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La retouche

Article publié le : jeudi 13 février 2014. Rédigé par : Jean-no

L’illustrateur et écrivain Alain Korkos écrit parfois des articles intéressants sur le site Arrêts sur Images, où il parle souvent d’images, justement, mais sa dernière brève, Hidalgo, une photo « très peu retravaillée », me semble un peu expéditive. Apparemment persuadé que la photographie qui se trouve sur l’affiche d’Anne Hidalgo relève du Photoshop Disaster, il conclut le billet par : « La photo d’Anne Hidalgo « a été très peu retravaillée », donc. Et moi je suis le pape en patin à roulettes ».
Ayant trouvé une photographie qui montre la candidate aux municipales de Paris sous le même angle que sur l’affiche, il lui semble en effet que les deux images n’ont rien de commun. De mon côté, je ne trouve pas que le travail réalisé sur l’image soit particulièrement scandaleux. Je n’écris pas ça pour défendre Anne Hidalgo, dont je ne sais et je ne pense à peu près rien, mais parce que je m’étonne que Korkos voie là matière à un article (curieux paradoxe : j’en fais à mon tour un article).

anne_hidalgo

Bien entendu, on voit plusieurs différences notables :

  • les cheveux sont coiffés et brillants, résultat qui s’obtient plutôt grâce à un coiffeur que grâce à Photoshop. On peut faire beaucoup de choses avec Photoshop, mais sauver une coupe de cheveux n’est pas la plus facile.
  • les yeux et les sourcils sont plus sérieusement maquillés, ce qui augmente les contrastes du visage et confère aux femmes une compétence apparente (cf. cet article).
  • les yeux, encore, sont nettement plus brillants, ce qui n’est pas rare pour une photographie posée en studio, face à des éclairages forts et l’obligation d’ouvrir grand les yeux.
  • les vêtements ne sont pas les mêmes, l’un permet de voir le cou du modèle et est plus flatteur que l’autre, qui semble destiné à résister au froid.
  • la peau est plus claire et moins terne, ce qui peut venir de l’éclairage plus chaleureux, du fond de teint, et bien entendu de l’équilibre chromatique obtenu par la retouche.
  • le visage semble légèrement aminci, notamment dans la liaison entre le menton et le cou. Le menton est un peu lissé, les yeux ont légèrement moins de cernes.
  • l’arrête du nez semble différente, mais cela peut tout à fait ne venir que de l’éclairage. Le modelé de la partie supérieure des pommettes paraît un peu différent.

…Il me semble que beaucoup de ces différences peuvent être obtenues par les conditions de la prise de vue, entre le maquillage, la pose (il suffit d’allonger le cou pour changer la forme de son menton) et l’éclairage. Certains détails, comme l’éclat des yeux (intérieur de l’iris plus clair que les contours ou la pupille, reflets brillants), sont typiques de ce que l’on appliquait à toutes les photographies professionnelles à l’époque où j’ai passé un CAP de retoucheur, des années avant l’arrivée de Photoshop.
Sans surprise, la première adjointe au maire de Paris est plus à son avantage sur la photographie posée, travaillée, que sur celle qui a été prise dans la rue et avec moins de préparation. Elle gagne même des années d’âge apparent, ce qui, à mon avis, vient principalement de la teinte de la peau, ou plutôt des contrastes du visage, comme expliqué dans cet article précédent. Peut-être est-cette « réjuvénation » qui amène Korkos à vouloir faire un cas d’école de cette image qui me semble, à moi, plutôt banale. Je trouve dommage qu’il néglige de détailler ce qui le choque dans son jeu de comparaison. Je lui aurais bien posé la question sur le forum d’Arrêts sur images, mais aucun sujet n’y a été prévu pour discuter de cet article, c’est pourquoi je le fais ici.

En parlant de beauté et d’âge, j’ai bien ri cette semaine avec cette publicité que Facebook s’obstine à me proposer depuis quelques jours :

jeunesse

La femme que l’on voit ici n’a plus aucun âge apparent, elle rappelle plus un mérou ou certaines créatures imaginées par Chris Cunningham qu’autre chose. Je me demande ce qui est passé par la tête de ceux qui ont sélectionné cette photohgraphie pour l’associer à ce curieux texte qui prête trois âges différents (27, 49, 53) à cette femme qui « rend les médecins furieux ». Est-il possible qu’ils aient une perception si différente de la mienne (et de tous ceux qui ont ri avec moi de cette image) ?

Mise à jour du 14/02 à 18:00 : Alain Korkos me répond dans un nouvel article, Percevoir Anne Hidalgo.

Maquillage et compétence

Article publié le : lundi 31 octobre 2011. Rédigé par : Jean-no

Une étude commandée par la multinationale Procter & Gamble, spécialisée dans les produits d’hygiène notamment, établit que le maquillage influe sur la perception de l’intelligence et de la compétence. Quatre maquillages ont été testés : sans maquillage, un maquillage « naturel », un maquillage « professionnel » et enfin un maquillage « glamour » et ostentatoire.

Des photos neutres (sans expression particulière, éclairage constant, cadrage serré pour ne montrer ni la coiffure ni les vêtements) de vingt-cinq femmes différentes âgées de 25 à 50 ans ont été soumises à un échantillon de 280 adultes, dont 90 hommes, qui ont regardé chaque photographie pendant une durée d’un quart de seconde, pour un premier groupe, et pour une durée indéfinie pour un second groupe. Les personnes auxquelles ont été montrées les images devaient placer arbitrairement un curseur censé évaluer quatre qualités : l’attractivité, la sympathie, la loyauté/fiabilité et la compétence. Dans chaque cas, le maquillage léger ou professionnel semble faire paraître les femmes plus compétentes et plus fiables, mais le maquillage « glamour », tout en inspirant la compétence, fait perdre la sensation de fiabilité. L’étude émane d’un groupe de chercheurs en psychaiatrie, médecine, biostatistique et informatique de centres de recherches de Boston, et a été publiée le 3 octobre 2011.
On peut prendre connaissance de la méthodologie complète et des tableaux de résultats sur le site Plosone.