Marie Crochemore

[Photo retirée à la demande de l’intéressée. Lieu : L’Usine de Charonne, au 1 rue Avron, dans le 20e arrondissement de Paris]

Marie est née en 1988, elle a donc vingt-six ans. Elle a grandi dans une petite ville située entre Rouen et Le Havre. Comme elle aimait dessiner, elle s’est naturellement dirigée vers un lycée qui proposait une option arts plastiques, à Rouen. Ce lycée proposait des activités intéressantes, telles que le théâtre. À l’époque, Marie s’imaginait bien en styliste ou en costumière. Après le bac, elle a tenté l’école Estienne, à Paris, l’école d’art de Rouen et celle du Havre, qui l’intéressait pour sa spécialisation en graphisme, qui lui semblait plus concrètement liée au monde du travail.

Ce qu’elle retient de très positif de ses années d’école d’art, c’est pourtant le reste : la découverte de médiums et de techniques diverses, sculpture, photo, vidéo, animation, etc. Si elle n’a pas complètement trouvé son bonheur du point de vue très pragmatique de l’apprentissage d’une profession qui lui permette de trouver du travail rapidement, elle a apprécié, en revanche, la créativité qu’on l’y a aidée à exprimer, la culture qu’elle y a acquis, et la capacité à réfléchir à ses productions. Après son DNAP (licence), elle a décidé de quitter l’école pour entamer un Master en alternance en graphisme et multimédia dans une école privée qu’elle juge très médiocre, mais qui avait l’avantage d’être gratuite, puisque c’est son employeur qui s’acquittait de ses frais d’inscription. Chaque mois, elle passait une semaines à l’école, et trois dans une petite agence de communication de cinq personnes, où elle a pu faire ses armes. À l’issue de ces deux ans, la société qui l’employait périclitait et Marie n’a (« heureusement », dit-elle), pas été embauchée. Heureusement, parce qu’une belle aventure l’attendait.

Devenue demandeuse d’emploi, Marie a été rapidement embauchée par Owni.
Owni est une entreprise éditoriale qui n’aura duré que trois ans mais qui tient une place assez particulière dans l’histoire du journalisme en ligne français, en cherchant un modèle économique complexe (l’argent provenait de sa maison-mère 22 mars), en embauchant quantité de journalistes et en étant au centre de beaucoup de sujets passionnants du moment : hacktivisme (notamment pour ses partenariats avec Wikileaks), data visualisation, data journalism, fact checking, diffusion libre, etc.
L’entretien d’embauche s’est fait dans la cour, ce qui correspond bien à l’image sans-façons que renvoyait Owni. Marie y a enfin côtoyé des graphistes sérieux, à commencer par le directeur artistique Loguy. Constamment inquiète à l’idée de ne pas avoir le niveau technique, elle a trouvé cet environnement très stimulant et en est « ressortie boostée » — je reprends ses termes.

Une fois l’épisode Owni terminé, Marie ne connaît que deux mois de chômage avant d’être embauchée par une société spécialisée dans la création d’applications pour smartphones et tablettes dédiées au monde médical. Elle s’y ennuie et la paie n’est pas très généreuse, elle en démissionne après un an et trois mois car, nouveau coup de chance, elle avait répondu à une annonce passée sur Twitter par le Ministère des affaires étrangères et a été embauchée dans la foulée, comme graphiste, sur un poste de contractuelle (non fonctionnaire, et elle ne compte pas le devenir). Elle est la première surprise à trouver le travail qu’elle y fait varié, utile et créatif, et me semble avoir presque peur du jour où, son contrat prenant fin, elle devra retourner se mettre à nouveau au service de projets à rentabilité immédiate. À côté de son emploi salarié, elle a un statut de travailleur freelance, mais n’a jamais vraiment eu envie de mener des projets personnels.

Aujourd’hui, elle vit très correctement de ce qu’elle aime faire, et elle a enfin gagné la confiance en elle-même qui lui a longtemps fait défaut. Demain, on verra. Elle aimerait sans doute bouger, changer de ville avant d’en avoir ras-le-bol d’être Parisienne, et pourquoi pas, aller jusqu’en Australie…

Son site personnel : marie-crochemore.fr

Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *