo;habitude de parler de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne ; Lizzie fer blanc, une adolescente \u00e0 moiti\u00e9 robot d&rsquo;une force colossale ; Cul-de-Sac, un voleur surdou\u00e9 capable de d\u00e9placer des objets par t\u00e9l\u00e9kin\u00e9sie mais handicap\u00e9 par une impossibilit\u00e9 \u00e0 s&rsquo;adresser aux gens autrement qu&rsquo;en les insultant ; Mrs Tucker, une demoiselle capable de synth\u00e9tiser des dossiers complexes \u00e0 une rapidit\u00e9 extraordinaire ; Gerald Tarzan, un connaisseur de la jungle qui a pass\u00e9 l&rsquo;essentiel de son existence en prison pour raisons politiques.<br \/>\n<em>L&rsquo;Empereur des derniers jours<\/em> se termine sur la promesse d&rsquo;une longue s\u00e9rie d&rsquo;aventures de l&rsquo;\u00e9quipe de Bernard D\u00e9dale, mais il n&rsquo;a pourtant pas eu de suite m\u00eame si d&rsquo;autres romans du m\u00eame auteur se d\u00e9roulent dans un univers similaire o\u00f9 le d\u00e9sordre, la corruption et l&rsquo;incomp\u00e9tence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es nous rassurent quand \u00e0 la stabilit\u00e9 du monde. <\/span><\/p>\n<p>Goulart est prodigue des ses id\u00e9es, il en offre \u00e0 chaque page sans le moindre souci d&rsquo;\u00e9conomie ou de rentabilit\u00e9, ce qui est d&rsquo;une \u00e9l\u00e9gance qui me semble assez rare.<\/p>\n<p><em><\/em><\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_3475\" class=\"footnote\"> Richard Nixon n&rsquo;est pas cit\u00e9, mais comme avec <\/span><span style=\"font-style: normal\"><em>Futurama<\/em><\/span><span style=\"font-style: normal\">, je pense qu&rsquo;on peut inventer pour ce roman un sous-genre de science-fiction que l&rsquo;on nommerait <\/span><span style=\"font-style: normal\"><em>Nixonpunk <\/em><\/span><span style=\"font-style: normal\">ou <\/span><span style=\"font-style: normal\"><em>WatergatePunk<\/em><\/span><span style=\"font-style: normal\">, marqu\u00e9 par une banalisation postmoderne du progr\u00e8s technique et par une g\u00e9n\u00e9ralisation de la corruption politique <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_3475\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_3475\" class=\"footnote\"> Mycroft Holmes, le fr\u00e8re de Sherlock, est encore plus dou\u00e9 que le d\u00e9tective de Baker Street, mais il n&rsquo;a aucune \u00e9nergie et refuse de sortir de chez lui. Robert Heinlein lui rend hommage avec son ordinateur HOLMES IV, surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0Mike\u00a0\u00bb, dans <\/span><span style=\"font-style: normal\"><em>R\u00e9volte sur la lune<\/em><\/span><span style=\"font-style: normal\">. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_3475\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Empereur des derniers jours, par Ron Goulart, Presses de la cit\u00e9 1979 (coll. Futurama). Ron Goulart, n\u00e9 en 1933, est un \u00e9crivain am\u00e9ricain de science-fiction assez m\u00e9connu, notamment en France o\u00f9 ses romans n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 beaucoup \u00e9dit\u00e9s et encore moins r\u00e9\u00e9dit\u00e9s. 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