École supérieure d’art de Bretagne, Rennes

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Lieu : la Quincaillerie générale, bistrot à Montrouge.

Lieu : la Quincaillerie générale, en face de la mairie de Montrouge.

Valéry est né en 1986. Il a grandi dans un quartier pavillonnaire de Saint-Brice-sous-Forêt, dans le Val-d’Oise, entre Écouen, Sarcelles, Villiers-le-Bel et la forêt de Montmorency. Sans se considérer comme particulièrement doué pour ça, il a toujours aimé dessiner, et son père l’a poussé à suivre des cours artistiques. Il est ensuite entré dans un lycée d’arts appliqués, Sainte Geneviève (privé), dans le sixième arrondissement de Paris. L’ambiance y était stricte et peu satisfaisante sur le plan de la créativité, mais il ne regrette pas ces années qui sont aussi celles de la découverte de la capitale et des métiers des arts appliqués.

Après son bac, Valéry s’inscrit en BTS de communication visuelle et de multimédia à Chaumont, en Haute-Marne, la ville du festival international de l’affiche. Il s’y plait bien. Inscrit à un cours de kung-fu, il remarque en parlant aux habitants de la ville qui n’ont pas de lien avec l’école que ces derniers considèrent le prestigieux festival avec une bonne dose de circonspection : ils ne comprennent, en fait, rien du tout aux passions de la nuée d’amateurs de graphisme qui envahit leur ville trois semaines l’an.
Après son diplôme, Valéry postule dans quelques écoles : les Arts décoratifs de Paris (sans y croire), une formation des Gobelins, les Beaux-Arts de Besançon, l’IUT de Montreuil,… et l’école des Beaux-Arts de Rennes, où il est accepté en deuxième année. C’est là que je l’ai rencontré, deux ans plus tard. Il y a eu, entre autres enseignants, Jérôme Saint-Loubert Bié et Étienne Mineur, deux graphistes particulièrement intéressés par le design numérique.

À son arrivée à l’école d’art, après un lycée rigoureux et un BTS, Valéry a l’impression d’être complètement lâché dans la nature, presque en vacances. Il ne perd pas pied pour autant et fait l’apprentissage de l’autonomie. La ville est vivante et son amie ne tarde pas à l’y rejoindre pour intégrer une école d’ingénieur. Il garde d’excellents souvenirs des quatre années passées, et en retient notamment la table de ping-pong bricolée par les étudiants de sa promotion, qui permettait de se défouler régulièrement, en marquant bien la distinction entre les séquences de travail et les moments de détente. La force et la faiblesse des écoles d’art, pour Valéry, c’est qu’elles n’imposent pas de moule : les profils d’étudiants qui en sortent sont extrêmement divers et personnalisés, mais ceux qui ne tirent pas parti de cette liberté peuvent se retrouver perdus.
Je me souviens de lui comme un étudiant modérément geek, c’est à dire très à l’aise avec l’outil informatique, jusqu’à la programmation, mais n’y voyant pas une fin en soi : il était d’abord graphiste.

Son diplôme, soutenu en 2010 (la première année où la rédaction d’un mémoire a été imposée à tous les étudiants en école d’art) et obtenu avec les félicitations, portait sur les mutations de la lecture et de l’écriture liées au numérique. Il a été remarqué par la revue Étapes, qui a inclus ce travail à sa sélection du numéro « étudiants ». Il ne sait pas si cette distinction, qui se trouve sur son curiculum vitae, l’a aidé à être pris au sérieux par les entreprises qui l’ont embauché, mais elle aura permis à ses anciens professeurs de Chaumont de retrouver sa trace et d’exposer son travail durant le festival.

Valéry aurait eu plaisir à prolonger ses recherches dans le cadre d’un post-diplôme, mais il s’est dit qu’il était temps de se mettre à gagner sa vie. À peine revenu à Paris, il a accepté un poste d’ingénieur-informaticien dans une SSII1 où il devait développer des interfaces pour des boîtiers de télévision Sagem, avec le logiciel Flash. Il a apprécié le travail en équipe, mais les tâches étaient parfois ingrates — passer des journées entières à faire du « débugging », par exemple. Alors qu’il venait de renouveler sa période d’essai, quelqu’un qu’il avait connu lors d’un stage chez Orange Vallée l’a contacté pour lui conseiller un autre emploi, beaucoup plus créatif, à deux pas de chez lui, et il l’a aussitôt accepté.

Cela fait trois ans et demi que Valéry travaille chez Usabilis, une société spécialisée dans la conception d’interfaces. Ce travail sur le design ergonomique le passionne, car il est très concret : il faut comprendre ce dont le client a besoin et y répondre de manière pertinente, effectuer des tests d’utilisation, etc.
Il se sent chanceux de n’avoir jamais connu le chômage et considère, malgré l’apparente cohérence de son cursus et de sa vie professionnelle, pouvoir résumer son parcours à la phrase « on verra bien ».

  1. Une SSII est une « société de services en ingénierie informatique ». []