{"id":17631,"date":"2011-09-12T15:17:09","date_gmt":"2011-09-12T15:17:09","guid":{"rendered":"http:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=17631"},"modified":"2011-09-15T06:55:57","modified_gmt":"2011-09-15T06:55:57","slug":"les-reves-la-fiction-la-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=17631","title":{"rendered":"Les r\u00eaves, la fiction, la r\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Puisque j&rsquo;en ai parl\u00e9 ailleurs, un peu par hasard, j&rsquo;aimerais exposer ici une th\u00e9orie. J&rsquo;ignore totalement si elle est originale, car je suis loin d&rsquo;avoir lu tous les auteurs sur ce genre de sujet, mais en tout cas, les lignes qui suivent exposent l&rsquo;\u00e9tat de ma r\u00e9flexion sur la question.\u00a0Et cette question, c&rsquo;est de se demander \u00e0 quoi sert le r\u00eave, \u00e0 quoi sert la fiction, et de tenter, malgr\u00e9 toutes les inconnues, de proposer que ces deux faits ont une utilit\u00e9 comparable, \u00e0 des \u00e9chelles diff\u00e9rentes.<\/p>\n<h4>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un r\u00eave ?<\/h4>\n<p>D&rsquo;un point de vue technique, neurologique, j&rsquo;ai un peu lu sur le r\u00eave, et je tire surtout de mes lectures le sentiment que le sujet reste assez mal connu. On a pr\u00e9cis\u00e9ment observ\u00e9 les phases du sommeil, il y a plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle<sup><a href=\"#footnote_1_17631\" id=\"identifier_1_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Le fondateur de l&rsquo;&eacute;tude s&eacute;rieuse du sommeil est le neurobiologiste Michel Jouvet.\">1<\/a><\/sup>, mais puisque l&rsquo;on est loin de comprendre le fonctionnement du cerveau, on ne comprend pas encore bien le fonctionnement ou surtout l&rsquo;utilit\u00e9 pr\u00e9cise du r\u00eave. Ce que l&rsquo;on sait en revanche c&rsquo;est que c&rsquo;est un processus tr\u00e8s actif, malgr\u00e9 le repos total du corps, proche de la paralysie. On sait que ce processus r\u00e9clame \u00e9norm\u00e9ment d&rsquo;\u00e9nergie (oxyg\u00e8ne, glucose) \u00e0 notre organisme et qu&rsquo;il active de nombreuses zones de notre cerveau. Il semble que pendant sa phase de sommeil paradoxal, le cerveau ignore son \u00e9tat : tout fonctionne tr\u00e8s habituellement pour lui (les zones d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la perception ou \u00e0 la motricit\u00e9 fonctionnent \u00e0 plein r\u00e9gime, par exemple) si ce n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00ab\u00a0barri\u00e8re\u00a0\u00bb le d\u00e9connecte de la plupart des muscles (sauf les yeux, compl\u00e8tement d\u00e9cha\u00een\u00e9s, la respiration qui continue \u00e0 fonctionner, ainsi que les organes reproducteurs qui, chez l&rsquo;homme comme chez la femme, sont alors spectaculairement congestionn\u00e9s). Pour faire une analogie robotique, le sommeil paradoxal, c&rsquo;est un peu comme si on passait en mode \u00ab\u00a0simulation\u00a0\u00bb : l&rsquo;ordinateur fonctionne habituellement mais ses ordres ne sont pas transmis aux moteurs et il ne re\u00e7oit pas les informations des capteurs. De temps en temps, cependant, des \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs sont int\u00e9gr\u00e9s au r\u00eave (envie d&rsquo;uriner, perception d&rsquo;un son ext\u00e9rieur,&#8230;) et de temps en temps aussi, la barri\u00e8re n&rsquo;est pas efficace, des mouvement corporels sont activ\u00e9s par le r\u00eave : qui ne s&rsquo;est jamais r\u00e9veill\u00e9 en se d\u00e9battant, en frappant, en se retenant de faire une chute imaginaire,&#8230;<\/p>\n<div id=\"attachment_17771\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17771\" class=\"size-full wp-image-17771\" title=\"malkovich\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/malkovich.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"291\" \/><p id=\"caption-attachment-17771\" class=\"wp-caption-text\">Spike Jonze, &quot;Dans la peau de John Malkovich&quot; (1999). Craig Schwartz est un marionnettiste contraint \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9 ses r\u00eaves d&#39;artiste pour un emploi de bureau dans une soci\u00e9t\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 l&#39;\u00e9tage sept et demie d&#39;un immeuble. L&#39;endroit dissimule une myst\u00e9rieuse grotte qui permet de se projeter dans le cerveau de l&#39;acteur John Malkovich.<\/p><\/div>\n<p>On sait aussi que tout le monde r\u00eave (mais que, souvent, on ne se souvient de ses r\u00eaves que lorsqu&rsquo;ils sont interrompus par la sonnerie du r\u00e9veil ou par une \u00e9motion forte v\u00e9cue \u00e0\u00a0l\u2019int\u00e9rieur\u00a0du r\u00eave), et on sait enfin qu&rsquo;un sommeil normal \u2014 qui inclut le r\u00eave\u00a0\u2014 est totalement indispensable \u00e0 notre survie. On sait aussi que beaucoup d&rsquo;animaux ont des phases de sommeil paradoxal comme nous,\u00a0notamment\u00a0les\u00a0mammif\u00e8res et les oiseaux (en fait, tous les animaux \u00e0 sang chaud), et on sait que ces animaux font des r\u00eaves tout comme nous.\u00a0Enfin, on sait que les f\u0153tus r\u00eavent, qu&rsquo;ils se trouvent m\u00eame dans un \u00e9tat de sommeil permanent.<\/p>\n<h4>\u00c0 quoi ressemble le r\u00eave ?<\/h4>\n<p>Alors que tout le monde exp\u00e9rimente r\u00e9guli\u00e8rement le r\u00eave, je suis frapp\u00e9 des difficult\u00e9s que les artistes rencontrent lorsqu&rsquo;ils veulent les repr\u00e9senter. Je me souviens par exemple d&rsquo;une \u00e9tudiants qui, en voulant parler du r\u00eave, avait produit une vid\u00e9o sans int\u00e9r\u00eat o\u00f9 des filtres divers \u00e9taient appliqu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;image : inversion des couleurs, etc. Elle se d\u00e9fendait en disant que ses r\u00eaves \u00e0 elle \u00e9taient comme \u00e7a, mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s convaincant. Le r\u00eave est d&rsquo;ailleurs souvent une excuse \u00e0 la fantaisie : pour ne pas dire <em>\u00ab\u00a0je voulais un ciel violet\u00a0\u00bb<\/em>, on se r\u00e9clame de l&rsquo;autorit\u00e9 du r\u00eave. Jusqu&rsquo;aux premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle il n&rsquo;est pas rare que des r\u00e9cits fantastiques se terminent sur cette astuce qui ressemble \u00e0 la peur de sa propre audace : <em>\u00ab\u00a0ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un r\u00eave\u00a0\u00bb<\/em>.<br \/>\nLes r\u00eaves mis en sc\u00e8ne par Dali (<em>Dumbo<\/em>, <em>La maison du Dr. Edwardes<\/em>) fonctionnent mieux en tant que films qu&rsquo;en tant que r\u00eaves. Je trouve\u00a0<em>Un chien andalou<\/em> (1929), r\u00e9alis\u00e9 avec Bu\u00f1uel, plus convaincant. David Lynch a une approche tr\u00e8s visuelle et un peu mani\u00e9riste du r\u00eave, mais le r\u00e9sultat est assez r\u00e9ussi. On peut aussi mentionner Cronenberg pour sa mani\u00e8re de faire entrer le bizarre, la d\u00e9formation et le cauchemar dans la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nL&rsquo;auteur qui, \u00e0 mon sens, a le mieux r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la m\u00e9canique du r\u00eave, c&rsquo;est sans doute Michel Gondry, qui non seulement repr\u00e9sente le r\u00eave, mais produit des r\u00e9cits qui fonctionnent comme des r\u00eaves (la bande dessin\u00e9e <em>We lost the war but not the battle<\/em>, les film <em>Human Nature<\/em> et <em>Eternal sunshine of the spotless mind<\/em>, plusieurs vid\u00e9o-clips tels que <em>Bachelorette<\/em> ou<em> Army of me<\/em>\u00a0pour Bj\u00f6rk,&#8230;).<\/p>\n<div id=\"attachment_17773\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17773\" class=\"size-full wp-image-17773\" title=\"science_of_sleep_1\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/science_of_sleep_1.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"290\" \/><p id=\"caption-attachment-17773\" class=\"wp-caption-text\">Michel Gondry, &quot;La science des r\u00eaves&quot; (2005)<\/p><\/div>\n<p>Se souvenir de ses r\u00eaves est difficile. Je remarque que si j&rsquo;ai un souvenir vif d&rsquo;un r\u00eave au r\u00e9veil, je l&rsquo;ai souvent totalement oubli\u00e9 une heure apr\u00e8s et si j&rsquo;essaie de le raconter, ce n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus le r\u00eave mais ce dont je me rappelle m&rsquo;\u00eatre souvenu, et je sens que ce qui \u00e9tait racont\u00e9 s&rsquo;est entre temps simplifi\u00e9 et peut-\u00eatre aussi transform\u00e9 en un r\u00e9cit un peu trop bien sc\u00e9naris\u00e9.<br \/>\nDe mes propres r\u00eaves je retiens qu&rsquo;ils relient beaucoup d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments des jours pass\u00e9es (pr\u00e9occupations, dernier film vu, dernier roman lu,&#8230;) mais aussi quelques \u00e9l\u00e9ments plus anciens, parfois inattendus. Tous ces \u00e9l\u00e9ments sont g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re qui semble coh\u00e9rente au cours du r\u00eave mais qui ne l&rsquo;est pas une fois que j&rsquo;essaie de les r\u00e9capituler, au r\u00e9veil. Les personnes ou les lieux peuvent avoir chang\u00e9 en cours de route par exemple, et les passages d&rsquo;un lieu \u00e0 un autre peuvent \u00eatre magiques : pi\u00e8ces de l&rsquo;appartement de feu ma grand-m\u00e8re qui d\u00e9bouche sur une salle de coll\u00e8ge par une porte inconnue, par exemple.\u00a0Parfois les r\u00eaves sont confus, parfois ils semblent tr\u00e8s clairs. Parfois ils contiennent des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s familiers : un lieu dont on ne se rappelle pas une fois \u00e9veill\u00e9 mais o\u00f9 l&rsquo;on se rend r\u00e9guli\u00e8rement en r\u00eave.<br \/>\nCe qui est sans doute le plus \u00e9tonnant, le plus troublant, c&rsquo;est que les r\u00eaves soient produits par notre cerveau, qui est l&rsquo;organe v\u00e9ritable de notre perception sonore, visuelle, olfactive, tactile, ce qui fait que les r\u00eaves peuvent atteindre un niveau de vraisemblabilit\u00e9 total : le moindre concept, la moindre id\u00e9e d&rsquo;un objet, prend exactement la forme qu&rsquo;elle doit prendre. Il n&rsquo;y a aucune distanciation li\u00e9e au mode de repr\u00e9sentation, ce qui explique sans doute qu&rsquo;il soit difficile de repr\u00e9senter la chose : un r\u00eave racont\u00e9 p\u00e2tit des moyens utilis\u00e9s pour le raconter.<\/p>\n<h4>\u00c0 quoi sert le r\u00eave ?<\/h4>\n<p>Sur ce point, le myst\u00e8re reste \u00e9pais. On a souvent pr\u00eat\u00e9 une utilit\u00e9 surnaturelle au r\u00eave : il nous pr\u00e9vient de quelque chose \u00e0 venir. Cela m&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 d&rsquo;avoir un r\u00eave qui se rapportait \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement futur \u00e0 vrai dire. Mais rien de magique : le r\u00eave n&rsquo;avait fait qu&rsquo;associer des pr\u00e9occupations du moment, peut-\u00eatre des sentiments jusqu&rsquo;ici \u00e9conduits par l&rsquo;entendement, et qui une fois trait\u00e9s aboutissaient \u00e0 la conclusion logique qu&rsquo;il se passe quelque chose d&rsquo;important. On r\u00eave de quelqu&rsquo;un et trois jours plus tard on apprend sa mort, par exemple. Il est facile de prendre \u00e7a pour de la prescience, mais en \u00e9cartant cette hypoth\u00e8se surnaturelle on trouve bien souvent que des \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;information divers justifiaient la pr\u00e9occupation : l&rsquo;absence de contacts r\u00e9cents ou bien au contraire un message au ton inhabituel, etc.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui, quand j&rsquo;ai fait un r\u00eave triste ou angoissant \u00e0 propos de quelqu&rsquo;un, j&rsquo;ai tendance \u00e0 prendre de ses nouvelles. Dans la quasi-totalit\u00e9 des cas, heureusement, le r\u00eave en question s&rsquo;av\u00e8re ne rien avoir eu \u00e0 \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb de crucial.<\/p>\n<div id=\"attachment_17779\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17779\" class=\"size-full wp-image-17779\" title=\"le_magnifique\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/le_magnifique.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"496\" \/><p id=\"caption-attachment-17779\" class=\"wp-caption-text\">Philippe de Broca, &quot;Le Magnifique&quot; (1973). Fran\u00e7ois Merlin se r\u00eave en Bob Saint-Clar, une sorte de James Bond qui vit des aventures palpitantes dans les plus beaux endroits du monde. Il utilise la fiction pour r\u00e9gler ses comptes avec son \u00e9diteur, pour oublier la pluie ou pour vivre une idylle imaginaire avec sa voisine. Ses romans font r\u00eaver des millions de gens.<\/p><\/div>\n<p>La fa\u00e7on de voir les r\u00eaves chez Freud ne diff\u00e8re pas du r\u00eave-oracle de l&rsquo;antiquit\u00e9, si ce n&rsquo;est qu&rsquo;il ne se rapporte pas \u00e0 des \u00e9v\u00e8nements ext\u00e9rieurs mais \u00e0 la vie psychique du r\u00eaveur : le songe cherche \u00e0 nous dire quelque chose que nous refusons de penser consciemment. Et quand on nous propose une liste de r\u00eaves avec des symboliques lourdes, comme le font les livres\u00a0d\u2019interpr\u00e9tation\u00a0des r\u00eaves inspir\u00e9s par la psychanalyse, \u00e7a marche presque. Sauf que les r\u00eaves ne ressemblent jamais \u00e0 \u00e7a justement.\u00a0L&rsquo;approche freudienne qui consiste \u00e0 n&rsquo;y voir que l&rsquo;expression symbolique d&rsquo;obsessions sexuelles plus ou moins incestueuses, qu&rsquo;il faudrait aller chercher derri\u00e8re les incoh\u00e9rences du songe me semble passablement idiote, m\u00eame si j&rsquo;imagine que\u00a0l\u2019interpr\u00e9tation\u00a0des r\u00eaves est un excellent support de discussion pour pousser \u00e0 s&rsquo;exprimer les patients d&rsquo;un psychoth\u00e9rapeute : le r\u00eave n&rsquo;est alors qu&rsquo;un pr\u00e9texte, et c&rsquo;est la mani\u00e8re dont l&rsquo;interpr\u00e8te ou le rationalise le r\u00eaveur qui peut avoir un sens.\u00a0Les indiens d&rsquo;Am\u00e9rique, lorsqu&rsquo;ils r\u00eavaient qu&rsquo;ils avaient fait du tort \u00e0 quelqu&rsquo;un, allaient le voir pour lui pr\u00e9senter des excuses, dit-on. Puisque le r\u00eave se construit avec les pr\u00e9occupations du moment, ce n&rsquo;est pas\u00a0irrationnel, en tout cas moins que l&rsquo;interminable qu\u00eate du \u00ab\u00a0moi profond\u00a0\u00bb\u00a0psychanalytique. Non<sup><a href=\"#footnote_2_17631\" id=\"identifier_2_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je dois admettre que je ne suis pas un incondtionnel de Freud, comme on l&rsquo;aura peut-&ecirc;tre remarqu&eacute; avec cet ancien article, Le presque &ccedil;a et le je-ne-sais-rien.\">2<\/a><\/sup>?<\/p>\n<h4>Le r\u00eave et l&rsquo;intelligence<\/h4>\n<p>Plus s\u00e9rieusement, on pense d\u00e9sormais que le r\u00eave a un rapport avec la m\u00e9moire, qu&rsquo;il sert \u00e0\u00a0r\u00e9-assembler\u00a0des souvenirs, \u00e0 leur donner un sens, \u00e0 les \u00e9prouver, \u00e0 les tester \u2014 mais pas \u00e0 m\u00e9moriser, car on peut m\u00e9moriser sans r\u00eaves. \u00a0On doit pouvoir d\u00e9crire le songe comme une op\u00e9ration de maintenance du cerveau.<br \/>\nJe sais d&rsquo;exp\u00e9rience que le r\u00eave sert souvent \u00e0 comprendre des choses. Je me souviens avoir but\u00e9 sur des probl\u00e8mes logiques de programmation que j&rsquo;ai r\u00e9solus en dormant, parfois en r\u00e9digeant du code en songe, en essayant des combinaisons. Et au r\u00e9veil, le programme \u00e0 \u00e9crire sortait tout seul, et avec justesse. Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9es, je me souviens qu&rsquo;en entrant en classe de cours pr\u00e9paratoire, je ne savais pas faire mes lacets. Une nuit, j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ration avec une pr\u00e9cision parfaite : o\u00f9 passait la corde, comment cette construction topologique complexe fonctionnait. Et depuis, eh bien je sais faire mes lacets.<br \/>\nJe me souviens aussi d&rsquo;une journ\u00e9e laborieuse o\u00f9 ma fille a\u00een\u00e9e, alors b\u00e9b\u00e9, a tent\u00e9 avec un acharnement constant d&rsquo;escalader un fauteuil. Et tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement, elle chutait, et elle se faisait mal, m\u00eame. Pourtant elle semblait incapable de se retenir d&rsquo;effectuer cette ascension qui lui co\u00fbtait pourtant cher. \u00c9puis\u00e9e, elle a fini par s&rsquo;endormir. Au r\u00e9veil elle avait une autre approche de son Everest, en fait elle avait compris comment l&rsquo;aborder avec prudence et en ne courant plus le danger de se faire mal. J&rsquo;ignore si le songe y est pour quelque chose, mais une partie du processus de sommeil, en tout cas, l&rsquo;avait fait progresser. On dit : \u00ab\u00a0la nuit porte conseil\u00a0\u00bb et c&rsquo;est assez vrai. Dormir permet non seulement de comprendre mieux mais aussi de quitter une pens\u00e9e obs\u00e9dante, de la mettre en perspective ou de la ramener \u00e0 une place raisonnable. Le r\u00eave, et plus largement le sommeil, a sans aucun doute un lien avec la construction de l&rsquo;intelligence.<br \/>\nCitons enfin deux autres indices du rapport qui existe entre r\u00eave et compr\u00e9hension. D&rsquo;une part, on ne r\u00eave jamais autant que pendant que la structure de notre cerveau se met en place (le nouveau-n\u00e9 r\u00eave presque en permanence). D&rsquo;autre part, on a pu prouver que les p\u00e9riodes de stress sont aussi des p\u00e9riodes o\u00f9 l&rsquo;on r\u00eave plus.<\/p>\n<div id=\"attachment_17781\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17781\" class=\"size-full wp-image-17781\" title=\"inception\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/inception.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"260\" \/><p id=\"caption-attachment-17781\" class=\"wp-caption-text\">Dans Inception (Christopher Nolan, 2010), conform\u00e9ment \u00e0 l&#39;id\u00e9ologie actuelle de la rentabilisation de chaque instant de la vie, le r\u00eave devient un lieu de travail. Cela me rappelle la curieuse id\u00e9e - pass\u00e9e de mode - de dormir en \u00e9coutant en permanence des cassettes d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&#39;apprentissage d&#39;une langue ou de toute autre mati\u00e8re.<\/p><\/div>\n<p>Ma conclusion personnelle est que le r\u00eave sert \u00e0 plusieurs choses, qu&rsquo;il sert \u00e0 progresser intellectuellement, qu&rsquo;il sert \u00e0 passer en revue certaines fonctions du cerveau, \u00e0 \u00e9prouver des \u00e9motions, mais aussi qu&rsquo;il contient de nombreux \u00e9l\u00e9ments qui n&rsquo;ont ni sens ni utilit\u00e9 particuli\u00e8re.<br \/>\nJe me fie \u00e9videmment beaucoup \u00e0 ma propre exp\u00e9rience,\u00a0je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autorit\u00e9 scientifique particuli\u00e8re sur le sujet, qui doit progresser \u00e0 une grande vitesse avec les outils dont on dispose actuellement pour analyser l&rsquo;activit\u00e9 du cerveau.<br \/>\nJe me permettrais un petit pari technologique : si l&rsquo;on veut un jour cr\u00e9er des ordinateurs \u00ab\u00a0sapients\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0conscients\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0sophonts\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#footnote_3_17631\" id=\"identifier_3_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Sophont est un terme invent&eacute; par l&rsquo;auteur de science-fiction Poul Anderson en 1966 pour d&eacute;signer l&rsquo;intelligence qui ne proc&egrave;de pas d&rsquo;un simple calcul algorithmique mais qui constitue une v&eacute;ritable aptitude au raisonnement ind&eacute;pendant. Sapient signifie sage, on utilise &agrave; tort ou &agrave; raison l&rsquo;adjectif latin sapiens pour d&eacute;signer notre esp&egrave;ce : homo sapiens. Quand &agrave; la conscience, on peut la r&eacute;sumer &agrave; la facult&eacute; de savoir que l&rsquo;on existe.\">3<\/a><\/sup>, cela passera par l&rsquo;invention d&rsquo;un \u00e9quivalent informatique au r\u00eave.<\/p>\n<h4>Mon dernier r\u00eave<\/h4>\n<p>Cette nuit, j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais avec un ami \u00e0 la r\u00e9daction d&rsquo;un journal o\u00f9 se trouvait Edwy Plenel. L&rsquo;ami essayait d&rsquo;expliquer ses opinions \u00e0 Edwy Plenel mais de mani\u00e8re un peu laborieuse, notamment en lui faisant lire \u00e0 haute voix un po\u00e8me et en guettant sa r\u00e9action. Cela se passait dans un immense parc arbor\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;immeuble. J&rsquo;ai pris \u00e0 part Edwy Plenel, qui \u00e9tait entre temps devenu une femme, pour lui expliquer ce que voulait dire mon ami et pour lui expliquer les raisons de la confusion de ses propos. Et puis je me suis r\u00e9veill\u00e9. Une chose qui me frappe sans ce r\u00eave c&rsquo;est que pas un instant je n&rsquo;ai mis en doute sa r\u00e9alit\u00e9 pendant mon sommeil, malgr\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments \u00e9tranges qui s&rsquo;y trouvaient, et malgr\u00e9 les transformations. Ensuite, il contient des \u00e9l\u00e9ments dont je peux identifier la provenance : j&rsquo;ai vu Edwy Plenel \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision il y a quelques jours et je reconnais \u00e0 pr\u00e9sent le parc, qui est en fait celui de ma voisine, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e il y a un mois et dont l&rsquo;immense jardin \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;anglaise\u00a0\u00bb int\u00e9resse beaucoup les promoteurs immobiliers. Quand au fait d&rsquo;expliquer un propos confus, ma foi, c&rsquo;est ce que j&rsquo;essaie de faire en permanence sur mes blogs, dans le livre que je suis en train de terminer (et dont je refonde l&rsquo;introduction en ce moment), en commentaires de blogs, dans des tweets, des conversations en ligne,&#8230; \u2014 ce sont mes propres discours et opinions que j&rsquo;essaie constamment d&rsquo;expliciter, bien s\u00fbr.<br \/>\nCe r\u00eave me semble ne pas avoir d&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier, si ce n&rsquo;est que je m&rsquo;y suis entra\u00een\u00e9 \u00e0 expliquer quelque chose. Quand la rentr\u00e9e universitaire approche je fais souvent des r\u00eaves dans lesquels j&rsquo;explique des choses, ou des r\u00eaves dans lesquels je me bats dans les couloirs de l&rsquo;Universit\u00e9 !<\/p>\n<h4>\u00c0 quoi sert la fiction ?<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s cette laborieuse explication du r\u00eave, voici ma th\u00e9orie, qui tient en une simple ligne : <strong>la fiction est, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des groupes, ce que le r\u00eave est \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du cerveau<\/strong>.<br \/>\nPour commencer, on sait qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de soci\u00e9t\u00e9 (de groupe humain) qui n&rsquo;engendre pas de fictions. Je parle des contes, des l\u00e9gendes, des romans, des films, des religions, mais aussi des rumeurs, des bavardages, des chansons, des informations, du r\u00e9cit historique, des histoires dr\u00f4les,&#8230; Autant de formes plus ou moins inspir\u00e9es par le r\u00e9el et qui assument plus ou moins leur rapport \u00e0 l&rsquo;imaginaire.<br \/>\nToutes ces fictions nous envoient des images, des id\u00e9es, des souvenirs, se r\u00e9pondent les unes aux autres, parfois d&rsquo;une mani\u00e8re qui semble avoir un sens, un but, qui veut nous dire quelque chose, parfois en faisant preuve d&rsquo;une \u00e9tonnante prescience, parfois en se contentant d&rsquo;\u00eatre fantaisiste et distrayantes. Mais ce qui est \u00e9tonnant, c&rsquo;est que ces fictions, depuis l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;art de masse \u00e0 partir des ann\u00e9es 1830, disons<sup><a href=\"#footnote_4_17631\" id=\"identifier_4_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"1830 : Charles Philipon invente la presse satirique ; 1834 : le Salon des Beaux-Arts devient annuel, des centaines de milliers de gens et plus tard des millions le visitent, connaissent le noms des peintres prim&eacute;s, etc. ; 1835 : Havas lance la premi&egrave;re agence de presse ; 1836 : &Eacute;mile de Girardin lance La Presse, quotidien &agrave; deux sous financ&eacute; par la publicit&eacute; ;&nbsp;1839 : la photographie est officiellement offerte au monde par Daguerre et par le France ; 1842 : Les myst&egrave;res de Paris sont publi&eacute;s dans le Journal des d&eacute;bats &ndash; encore plus populaire que Urgences ou Dr House en son temps ; 1856 : Louis Hachette place des librairies dans toutes les gares et cr&eacute;e des collections de livres pour les voyageurs ; 1877 ; le phonographe ; 1894 : le cin&eacute;matographe ; etc.\">4<\/a><\/sup>, ont vocation \u00e0 toucher simultan\u00e9ment un grand nombre de personnes, et donc, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, \u00e0 nous faire faire les m\u00eames r\u00eaves en m\u00eame temps.<br \/>\nLes fictions sont des simulations de r\u00e9alit\u00e9, mais nous font \u00e9prouver de v\u00e9ritables \u00e9motions et parfois des \u00e9motions \u00e9tonnamment intenses. \u00c0 un m\u00eame instant, tous les spectateurs d&rsquo;une m\u00eame salle de cin\u00e9ma peuvent avoir les yeux mouill\u00e9s devant un m\u00e9lodrame dont ils savent pourtant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas la r\u00e9alit\u00e9, ou peuvent ressentir des boosts d&rsquo;adr\u00e9naline en voyant Bruce Willis courir sous les balles d&rsquo;un terrifiant terroriste. On remarque que dans le cas du livre ou du film, le corps est ici aussi totalement immobile, d\u00e9connect\u00e9 de l&rsquo;action, ce qui n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le cas avec le jeu vid\u00e9o par exemple.<br \/>\nOutre les \u00e9motions synchronis\u00e9es, les fictions permettent aussi de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont nous pouvons vivre les uns avec les autres, la mani\u00e8re dont on se comporte en soci\u00e9t\u00e9, etc. : les fictions ont une dimension \u00ab\u00a0mode d&#8217;emploi\u00a0\u00bb non n\u00e9gligeable, soit par l&rsquo;exemple (la psychologie gr\u00e9gaire des humains les pousse \u00e0 chercher \u00e0 avoir un comportement qui ne d\u00e9note pas trop en g\u00e9n\u00e9ral), soit par le raisonnement : assister \u00e0 une histoire exemplaire et path\u00e9tique peut sensibiliser \u00e0 une cause humanitaire par exemple<sup><a href=\"#footnote_5_17631\" id=\"identifier_5_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Je note que dans de nombreuses fictions, justement, le visionnage d&rsquo;&oelig;uvres de fiction&nbsp;pr&eacute;existantes&nbsp;est un moyen d&rsquo;apprentissage pour, par exemple, un robot &laquo;&nbsp;conscient&nbsp;&raquo; ou un extra-terrestre qui veut comprendre l&rsquo;esp&egrave;ce humaine.\">5<\/a><\/sup>.<br \/>\nLes fictions ont aussi une aptitude \u00e0 cr\u00e9er des r\u00eaves d&rsquo;ailleurs : r\u00eaves de libert\u00e9, de solitude, d&rsquo;avenir,&#8230; Et m\u00eame \u00e0 cr\u00e9er des \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb tout court. De m\u00eame qu&rsquo;en r\u00eave on peut retrouver r\u00e9guli\u00e8rement des lieux qui n&rsquo;existent pas ou plus, on peut par les fictions avoir une partie de soi qui reste attach\u00e9e \u00e0 la plan\u00e8te Tatooine de Star Wars ou \u00e0 des \u00e9poques pass\u00e9es.\u00a0Si on me suit, donc, les fictions fabriquent l&rsquo;intelligence des soci\u00e9t\u00e9s, et donc, participent \u00e0 fabriquer les soci\u00e9t\u00e9s elles-m\u00eames.<\/p>\n<h4>De la standardisation des fictions de masse<\/h4>\n<p>Les philosophes de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort avaient sans doute raison de craindre que l&rsquo;industrialisation de l&rsquo;art de masse finisse par rendre les consciences \u00ab\u00a0standardis\u00e9es\u00a0\u00bb, car si notre capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir collectivement repose sur des r\u00eaves industriels, il y a de quoi s&rsquo;inqui\u00e9ter. Mais ces r\u00eaves industriels existent-t-ils vraiment ?<\/p>\n<div id=\"attachment_17769\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17769\" class=\"size-full wp-image-17769\" title=\"science_of_sleep_2\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/science_of_sleep_2.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"144\" \/><p id=\"caption-attachment-17769\" class=\"wp-caption-text\">Michel Gondry, &quot;La science des r\u00eaves&quot;. Guy jette son t\u00e9l\u00e9viseur dans le canal, \u00abIl n\u2019y a que des conneries \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 !\u00bb<\/p><\/div>\n<p>Les\u00a0\u0153uvres qui rel\u00e8vent de l&rsquo;art de masse ont souvent pour d\u00e9faut de faire na\u00eetre des formes acad\u00e9miques, des formats tr\u00e8s d\u00e9finis, puis de s&rsquo;y complaire. Le public, qui se m\u00e9fie des surprises et tente souvent de r\u00e9\u00e9diter des exp\u00e9riences heureuses pass\u00e9es, est complice de cet \u00e9tat de fait. Ainsi, la \u00ab\u00a0com\u00e9die romantique\u00a0\u00bb d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, souvent tr\u00e8s m\u00e9canique et donc pas tr\u00e8s romantiques, descend en droite ligne des (excellentes) \u00ab\u00a0screwball comedies\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1930 (<em>It Happened one night<\/em> de Capra, <em>His Girl Friday de Hawks<\/em>).<br \/>\nMais m\u00eame s&rsquo;il prend son temps, le public ne tol\u00e8re pas \u00e9ternellement la r\u00e9p\u00e9tition et r\u00e9clame en fait plus de renouvellement formel et th\u00e9matique qu&rsquo;on pourrait le penser. Car les fictions \u00ab\u00a0de masse\u00a0\u00bb ne sont pas produites que par des usines (Universal, Warner, Marvel,&#8230;), elles sont co-produites par les attentes du public.<br \/>\nPar ailleurs, si la masse se retrouve \u00e0 regarder telle ou telle s\u00e9rie \u00e0 la forme acad\u00e9mique, tel ou tel film ultra-banal, cette m\u00eame masse est compos\u00e9e de groupes socio-culturels de plus petit format dont les go\u00fbts se d\u00e9gagent du grand nombre. Par exemple, parmi les gens qui vont tous aller voir le dernier film de super-h\u00e9ros \u00e0 la mode, il s&rsquo;en trouve qui sont aussi all\u00e9s voir\u00a0<em>Film Socialisme<\/em> de Godard\u00a0ou le dernier <em>Lars Von Trier<\/em>, il y en a qui se passionnent avant tout pour les films d&rsquo;horreur, d&rsquo;autres qui ne s&rsquo;int\u00e9ressent quasiment qu&rsquo;aux fictions produites au Japon, d&rsquo;autres qui aiment les romans avec des vampires, d&rsquo;autres qui ne vont jamais au cin\u00e9ma et aiment surtout les jeux vid\u00e9o, etc.<br \/>\nLe fait qu&rsquo;une pratique rassemble un maximum de gens ne signifie pas que ces gens sont monomaniaques de cette pratique. Au contraire je parie que les monomaniaques, s&rsquo;il en existe vraiment, sont des gens qui ont des pratiques culturelles archi-minoritaires. Surtout aujourd&rsquo;hui, alors que l&rsquo;\u00e9change de fichiers ou la culture accessible sur Internet donnent acc\u00e8s \u00e0 un nombre\u00a0inou\u00ef\u00a0de fictions tr\u00e8s diverses.<\/p>\n<h4>Allers et retours entre fiction et r\u00e9alit\u00e9<\/h4>\n<p>Tant que j&rsquo;en suis \u00e0 livrer ma \u00ab\u00a0th\u00e9orie du grand tout\u00a0\u00bb \u00e0 propos des rapports entre fiction et soci\u00e9t\u00e9, finissons avec une autre question, que j&rsquo;ai souvent \u00e9voqu\u00e9e, qui est celle des allers et retours entre la r\u00e9alit\u00e9 et sa repr\u00e9sentation.<br \/>\nMa th\u00e9orie sur ce point pr\u00e9cis, c&rsquo;est que <strong>les fictions sont inspir\u00e9es par la r\u00e9alit\u00e9 et qu&rsquo;en retour, la r\u00e9alit\u00e9 est inspir\u00e9e par la fiction<\/strong>.<br \/>\nL&rsquo;exemple qui me semble le plus parlant c&rsquo;est celui des fictions polici\u00e8res. Le genre a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, sous forme d&rsquo;un t\u00e9moignage romanc\u00e9, <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2221080408\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;tag=amazonendofworld-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2221080408\" target=\"_blank\">les m\u00e9moires d&rsquo;Eug\u00e8ne-Fran\u00e7ois Vidocq<\/a> (1828), chef de la s\u00fbret\u00e9 sous l&rsquo;Empire et sous la Restauration. Ancien bagnard, Vidocq utilisait des m\u00e9thodes particuli\u00e8res pour l&rsquo;\u00e9poque, recourant au d\u00e9guisement, \u00e0 l&rsquo;infiltration dans la p\u00e8gre et aux coups mont\u00e9s dans le but de prendre des truands en flagrant-d\u00e9lit. Son histoire a inspir\u00e9 des personnages et des situations \u00e0 Dumas et \u00e0 Balzac, \u00a0et a sans aucun doute sugg\u00e9r\u00e9 son Rodolphe d&rsquo;Eug\u00e8ne S\u00fce (<em><a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/222105895X\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;tag=amazonendofworld-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=222105895X\" target=\"_blank\">Les Myst\u00e8res de Paris<\/a><\/em>, 1842). Rodolphe est un peu le premier super-h\u00e9ros moderne, il a lui-m\u00eame servi de mod\u00e8le \u00e0 Victor Hugo pour son Jean Valjean et, peut-\u00eatre par ricochet, \u00e0 des h\u00e9ros tels que Batman, puisqu&rsquo;il est comme Bruce Wayne un homme immens\u00e9ment riche, tortur\u00e9 par une visc\u00e9rale soif de vengeance qu&rsquo;il transforme en actions positives, redressant les torts dans Paris et affrontant de v\u00e9ritables et affreux super-vilains, tels quel \u00ab\u00a0Bras-rouge\u00a0\u00bb ou le terrible \u00ab\u00a0ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole\u00a0\u00bb.<br \/>\nMais Vidocq n&rsquo;est pas qu&rsquo;un aventurier, c&rsquo;est aussi un des p\u00e8res de la police scientifique, qui a collabor\u00e9 avec des chimistes et mis au point des principes d&rsquo;enqu\u00eate qui ont encore cours aujourd&rsquo;hui : la recherche d&rsquo;indices, l&rsquo;analyse et la comparaison des armes et des projectiles, l&rsquo;\u00e9tude du \u00ab\u00a0lieu du crime\u00a0\u00bb, etc. Cette partie l\u00e0 a inspir\u00e9 \u00e0 Edgar Alan Poe son\u00a0<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2035850827\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;tag=amazonendofworld-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2035850827\" target=\"_blank\">chevalier Dupin<\/a>, (1841),\u00a0\u00e0 \u00c9mile Gaboriau son\u00a0<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2702497470\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;tag=amazonendofworld-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2702497470\" target=\"_blank\">Monsieur Lecocq<\/a> (1866) \u00a0et bien s\u00fbr \u00e0 Arthur Conan Doyle son\u00a0<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/gp\/product\/2290339601\/ref=as_li_qf_sp_asin_tl?ie=UTF8&amp;tag=amazonendofworld-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2290339601\" target=\"_blank\">Sherlock Holmes<\/a> (1887). Ces auteurs fondateurs du genre n&rsquo;ont pas forc\u00e9ment cherch\u00e9 \u00e0 parler du v\u00e9ritable travail des officiers de police, ils ont extrapol\u00e9 ce qu&rsquo;ils en savaient ou ce qu&rsquo;ils voulaient en croire et en ont fait un genre romanesque.<br \/>\nJusqu&rsquo;ici nous sommes dans un sch\u00e9ma assez classique : il existe un fait (la naissance d&rsquo;une police moderne) et sa repr\u00e9sentation, plus ou moins fantasm\u00e9e.<br \/>\nJe n&rsquo;aurai pas l&rsquo;outrecuidance de faire l&rsquo;histoire des fictions polici\u00e8res, car je ne la connais que de tr\u00e8s loin, mais je note que le sujet ne cesse d&rsquo;\u00e9voluer : enqu\u00eates \u00e0 \u00e9nigmes, enqu\u00eates psychologiques, roman sociologique, roman noir, sans parler des hybridations avec d&rsquo;autres registres tels que la science-fiction ou le fantastique, et l&rsquo;influence qu&rsquo;a eu le genre sur les r\u00e9cits d&rsquo;espionnage, qui eux aussi sont sans doute passablement diff\u00e9rents de la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;ils d\u00e9crivent.<br \/>\nD&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le genre \u00ab\u00a0policier\u00a0\u00bb est\u00a0auto-suffisant\u00a0depuis longtemps le public y accepte de nombreux faits qui n&rsquo;existent pas du tout dans la \u00ab\u00a0vraie vie\u00a0\u00bb des commissariats. On ne pr\u00e9l\u00e8ve pas d&rsquo;\u00e9chantillons ADN sur un lieu du crime avec les cheveux d\u00e9tach\u00e9s, une chemise hawa\u00efenne et une vilaine gueule de bois, par exemple. Il n&rsquo;existe pas non plus d&rsquo;inspecteurs qui traquent un s\u00e9riel-killer dont eux seuls connaissent l&rsquo;existence alors que leur hi\u00e9rarchie leur a ordonn\u00e9 de changer d&rsquo;enqu\u00eate, qui r\u00e9solvent des crimes pendant leurs vacances \u00e0 Biarritz, qui d\u00e9molissent v\u00e9hicule sur v\u00e9hicule sans pouvoir justifier de ces d\u00e9g\u00e2ts et qui refusent de \u00ab\u00a0s&rsquo;occuper de la paperasse\u00a0\u00bb. Les policiers de fiction que nous avons tous en t\u00eate, les Harry Callahan, les Starsky et Hutch, les Columbo, les Maigret, les Monk, les San Antonio et les Nestor Burma, ne sont pas seulement imaginaires, ils sont \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement impossibles. Les fictions qui, r\u00e9guli\u00e8rement, se proposent de revenir \u00e0 plus de \u00ab\u00a0r\u00e9alisme\u00a0\u00bb, par des proc\u00e9d\u00e9s plus ou moins s\u00e9rieux, atteignent rarement leur but, car la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas un sc\u00e9nario palpitant. Dans la s\u00e9rie <em>Urgences<\/em>, par exemple, les cas m\u00e9dicaux rencontr\u00e9s sont tous directement inspir\u00e9s par des cas r\u00e9els, mais l&rsquo;expression des rapports humains, les idylles, les p\u00e9rip\u00e9ties diverses que l&rsquo;on rencontre dans la s\u00e9rie ob\u00e9issent \u00e0 une autre logique, celle du bon sc\u00e9nario.<br \/>\nLa fiction a sa propre logique, d\u00e9veloppe sa culture ind\u00e9pendamment de toute r\u00e9alit\u00e9. J&rsquo;appelle ce monde-l\u00e0 \u00ab\u00a0fictionosph\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_17764\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17764\" class=\"size-full wp-image-17764\" title=\"aelita\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/aelita.png\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"204\" \/><p id=\"caption-attachment-17764\" class=\"wp-caption-text\">Aelita (1924), par Yakov Protazanov. L\u2019ing\u00e9nieur Los r\u00eave de la vie sur une plan\u00e8te Mars constructiviste tout en travaillant aux plans d\u2019une fus\u00e9e. Il est finalement rattrap\u00e9 par le r\u00e9alisme (socialiste).<\/p><\/div>\n<p>Et pourtant, une chose dont je suis certain, c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, quand un vingtenaire passe un concours pour devenir enqu\u00eateur de police, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a en t\u00eate une id\u00e9e du m\u00e9tier de policier, et cette id\u00e9e se rapporte surtout \u00e0 des fictions. En fait, m\u00eame les tirades du genre <em>\u00ab\u00a0le m\u00e9tier de policier n&rsquo;a pas grand chose \u00e0 voir avec les romans policiers\u00a0\u00bb<\/em>, il les a entendues dans des s\u00e9ries ou dans des films.<br \/>\nDe m\u00eame, lorsque l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e institue autoritairement en 2009 une chaire de Criminologie au Conservatoire des Arts et m\u00e9tiers (qui n&rsquo;avait rien demand\u00e9), la r\u00e9alit\u00e9 universitaire fran\u00e7aise se met subitement \u00e0 imiter les fictions am\u00e9ricaines.<br \/>\nJe parie aussi que de nombreuses vocations de m\u00e9decins ou d&rsquo;infirmi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 suscit\u00e9es par le visionnage de s\u00e9ries m\u00e9dicales. Si le jeune interne comprend sans doute vite qu&rsquo;il ne rencontrera pas chaque semaine des cas m\u00e9dicaux spectaculaires et inconnus qu&rsquo;il traitera avec humour et humeur, qu&rsquo;il ne deviendra jamais le Dr House, en somme, il restera malgr\u00e9 tout en lui un petit quelque chose de ce personnage, de ses mani\u00e8res, de ses m\u00e9thodes, et peut-\u00eatre guettera-t-il toute sa vie le moment, l&rsquo;heure de gloire o\u00f9 il pourra jouer \u00e0 Dr House. Les fictions ne v\u00e9hiculent pas que des arch\u00e9types et des situations, elles produisent aussi des personnages, pour lesquels nous pouvons, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, avoir des sentiments tr\u00e8s forts, et tout \u00e0 fait comparables \u00e0 ceux que nous pouvons avoir pour des personnes r\u00e9elles (mais c&rsquo;est un peu une autre histoire). On a pu v\u00e9rifier aussi que le visionnage d&rsquo;un film pouvait modifier l&rsquo;\u00e9quilibre hormonal d&rsquo;une personne : devant une sc\u00e8ne violente du <em>Parrain 2<\/em>, le taux de testost\u00e9rone (libido, agressivit\u00e9) monte en fl\u00e8che tandis que devant <em>Le Pont de Madison<\/em>, com\u00e9die romantique larmoyante, c&rsquo;est le taux de progest\u00e9rone (d\u00e9prime, inhibition de la libido) qui augmente<sup><a href=\"#footnote_6_17631\" id=\"identifier_6_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Effects of affiliation and power motivation arousal on salivaryprogesterone and testosterone&nbsp;[pdf] par Oliver Schultheiss, Michelle Wirth et Steven Stanton, Universit&eacute; du Michigan, Hormones and Behavior #46 ( 2004).&nbsp;\">6<\/a><\/sup>. Or ces hormones ne sont pas que des messagers de nos \u00e9motions, elles participent en permanence \u00e0 la construction de nos associations neuronales.<br \/>\nNos opinions et nos actions sont motiv\u00e9es par la repr\u00e9sentation intellectuelle mais aussi \u00e9motionnelle que nous nous faisons du monde qui nous entoure, et cette repr\u00e9sentation passe en grande partie par des fictions, fictions qui vont ensuite \u00eatre elles-m\u00eames aliment\u00e9es par l&rsquo;activit\u00e9 humaine.<\/p>\n<div id=\"attachment_17766\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-17766\" class=\"size-full wp-image-17766\" title=\"mulhollanddr\" src=\"\/dernier\/files\/2011\/09\/mulhollanddr.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"292\" \/><p id=\"caption-attachment-17766\" class=\"wp-caption-text\">Mulholland drive (2001), par David Lynch. Deux jeunes femmes confrontent leur r\u00eave hollywoodien \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, et le spectateur ne sait plus dans le r\u00eave de laquelle il se trouve...<\/p><\/div>\n<p>On peut trouver des exemples moins hypoth\u00e9tiques (apr\u00e8s tout je ne connais aucun officier de police v\u00e9ritable). Quand un habitant d&rsquo;un petit bourg alsacien choisit son bulletin de vote en fonction de sa peur de l&rsquo;immigration et de la violence des cit\u00e9s, lui qui ne subit comme atmosph\u00e8re\u00a0pesante effective que la vie du village et qui n&rsquo;a jamais vu une maison de plus de deux \u00e9tages ni un \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb autre qu&rsquo;allemand, il est orient\u00e9 dans son vote par une fiction, celle que lui fournit notamment le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 tous les jours et qui lui apprend que la France est s\u00e9par\u00e9e en deux espaces : les charmants petits villages hors du temps o\u00f9 des artisans perp\u00e9tuent des traditions, \u00e0 laquelle il s&rsquo;identifie (par erreur, d&rsquo;ailleurs, car son monde \u00e0 lui ne ressemble pas non plus \u00e0 \u00e7a), et les banlieues des grandes villes, qui lui semblent ressembler \u00e0 Sodome et\u00a0Gomorrhe puisque, s&rsquo;il se fie \u00e0 la repr\u00e9sentation qu&rsquo;il s&rsquo;en fait, personne n&rsquo;y a une activit\u00e9 qui ne soit ill\u00e9gale, criminelle et perverse : de quoi avoir peur, non ? Il s&rsquo;agit pourtant de pr\u00e9server un monde qui n&rsquo;a jamais exist\u00e9 d&rsquo;un autre monde qui n&rsquo;a pas plus de consistance. Le bulletin de vote qui est mis dans l&rsquo;urne \u00e0 la fin est, lui, tout ce qu&rsquo;il y a de tangible.<\/p>\n<p>Je pourrais donner longtemps des exemples, mais je pense qu&rsquo;on a compris mon hypoth\u00e8se de travail<sup><a href=\"#footnote_7_17631\" id=\"identifier_7_17631\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Voir aussi ces articles : Les Universitaires existent-ils ; Bohemian Rhapsody.\">7<\/a><\/sup>.<br \/>\nMa \u00ab\u00a0fictionosph\u00e8re\u00a0\u00bb et la r\u00e9alit\u00e9 objective sont donc deux univers qui \u00e9voluent de mani\u00e8re autonome mais ont r\u00e9guli\u00e8rement une influence l&rsquo;une sur l&rsquo;autre.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_17631\" class=\"footnote\"> Le fondateur de l&rsquo;\u00e9tude s\u00e9rieuse du sommeil est le neurobiologiste Michel Jouvet. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_17631\" class=\"footnote\"> Je dois admettre que je ne suis pas un incondtionnel de Freud, comme on l&rsquo;aura peut-\u00eatre remarqu\u00e9 avec cet ancien article, <em><a href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=10573\" target=\"_blank\">Le presque \u00e7a et le je-ne-sais-rien<\/a><\/em>. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_3_17631\" class=\"footnote\"> <em>Sophont<\/em> est un terme invent\u00e9 par l&rsquo;auteur de science-fiction Poul Anderson en 1966 pour d\u00e9signer l&rsquo;intelligence qui ne proc\u00e8de pas d&rsquo;un simple calcul algorithmique mais qui constitue une v\u00e9ritable aptitude au raisonnement ind\u00e9pendant. <em>Sapient<\/em> signifie sage, on utilise \u00e0 tort ou \u00e0 raison l&rsquo;adjectif latin <em>sapiens<\/em> pour d\u00e9signer notre esp\u00e8ce : <em>homo sapiens<\/em>. Quand \u00e0 la <em>conscience<\/em>, on peut la r\u00e9sumer \u00e0 la facult\u00e9 de savoir que l&rsquo;on existe. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_3_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_4_17631\" class=\"footnote\"> 1830 : Charles Philipon invente la presse satirique ; 1834 : le Salon des Beaux-Arts devient annuel, des centaines de milliers de gens et plus tard des millions le visitent, connaissent le noms des peintres prim\u00e9s, etc. ; 1835 : Havas lance la premi\u00e8re agence de presse ; 1836 : \u00c9mile de Girardin lance <em>La Presse<\/em>, quotidien \u00e0 deux sous financ\u00e9 par la publicit\u00e9 ;\u00a01839 : la photographie est officiellement offerte au monde par Daguerre et par le France ; 1842 : <em>Les myst\u00e8res de Paris<\/em> sont publi\u00e9s dans le Journal des d\u00e9bats &#8211; encore plus populaire que Urgences ou Dr House en son temps ; 1856 : Louis Hachette place des librairies dans toutes les gares et cr\u00e9e des collections de livres pour les voyageurs ; 1877 ; le phonographe ; 1894 : le cin\u00e9matographe ; etc. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_4_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_5_17631\" class=\"footnote\"> Je note que dans de nombreuses fictions, justement, le visionnage d&rsquo;\u0153uvres de fiction\u00a0pr\u00e9existantes\u00a0est un moyen d&rsquo;apprentissage pour, par exemple, un robot \u00ab\u00a0conscient\u00a0\u00bb ou un extra-terrestre qui veut comprendre l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_5_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_6_17631\" class=\"footnote\"> <em><a href=\"http:\/\/www.psych2.phil.uni-erlangen.de\/~oschult\/humanlab\/publications\/sws2004hb.pdf \" target=\"_blank\">Effects of affiliation and power motivation arousal on salivaryprogesterone and testosterone<\/a><\/em>\u00a0[pdf] par Oliver Schultheiss, Michelle Wirth et Steven Stanton, Universit\u00e9 du Michigan, Hormones and Behavior #46 ( 2004).\u00a0<span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_6_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_7_17631\" class=\"footnote\"> Voir aussi ces articles : <em><a href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=4372\" target=\"_blank\">Les Universitaires existent-ils<\/a><\/em> ; <em><a href=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=12663\" target=\"_blank\">Bohemian Rhapsody<\/a><\/em>. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_7_17631\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Puisque j&rsquo;en ai parl\u00e9 ailleurs, un peu par hasard, j&rsquo;aimerais exposer ici une th\u00e9orie. J&rsquo;ignore totalement si elle est originale, car je suis loin d&rsquo;avoir lu tous les auteurs sur ce genre de sujet, mais en tout cas, les lignes qui suivent exposent l&rsquo;\u00e9tat de ma r\u00e9flexion sur la question.\u00a0Et cette question, c&rsquo;est de se [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,32],"tags":[],"class_list":["post-17631","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fictionosphere","category-memoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17631"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17631\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}