Guillaume Raoult

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Lieu : Le Régent, café et restaurant, métro Cadet, à Paris

Guillaume est né en 1986. Il a toujours aimé dessiner, et s’est assez naturellement orienté vers les arts plastiques au Lycée, soutenu par ses parents. Il n’a pas tout de suite réussi le concours d’entrée de l’école d’art du Havre, et s’est inscrit dans un cursus économique et social à l’université, mais un désistement inespéré lui a finalement permis d’intégrer l’Esadhar à la rentrée 2005, où il a choisi la section design graphique. Tout au long de ses années d’études, il s’est intéressé à la boulimie visuelle, à la répétition d’images, à la mode et à la culture populaire.

J’ai un souvenir assez vif du passage de son diplôme, en 2010 : le jury l’avait recalé, en lui disant que son travail aurait fait un beau diplôme en section arts, mais n’était pas recevable en section design graphique. Le moment avait été assez traumatisant, notamment pour Guillaume qui, sur le coup, a voulu tout abandonner. Mais il s’est accroché, et à présent il ne le regrette pas du tout, car son second passage de diplôme a été bien plus abouti que le premier, dont il est la continuation.

En 2011, il a non seulement obtenu son DNSEP, mais l’a fait avec les honneurs, puisqu’il a obtenu les félicitations. Pendant ses études, Guillaume a été caissier chez Auchan, où on lui disait que « le client doit se souvenir du service, pas de la personne », et contrôleur qualité dans une usine de fabrication de bouteilles qui fonctionnait jour et nuit et où il passait huit heures d’affilée, solitaire, à regarder défiler des bouteilles dont les ratées devaient être mises au rebut. Des métiers difficiles, répétitifs, et assez peu créatifs, donc.
Après sa sortie de l’école, Guillaume a passé quelques mois au Canada, puis a commencé à regarder les offres d’emploi et de stages à Paris — bien que très attaché au Havre, il a toujours voulu travailler ailleurs, à Paris ou, pourquoi pas un jour, à l’étranger.

Un an après sa sortie de l’école, il a été embauché par une marque de prêt-à-porter en vogue, comme illustrateur. Il n’y fait pas que dessiner, il effectue un travail quotidien de veille, va voir des expositions, fait des voyages,… Son métier change chaque jour (on est loin des caisses de supermarché ou du contrôle-qualité des bouteilles de verre) et il peut s’amuser avec ce qui constituait précisément son matériau de base lorsqu’il était étudiant : l’imagerie de la culture populaire. Il regrette un peu de ne plus avoir aucun temps pour créer en dehors de ses heures de travail (qu’il ne compte pas), mais au fond, c’est logique, puisque ce qu’il fait est déjà ce qu’il aime faire. Je note cette phrase, qui fait plaisir : « Je fais ce que j’ai toujours aimé faire ».

De ses années d’étude, il a tiré un certain niveau d’exigence, notamment conceptuelle : il y a à présent un raisonnement, une méthode et des références derrière chaque chose qu’il produit. Ce qui est à la fois fertile et pesant — pesant au sens où il ne s’autorise pas à travailler purement d’instinct, sans s’imposer de contraintes. Il regrette en revanche le faible temps qu’il a consacré à l’apprentissage des langues1, dont il mesure l’importance à présent qu’il doit collaborer avec des gens du monde entier. Il est un peu nostalgique du confort des études, pour les moyens d’expérimentation dont on y dispose autant que pour les liens que l’on y tisse, et il se serait bien vu continuer quelques années de plus s’il avait existé un cursus de troisième cycle.

Guillaume a connu plusieurs faux-départs. Il n’est pas entré dans l’école immédiatement, il n’a pas eu son diplôme du premier coup, mais le résultat est là : aujourd’hui, il fait ce qu’il a toujours voulu et ce qu’il a toujours aimé faire.

  1. L’enseignement des langues est un problème récurrent de toutes les écoles d’art françaises que je connais : quelle que soit sa bonne volonté, un unique enseignant en anglais s’occupe en général de cent cinquante ou deux cent étudiants, aucun moyen n’est sérieusement mis en œuvre pour arranger ça. []

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