{"id":25804,"date":"2013-06-01T11:18:15","date_gmt":"2013-06-01T09:18:15","guid":{"rendered":"http:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=25804"},"modified":"2013-06-01T21:21:02","modified_gmt":"2013-06-01T19:21:02","slug":"les-artistes-sont-ils-de-sales-types","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=25804","title":{"rendered":"Les artistes sont-ils de sales types ?"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: right;\">\u00ab L\u2019art est ce qui rend la vie plus int\u00e9ressante que l\u2019art \u00bb<br \/>\nRobert Filliou<\/div>\n<p><img decoding=\"async\" alt=\"kechiche\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/kechiche.jpg\" width=\"530\" height=\"300\" \/><\/p>\n<p><em>(avertissement : ce billet traite d&rsquo;un sujet sensible et hautement pol\u00e9mique, si vous souhaitez intervenir en commentaire, faites l&rsquo;effort de le lire vraiment)<\/em><\/p>\n<p>Il y a eu beaucoup de remous autour du cas d&rsquo;Abdelatif Kechiche ces derniers jours. Je consid\u00e8re personnellement l&rsquo;auteur de\u00a0<em>La faute \u00e0 Voltaire<\/em>, <em>L&rsquo;Esquive<\/em> et <em>La Graine et le mulet<\/em><sup><a href=\"#footnote_1_25804\" id=\"identifier_1_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je ne cite pas V&eacute;nus Noire, qui est &agrave; ce jour le vrai &eacute;chec critique et public de l&rsquo;auteur, car je ne l&rsquo;ai pas vu. La Faute &agrave; Voltaire, par ailleurs, n&rsquo;a pas la maturit&eacute; des deux films suivants, c&rsquo;est un premier film, apr&egrave;s tout, mais il n&rsquo;en est pas moins hautement regardable.\">1<\/a><\/sup> comme une des plus grandes personnalit\u00e9s du cin\u00e9ma fran\u00e7ais d&rsquo;auteur, un de ces artistes qui font qu&rsquo;on se remet \u00e0 croire au cin\u00e9ma, et il n&rsquo;en na\u00eet pas un tous les jours. Je ne suis pas le seul \u00e0 avoir de l&rsquo;estime pour son travail, puisque Kechiche vient d&rsquo;obtenir la Palme d&rsquo;Or du festival de Cannes pour sa <em>Vie d&rsquo;Ad\u00e8le<\/em>, film inspir\u00e9 par la Bande dessin\u00e9e\u00a0<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/272346783X\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=272346783X&amp;linkCode=as2&amp;tag=lederniblog-21\" target=\"_blank\"><em>Le bleu est une couleur chaude<\/em><\/a>, de Julie Maroh. M\u00eame si son cin\u00e9ma aborde des sujets \u00ab\u00a0sociaux\u00a0\u00bb (immigr\u00e9s vieillissants, sans-papiers, cit\u00e9s, injustices sociales, \u00e9ducation, racisme, homosexualit\u00e9), Kechiche refuse toujours de produire des\u00a0<em>pensums<\/em> militants et affirme presque chaque fois que ce n&rsquo;est pas son sujet. Il n&rsquo;est pas b\u00eate : on n\u2019attrape pas les mouches avec du vinaigre, donc on n&rsquo;\u00e9difie pas les spectateurs \u00e0 coup de le\u00e7ons pontifiantes et de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s faciles. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas le r\u00e9alisateur de savoir faire du mal : si une situation est insupportable pour un protagoniste du film, elle peut devenir insupportable \u00e0 l&rsquo;image pour son spectateur, par l&rsquo;insistance avec laquelle elle est montr\u00e9e. Je pense par exemple \u00e0 l&rsquo;attente de la semoule le jour de l&rsquo;ouverture du restaurant dans <em>La Graine et le mulet<\/em> : le spectateur subit physiquement la m\u00eame angoisse que les personnages concern\u00e9s. Mais c&rsquo;est comme \u00e7a, le bon cin\u00e9ma, on ne doit pas quitter la salle repu de bons sentiments ou d\u00e9foul\u00e9 d&rsquo;avoir suivi Bruce Willis dans ses cascades ou d\u00e9tendu d&rsquo;avoir ri, mais rester avec des questions, des \u00e9motions, des sensations qui persisteront des jours, des semaines ou des ann\u00e9es. Ce genre de cin\u00e9ma peut \u00eatre une \u00e9preuve, et c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;on a toujours plus de mal \u00e0 se d\u00e9cider \u00e0 regarder un film \u00ab\u00a0important\u00a0\u00bb, dont on sait qu&rsquo;il va nous demander un investissement \u00e9motif ou intellectuel, qu&rsquo;un film plus modeste<sup><a href=\"#footnote_2_25804\" id=\"identifier_2_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"J&rsquo;entendais &agrave; la radio le philosophe Pierre-Damien Huyghe dire, en substance, que&nbsp;le cin&eacute;ma qui nous reste en m&eacute;moire est fait d&rsquo;&oelig;uvres qui se sont (je me souviens de l&rsquo;expression exacte)&nbsp;&laquo;&nbsp;d&eacute;gag&eacute;es du divertissement&nbsp;&raquo;. Je ne suis, malgr&eacute; ce que j&rsquo;ai dit plus haut, pas tellement d&rsquo;accord avec cette formulation qui fait du divertissement une sorte de handicap dont il faudrait s&rsquo;&eacute;manciper. Or rien n&rsquo;est plus facile que de faire un film non-divertissant. De plus, le cin&eacute;ma dit &laquo;&nbsp;de genre&nbsp;&raquo; a une capacit&eacute; extraordinaire &agrave; s&rsquo;imprimer sur les r&eacute;tines ou dans les consciences, et ce en touchant parfois un nombre incroyable de spectateurs. Si je devais essayer de faire une distinction (mais je trouverai rapidement moi-m&ecirc;me les exemples qui me contrediront, si j&rsquo;y r&eacute;fl&eacute;chis deux secondes), je dirais que dans le bon cin&eacute;ma, le film ne se termine pas avec la fin de la projection, il reste un &laquo;&nbsp;dossier en cours&nbsp;&raquo;, comme on dit dans les administrations.\">2<\/a><\/sup>.<\/p>\n<div id=\"attachment_25905\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-25905\" class=\"size-full wp-image-25905\" alt=\"la_faute_a_voltaire\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/la_faute_a_voltaire.jpg\" width=\"530\" height=\"289\" \/><p id=\"caption-attachment-25905\" class=\"wp-caption-text\">Aure Atika et Sami Bouajila, dans <em>La Faute \u00e0 Voltaire<\/em> (2000).<\/p><\/div>\n<p>La nouvelle qui est tomb\u00e9e ces jours derniers, c&rsquo;est qu&rsquo;Abdelatif Kechiche est quelque chose comme un sale type. Il traite les techniciens qui travaillent sur ses films comme des chiens (sous-pay\u00e9s, soumis \u00e0 des cadences impossibles et \u00e0 des changements de derni\u00e8re minute \u2014 plus d&rsquo;un a d\u00e9missionn\u00e9 en cours de route) et a\u00a0\u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 projeter\u00a0<em>La vie d&rsquo;Ad\u00e8le<\/em> sans g\u00e9n\u00e9rique, donc en niant <em>de facto<\/em> l&rsquo;existence de tous ceux qui ont particip\u00e9 \u00e0 sa cons\u00e9cration<sup><a href=\"#footnote_3_25804\" id=\"identifier_3_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Il y a une raison &agrave; cette absence de g&eacute;n&eacute;rique : le film a &eacute;t&eacute; s&eacute;lectionn&eacute; pour le festival alors que son montage n&rsquo;&eacute;tait pas encore achev&eacute;. Mais il n&rsquo;en reste pas moins que le film a eu priorit&eacute; sur le g&eacute;n&eacute;rique, et &ccedil;a ne signifie pas rien. Bien s&ucirc;r, l&rsquo;auteur ne voulait pas rater sa premi&egrave;re s&eacute;lection &agrave; Cannes, surtout apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;chec critique et public de V&eacute;nus noire.\">3<\/a><\/sup>, y compris Julie Maroh, dont l&rsquo;\u0153uvre a servi de point de d\u00e9part au sc\u00e9nario. On a aussi pu lire le t\u00e9moignage d&rsquo;un producteur traumatis\u00e9 par son exp\u00e9rience avec Kechiche \u00e0 ses d\u00e9buts de cin\u00e9aste, qui disait en substance qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre spectateur de ses films que de participer \u00e0 leur cr\u00e9ation<sup><a href=\"#footnote_4_25804\" id=\"identifier_4_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Jean-Fran&ccedil;ois Lepetit, cit&eacute; par Le Monde, le 13\/05\/2013 : &laquo;J&rsquo;aime beaucoup le travail d&rsquo;Abdellatif. Mais je pr&eacute;f&egrave;re cent fois payer ma place pour aller voir ses films, plut&ocirc;t que d&rsquo;avoir affaire &agrave; lui. Je travaille dans la production depuis trente ans. Avec Abdel, je n&rsquo;ai jamais v&eacute;cu quelque chose d&rsquo;aussi douloureux&raquo;.\">4<\/a><\/sup>. Il semble qu&rsquo;il n&rsquo;ait de consid\u00e9ration que pour une cat\u00e9gorie de personne : les acteurs. De plusieurs amis (et de mon fr\u00e8re) qui ont travaill\u00e9 pour le cin\u00e9ma, je sais que les techniciens acceptent plus volontiers de faire des sacrifices lorsqu&rsquo;ils savent qu&rsquo;ils travaillent \u00e0 un film d&rsquo;un r\u00e9alisateur important que lorsqu&rsquo;ils participent \u00e0 un \u00e9pisode d&rsquo;une mauvaise s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e. C&rsquo;est en effet gratifiant pour eux d&rsquo;une autre mani\u00e8re : d&rsquo;une part cela fait des lignes \u00ab\u00a0qui en imposent\u00a0\u00bb sur un\u00a0<em>curiculum vitae<\/em>, et d&rsquo;autre part il y a la satisfaction personnelle d&rsquo;avoir eu sa part dans une \u0153uvre qui compte. Alors si les techniciens d&rsquo;un des r\u00e9alisateurs les plus importants, les plus prim\u00e9s, se plaignent bruyamment d&rsquo;un r\u00e9alisateur, c&rsquo;est que de leur point de vue, le tournage s&rsquo;est mal pass\u00e9, parce que les sacrifices exig\u00e9s ont d\u00e9pass\u00e9 la mesure et parce qu&rsquo;ils se sont sentis n\u00e9glig\u00e9s, m\u00e9pris\u00e9s, ou quelque chose de ce genre. Il peut y avoir un probl\u00e8me de changement d&rsquo;\u00e9chelle, aussi : depuis <em>L&rsquo;Esquive<\/em>, les budgets et la taille des \u00e9quipes d&rsquo;Abdelatif Kechiche ont bien chang\u00e9, les enjeux et les rapports humains sur le plateau aussi, sans doute.<br \/>\nLes techniciens malheureux de <em>La Vie d&rsquo;Ad\u00e8le<\/em>\u00a0survivront \u00e0 leur aventure et auront m\u00eame gagn\u00e9 quelque chose de pr\u00e9cieux : une l\u00e9gende, celle d&rsquo;avoir travaill\u00e9 sous les ordres d&rsquo;un r\u00e9alisateur-tyran, d&rsquo;un saint qui parle d&rsquo;injustices sociales dans ses films mais qui dans le m\u00eame temps exploite ses employ\u00e9s comme le plus impitoyable g\u00e9rant de sweatshop bengladais et qui serait m\u00eame all\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 faire un festin d\u2019hu\u00eetres et de champagne avec ses actrices devant le reste de l&rsquo;\u00e9quipe du film, affam\u00e9e<sup><a href=\"#footnote_5_25804\" id=\"identifier_5_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"L&rsquo;histoire des hu&icirc;tres semble &ecirc;tre apocryphe, c&rsquo;est du moins ce que dit un r&eacute;cent article paru sur le site des Inrockuptibles.\">5<\/a><\/sup>. Rien n&rsquo;est plus pr\u00e9cieux qu&rsquo;une belle histoire \u00e0 raconter jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-25859\" alt=\"cannes\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/cannes.jpg\" width=\"530\" height=\"184\" \/><\/p>\n<p>La r\u00e9action de Julie Maroh, <a href=\"http:\/\/www.juliemaroh.com\/2013\/05\/27\/le-bleu-dadele\/\" target=\"_blank\">sur son blog<\/a>, est extr\u00eamement int\u00e9ressante et d&rsquo;une grande maturit\u00e9. Elle parle avec un pudique pincement au c\u0153ur de la mani\u00e8re dont elle a \u00e9t\u00e9 mise de c\u00f4t\u00e9 pendant la production du film et jusques \u00e0 la mont\u00e9e des marches sur le tapis rouge de Cannes. Elle a m\u00eame \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e dans remerciements du r\u00e9alisateur<sup><a href=\"#footnote_6_25804\" id=\"identifier_6_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh, est la premi&egrave;re bande dessin&eacute;e dont l&rsquo;adaptation a &eacute;t&eacute; prim&eacute;e par la palme d&rsquo;or &agrave; Cannes. Je me demande si cette origine &laquo;&nbsp;impure&nbsp;&raquo; ne constitue pas &agrave; pr&eacute;sent une g&ecirc;ne pour le r&eacute;alisateur du film, qui pr&eacute;f&egrave;re qu&rsquo;on n&rsquo;en parle pas trop, car la bande dessin&eacute;e n&rsquo;est pas un art &laquo;&nbsp;noble&nbsp;&raquo;&nbsp;(je vous renvoie &agrave; mon livre&nbsp;Entre la pl&egrave;be et l&rsquo;&eacute;lite).\">6<\/a><\/sup>. Mais cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;\u00eatre visiblement fi\u00e8re d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de cette r\u00e9ussite artistique, et m\u00eame de comprendre que, pour que ce qui \u00e9tait son r\u00e9cit \u00e0 elle devienne un bon film par un autre qu&rsquo;elle, il fallait accepter de s&rsquo;en s\u00e9parer. Et c&rsquo;\u00e9tait une bonne id\u00e9e puisqu&rsquo;elle a aim\u00e9 ce film, qu&rsquo;elle y a m\u00eame trouv\u00e9 des choses \u00e0 elle, et qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9met finalement qu&rsquo;une r\u00e9serve, concernant la sc\u00e8ne d&rsquo;amour. J&rsquo;attends de voir le film pour en penser quelque chose, mais je ne suis pas sp\u00e9cialement \u00e9tonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que cette sc\u00e8ne soit rat\u00e9e, non pas parce que l&rsquo;auteur et les actrices ne sont pas des lesbiennes, comme on l&rsquo;a parfois lu, mais surtout parce que la sexualit\u00e9 est presque forc\u00e9ment ridicule au cin\u00e9ma : comment montrer depuis une perspective ext\u00e9rieure, distanci\u00e9e une activit\u00e9 intime ? Comment emp\u00eacher le spectateur de devenir un voyeur, un curieux ? On peut filmer le d\u00e9sir, qui se partage (et c&rsquo;est m\u00eame une des grandes r\u00e9ussites de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma), mais filmer le plaisir, c&rsquo;est autre chose, de m\u00eame que (on me pardonnera, j&rsquo;esp\u00e8re, ce parall\u00e8le douteux), il est plus int\u00e9ressant de filmer la pr\u00e9paration d&rsquo;un repas<sup><a href=\"#footnote_7_25804\" id=\"identifier_7_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Il existe de formidables films sur la nourriture :&nbsp;Sal&eacute; sucr&eacute;&nbsp;de Ang Lee, Tampopo de J\u016bz\u014d Itami&nbsp;ou&nbsp;Le Festin de Babette&nbsp;de Gabriel Axel, par exemple.\">7<\/a><\/sup> que de filmer des gens en train de mettre des aliments dans leur bouche, images qui peuvent m\u00eame provoquer une situation de malaise chez le spectateur\u00a0\u2014 en parlant de Kechiche, d&rsquo;ailleurs, je connais plusieurs personnes qui sont sorties de la salle pendant la sc\u00e8ne de d\u00e9gustation familiale de couscous. Enfin \u00e7a peut marcher (manger ou faire l&rsquo;amour), s&rsquo;il y a en plus un fort sentiment. Du d\u00e9sespoir, par exemple.<\/p>\n<div id=\"attachment_25912\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-25912\" class=\"size-full wp-image-25912\" alt=\"La Faute \u00e0 Voltaire\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/la_faute_a_voltaire_2.jpg\" width=\"530\" height=\"289\" \/><p id=\"caption-attachment-25912\" class=\"wp-caption-text\"><em>La Faute \u00e0 Voltaire<\/em><\/p><\/div>\n<p>Partons du principe que le reproche qui est fait \u00e0\u00a0Abdellatif Kechiche\u00a0\u2014 \u00eatre d&rsquo;un grand \u00e9go\u00efsme\u00a0\u2014 est tout \u00e0 fait fond\u00e9, que faire ? Certains appellent au boycott, ou en tout cas refusent de cautionner le film, comme Matthieu Poirot-Delpech, co-pr\u00e9sident de l&rsquo;Association fran\u00e7aise des directeurs de photographie cin\u00e9matographique <a href=\"http:\/\/www.afcinema.com\/La-crainte-de-parler-et-la-honte-de-se-taire.html\" target=\"_blank\">qui \u00e9crit<\/a> : <em>\u00ab\u00a0Il y a des films qu\u2019on aimerait tant pouvoir aimer&#8230; Je ne verrai pas La Vie d\u2019Ad\u00e8le\u00a0\u00bb<\/em>.<br \/>\nBien, mais doit-on conditionner son appr\u00e9ciation d&rsquo;une \u0153uvre aux conditions de sa r\u00e9alisation ? En tant que spectateur, tr\u00e8s \u00e9go\u00efstement, c&rsquo;est l&rsquo;\u0153uvre seule qui m&rsquo;int\u00e9resse.\u00a0Et il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 dit nulle part qu&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art importante doive \u00eatre le fait d&rsquo;un auteur gentil, d&rsquo;un auteur qui veut faire plaisir aux gens avec qui il travaille. Il semble m\u00eame que certains artistes s&rsquo;occupent de leur \u0153uvre aux d\u00e9pens de toute consid\u00e9ration pour autrui et m\u00eame souvent, pour eux-m\u00eames. Ce n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9, mais ce n&rsquo;est pas rare. Dans de nombreux cas j&rsquo;ai m\u00eame peur que l&rsquo;\u00e9go\u00efsme soit consubstantiel de la capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er, \u00e0 la fois parce qu&rsquo;une \u0153uvre importante occupe presque chaque instant de la vie de son auteur, et parce que l&rsquo;artiste a un statut sp\u00e9cial, qu&rsquo;on a tendance \u00e0 le placer au dessus du commun des mortels. Je sais que c&rsquo;est un clich\u00e9, mais il dure depuis Giotto, c&rsquo;est \u00e0 dire depuis sept si\u00e8cles, quand l&rsquo;artisan, jusqu&rsquo;ici au service d&rsquo;une \u0153uvre commune \u2014 la cath\u00e9drale\u00a0\u2014, a commenc\u00e9 \u00e0 signer son travail de son nom, \u00e0 avoir un style \u00e0 lui, \u00e0 s&rsquo;affirmer comme auteur.<\/p>\n<div id=\"attachment_25910\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-25910\" class=\"size-full wp-image-25910\" alt=\"l_esquive\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/l_esquive.jpg\" width=\"530\" height=\"288\" \/><p id=\"caption-attachment-25910\" class=\"wp-caption-text\"><em>L&rsquo;Esquive<\/em> (2004)<\/p><\/div>\n<p>Ce n&rsquo;est pas moi qui le dis, c&rsquo;est Jean Gimpel avec son <em><a title=\"Contre l\u2019art et les artistes\" href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=1659\">Contre l&rsquo;art et les artistes<\/a><\/em>, sorti en 1968, qui raconte l&rsquo;histoire du statut social de cr\u00e9ateur et qui constitue un r\u00e9quisitoire assez impitoyable envers l&rsquo;immodestie de l&rsquo;artiste<sup><a href=\"#footnote_8_25804\" id=\"identifier_8_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Gimpel n&rsquo;h&eacute;site pas &agrave; citer le d&eacute;but de Mein Kampf, dans lequel Adolf Hitler se pr&eacute;sente comme un artiste non pas pour son &oelig;uvre mais pour son temp&eacute;rament. Je m&rsquo;en &eacute;tais inspir&eacute; pour &eacute;crie, pour Scientists of America, un article intitul&eacute; 95,6 % des dictatures pourraient dispara&icirc;tre gr&acirc;ce &agrave; un meilleur enseignement de l&rsquo;art.\">8<\/a><\/sup>. En fait, ce livre fait partie des raisons directes qui font que j&rsquo;ai abandonn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de devenir moi-m\u00eame un artiste, du moins si \u00ab\u00a0artiste\u00a0\u00bb est trait\u00e9 comme un substantif (<em>\u00ab\u00a0le m\u00e9tier d&rsquo;artiste\u00a0\u00bb<\/em>), car je prends volontiers \u00e0 mon compte l&rsquo;adjectif (<em>\u00ab\u00a0il ne repasse jamais ses pantalons, il est un peu artiste\u00a0\u00bb<\/em>).<br \/>\nChez certains artistes\u00a0\u2014 je ne dis absolument pas que c&rsquo;est le cas de Kechiche\u00a0\u2014, on a m\u00eame l&rsquo;impression d&rsquo;une op\u00e9ration de transfert, de vases communicants. On a par exemple vu des humoristes brillants qui, dans leur vie de chaque jour \u00e9taient sinistres ; des auteurs qui faisaient preuve d&rsquo;une grande humanit\u00e9 dans leur production mais qui s&rsquo;av\u00e8rent mesquins, pingres, ou tyranniques au quotidien ; des orgueilleux \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre humble ; des sp\u00e9cialistes du grand amour \u00e9ternel en litt\u00e9rature, coureurs de jupon dans la vraie vie ; des vaniteux \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre profonde ;\u00a0etc.<sup><a href=\"#footnote_9_25804\" id=\"identifier_9_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Ce qui me rappelle L&rsquo;&Eacute;pine dans le c&oelig;ur, de Michel Gondry, joli documentaire sur la tante du r&eacute;alisateur, une institutrice qui a laiss&eacute; le meilleur souvenir &agrave; ses &eacute;l&egrave;ves mais qui n&rsquo;a jamais r&eacute;ussi &agrave; avoir des rapports satisfaisants avec son propre fils.\">9<\/a><\/sup>, comme si l&rsquo;artiste investissait certaines qualit\u00e9s humaines dans son art pour s&rsquo;en dispenser dans l&rsquo;existence.\u00a0Attention, je ne dis pas que les choses se passent comme cela tout le temps, ni m\u00eame souvent, mais que c&rsquo;est l&rsquo;impression que l&rsquo;on a parfois.<\/p>\n<div style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" alt=\"daft_punk_electroma_4\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/daft_punk_electroma_4.jpg\" width=\"530\" height=\"288\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><em>Electroma<\/em> (2006), par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo.<\/p><\/div>\n<p>Les m\u00e9dias d&rsquo;information aiment plus que tout personnifier les choses, et notamment l&rsquo;art : un livre doit avoir un auteur (m\u00eame si l&rsquo;\u00e9diteur a effectu\u00e9 un travail consid\u00e9rable), un film doit avoir un r\u00e9alisateur (m\u00eame si le sc\u00e9nariste ou le producteur p\u00e8sent parfois autant sinon plus sur le r\u00e9sultat), un groupe de musique pop est repr\u00e9sent\u00e9 par son chanteur (m\u00eame si ce n&rsquo;est pas vraiment lui qui chante), etc. Ce n&rsquo;est pas neuf, \u00e7a date des pr\u00e9mices de la Renaissance (je vous renvoie \u00e0 Jean Gimpel, cit\u00e9 plus haut), mais ce qui prend une ampleur nouvelle, sans doute, c&rsquo;est que de nombreux autres faits sociaux sont personnifi\u00e9s : la \u00ab\u00a0manif pour tous\u00a0\u00bb, c&rsquo;est Virginie Tellenne, dite Frigide Barjot ; La canicule de 2003 a le visage de l&rsquo;urgentiste Patrick Pelloux ; et telle gr\u00e8ve, telle faillite, tel scandale financier, telle d\u00e9couverte scientifique, se voient attribuer un visage, parce que c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on traite l&rsquo;actualit\u00e9. Depuis l&rsquo;\u00e9mission <em>Big Brother<\/em> (1999), la t\u00e9l\u00e9vision a m\u00eame prouv\u00e9 qu&rsquo;elle pouvait donner une importance \u00e0 des visages, \u00e0 des personnes, qui ne repr\u00e9sentent rien de particulier, sinon le fait d&rsquo;\u00eatre montr\u00e9s avec insistance par une cam\u00e9ra.<\/p>\n<div style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" alt=\"daft_punk_electroma_2\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/daft_punk_electroma_2.jpg\" width=\"530\" height=\"288\" \/><p class=\"wp-caption-text\"><em>Electroma<\/em><\/p><\/div>\n<p>Pour des raisons politiques (le refus de l&rsquo;art bourgeois,&#8230;), et peut-\u00eatre en r\u00e9action \u00e0 l&rsquo;importance de la m\u00e9diatisation, de nombreux cr\u00e9ateurs ne se reconnaissent plus dans la figure de l&rsquo;artiste \u00ab\u00a0surhomme\u00a0\u00bb. Depuis la fin des ann\u00e9es 1960, au moins, de nombreux cr\u00e9ateurs ont voulu revoir cette position sociale de l&rsquo;artiste en tant qu&rsquo;\u00eatre d&rsquo;exception, et cette question me semble \u00eatre revenue avec l&rsquo;art sur Internet, qui \u00e9chappe, aux \u00ab\u00a0r\u00e8gles de l&rsquo;art\u00a0\u00bb telles qu&rsquo;elles sont d\u00e9finies par les institutions, par le march\u00e9 et par l&rsquo;opinion publique, et o\u00f9 les cr\u00e9ations peuvent \u00eatre collectives, participatives, et \u00eatre amen\u00e9es au public selon des modalit\u00e9s nouvelles telles que les licences \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb. Le rejet du savoir-faire (ready-made ou proc\u00e9d\u00e9s de cr\u00e9ation automatis\u00e9e comme le dripping ou, plus r\u00e9cemment, les g\u00e9n\u00e9rateurs logiciels) n&rsquo;est certainement pas sans lien avec la question.<br \/>\nAvec Internet, les professionnels et les amateurs se trouvent parfois en comp\u00e9tition et \u00e0 \u00e9galit\u00e9. Beaucoup d&rsquo;observateurs minimisent le ph\u00e9nom\u00e8ne et rappellent que le nombre d&rsquo;artistes d\u00e9couverts sur le r\u00e9seau est plut\u00f4t r\u00e9duit, que ceux-ci sont rapidement int\u00e9gr\u00e9s au circuit professionnel \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb, quand ils n&rsquo;en \u00e9manent pas au d\u00e9part.<\/p>\n<div id=\"attachment_25891\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-25891\" class=\"size-full wp-image-25891\" alt=\"daft_punk_electroma_1\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/daft_punk_electroma_1.jpg\" width=\"530\" height=\"289\" \/><p id=\"caption-attachment-25891\" class=\"wp-caption-text\">Dans le film <em>Electroma<\/em> (2006), les Daft Punk veulent devenir humains et se font poser des visages. Ils suscitent le rejet et l&rsquo;incompr\u00e9hension des autres robots.<\/p><\/div>\n<p>Un mouvement comparable a eu lieu avec la musique \u00e9lectronique, o\u00f9 dans de nombreux cas les pochettes de disques sont devenues graphiques, abstraites, \u00e9vocatrices, et o\u00f9 on a cess\u00e9 de mettre en gros plan le visage d&rsquo;un chanteur ou d&rsquo;une chanteuse, associ\u00e9 \u00e0 son nom. De nombreux vid\u00e9o-clips de musique \u00e9lectronique ne mettent pas l&rsquo;artiste en avant, ou bien (je pense \u00e0 Aphex Twin) d&rsquo;une mani\u00e8re qui ridiculise l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de personnifier la musique. Certains artistes n&rsquo;ont pas de visage du tout, comme les Daft Punk qui se cachent derri\u00e8re leurs casques de robots. Parfois m\u00eame on ignore qui cr\u00e9e vraiment puisque les musiciens, les producteurs, les artistes dont on a \u00ab\u00a0sampl\u00e9\u00a0\u00bb le travail et les machines elles-m\u00eames sont, de fait, co-auteurs. Parfois m\u00eame le graphiste d&rsquo;un label ou l&rsquo;auteur du clip peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme co-auteurs, au sens ou sans eux, le disque serait diff\u00e9rent. Les cr\u00e9ateurs existent toujours, mais ils se cachent, modestement, derri\u00e8re diverses strates et au final, seule compte l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<div style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" alt=\"daft_punk_electroma_3\" src=\"\/dernier\/files\/2013\/06\/daft_punk_electroma_3.jpg\" width=\"530\" height=\"288\" \/><p class=\"wp-caption-text\">La tentative de devenir \u00ab\u00a0humain\u00a0\u00bb des Daft Punk s&rsquo;av\u00e8re de toute fa\u00e7on vaine, leurs traits se d\u00e9forment sous l&rsquo;action du soleil et ils fondent litt\u00e9ralement.<\/p><\/div>\n<p>Je ne sais pas quel sera le futur de l&rsquo;artiste en tant que statut social, mais on peut imaginer que cette tendance qui consiste \u00e0 refuser de se placer sur un pi\u00e9destal, \u00e0 refuser de tracer une fronti\u00e8re ind\u00e9passable entre l&rsquo;artiste <em>\u00ab\u00a0au sommet\u00a0\u00bb<\/em> et le spectateur <em>\u00ab\u00a0\u00e9ponge absorbant passivement tout ce qui lui est donn\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>, pour reprendre une formule de Brian Eno<sup><a href=\"#footnote_10_25804\" id=\"identifier_10_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Interview dans le magazine Obsession #11, &eacute;t&eacute; 2013, trouv&eacute; dans un train.\">10<\/a><\/sup> se poursuivra. Le besoin de cr\u00e9er existe en chacun de nous, et l&rsquo;\u00e9cole, la famille, la cruaut\u00e9 des carri\u00e8res d&rsquo;artistes, l&rsquo;exigence de qualit\u00e9 et enfin l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on est artiste ou non-artiste, ne semblent avoir pour but que de d\u00e9courager le plus grand nombre d&rsquo;oser inventer, gribouiller<sup><a href=\"#footnote_11_25804\" id=\"identifier_11_25804\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"On m&rsquo;a rapport&eacute; qu&rsquo;en France il arrivait que l&rsquo;on note les dessins d&egrave;s l&rsquo;&eacute;cole maternelle !\">11<\/a><\/sup>, fredonner, \u00e9crire. Il ne faut pas se laisser faire.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_25804\" class=\"footnote\">Je ne cite pas <em>V\u00e9nus Noire<\/em>, qui est \u00e0 ce jour le vrai \u00e9chec critique et public de l&rsquo;auteur, car je ne l&rsquo;ai pas vu. <em>La Faute \u00e0 Voltaire<\/em>, par ailleurs, n&rsquo;a pas la maturit\u00e9 des deux films suivants, c&rsquo;est un premier film, apr\u00e8s tout, mais il n&rsquo;en est pas moins hautement regardable.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_25804\" class=\"footnote\">J&rsquo;entendais \u00e0 la radio le philosophe Pierre-Damien Huyghe dire, en substance, que\u00a0le cin\u00e9ma qui nous reste en m\u00e9moire est fait d&rsquo;\u0153uvres qui se sont (je me souviens de l&rsquo;expression exacte)\u00a0<em>\u00ab\u00a0d\u00e9gag\u00e9es du divertissement\u00a0\u00bb<\/em>. Je ne suis, malgr\u00e9 ce que j&rsquo;ai dit plus haut, pas tellement d&rsquo;accord avec cette formulation qui fait du divertissement une sorte de handicap dont il faudrait s&rsquo;\u00e9manciper. Or rien n&rsquo;est plus facile que de faire un film non-divertissant. De plus, le cin\u00e9ma dit \u00ab\u00a0de genre\u00a0\u00bb a une capacit\u00e9 extraordinaire \u00e0 s&rsquo;imprimer sur les r\u00e9tines ou dans les consciences, et ce en touchant parfois un nombre incroyable de spectateurs. Si je devais essayer de faire une distinction (mais je trouverai rapidement moi-m\u00eame les exemples qui me contrediront, si j&rsquo;y r\u00e9fl\u00e9chis deux secondes), je dirais que dans le bon cin\u00e9ma, le film ne se termine pas avec la fin de la projection, il reste un \u00ab\u00a0dossier en cours\u00a0\u00bb, comme on dit dans les administrations.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_25804\" class=\"footnote\">Il y a une raison \u00e0 cette absence de g\u00e9n\u00e9rique : le film a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 pour le festival alors que son montage n&rsquo;\u00e9tait pas encore achev\u00e9. Mais il n&rsquo;en reste pas moins que le film a eu priorit\u00e9 sur le g\u00e9n\u00e9rique, et \u00e7a ne signifie pas rien. Bien s\u00fbr, l&rsquo;auteur ne voulait pas rater sa premi\u00e8re s\u00e9lection \u00e0 Cannes, surtout apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec critique et public de <em>V\u00e9nus noire<\/em>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_25804\" class=\"footnote\">Jean-Fran\u00e7ois Lepetit, <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/festival-de-cannes\/article\/2013\/05\/13\/les-epreuves-contre-la-montre-d-abdel-kechiche_3175279_766360.html\" target=\"_blank\">cit\u00e9 par <em>Le Monde<\/em>, le 13\/05\/2013<\/a> : <em>\u00abJ\u2019aime beaucoup le travail d\u2019Abdellatif. Mais je pr\u00e9f\u00e8re cent fois payer ma place pour aller voir ses films, plut\u00f4t que d\u2019avoir affaire \u00e0 lui. Je travaille dans la production depuis trente ans. Avec Abdel, je n\u2019ai jamais v\u00e9cu quelque chose d\u2019aussi douloureux\u00bb<\/em>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_25804\" class=\"footnote\">L&rsquo;histoire des hu\u00eetres semble \u00eatre apocryphe, c&rsquo;est du moins ce que dit <a href=\"http:\/\/blogs.lesinrocks.com\/kaganski\/2013\/05\/31\/kechiche-bashing-slight-return\/\" target=\"_blank\">un r\u00e9cent article paru sur le site des <em>Inrockuptibles<\/em><\/a>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_25804\" class=\"footnote\"><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/272346783X\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=272346783X&amp;linkCode=as2&amp;tag=lederniblog-21\" target=\"_blank\"><em>Le bleu est une couleur chaude<\/em><\/a>, de Julie Maroh, est la premi\u00e8re bande dessin\u00e9e dont l&rsquo;adaptation a \u00e9t\u00e9 prim\u00e9e par la palme d&rsquo;or \u00e0 Cannes. Je me demande si cette origine \u00ab\u00a0impure\u00a0\u00bb ne constitue pas \u00e0 pr\u00e9sent une g\u00eane pour le r\u00e9alisateur du film, qui pr\u00e9f\u00e8re qu&rsquo;on n&rsquo;en parle pas trop, car la bande dessin\u00e9e n&rsquo;est pas un art \u00ab\u00a0noble\u00a0\u00bb\u00a0(je vous renvoie \u00e0 mon livre\u00a0<a href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=18978\" target=\"_blank\"><em>Entre la pl\u00e8be et l&rsquo;\u00e9lite<\/em><\/a>).<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_25804\" class=\"footnote\">Il existe de formidables films sur la nourriture :\u00a0<em>Sal\u00e9 sucr\u00e9<\/em>\u00a0de Ang Lee, <em>Tampopo<\/em> de J\u016bz\u014d Itami\u00a0ou\u00a0<em>Le Festin de Babette<\/em>\u00a0de Gabriel Axel, par exemple.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_8_25804\" class=\"footnote\">Gimpel n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 citer le d\u00e9but de <em>Mein Kampf<\/em>, dans lequel Adolf Hitler se pr\u00e9sente comme un artiste non pas pour son \u0153uvre mais pour son temp\u00e9rament. Je m&rsquo;en \u00e9tais inspir\u00e9 pour \u00e9crie, pour <a title=\"Mes savants am\u00e9ricains\" href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=12386\" target=\"_blank\"><em>Scientists of America<\/em><\/a>, un article intitul\u00e9 <em><a href=\"http:\/\/www.scientistsofamerica.com\/index.php?texte=93\">95,6 % des dictatures pourraient dispara\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 un meilleur enseignement de l\u2019art<\/a><\/em>.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_8_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_9_25804\" class=\"footnote\">Ce qui me rappelle L&rsquo;<em>\u00c9pine dans le c\u0153ur<\/em>, de Michel Gondry, joli documentaire sur la tante du r\u00e9alisateur, une institutrice qui a laiss\u00e9 le meilleur souvenir \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves mais qui n&rsquo;a jamais r\u00e9ussi \u00e0 avoir des rapports satisfaisants avec son propre fils.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_9_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_10_25804\" class=\"footnote\">Interview dans le magazine <em>Obsession<\/em> #11, \u00e9t\u00e9 2013, trouv\u00e9 dans un train.<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_10_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_11_25804\" class=\"footnote\">On m&rsquo;a rapport\u00e9 qu&rsquo;en France il arrivait que l&rsquo;on note les dessins d\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole maternelle !<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_11_25804\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L\u2019art est ce qui rend la vie plus int\u00e9ressante que l\u2019art \u00bb Robert Filliou (avertissement : ce billet traite d&rsquo;un sujet sensible et hautement pol\u00e9mique, si vous souhaitez intervenir en commentaire, faites l&rsquo;effort de le lire vraiment) Il y a eu beaucoup de remous autour du cas d&rsquo;Abdelatif Kechiche ces derniers jours. 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