-- Percevoir » Le travail du cerveau

Couleurs inventées

Article publié le : samedi 3 août 2019. Rédigé par : Jean-no

Øyvind Kolås est un programmeur spécialisé dans les outils de création visuelle et sonore notamment. Ses recherches baptisées Color assimilation grid ont fait sensation : il parvient à nous faire remplir de couleur des images en noir et blanc, uniquement grâce à une grille colorée qui est appliquée dessus :

Vu son nom, je suppose qu’Øyvind Kolås est norvégien, ce qui me rappelle une anecdote que me racontait ma mère, elle aussi norvégienne : alors que la télévision nationale n’émettait encore qu’en noir et blanc, elle avait annoncé une expérience : à une heure précise, un jour précis, l’image allait passer en couleurs. C’était une farce de premier avril, mais beaucoup de gens ont vu la couleur malgré tout ! Pouvoir de l’imagination…

Cacher pour suggérer

Article publié le : mardi 1 novembre 2011. Rédigé par : Jean-no

Sur un forum anglo-saxon, un dénommé « Ultimusmormon » a écrit : « Being mormon, I can’t look at porn or nudity. So I have to get creative. That’s Why I invented bubbling » (étant mormon, je n’ai pas le droit de regarder de la pornographie ou de la nudité. Je dois donc être créatif. C’est pourquoi j’ai inventé le « bubbling »).
Le principe est assez simple : l’image est masquée par une surface colorée quelconque dans laquelle sont creusés des cercles qui révèlent seulement certaines parties de l’image. Dans le cas en question, ces parties d’images sont des parties nues du corps de jeunes femmes qui, à l’origine, posaient en maillot de bain.

On voit bien ici que le cerveau reconstitue les manques des images de droite, celles auxquelles est appliqué le masque et imagine une complète nudité pour ces jeunes femmes qui ne sont pas nues. L’astuce est que les trous creusés dans le masque ne rappellent rien, ou n’indiquent rien de particulier sur le contenu de ce qui est occulté. Si les seuls maillots de bain avaient été masqués, par exemple, l’effet aurait été bien différent.

En retournant sur le forum où avaient été postées ces images, je me rends compte que l’utilisateur « UltimusMormon » a été banni (apparemment parce qu’il se réclame — probablement pour rire — de l’Église de Jésus Christ des saints des derniers jours, c’est à dire les Mormons) et que ses photographies et ses montages ne sont plus visibles car ils contreviennent au règlement d’imageShack, l’hébergeur des images, qui proscrit les représentations de la nudité ou la pornographie. Or on trouve des milliers de photographies de filles en maillot de bain sur le serveur en question, ce sont donc les images « masquées » qui choquent et non les autres.

Tout ceci peut donner une autre perspective à la relativité de la pudeur. On sait qu’une cheville dévoilée peut ou a pu causer un grand émoi à certaines époques, dans certains pays ou dans certaines traditions, tandis qu’une quasi-nudité, exposée sur une plage, peut sembler très pudique.
Le cerveau comble les parties absentes ou cachées, mais par ailleurs le masque attire l’attention sur ce qu’il ne dissimule pas.

L’œil compare

Article publié le : samedi 18 juin 2011. Rédigé par : Jean-no

Les illusions d’optique ne sont pas du tout le sujet de ce blog mais permettent souvent de comprendre à quel point notre cerveau interprète ce qui lui est envoyé par le nerf optique, comme dans le cas de l’expérience célèbre que je reproduis ci-dessus, où nous sommes incapables d’accepter que les carrés A et B du damier ont exactement la même couleur.


Comme le disait mon professeur de retouche-photo, Jean-Claude Ronceray, l’œil humain est particulièrement doué pour comparer mais pas vraiment pour analyser. Il existe des animaux dont la perception repose sur l’analyse, par exemple les insectes qui identifient les fleurs qu’ils doivent butiner à la fréquence ultra-violette exacte qu’émettent ces dernières, ou d’autres qui sont quasiment aveugles à ce qui se trouve devant eux mais n’est pas en mouvement.

Dans un genre similaire au damier ci-dessus, une image encore plus simple : les « cubes » isométriques sont tous identiques, mais notre perception de leur luminosité dépend totalement de l’arrière-plan.