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Futurs ?

septembre 20th, 2014 Posted in Design, Fictionosphère, Lecture

futurs_nicolas_novaSous-titré La Panne des imaginaires technologiques, le livre Futurs ?, par Nicolas Nova, aborde un thème qui m’est assez cher, à savoir le rapport entre le futur imaginé et celui qui se construit effectivement. L’angle, comme le titre le suggère, est de se questionner sur notre impression confuse d’avoir perdu notre envie de futur, sur la sensation que la science-fiction n’attire plus les foules1.

Il y a deux phrases clé dans le livre que Nicolas Nova juge assez importantes pour les rappeler plusieurs fois : « Le futur est déjà là. Seulement, il est mal réparti » (William Gibson) et « Une bonne histoire de science-fiction doit pouvoir prédire l’embouteillage et non l’automobile » (Frederik Pohl).
La seconde citation dit très bien ce qu’est la science-fiction : non pas un projet de divination des objets à venir, mais une réflexion sur les usages qui en seront faits, sur ce qu’ils changeront, et ceci considéré avec une petite dose de mauvais esprit, l’embouteillage n’étant, bien sûr, pas ce qui intéresse le plus les automobilistes.
La première citation rappelle une chose intéressante, qui est que le manque de renouvellement de nos projections futuristes vient en partie de notre conscience de la progression quotidienne des technologies, qui, dans une certaine mesure, vont plus vite que notre imagination, tout en se révélant souvent lentes à émerger en pratique ou décevantes parce qu’elles ne s’accompagnent pas des progrès humains qu’elles promettent : seul l’embouteillage est une certitude. Puisque le futur est déjà là ou puisque nous ne sommes pas sûrs qu’il sera meilleur que notre présent, nous peinons à rêver des technologies futuristes comme autrefois la voiture volante, le jet-pack ou le monorail.
Au fil de la lecture, on découvre ou on retrouve des notions que forge ou s’approprie l’auteur, telle que la saudade de futuro, le favela chic, le gothic high-tech, le Problème Walmart ou la créolisation.

...

Nicolas Nova, introduit par Sylvia Frederiksson pour une présentation de ses travaux au biohacklab « La Paillasse », le 12 septembre dernier.

Plus d’une fois au cours de ma lecture, j’ai fait, mentalement, des objections (« tiens, il a oublié de parler de… »), mais quelques lignes ou quelques pages plus loin, les sujets que j’aurais amené en commentaire étaient traités : le livre me semble très complet, donc. La partie qui m’a le plus intéressé est sans doute celle qui est consacrée au design « fiction », volontiers prospectif, utopique ou spéculatif, qui ne propose pas des solutions concrètes à des problèmes esthétiques ou fonctionnels, mais s’amuse à imaginer, parfois avec ironie, parfois aussi plus près de l’art ou de la littérature que du design tel que l’entendent la plupart des gens, les effets de telle ou telle possible (ou impossible) invention. C’est le genre de choses auxquelles Nicolas Nova et ses étudiants travaillent dans le cadre du Near Future Laboratory (qui œuvre entre Genève, Barcelone et la Californie). Ce que défend Nicolas Nova, avec divers excellents exemples, c’est que l’intérêt pour le futur n’a pas disparu mais qu’il diversifie ses supports et investit à présent l’art, le design et moult autres domaines2.
La lecture de l’essai est régulièrement distraite par des interviews : Alexandra Midal, Bruce Sterling, Fabrice Gyger, Warren Ellis,…

Lire ailleurs : Futurs : panne sèche ou Abondance ? Par Hubert Guillaud.

  1. Digression : avec les effets visuels de plus en plus surprenants que l’on sait créer à présent, la science-fiction est devenue un grand thème cinématographique, mais force est de constater que la science-fiction que l’on filme est souvent assez décevante en termes scénaristiques : les auteurs adaptés sont souvent anciens, leurs ouvrages sont simplifiés, rendus manichéens ou fleur-bleue… Même les adaptations de comic-books des années 1960 sont des versions simplifiées des originaux, c’est dire ! Cependant il existe des films de science-fiction ambitieux du point de vue scénaristique mais ce ne sont pas ceux qui sont destinés au plus large public. Je remarque, malgré tout que l’image sait faire passer d’autres choses que le texte : tester l’utilisation d’une interface et en montrer le prototype sans flou artistique, ou offrir aux sens une ambiance forte… []
  2. On pourrait parler par exemple du cinéma documentaire : il existe, sur les chaînes culturelles/scientifiques anglo-saxonnes des séries documentaires spéculatives : ce que deviendrait la Terre sans l’humain, ce qu’aurait été la nature sans l’extinction des dinosaures,… []
  1. 5 Responses to “Futurs ?”

  2. By jyrille on Sep 20, 2014

    Intéressant, c’est un sujet qui m’interpelle énormément également. Je ferai juste une remarque sur les adaptations de comic-books : les derniers en date que je trouve réussis (Avengers, Captain America, X-Men Days of the Future Past) sont au contraire bien plus complexes que leurs originaux. Ils se basent surtout sur des comics des années 2000, des reboots, bien moins infantiles. Pour avoir relu les deux épisides de X-Men de Days of the future past, je peux t’assurer que l’esprit est là même si certains passages de la bd restent plus marquants et d’autres semblent trop puérils.

  3. By Jean-no on Sep 20, 2014

    @jyrille : Je remarque la même chose, cf. aussi les Gardiens de la Galaxie. Un exemple de ce à quoi je pensais : la vie affective d’un Peter Parker 1960s est assez complexe – il flirte avec deux ou trois filles, minimum -, mais dans les films, attention : on a un seul amour dans sa vie, ou alors c’est une erreur… Enfin c’est un problème général aux blockbusters. Ça donne d’ailleurs un côté passablement dérangeant à la fin du film Oblivion, avec cette fille qui n’a qu’un amour… multiplié par x clones.

  4. By jyrille on Sep 20, 2014

    Oui j’ai oublié les Gardiens. Par contre tu as raison pour la vie sentimentale de Peter Parker.

  5. By Jean-no on Sep 20, 2014

    @jyrille : je crois que c’est vraiment sur le couple que le cinéma est extraordinairement réac’. Du coup on perd une richesse : les Quatre Fantastiques, par exemple, représentent la famille, non parce qu’ils sont unis/associés mais parce qu’ils sont toujours en péril : Ben Grimm a peur que sa copine ne le quitte, Sue Storm est troublée par l’intensité de Fatalis, Red Richards n’est pas le mari du siècle,…

  6. By G L on Sep 21, 2014

    «Une bonne histoire de science-fiction doit pouvoir prédire l’embouteillage et non l’automobile»

    Dans ce cas Asimov (même si c’est pas une histoire mais seulement la description 50 ans à l’avance de l’exposition universelle de 2014) est à ranger parmi ceux qui savent prévoir les embouteillages: http://www.nytimes.com/books/97/03/23/lifetimes/asi-v-fair.html

    Sa conclusion: « the most glorious single word in the vocabulary will have become work! »

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