{"id":285,"date":"2008-06-10T17:25:59","date_gmt":"2008-06-10T16:25:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=285"},"modified":"2008-06-10T17:25:59","modified_gmt":"2008-06-10T16:25:59","slug":"publicite-augmentee-looker","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=285","title":{"rendered":"Publicit\u00e9 augment\u00e9e (Looker)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" style=\"float: right\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_dvd.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"244\" \/><em><\/em><\/p>\n<p>A pr\u00e9sent, un film relativement m\u00e9connu sorti en 1981 qui, sauf erreur, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 en DVD Zone 2, <em>Looker<\/em>.<br \/>\nLooker est le quatri\u00e8me film de Michael Crichton \u00e0 \u00eatre sorti en salles. Il fait notamment suite au succ\u00e8s tr\u00e8s important de Westworld (Mondwest) dans lequel les robots d&rsquo;un parc \u00e0 th\u00e8me, avec Yul Brynner \u00e0 leur t\u00eate, d\u00e9cidaient subitement de massacrer les visiteurs du lieu. Nous reparlerons de Westworld et de sa suite Futureworld une autre fois. Souvent compar\u00e9 \u00e0 <em>Runnaway<\/em>, le film suivant du m\u00eame auteur, <em>Looker <\/em>est consid\u00e9r\u00e9 comme un film n\u00e9gligeable dans la carri\u00e8re de l&rsquo;auteur de <em>Urgences <\/em>et de <em>Jurassic Park<\/em>. Il est vrai que nous sommes loin de la densit\u00e9 th\u00e9matique du <em>Videodrome<\/em> de Cronenberg, mais <em>Looker <\/em>reste int\u00e9ressant \u00e0 bien des \u00e9gards.<\/p>\n<p><em>Looker <\/em>est un terme familier anglo-saxon qu&rsquo;on pourrait traduire par \u00ab\u00a0canon\u00a0\u00bb, au sens o\u00f9 on emploie le mot dans une expression telle que \u00ab cette fille est canon \u00bb.<\/p>\n<p>Larry Roberts, expert en chirurgie esth\u00e9tique, compte parmi sa client\u00e8le quatre femmes qui entretiennent des similitudes. Toutes sont mannequins (elles se connaissent d&rsquo;ailleurs les unes les autres), toutes ont d\u00e9j\u00e0 des physiques parfaits et toutes s&rsquo;\u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 son cabinet munies d&rsquo;une liste extr\u00e8mement pr\u00e9cise des corrections qu&rsquo;elles aimeraient voir pratiqu\u00e9es sur leur visage : un millim\u00e8tre de nez ou de pommette en moins, un \u0153il l\u00e9g\u00e8rement plus ouvert, etc.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_1.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Un lieutenant de police se pr\u00e9sente un jour chez le chirurgien et lui apprend que deux de ces jeunes femmes sont mortes r\u00e9cemment, chaque fois dans des accidents curieux. Ce qu&rsquo;il ne dit pas, c&rsquo;est que le stylo et un bouton de la veste du m\u00e9decin ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s dans l&rsquo;appartement d&rsquo;une des mannequins et qu&rsquo;il est le premier suspect.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_2.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Une des deux patientes encore en vie vient le voir dans un grand \u00e9tat d&rsquo;agitation. Son discours, passablement incoh\u00e9rent, laisse \u00e0 penser qu&rsquo;elle craint pour sa vie et qu&rsquo;elle se trouve embarqu\u00e9e dans une histoire grave et importante. Elle mourra tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s.<br \/>\nLe docteur Roberts d\u00e9cide alors de tout faire pour prot\u00e9ger la derni\u00e8re jeune femme, Cindy. Celle-ci a un petit b\u00e9guin pour lui et le laisse la suivre partout lorsque ce n&rsquo;est pas lui qui exige qu&rsquo;elle le suive. Elle finira par apprendre par hasard que sa vie est en danger, car en bon m\u00e2le protecteur, le m\u00e9decin n&rsquo;avait pas jug\u00e9 bon d&rsquo;avertir sa prot\u00e9g\u00e9e de assassinat pr\u00e9visible.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_3.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>En enqu\u00eatant, il apprend que toute l&rsquo;affaire est li\u00e9e \u00e0 un myst\u00e9rieux centre de recherches nomm\u00e9 Digital Matrix. Ce lieu, qui d\u00e9pend de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un homme d&rsquo;affaires surpuissant, John Reston, concentre ses travaux sur une exploitation scientifique de la beaut\u00e9 et de la s\u00e9duction.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_8.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>On y analyse les mouvements oculaires des spectateurs (ce qui ne rel\u00e8ve pas de la science-fiction, les plus grandes agences de communication mondiales ont consacr\u00e9 de gros budgets \u00e0 ce type de recherches), on y analyse les corrections \u00e0 apporter au physique ou au jeu des actrices des publicit\u00e9s, on y mod\u00e9lise des voix \u00ab\u00a0parfaites\u00a0\u00bb, on place des personnages virtuels \u00ab\u00a0parfaits\u00a0\u00bb dans des d\u00e9cors r\u00e9els, et pour finir on y m\u00e8ne une exp\u00e9rience top-secret baptis\u00e9e \u00ab\u00a0Looker\u00a0\u00bb dont le but est d&rsquo;hypnotiser le public. Nous ne tardons pas \u00e0 comprendre que les applications ne sont pas exclusivement publicitaires et qu&rsquo;un sale type risque de remporter les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_5.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas tout. Un myst\u00e9rieux moustachu qui porte d&rsquo;\u00e9tranges lunettes se balade avec une arme de poing qui envoie des flashs capables de provoquer des absences neurologiques chez ceux qui y sont soumis.<\/p>\n<p>Le film p\u00e2tit rapidement d&rsquo;une petite faute de go\u00fbt en mati\u00e8re de casting : le h\u00e9ros est \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une cinquantaine bedonnante, une homme \u00ab\u00a0m\u00fbr\u00a0\u00bb comme on dit, ce qui correspond bien \u00e0 son statut de grand chirurgien, mais qui rend sa romance avec une actrice vingtenaire et ses sc\u00e8nes d&rsquo;action l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9cal\u00e9es. Les sc\u00e8nes d&rsquo;action ne sont d&rsquo;ailleurs pas ce que le film a de plus int\u00e9ressant \u00e0 offrir. Bagarres molles, courses-poursuites tout aussi molles&#8230; On appr\u00e9ciera cependant l&rsquo;utilisation cr\u00e9ative du pistolet \u00e0 flashs neurologiques qui, du point de vue de celui qui le subit, a pour effet de raccourcir le temps. On ne voit donc souvent pas les coups port\u00e9s, mais seulement l&rsquo;effet qu&rsquo;ils ont sur celui qui vient de les recevoir et qui \u00e9merge d&rsquo;une absence dans une situation inattendue : assomm\u00e9 au sol, accident\u00e9 au milieu d&rsquo;une fontaine publique, etc.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_7.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>La fin du film est assez r\u00e9jouissante. L&rsquo;homme d&rsquo;affaires John Reston donne une conf\u00e9rence de presse o\u00f9 il annonce que les proc\u00e9d\u00e9s mis au point chez Digital Matrix vont r\u00e9volutionner le monde de la publicit\u00e9. Son public l&rsquo;\u00e9coute attentivement mais la pr\u00e9sentation d\u00e9raille rapidement lorsque ses publicit\u00e9s, tourn\u00e9es en direct en studio et dans lesquelles apparaissent des acteurs virtuels, sont perturb\u00e9es par l&rsquo;apparition de personnages incongrus : le tueur \u00e0 la moustache, Larry Roberts et enfin, John Reston lui-m\u00eame. Des publicit\u00e9s au contenu banal prennent un caract\u00e8re d\u00e9lirant : une jeune fille parle de son produit de nettoyage tandis que derri\u00e8re le meuble \u00e9merge le visage inquiet de Roberts ; une petite famille disserte sur ses corn flakes alors que le cadavre du tueur moustachu se trouve \u00e9tendu au milieu de la table ; Reston agonise au milieu d&rsquo;un groupe d&rsquo;a\u00e9robic.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_4.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>La t\u00e9l\u00e9vision est sans doute le grand th\u00e8me de Looker. Dans une sc\u00e8ne tr\u00e8s \u00e9trange &#8211; car compl\u00e8tement caricaturale -, la jeune Cindy passe voir ses parents chez eux. Elle aimerait leur parler, mais ils ne la regardent absolument pas, ils lui r\u00e9pondent de mani\u00e8re automatique en fixant leur poste de t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>Lors de sa pr\u00e9sentation, John Reston explique l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de la t\u00e9l\u00e9vision dans des termes que n&rsquo;aurait pas d\u00e9savou\u00e9s <a href=\"http:\/\/nbaillargeon.blogspot.com\/2008\/01\/edward-bernays-et-linvention-du.html\" target=\"_blank\">Edward Bernays<\/a> :<br \/>\n<em>\u00ab La t\u00e9l\u00e9vision peut contr\u00f4ler l&rsquo;opinion publique plus surement qu&rsquo;une arm\u00e9e ou une police secr\u00e8te car regarder la t\u00e9l\u00e9vision est une action totalement volontaire. Le gouvernement am\u00e9ricain force nos enfants \u00e0 se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, mais personne ne les oblige \u00e0 regarder la T\u00e9l\u00e9vision. Les am\u00e9ricains de tous \u00e2ges se soumettent au t\u00e9l\u00e9viseur. La t\u00e9l\u00e9vision est l&rsquo;id\u00e9al am\u00e9ricain. La persuasion sans coercition. Personne ne nous demande de la regarder. Qui aurait pu pr\u00e9dire que des gens \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb passeraient volontairement quinze ann\u00e9es de leur vie assis devant une boite \u00e0 images ? Quinze ans de prison, c&rsquo;est une punition, mais quinze ans devant un t\u00e9l\u00e9viseur, c&rsquo;est de la distraction <\/em>[entertainement]<em>. L&rsquo;am\u00e9ricain moyen passe \u00e0 pr\u00e9sent plus d&rsquo;une ann\u00e9e et demie de sa vie devant des \u00e9crans publicitaires. Quinze minutes chaque jour de sa vie, devant des publicit\u00e9s \u00bb<\/em><br \/>\n(traduction approximative de votre serviteur).<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_9.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Le film souffre  d&rsquo;une mise-en-sc\u00e8ne un peu plan-plan, d&rsquo;un manque de suspense v\u00e9ritable et d&rsquo;une incoh\u00e9rence sc\u00e9naristique majeure : le manque de mobile. Pourquoi tuer les jeunes filles dont les mensurations ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es ? Ce sont ces meurtres inutiles qui ont provoqu\u00e9 la chute de Digital Matrix et de Reston Industries en attirant l&rsquo;attention sur le c\u00f4t\u00e9 suspect de leur activit\u00e9. Ils sont cependant, comme on peut s&rsquo;en douter, un bon pr\u00e9texte pour de nombreux plans sur de jolies filles peu v\u00eatues ou totalement (mais chastement) d\u00e9v\u00eatues, ce qui a d&rsquo;ailleurs valu \u00e0 <em>Looker<\/em> d&rsquo;\u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 un public adultes ou adolescent dans de nombreux pays.<\/p>\n<p>Toujours au registre des incoh\u00e9rences, on voit mal pourquoi les d\u00e9cors des publicit\u00e9s devaient absolument \u00eatre film\u00e9s en direct deux \u00e9tages plus haut. Cependant les sc\u00e8nes plut\u00f4t dr\u00f4les qui en d\u00e9coulent nous font pardonner au sc\u00e9nariste les incongruit\u00e9s de ce genre.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"\/dernier\/files\/2008\/06\/looker_6.jpg\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, <em>Looker <\/em>se regarde assez bien, contient de nombreuses trouvailles, mais ne peut pas pr\u00e9tendre laisser une trop grosse empreinte dans l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma pas plus que dans celle de l&rsquo;analyse des m\u00e9dias et de la d\u00e9nonciation de leurs d\u00e9rives.<br \/>\nMichael Crichton a souvent raison, mais il manque un peu de folie, de fantaisie, de bizarrerie. De plus, sa rigueur scientifique &#8211; car il est assez rigoureux &#8211; fait que ses r\u00e9cits sont de v\u00e9ritables r\u00e9flexions prospectives plut\u00f4t que l&rsquo;expression des fantasmes d&rsquo;une \u00e9poque. Et c&rsquo;est sans doute moins int\u00e9ressant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A pr\u00e9sent, un film relativement m\u00e9connu sorti en 1981 qui, sauf erreur, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 en DVD Zone 2, Looker. Looker est le quatri\u00e8me film de Michael Crichton \u00e0 \u00eatre sorti en salles. 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