Profitez-en, après celui là c'est fini

D.A.R.Y.L.

mai 30th, 2009 Posted in Ordinateur au cinéma, Robot au cinéma

daryl_dvdLe film commence par une poursuite sur une route de campagne. Un homme et un enfant, en automobile, tentent d’échapper à un hélicoptère. Au détour d’un chemin, l’enfant quitte discrètement le véhicule et échappe à un accident fatal : la voiture est précipitée dans le vide, son conducteur n’a aucune chance de survie. L’hélicoptère survolle un temps l’endroit puis disparaît. L’enfant, de son côté, est recueilli par un couple de personnes âgées qui passaient par là. Il semble avoir perdu la mémoire, il ne se souvient que d’une chose, son prénom, Daryl. Le médecin qui l’examine le trouve en excellente santé.

Dans une petite ville américaine, les Richardson, qui désirent adopter, se voient proposer de recueillir Daryl chez eux. Le petit garçon fait vite sa place au sein de la communauté. Il se fait notamment un grand ami, Turtle. Daryl s’avère rapidement un peu bizarre : trop gentil, trop serviable, trop parfait. Sa mémoire, ses aptitudes en calcul mental, sa précision de batteur au base-ball et ses performances au jeu Pole-position semblent sortir de l’ordinaire. Il sait par ailleurs communiquer avec les machines puisqu’on le voit renflouer les finances de sa famille d’accueil en dialoguant avec un distributeur bancaire. Quand la voix robotique du distributeur automatique lui dit «Thank You for using The Time Machine», Daryl lui répond avec naturel : «you’re welcome».

Pour son premier jour d’école, Daryl remplit un questionnaire de mathématiques à une vitesse surhumaine (scène similaire à une séquence emblématique de la fantaisie Disney The Computer wore tennis shoes, de 1968), et explique ensuite qu’il a du considérer comme vraie une réponse qui est inexacte à la huitième décimale mais dont la démonstration impliquerait de recourir au calcul intégral.

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Petit garçon idéal, incapable de dissimulation, il finit par inquiéter sa mère de substitution, désemparée par cette situation. Turtle enseigne à Daryl que les adultes ont besoin de s’occuper des enfants dont ils ont la charge, qu’il leur faut des problèmes à régler. Daryl commet alors coup sur coup des bêtises : il met en péril une importante partie de Base-Ball puis se fâche avec ses parents adoptifs… Ce qui, paradoxalement, rassure beaucoup ces derniers qui peuvent enfin jouer le rôle de parents que la perfection de l’enfant leur refusait.

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À ce stade, le spectateur a depuis longtemps compris que Daryl était un petit garçon très particulier, sans doute un robot, bien que l’on s’étonne que sa nature artificielle n’ait pas été identfiée par le médecin qui l’a examiné — on saura pourquoi plus tard. Petit clin d’œil : un soir qu’il communique par talkie-walkie avec son ami Turtle, Daryl regarde attentivement le robot Robbie dans le film Forbidden Planet, sur un petit téléviseur. On se rappellera pour l’anecdote que dans le film Electric Dreams (1985), l’ordinateur conscient Edgar, qui apprend en regardant des films, s’arrête lui aussi sur Forbidden Planet.

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Un jour, un couple un peu suspect (lui, un peu âgé, elle, sans tendresse) se présente comme parents de Daryl avec, pour preuve, des photographies de l’enfant. D’étranges photographies où Daryl apparaît constamment seul. Dans la tristesse générale, l’enfant monte dans la voiture de ses parents et quitte ses parents adoptifs. Son ami Turtle est tellement triste qu’il ne veut même pas le saluer.

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Jusqu’à ce point, D.A.R.Y.L. est un bon film. L’ancrage sociologique de ce récit de science-fiction, qui se déroule dans une petite ville américaine assez typique, rappelle le meilleur du Steven Spielberg de l’époque (E.T., Rencontres du troisième type), et les rapports entre les personnes sont évoqués par petites touches. La manière dont Daryl cherche à analyser et à s’approprier le fonctionnement des rapports humains, par l’observation froide et le mimétisme, tranche avec toutes les comédies mettant en scène des robots maladroits, justement parce que Daryl n’est pas maladroit. Il est pragmatique, il suit un programme avec sérieux et avec succès. Il faut dire que le jeune acteur qui interprète le rôle-titre est excellent, conformément à une certaine tradition américaine des enfants-acteurs : âgé de douze ans à l’époque, Barret Oliver avait déjà six ans de carrière derrière lui, venait de tourner L’Histoire sans fin, et approchait de la retraite, qu’il a prise trois ans plus tard. Il est à présent photographe, enseignant et auteur d’un ouvrage de référence sur l’histoire de la photoglyptie (woodburytype), un procédé de reproduction photographique.

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Revenons au film.
Au lieu d’effectuer le trajet de retour en voiture, Daryl est conduit à un petit aérodrome d’où il est emmené par avion. Ceux qui se prétendaient sa mère et son père parlent de lui comme s’il n’était pas là et le traitent un peu comme un objet, ce qui n’angoisse pas l’enfant qui, au fond, semble avoir conscience de sa nature. Ses parents (ils sont effectivement les auteurs de ses jours, si l’on peut dire) sont en fait des chercheurs en intelligence artificielle qui ont donné à un bébé-éprouvette — un bébé biologique — un cerveau électronique. Le nom de Daryl est en fait un acronyme pour Data Analyzing Robot Youth Lifeform (jeune forme de vie robotique d’analyse de données). On apprendra plus tard comment Daryl s’est retrouvé perdu dans la nature : il avait été enlevé par un chercheur du centre devenu incapable de considérer Daryl autrement que comme un véritable enfant. Les mois d’immersion de l’enfant dans le monde normal passionnent les ingénieurs qui l’ont créé, ils voient à quel point Daryl a progressé à la faveur de cette expérience non planifiée.

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Au sein du centre de recherches, Daryl comprend sa situation et ne s’en émeut pas outre mesure. Son comportement est tout de même marqué par le temps qu’il a passé à l’extérieur. Il prend notamment peur lorsqu’on cherche à se connecter directement à son cerveau pour en extraire des données et il lui arrive de demander des nouvelles de ses amis à l’extérieur. Gardé dans une chambre arrondie d’où il peut être observé comme le sujet d’expérimentation qu’il est, Daryl regarde plusieurs émissions de télévision (le dessin animé Hulk et un cours sur les cascades automobiles) et joue à plusieurs jeux vidéo (Space Invaders et Missile Command) en même temps.

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Le Dr Stewart, en charge du projet, décide d’inviter Joyce et Andy Richardson, ainsi que leur voisin le petit Turtle, dans le centre de recherches. Là, ils se font expliquer la nature de Daryl. Ils sont étonnés, mais ils acceptent vite la situation, car au fond, eux aussi ont toujours su que Daryl était spécial.
Le scientifique a une idée en tête, il veut préparer l’évasion de Daryl, et pour cause : il devine (et son intuition est rapidement confirmée) que l’armée songe à «discontinuer» le projet D.A.R.Y.L., c’est à dire à supprimer l’enfant, au profit de recherches sur un robot tueur adulte, plus adapté aux besoins traditionnels de l’armée.

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Les militaires savent qu’ils ne peuvent pas compter sur la loyauté du Dr Stewart et confient au Dr Ellen Lamb la responsabilité du meutre de Daryl. Le Dr Lamb, jusqu’ici indifférente au sort de l’enfant, trahit à son tour son employeur et permet au Dr Stewart de s’échapper avec Daryl. Lorsque le général Graycliffe comprend que le Dr Lamb a aidé Daryl à fuir, il lui demande de se justifier. Elle répond qu’une machine peut être considérée comme humaine lorsque l’on ne peut plus la distinguer d’un être humain.
Les fugitifs sont pris en chasse et Daryl finit par prendre le volant, ses réflexes sont bien meilleurs que ceux du Dr Stewart. 

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Pendant leur fuite, Daryl et le Dr Stewart doivent passer des barrages de police. Cela finit par mal se passer et Daryl se retrouve complètement seul. Pour retourner chez ses amis qui l’attendent, il parvient à voler un avion militaire de reconnaissance «Blackbird» et se débrouille pour que celui-ci soit détruit en vol au dessus d’un lac où l’attendent Turtle et sa grande sœur. Officiellement mort, il n’est donc plus poursuivi. Lorsque Turtle récupère Daryl, celui-ci ne respire plus, mais le Dr Lamb parvient à lui redonner vie (un cerveau informatique ne peut pas mourir…) et il peut revenir vivre parmi ceux qui l’avaient adopté.

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Ce happy-end qui arrive de manière un peu abrupte ne fonctionne pas complètement, il pousse l’ensemble vers une catégorie assez médiocre, celle des films télé destinés aux enfants. On ne s’étonnera pas outre mesure d’apprendre que le réalisateur, Simon Wincer, est aussi l’auteur du sirupeux Sauvez Willy. Le scénario a un potentiel important en termes philosophiques ou poétiques qui n’est pas vraiment exploité à fond. Malgré son statut de «grosse machine», le A.I.:Artificial Intelligence de Steven Spielberg (qui est en fait une réactualisation de l’histoire de Pinocchio) est nettement plus réussi, et notamment plus émouvant, que D.A.R.Y.L.
Ce petit film familial se regarde malgré tout avec un certain plaisir.

  1. 15 Responses to “D.A.R.Y.L.”

  2. By Cécile on Juin 3, 2009

    Quelques androïdes.
    Rien de nouveau sous le soleil, mais classés.

    1925 – Metropolis -Fritz Lang
    1973 – Mondwest – Michael Crichton
    1978 – Série Age de Cristal
    1979 – Alien – Ridley Scott
    1982 – Blade Runner – Ridley Scott
    1995 – Screamers/Planète Hurlante – Christian Duguay
    1999 – L’Homme Bicentenaire – Chris Colombus
    2001 – A.I. Intelligence Artificielle – Steven Spielberg
    2003-2009 – Battlestar Galactica
    Glen A. Larson, Ronald D. Moore en 2003
    Ce ne sont pas des humains :
    2004 – The Island – Michael Bay
    2005 – DARYL – Ricki Strem, Anne Sundberg
    2005 – Android Apocalypse – Paul Ziller
    2007 – Jerry est un homme – Michael Tolkin
    (Jerry Was a Man) d’après une histoire de Robert A. Heinlein.
    Episode 3 Masters of science fiction

    Doctor Who
    ? andro dans Star Wars
    – Weird science
    Buffy saison 5

    Et il faudrait ajouter Automan et Future Cop bien sûr (en prenant soin, peut-être, d’ouvrir une catégorie cyborg…)

  3. By Jean-no on Juin 3, 2009

    Tiens, dans l’âge de cristal il y a des androïdes ? Dans le film il y a un robot qui garde l’entrée/sortie du dôme.

  4. By Cécile on Juin 3, 2009

    Oui, oui, il y a bien des androïdes dans l’Age de Cristal. Dans l’épisode pilote, les fugitifs vont dans la Cité des Montagnes, qui est habitée par des robots. Ils rencontrent alors Rem, un androïde qui a un atelier et qui est chargé de réparer ses congénères. Il déteste son travail et il est donc très heureux de suivre Logan 23 et Jessica, à la recherche du Sanctuaire. A mon avis il est dans tous les épisodes qui suivent.
    Rem est fier de se présenter comme un cybernoïde qui serait le fruit de plus de cent ans de recherche !

    Sinon, je me souviens du robot du film (peu de robots ont une telle apparence !) Et de la scène où il dit : « Je suis davantage une machine qu’un homme, davantage que la fusion de l’homme et de la machine…Je suis programmé pour ça, pour vous congeler ! »

  5. By Jean-no on Juin 4, 2009

    J’ai très peu de souvenirs de la série, je ne l’ai pas vue depuis l’époque, c’est à dire il y a trente ans maintenant. Je serais curieux de revoir ça.

  6. By Cécile on Juin 4, 2009

    J’ai revu le début de la série récemment pour repérer les robots justement, mais il y avait bien longtemps que je n’avais pas entendu (ni vu) le superbe générique ;-)

  7. By Antoine Bablin on Juin 8, 2009

    Oh ! j’y pense…
    http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18763020&cfilm=125182.html

    à voir absolument !!!

  8. By Jean-no on Juin 8, 2009

    J’ai le DVD (très jolie édition d’ailleurs), mais je ne l’ai pas encore regardé

  9. By Cécile on Juin 8, 2009

    Il est de bon ton, je crois, de dire « spoiler » quand on va dire qqch. qui révèle des moments du film. Mais à mon avis, ça n’a aucune importance de parler d’un film avant !

    Le problème avec « Je suis un cyborg » c’est que tout se passe dans sa tête.
    Je dis « le problème » mais c’est aussi tout l’intérêt ! ;-)

    L’héroïne est internée dans un hôpital psychiatrique parce qu’elle pense qu’elle est un cyborg. De ce fait, elle ne se nourrit plus, va parler la nuit aux néons d’un distributeur de boissons etc.

    Le film montre à quelques reprises l’héroïne comme elle se voit elle-même (point de vue différent donc), avec des doigts robotisés, une bouche métallique, des orteils fluorescents qui s’allument quand elle est rechargée (après une séance d’électrochocs). J’aime bien la scène où l’on voit, par transparence, le mécanisme dans son dos quand elle mange pour la première fois.

  10. By Jean-no on Juin 8, 2009

    Sur le « spoiler », je ne sais pas si ça gâche vraiment le plaisir de connaître l’histoire : un bon récit est bon parce qu’il est bien fait, pas juste pour ce qu’il raconte.
    Bon évidemment, raconter la fin de Sixth sense, Fight club ou Memento, ça serait méchant.

    Ce qu’on m’a dit du film me semblait assez alléchant en tout cas.

  11. By Cécile on Juin 8, 2009

    « Un bon récit est bon parce qu’il est bien fait, pas juste pour ce qu’il raconte. »
    Tout à fait d’accord.
    En plus, j’oublie souvent ce qu’on m’a dit, ne gardant juste pour idée « à voir ».

    Le film en question n’est pas de la teneur de Fight Club. Mais bon, j’arrête d’en parler maintenant…
    To be continued,

  12. By Antoine Bablin on Juin 10, 2009

    Fight-club tient plus du clip fourre tout que du film… Le jour ou David Fincher nous pondra un film aussi barré avec une poétique aussi simple et efficace que ‘je suis un cyborg » n’est pas encore arrivé.
    En tout cas je te souhaite une bonne vision JN ^^

  13. By Jean-no on Juin 10, 2009

    Je citais Fight Club comme exemple de films dont on serait malheureux de connaître la fin avant de l’avoir vu… Ceci dit j’ai bien aimé. D’ailleurs je me sens ultra-indulgent avec le cinéma des clipeurs : Gondry, Jonze, Aronofsky, Roman et Sofia Coppola, le mec qui a fait The Cell…

  14. By Antoine Bablin on Juin 10, 2009

    Tarsem Singh est le réalisateur de The cell. D’ailleurs une suite est prévue pour cette année …

  15. By Cécile on Juin 10, 2009

    @Antoine Bablin
    Vous proposiez un film intéressant et que j’aime bien…Je suis vraiment désolée d’avoir « commenté » d’une façon si maladroite.

  16. By Jean-no on Juin 10, 2009

    @Cécile : il ne faut jamais s’excuser, car sinon les gens croient qu’ils ont le droit de vous taper dessus ;-)
    @Antoine : Tarsem Singh, effectivement, j’oublie toujours son nom. Drôle de carrière : un clip devenu classique, un film qui a pas mal marqué, un autre moins connu (The Fall), mais en dehors de ça, le blackout quasi total.

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