Compteur d’entrées

(illustration : un portique qui compte ceux qui le franchissent, par Fanny Tobia, à l’école supérieure d’art du Havre)

Témoignage de Jen Gé, sur Facebook :

Il y a quelques jours dans une enseigne de vêtements. Pendant que j’essaie un jean, ma mère, qui a fini ses essayages, sort dans la rue avec le chien qui commence à en avoir marre. Puis revient jeter un œil, puis ressort. Et ne peut plus entrer, car la jeune gérante (pardon, la « représentante ») lui demande de ne plus passer la porte. En effet, il y a un capteur qui compte les entrées et les sorties. Et les corrèle au nombre de ventes. Et remonte les chiffres à la maison-mère. Pour booster la motivation des vendeuses à améliorer leurs résultats. La gérante (pardon, « représentante ») trouve ça très bien, « ça évite de se ramollir et de se reposer sur ses lauriers ! ». « C’est comme ça dans toutes les grandes enseignes maintenant ! »

Belle illustration de la manière dont un outil d’évaluation altère l’objet qu’il est censé évaluer.

3 réflexions au sujet de « Compteur d’entrées »

  1. J’ai découvert l’existence de ces compteurs optiques dans une rue commerçante. J’ai remarqué que les vendeuses s’accroupissaient pour entrer et sortir de leur boutique. Je présume que c’est pour passer sous l’œil du capteur et ne pas fausser les chiffres. Le réflexe de la génuflexion à l’entrée du magasin leur est devenu naturel, et j’avoue ne plus y prêter attention.

  2. Ce n’est en rien un outil d’évaluation, c’est un outil conçu spécifiquement pour mettre la pression sur le personnel…
    Croire que celle ci ne serait qu’un effet de bord d’un outil d’évaluation c’est au mieux de la naïveté…

  3. Je me souviens d’une visite à la bibliothèque de l’école (une école de bibliothécaire, justement). Le responsable nous a parlé du compteur à l’entrée, bonne vieille pratique en bibliothèque pour nourrir le mythe de l’évaluation par les féti… euh, par les chiffres. Et en rigolant, il nous a dit d’entrer et sortir plusieurs fois de suite, pour gonfler les chiffres de la fréquentation.

    Du coup, c’est devenu une habitude d’ajouter des décomptes avec le doigts à chaque fois qu’on passait par-là. 🙂

    Dans

    SUPIOT, Alain, 2015. La gouvernance par les nombres: cours au Collège de France (2012-2014). Nantes] : [Paris : Institut d’études avancées de Nantes ; Fayard. Poids et mesures du monde. ISBN 978-2-213-68109-2.

    il y a l’idée que dès qu’on cherche à mesurer de manière chiffrée des choses dans un système où il y a de l’humain, alors on induit logiquement des pratiques de détournement du système, voire de triche.

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