{"id":11179,"date":"2010-06-11T17:07:43","date_gmt":"2010-06-11T15:07:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hyperbate.com\/dernier\/?p=11179"},"modified":"2010-06-11T17:07:43","modified_gmt":"2010-06-11T15:07:43","slug":"de-la-trahison-introduction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/?p=11179","title":{"rendered":"De la trahison (introduction)"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" class=\"imageadroite\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/earth_stood_still.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"135\" align=\"right\" \/>Certains films populaires, et je pense tout particuli\u00e8rement au cin\u00e9ma dit \u00ab\u00a0de genre\u00a0\u00bb de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, ont la r\u00e9putation de constituer de puissants pamphlets politiques en m\u00eame temps que des\u00a0\u0153uvres d\u00e9di\u00e9es \u00e0 distraire leur public. Il est vrai que le cin\u00e9ma \u00ab\u00a0de genre\u00a0\u00bb (science-fiction, fantastique, film noir, \u00e9rotisme&#8230;) se pr\u00eate bien \u00e0 la transgression : il est peu surveill\u00e9, ou du moins n&rsquo;est pas surveill\u00e9 sur la m\u00eame base que d&rsquo;autres cin\u00e9mas, et son rapport distanci\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 permet d&rsquo;y d\u00e9crire des situations ou des personnages qui passeraient difficilement dans d&rsquo;autres cadres<sup><a href=\"#footnote_1_11179\" id=\"identifier_1_11179\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Bien qu&rsquo;il concerne le burlesque d&rsquo;avant-guerre, on peut relire ce que dit Walter Benjamin de Charlie Chaplin et de Walt Disney dans L&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;art\n&agrave; l&rsquo;&eacute;poque de sa reproduction m&eacute;canis&eacute;e (1936) : &laquo;&nbsp;Si l&rsquo;on se rend compte des dangereuses tensions que la technique rationnelle a engendr&eacute;es au sein de l&rsquo;&eacute;conomie capitaliste devenue depuis longtemps irrationnelle, on reconna&icirc;tra par ailleurs que cette m&ecirc;me technique a cr&eacute;&eacute;, contre certaines psychoses collectives, des moyens d&rsquo;immunisation, &agrave; savoir certains films. Ceux-ci, parce qu&rsquo;ils pr&eacute;sentent des fantasmes sadiques et des images d&eacute;lirantes masochistes de mani&egrave;re artificiellement forc&eacute;e, pr&eacute;viennent la maturation naturelle de ces troubles dans les masses, particuli&egrave;rement expos&eacute;es en raison des formes actuelles de l&rsquo;&eacute;conomie. L&rsquo;hilarit&eacute; collective repr&eacute;sente l&rsquo;explosion pr&eacute;matur&eacute;e et salutaire de pareilles psychoses collectives. Les &eacute;normes quantit&eacute;s d&rsquo;incidents grotesques qui sont consomm&eacute;es dans le film sont un indice frappant des dangers qui menacent l&rsquo;humanit&eacute; du fond des pulsions refoul&eacute;es par la civilisation actuelle. Les films burlesques am&eacute;ricains et les bandes de Disney d&eacute;clenchent un dynamitage de l&rsquo;inconscient&nbsp;&raquo;\">1<\/a><\/sup>. Par ailleurs, le rapport qu&rsquo;entretient ce cin\u00e9ma \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 fait qu&rsquo;il se pr\u00eate particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;expression inconsciente d&rsquo;id\u00e9es qui ne sembleraient pas tr\u00e8s convenables si elles \u00e9taient \u00e9nonc\u00e9es comme dogme politique ou comme analyse sociologique et philosophique. L&rsquo;\u00e9quation est complexe : l&rsquo;auteur a des intentions qui peuvent \u00eatre plus ou moins inconscientes et plus ou moins av\u00e9r\u00e9es ; l&rsquo;\u0153uvre elle-m\u00eame est plus ou moins porteuse d&rsquo;un message ; enfin la r\u00e9ception critique et la r\u00e9ception populaire de l&rsquo;\u0153uvre lui conf\u00e8rent une aura qui n&rsquo;a pas forc\u00e9ment de rapport avec les intentions ou les non-intentions de l&rsquo;auteur, ni m\u00eame parfois avec l&rsquo;\u0153uvre elle-m\u00eame \u2014 je pense sur ce point aux \u0153uvres que tout le monde conna\u00eet sans les avoir vues. Parfois, le temps se charge de donner apr\u00e8s-coup une signification politique \u00e0 des films qui n&rsquo;en n&rsquo;\u00e9taient pas forc\u00e9ment pourvus \u00e0 l&rsquo;origine, ou pas au point qu&rsquo;on a voulu le dire, comme c&rsquo;est le cas de <em>Night of the living dead<\/em> (1968), com\u00e9die d&rsquo;horreur qui est devenue avec les ann\u00e9es un pamphlet sur le racisme, l&rsquo;endoctrinement et la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, qualit\u00e9s qui ont fini par devenir vraies, y compris pour l&rsquo;auteur, George Romero.<\/p>\n<div id=\"attachment_11203\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11203\" class=\"size-full wp-image-11203\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/planet_of_the_apes_1968.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"117\" srcset=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/planet_of_the_apes_1968.jpg 530w, https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/planet_of_the_apes_1968-300x66.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><p id=\"caption-attachment-11203\" class=\"wp-caption-text\">Dans la version 1968 de Planet of the Apes, l&#039;esp\u00e8ce humaine a provoqu\u00e9 son auto-destruction. Les hommes, qui ont perdu jusqu&#039;\u00e0 leur aptitude \u00e0 parler, sont trait\u00e9s comme nous traitons aujourd&#039;hui les animaux. Dans ce film, l&#039;humanit\u00e9 est seule responsable de sa perte et l&#039;inversion hi\u00e9rarchique (les singes traitent les hommes sans \u00e9gards, et ne voient pas de mal \u00e0 pratiquer des exp\u00e9riences scientifiques cruelles sur eux) sert avant tout \u00e0 nous parler de notre propre comportement.<\/p><\/div>\n<p>Une force du cin\u00e9ma populaire dit \u00ab\u00a0de genre\u00a0\u00bb est en effet d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s ouvert \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation.\u00a0<em>Invasion of the body Snatchers<\/em> (Don Siegel, 1956) a par exemple la r\u00e9putation selon certains d&rsquo;\u00eatre une repr\u00e9sentation m\u00e9taphorique\u00a0de la parano\u00efa McCarthyste pendant la guerre froide. D&rsquo;autres y ont vu une violente charge contre le communisme, c&rsquo;est \u00e0 dire tout le contraire d&rsquo;un film anti-McCarthyste, ce dont attesterait le fait que le film n&rsquo;ait pas sp\u00e9cialement souffert de la censure, qui restait pourtant \u00e9touffante \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Quant \u00e0 l&rsquo;auteur du r\u00e9cit, au r\u00e9alisateur, aux acteurs et aux producteurs du film, ils se sont tous \u00e9tonn\u00e9s de cette r\u00e9putation de r\u00e9cit politique : pour eux, <em>Invasion of the body snatchers<\/em> n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un bon petit film d&rsquo;horreur et de science-fiction.<br \/>\nBien entendu, ce que disent les auteurs n&rsquo;est pas\u00a0n\u00e9cessairement\u00a0ce que pensent les auteurs. James Cameron a par exemple affirm\u00e9 que son film <em><a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=8911\" target=\"_blank\">Avatar<\/a><\/em> ne traitait ni des conflits contemporains li\u00e9s aux mati\u00e8res premi\u00e8res, ni du pillage des ressources du tiers-monde, ni des exc\u00e8s du syst\u00e8me capitaliste, ni du d\u00e9clin am\u00e9ricain, ni de l&rsquo;instrumentalisation\u00a0de la science,&#8230; mais qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;un b\u00eate conte \u00e9cologique.<br \/>\nNous ne sommes \u00e9videmment pas forc\u00e9s de le croire sur ce point, les arri\u00e8res-pens\u00e9es de Cameron sont \u00e9videntes et s&rsquo;accordent aux pr\u00e9occupations qu&rsquo;il a d\u00e9velopp\u00e9 dans ses films pr\u00e9c\u00e9dents, mais si il avait claironn\u00e9 ses intentions un peu partout, il est peu probable qu&rsquo;Avatar aurait \u00e9t\u00e9 le film le plus rentable de l&rsquo;histoire du cin\u00e9ma. Il y a dans le film de genre, une forme de modestie vis \u00e0 vis des ambitions philosophiques ou esth\u00e9tiques qui, paradoxalement, lui donne une grande libert\u00e9, \u00e0 condition toutefois de faire profil bas.<\/p>\n<div id=\"attachment_11205\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11205\" class=\"size-full wp-image-11205\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/planet_of_the_apes_2001.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"116\" srcset=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/planet_of_the_apes_2001.jpg 530w, https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/planet_of_the_apes_2001-300x65.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><p id=\"caption-attachment-11205\" class=\"wp-caption-text\">Dans la version 2001 de Planet of the Apes, par Tim Burton, l&#039;homme n&#039;a pas perdu l&#039;usage de la parole, il est asservi par des singes cruels et violents sous des pr\u00e9textes racistes. Dans le premier film, le h\u00e9ros d\u00e9couvrait que la b\u00eatise humaine avait gagn\u00e9 ; Dans celui-ci, ce sont les singes, qui ont gagn\u00e9.<\/p><\/div>\n<p>Que les films soient consid\u00e9r\u00e9s comme des pamphlets politiques pour des raisons intentionnelles, par pur hasard ou parce qu&rsquo;ils r\u00e9sonnent particuli\u00e8rement avec les pr\u00e9occupations du public, le r\u00e9sultat est le m\u00eame : r\u00e9guli\u00e8rement, Hollywood se retrouve avec sur les bras des films \u00ab\u00a0\u00e0 message\u00a0\u00bb. Or l&rsquo;id\u00e9ologie hollywoodienne ne se satisfait que des messages explicites, \u00e9vidents, consensuels ou en tout cas aptes \u00e0 servir de fabrique au consensus. L&rsquo;industrie des loisirs est r\u00e9agannienne sous Ronald Reagan, clintonnienne sous Bill Clinton, bushiste pendant la pr\u00e9sidence de George Bush et, \u00e0 pr\u00e9sent, prend le parti de Barack Obama. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une inf\u00e9odation aux pr\u00e9sidents du moment (\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le cin\u00e9ma s&rsquo;est montr\u00e9 tr\u00e8s irrespectueux ou inquiet vis \u00e0 vis de la classe politique), d&rsquo;ailleurs, mais d&rsquo;un souci de ne pas heurter le sentiment populaire du moment. La propagande v\u00e9ritable (appelons un chat un chat) se situe plus dans les d\u00e9tails et dans ce qui ne change pas. Film apr\u00e8s film, le cin\u00e9ma am\u00e9ricain repr\u00e9sente de mani\u00e8re compl\u00e8tement caricaturale les institutions am\u00e9ricaines : le pr\u00e9sident h\u00e9ro\u00efque et toujours impeccablement honn\u00eate (Il a fallu un patient travail pour que les pr\u00e9sidents am\u00e9ricains de <em>Air Force One<\/em> ou <em>Independance Day<\/em> ne provoquent pas un \u00e9clat de rire unanime parmi le public am\u00e9ricain et international) ; les agences de renseignement et de contre-espionnage aux pr\u00e9rogatives et aux capacit\u00e9s quasi-surnaturelles (et parfois m\u00eame compl\u00e8tement surnaturelles), mais dont la bienveillance, au final, est rarement mise en question ; la franchise et le c\u0153ur pur du middle-west ; la corruption de la ville ; la valeur de la richesse ostentatoire ; la m\u00e9fiance envers les intellectuels ; &#8230; on peut multiplier les exemples. Le rapport qu&rsquo;entretient ce cin\u00e9ma au monde ext\u00e9rieur est tout aussi puissamment codifi\u00e9 : si un pays peut et doit sauver le monde, \u00e7a ne pourra \u00eatre, ce ne devra \u00eatre que les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. L&rsquo;exemple le plus amusant dans le genre est sans doute le film <em>U-571<\/em> (Jonathan Mostow, 2000)\u00a0dans lequel un fait de guerre historique \u2014\u00a0la capture de la machine Enigma, qui est peut-\u00eatre le plus important tournant de la seconde guerre mondiale \u2014\u00a0\u00e9tait attribu\u00e9 \u00e0 des soldats am\u00e9ricains alors que ce sont des militaires britanniques qui peuvent en tirer une gloire l\u00e9gitime, d&rsquo;autant que cet \u00e9pisode pr\u00e9c\u00e8de de plusieurs mois l&rsquo;entr\u00e9e en guerre des \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<div id=\"attachment_11208\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11208\" class=\"size-full wp-image-11208\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/independance_day.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"116\" srcset=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/independance_day.jpg 530w, https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/independance_day-300x65.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><p id=\"caption-attachment-11208\" class=\"wp-caption-text\">Dans Independance Day (1996), des extra-terrestres antipathique d\u00e9truisent toutes les m\u00e9tropoles de la plan\u00e8te. De braves am\u00e9ricains pleins de bon sens d\u00e9cident de sauver le monde un 4 juillet. En t\u00eate, le pr\u00e9sident am\u00e9ricain lui-m\u00eame qui pilote un avion de chasse. Une fois la mission termin\u00e9e, on voit les ressortissants de divers pays crier des hourras.<\/p><\/div>\n<p>Bien entendu, de nombreux cin\u00e9mas nationaux distillent une propagande culturelle ou (g\u00e9o)politique plus ou moins consciente<sup><a href=\"#footnote_2_11179\" id=\"identifier_2_11179\" class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" title=\"Il serait int&eacute;ressant de comparer la figure fictionnelle du pr&eacute;sident am&eacute;ricain &agrave; celle du pr&eacute;sident fran&ccedil;ais (du moins le pr&eacute;sident de l&rsquo;&eacute;poque du septennat), qui est toujours un homme solitaire, souvent un sage politique mais aussi une personne &agrave; la vie priv&eacute;e ou aux motivations plus troubles.\">2<\/a><\/sup>, mais le cas des \u00c9tats-Unis est particulier du fait de ses moyens de diffusion et m\u00eame de sa volont\u00e9 d&rsquo;\u00eatre diffus\u00e9 de mani\u00e8re universelle. Premi\u00e8re \u00e9conomie du monde, premi\u00e8re arm\u00e9e du monde, l&rsquo;Am\u00e9rique dispose d&rsquo;une puissance de feu (\u00e9conomique, culturelle et militaire, tout \u00e7a \u00e9tant ind\u00e9m\u00ealablement li\u00e9) sans \u00e9gal.<\/p>\n<p>Alors que faire, lorsqu&rsquo;un film a un impact probl\u00e9matique, qu&rsquo;il est porteur de doutes vis-\u00e0-vis du syst\u00e8me am\u00e9ricain ? Il faut le trahir, il faut le d\u00e9miner, le vider de sa substance.<br \/>\nLe processus n&rsquo;est pas\u00a0n\u00e9cessairement conscient ni m\u00eame peut-\u00eatre intentionnel \u2014 quoique certaines fois, on ait du mal \u00e0 le croire. Je le comparerais, dans la plupart des cas, \u00e0 une chose que chacun de nous fait r\u00e9guli\u00e8rement apr\u00e8s avoir prof\u00e9r\u00e9 une opinion choquante ou trop difficile \u00e0 assumer face au consensus, c&rsquo;est de dire ensuite : <em>\u00ab\u00a0je plaisantais\u00a0\u00bb<\/em>, ou de se\u00a0rattraper\u00a0par des <em>\u00ab\u00a0ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait ce que j&rsquo;ai voulu dire\u00a0\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u00a0je me suis mal exprim\u00e9, je voulais juste dire que&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>, et autres formes de\u00a0r\u00e9-assemblages pudiques.<\/p>\n<div id=\"attachment_11223\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11223\" class=\"size-full wp-image-11223\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/stepfordwives1975-2004.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"145\" srcset=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/stepfordwives1975-2004.jpg 530w, https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/stepfordwives1975-2004-300x82.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><p id=\"caption-attachment-11223\" class=\"wp-caption-text\">Dans la version 1975 de Stepford Wives, les femmes veulent (un peu) s&#039;\u00e9manciper, alors les hommes s&#039;unissent pour remplacer leurs compagnes par des robots et en faire des esclaves domestiques sans cervelle. Dans la version 2004 de Stepford Wives, les femmes ont le pouvoir. C&#039;est pourquoi ils les hommes s&#039;unissent pour remplacer leurs compagnes par des robots et en faire des esclaves domestiques sans cervelle. Dans le premier film les femmes \u00e9taient des victimes, dans le second elles n&#039;ont que ce qu&#039;elles m\u00e9ritent, d&#039;autant la conspiration s&#039;av\u00e8re avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9chafaud\u00e9e par une femme.<\/p><\/div>\n<p>Et ce \u00ab\u00a0r\u00e9visionnisme\u00a0\u00bb prend des formes assez diverses :<\/p>\n<ul>\n<li> l&rsquo;ersatz, c&rsquo;est \u00e0 dire le film qui se fait passer pour un autre film. G\u00e9n\u00e9ralement, l&rsquo;ersatz est identifi\u00e9 comme tel et son pouvoir de nuisance est donc nul.<\/li>\n<li>le remontage et le saucisonnage, qui permettent de changer totalement le sens d&rsquo;un film existant (le pire exemple que je connaisse est <em>La princesse des \u00e9toiles<\/em>, montage honteux du <em>Nausicaa<\/em> de Hayao Miyazaki).<\/li>\n<li>la suite, que les am\u00e9ricains appellent <em>sequel<\/em>, ce qui sonne de mani\u00e8re amusante pour les oreilles francophones puisque notre mot \u00ab\u00a0s\u00e9quelle\u00a0\u00bb signifie aussi \u00ab\u00a0suite\u00a0\u00bb, mais avec une connotation n\u00e9gative (<em>\u00ab\u00a0les s\u00e9quelles d&rsquo;une op\u00e9ration\u00a0\u00bb<\/em>). On peut inclure aux suites les<em> spin-off<\/em> (d\u00e9riv\u00e9s).<\/li>\n<li>le remake, qui consiste comme son nom l&rsquo;indique \u00e0 r\u00e9\u00e9crire une \u0153uvre en fonction du public du moment. \u00a0Il en existe plusieurs variantes : le remake d&rsquo;une oeuvre connue de tous (l\u00e0 il s&rsquo;agit du d\u00e9veloppement d&rsquo;un standard \u2014 par exemple l&rsquo;histoire de Dracula) ; le remake d&rsquo;un classique (qui est une oeuvre que tout le monde conna\u00eet de nom mais que tout le monde n&rsquo;a pas forc\u00e9ment vu) ; le remake d&rsquo;un film \u00e9tranger, qui est acclimat\u00e9 (parfois \u00e0 peine sorti : <em>Vanilla Sky<\/em>, par exemple) ; le remake d&rsquo;un film mineur ou inconnu, utilis\u00e9 comme simple pr\u00e9texte (<em>Little Shop of horrors<\/em> par exemple) ; le remake hommage, qui cherche \u00e0 rendre accessible le \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb cin\u00e9ma \u00e0 un large public, ambition contradictoire qui semble toujours \u00eatre une tr\u00e8s mauvaise id\u00e9e (<em>\u00c0 bout de souffle<\/em> avec Richard Gere, <em>Solaris<\/em> avec George Clooney&#8230;) ; enfin, le \u00ab\u00a0reboot\u00a0\u00bb : les auteurs sont les m\u00eames et tentent de r\u00e9\u00e9diter un succ\u00e8s sans en changer la recette mais g\u00e9n\u00e9ralement pour profiter de nouveaux moyens financiers ou techniques. C&rsquo;est le cas de Steven Lisberger avec <em>Tron<\/em> ou de John Carpenter avec <em>They Live<\/em> et <em>Escape from New York<\/em>.<\/li>\n<\/ul>\n<div id=\"attachment_11212\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11212\" class=\"size-full wp-image-11212\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/startrek.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"173\" srcset=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/startrek.jpg 530w, https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/startrek-300x97.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><p id=\"caption-attachment-11212\" class=\"wp-caption-text\">Gene Roddenberry, le cr\u00e9ateur de la s\u00e9rie Star Trek, \u00e9tait obs\u00e9d\u00e9 par le r\u00eave d&#039;une humanit\u00e9 pacifi\u00e9e, libre (y compris libre de toute religion) et prosp\u00e8re. Le baiser entre les personnages d&#039;Uhura (du swahili Uhuru, qui signifie libert\u00e9) et Kirk a \u00e9t\u00e9 en 1968 le tout premier baiser &quot;interracial&quot; (comme on dit l\u00e0-bas) dans une fiction t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e am\u00e9ricaine. Uhura a eu une telle importance en son temps que c&#039;est Martin Luther King lui-m\u00eame qui a convaincu l&#039;actrice Nichelle Nichols de ne pas abandonner la s\u00e9rie. Dans le film Star Trek (2009), Uhura n&#039;embrasse pas le commandant Kirk, mais son second, Spock, originaire de la plan\u00e8te Vulcain.<\/p><\/div>\n<p>C&rsquo;est un peu un autre sujet mais il serait aussi logique de parler des adaptations au cin\u00e9ma de romans ou de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, adaptations qui s&rsquo;av\u00e8rent souvent simplificatrices et moralisatrices : plus l&rsquo;impact potentiel d&rsquo;une \u0153uvre est important et moins on ose.<\/p>\n<p>Rien de bien r\u00e9volutionnaire dans tout ce que je dis ici, il s&rsquo;agit d&rsquo;une introduction \u00e0 un travail d&rsquo;analyse des diff\u00e9rences entre des films et leurs continuations que je compte effectuer de mani\u00e8re assez syst\u00e9matique. Il me semble en effet que le ph\u00e9nom\u00e8ne des remakes conna\u00eet une acc\u00e9l\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent dans le domaine de la science-fiction \u2014 genre \u00e9minemment politique puisque d\u00e9di\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au pr\u00e9sent autant qu&rsquo;\u00e0 se projeter dans l&rsquo;avenir \u2014, avec <em><a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=6481\" target=\"_blank\">Les femmes de Stepford<\/a><\/em>, <em>Planet of the apes<\/em>, <em>King Kong<\/em>,\u00a0<em>Godzilla<\/em>, <em>Death Race<\/em>, <em>The Omega Man<\/em>,\u00a0<em>La guerre des mondes<\/em>,\u00a0<em><a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=456\" target=\"_blank\">Rollerball<\/a><\/em>, <em>Bewitched<\/em>,\u00a0<em>Le jour o\u00f9 la terre s&rsquo;arr\u00eata<\/em> et bient\u00f4t\u00a0<em>Logan&rsquo;s Run<\/em>, <em>Soylent Green<\/em>, <em>A boy and his dog,\u00a0Robocop<\/em>, <em><a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=6182\" target=\"_blank\">Mondwest<\/a><\/em>, <em><a href=\"http:\/\/www.hyperbate.fr\/dernier\/?p=226\" target=\"_blank\">Fahrenheit 451<\/a><\/em>, <em>When worlds collide<\/em>&#8230;<\/p>\n<div id=\"attachment_11226\" style=\"width: 540px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-11226\" class=\"size-full wp-image-11226\" src=\"\/dernier\/files\/2010\/06\/robocop1_2.jpg\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"146\" srcset=\"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/robocop1_2.jpg 530w, https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/files\/2010\/06\/robocop1_2-300x82.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 530px) 100vw, 530px\" \/><p id=\"caption-attachment-11226\" class=\"wp-caption-text\">Le premier Robocop (1987) par Paul Verhoeven, d\u00e9non\u00e7ait la marchandisation des services publics et l&#039;organisation de l&#039;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 cette fin. Le second Robocop (1990), sans \u00eatre compl\u00e8tement rat\u00e9, est nettement plus dupe du d\u00e9lire s\u00e9curitaire.<\/p><\/div>\n<p>Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est de d\u00e9duire de tout cela la somme des poncifs moraux, sociaux, politiques ou philosophiques que le cin\u00e9ma am\u00e9ricain tente de s&rsquo;imposer et d&rsquo;imposer \u00e0 ses spectateurs. Des poncifs qui ne sont pas\u00a0n\u00e9cessairement\u00a0n\u00e9gatifs, du reste, et servent parfois \u00e0 valider des avanc\u00e9es sociales (typiquement, la place des femmes et celles des noirs dans la soci\u00e9t\u00e9) ou en tout cas \u00e0 y faire croire.<br \/>\nUn fait \u00e9tonnant \u00e0 observer est que bien souvent, les trahisons que j&rsquo;\u00e9voque s&rsquo;av\u00e8rent de grosses erreurs commerciales : les films ne rencontrent pas un grand succ\u00e8s ou sont tellement d\u00e9cevants qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de suites \u00e0 leur tour.<br \/>\nLe premier article de cette s\u00e9rie sera sans doute consacr\u00e9 \u00e0\u00a0<em>Starship Troopers<\/em>.<\/p>\n<ol class=\"footnotes\"><li id=\"footnote_1_11179\" class=\"footnote\"> Bien qu&rsquo;il concerne le burlesque d&rsquo;avant-guerre, on peut relire ce que dit Walter Benjamin de Charlie Chaplin et de Walt Disney dans <em>L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art<br \/>\n\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de sa reproduction m\u00e9canis\u00e9e<\/em> (1936) : <em>\u00ab\u00a0Si l&rsquo;on se rend compte des dangereuses tensions que la technique rationnelle a engendr\u00e9es au sein de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste devenue depuis longtemps irrationnelle, on reconna\u00eetra par ailleurs que cette m\u00eame technique a cr\u00e9\u00e9, contre certaines psychoses collectives, des moyens d&rsquo;immunisation, \u00e0 savoir certains films. Ceux-ci, parce qu&rsquo;ils pr\u00e9sentent des fantasmes sadiques et des images d\u00e9lirantes masochistes de mani\u00e8re artificiellement forc\u00e9e, pr\u00e9viennent la maturation naturelle de ces troubles dans les masses, particuli\u00e8rement expos\u00e9es en raison des formes actuelles de l&rsquo;\u00e9conomie. L&rsquo;hilarit\u00e9 collective repr\u00e9sente l&rsquo;explosion pr\u00e9matur\u00e9e et salutaire de pareilles psychoses collectives. Les \u00e9normes quantit\u00e9s d&rsquo;incidents grotesques qui sont consomm\u00e9es dans le film sont un indice frappant des dangers qui menacent l&rsquo;humanit\u00e9 du fond des pulsions refoul\u00e9es par la civilisation actuelle. Les films burlesques am\u00e9ricains et les bandes de Disney d\u00e9clenchent un dynamitage de l&rsquo;inconscient\u00a0\u00bb<\/em> <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_1_11179\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><li id=\"footnote_2_11179\" class=\"footnote\"> Il serait int\u00e9ressant de comparer la figure fictionnelle du pr\u00e9sident am\u00e9ricain \u00e0 celle du pr\u00e9sident fran\u00e7ais (du moins le pr\u00e9sident de l&rsquo;\u00e9poque du septennat), qui est toujours un homme solitaire, souvent un sage politique mais aussi une personne \u00e0 la vie priv\u00e9e ou aux motivations plus troubles. <span class=\"footnote-back-link-wrapper\"> [<a href=\"#identifier_2_11179\" class=\"footnote-link footnote-back-link\">&#8617;<\/a>]<\/span><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certains films populaires, et je pense tout particuli\u00e8rement au cin\u00e9ma dit \u00ab\u00a0de genre\u00a0\u00bb de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, ont la r\u00e9putation de constituer de puissants pamphlets politiques en m\u00eame temps que des\u00a0\u0153uvres d\u00e9di\u00e9es \u00e0 distraire leur public. Il est vrai que le cin\u00e9ma \u00ab\u00a0de genre\u00a0\u00bb (science-fiction, fantastique, film noir, \u00e9rotisme&#8230;) se pr\u00eate bien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[26,27],"tags":[],"class_list":["post-11179","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-pros","category-les-traitres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11179","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11179"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11179\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11179"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11179"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/hyperbate.fr\/dernier\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11179"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}