L’exhumation des restes

Une étonnante tradition en Indonésie : l’exhumation des morts. Il s’agit d’une forme de « secondes funérailles », que l’on rencontre dans un certain nombre de pays d’Asie, et qui se pratiquait aussi dans plusieurs pays du Moyen-Orient antique.

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Le cadavre est sorti de terre, nettoyé, habillé, et on le promène, il participe ainsi à la fête.

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On trouve la même coutume à Madagascar sous le nom Famadihana, ou « retournement des os ». Ici, le corps du défunt est sorti de sa crypte tous les sept ans environ, puis enveloppé, avant d’être promené.

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Cette cérémonie est l’occasion d’une grande fête, où plusieurs corps sont généralement exhumés en même temps et à laquelle assistent des membres de la famille parfois venus de très loin.

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Contrairement aux protestants évangéliques, l’Église catholique a fini par accepter cette pratique de la part de ses adeptes malgaches, même si elle repose sur une croyance non-chrétienne (quoique pas forcément incompatible), à savoir que les morts ne rejoignent leurs ancêtres qu’une fois leur corps décomposé.

Dans les pays occidentaux contemporains, l’exhumation des restes n’existe que dans le but de déplacer le défunt d’un cimetière à un autre ou dans un but d’enquête policière — qui constitue souvent un traumatisme pour les familles. Pour la plupart des musulmans, l’exhumation des restes est proscrite.

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Cercueils personnalisés

Au Ghana, dans la région d’Accra, des artisans réalisent des cercueils sur mesure qui indiquent la profession, la personnalité ou les aspirations du défunt en prenant la forme d’un objet qui symbolise ces traits.

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Ataa Oko, un des premiers artisans à avoir réalisé des cercueils personnalisés, vers 1945.

Cette pratique émane du peuple Ga, qui croit traditionnellement que la mort n’est pas la fin de la vie, et que les défunts continuent d’avoir une influence sur leurs proches.
Le cercueil n’est vu que le jour de l’inhumation.

Les cercueils personnalisés existent aussi chez les Ga chrétiens.

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La conservation des morts (Ravage)

Dans son célèbre roman Ravage (1943), René Barjavel a imaginé un futur où les gens conserveraient leurs défunts, comme un petit musée de cire personnel.
À rapprocher de la pratique de mise-en-scène des corps des défunts évoquée dans un article précédent.

Les progrès de la technique avaient permis d’abandonner cette affreuse coutume qui consistait à enterrer les morts et à les abandonner à la pourriture. Tout appartement confortable comprenait, outre la salle de bains, l’assimilateur d’ordures, le chauffage urbain, les tapis absorbants, les plafonds lumineux et les murs insonores, une pièce qu’on appelait le Conservatoire. Elle était constituée par de doubles parois de verre entre lesquelles le vide avait été fait. À l’intérieur de cette pièce régnait un froid de moins trente degrés. Les familles y conservaient leurs morts, revêtus de leurs habits préférés, installés, debout ou assis, dans des attitudes familières que le froid perpétuait. Les premiers Conservatoires avaient été construits vers l’an 2000.

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La plupart d’entre eux contenaient déjà deux générations. Les petits-enfants de l’an 2050 devaient à cette invention de connaître leurs arrière-grands-pères. Le culte de la famille y gagnait. L’autorité d’un père ne disparaissait plus avec lui. On ne pouvait plus escamoter le défunt dès son dernier soupir. D’un index tendu pour l’éternité, il continuait à montrer à ses enfants le droit chemin. Des artistes spécialistes se chargeaient de donner aux trépassés toutes les apparences de la vie, et aux Conservatoires un air familier de pièces habitées. Après avoir fait la première mise en scène, ils venaient chaque semaine en vérifier l’installation, raviver, à l’aide de fards spéciaux, les couleurs des personnages, et faire disparaître, à l’aspirateur, la poussière des vêtements et des décors. Les familles payaient, pour ces soins, un petit tant-par-mois à la C.P.D. (Compagnie de Préservation des Défunts). En général, le Conservatoire occupait dans l’appartement une situation centrale. Chacun de ses murs de verre s’ouvrait sur une pièce différente. Les jours de réception, la maîtresse de maison mettait une fleur à la boutonnière de grand-père, redressait sa moustache. Les morts prenaient part à la réunion. Les invités leur adressaient en arrivant un salut courtois, félicitaient leurs enfants de leur bonne mine.

On voit que les défunts « conservés » sont eux-mêmes une autorité morale qui veille sur les mœurs des vivants :

À la salle à manger, la table leur faisait face. Le maître de maison rompait le pain après le leur avoir présenté. Les fumets des plats montaient vers leurs nez de glace. Quand Monsieur allait retrouver Madame dans sa chambre, il prenait soin de tirer le rideau sur le mur de verre, pour ne pas choquer grand-maman. La présence continuelle des défunts donnait à la vie intime des ménages une tenue et un ton trop souvent inconnus jusqu’alors. Les femmes ne traînaient plus en robe de chambre jusqu’au déjeuner. Les hommes se retenaient de jurer et de casser la vaisselle. Les ménages qui se seraient laissés aller à se disputer, voire à se battre devant les enfants, n’osaient le faire sous le regard fixe des ascendants. Un père honnête conservé retenait son fils sur la voie de la fripouillerie. Une mère vertueuse évitait à sa fille le péché d’adultère. Les femmes les plus dissolues n’osaient recevoir leurs amants chez elles, même à rideaux tirés.

La pratique pose des problèmes juridiques (à qui appartiennent les morts ?) mais aussi un problème d’encombrement, que certains règlent en réduisant les corps :

Afin d’éviter les disputes et les procès, une loi avait rétabli, dans ce domaine, le droit d’aînesse. À moins d’arrangement à l’amiable, l’ancêtre appartenait à l’aîné des héritiers. L’encombrement qui risquait, au bout de quelques générations, de régner dans les Conservatoires avait été prévu. Les laboratoires de la C.P.D. mettaient la dernière main à un procédé qui devait permettre, par immersion dans un bain de sels chimiques, de réduire les défunts au vingtième, à peu près, de leur taille primitive. Une loi, précédant son application, en interdisait l’usage à moins de la quatrième génération. On ne pourrait réduire que ses aïeuls. Encore certains grands défunts échapperaient-ils au bain, l’État se réservant de les classer comme ancêtres historiques. Un chimiste, qui voyait loin, cherchait un procédé de réduction plus radical. «Nous devons penser à nos descendants de l’an 10000, déclara-t-il à la Radio, si nous voulons parvenir jusqu’à eux, jusqu’à ceux de l’an 100000, il faut que nous, et nos arrière petits-enfants, et nos innombrables descendants, puissions loger dans le minimum de place. » Il voulait réduire les ancêtres à un demi-centimètre, les aplatir à la presse, les glisser dans un étui de cellophane, les coller dans un album. « Plus tard, indiquait-il, d’autres savants feront mieux encore, rassembleront mille générations sur une plaque de microscope. Alors la question de la place ne se posera plus. » Grâce à ces procédés, les familles conserveraient, pendant des siècles de siècles, leurs membres morts parmi leurs membres vivants, les plus proches grandeur nature, les autres s’amenuisant dans le passé. À cette perspective, les vivants envisageaient la mort d’un oeil plus doux. Le grand épouvantement de la pourriture avait disparu. La malédiction : « Tu retourneras en poussière », semblait périmée. L’homme savait qu’il ne disparaîtrait plus, qu’il demeurerait, au milieu de ses enfants, et de ses lointains petits neveux, honoré et chéri par eux. Pétrifié, laminé, microscopique, mais présent. Il ne craignait plus de servir de proie à la vermine, de disparaître totalement dans la grande Nature indifférente. Ainsi le progrès matériel était-il parvenu à vaincre la grande terreur de la mort qui, depuis le commencement des siècles, courbait le dos de l’humanité.

Le saviez-vous ?

Amusant : Jeremy Bentham, le père de l’utilitarisme, existe aujourd’hui au University college de Londres, à l’état de momie ! Son corps a été embaumé, mais son visage est en cire. Autrefois, entre ses jambes, se trouvait sa véritable tête, desséchée.

La conservation des morts est présentée comme une récompense, on la refuse aux assassins :

Les législateurs avaient profité de ces circonstances pour aggraver la peine qui frappait les assassins. Le condamné, après avoir subi le rayon K, qui le faisait passer sans douleur de vie à trépas, était plongé par le bourreau dans un bain d’acide qui le dissolvait. Devenu bouillie, il allait à l’égout. Ainsi lui était refusée cette présence perpétuelle, succédané de l’éternité, qui rassurait les mortels. Pour lui, la terreur de l’inconnu subsistait. Le crime ne résista pas à l’institution de la dissolution post mortem. Le nombre des assassinats, dans l’année qui suivit son application, diminua de soixante-trois pour cent. Les tueurs professionnels abandonnèrent. On continua seulement de tuer par amour.

Enfin, des solutions sont prévues pour ceux qui n’ont pas les moyens de disposer d’un conservatoire à domicile :

Bien entendu, les logements ouvriers étaient trop petits pour contenir des Conservatoires particuliers. Aussi l’État avait-il aménagé, dans le sous-sol des villes, des Conservatoires communs, qui remplaçaient les anciens pourrissoirs nommés cimetières. Chaque famille s’y voyait attribuer gratuitement son logement particulier. Les visites étaient autorisées deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi. Pour éviter que la ville mortuaire fût habitée par un peuple trop mal habillé, l’État donnait un vêtement neuf à chaque défunt. Cet uniforme, c’était, pour les hommes, l’ancien « habit » des élégants du xxe siècle, noir, à basques, et, pour les femmes, une simple robe dite « paysanne », à fleurettes bleues sur fond rose […]

Dans Ravage, la civilisation moderne s’écroule quelques heures après avoir été privée d’électricité. Les chambres frigorifiques qui conservent les morts, forcément, ne peuvent plus remplir leur fonction :

Les familles épouvantées fermèrent à clé les portes hermétiques des chambres froides. Elles virent, à travers les murs transparents, leurs parents défunts verdir, gonfler, se répandre. Une odeur abominable, d’abord faible, puis souveraine, envahit les appartements. Les vivants essayèrent de toutes les façons de se débarrasser des morts vénérés devenus foyers d’infection. Ils en jetèrent à la Seine, mais le fleuve en apportait autant qu’il en emportait. Ils flottaient lentement dans l’eau grise, à demi nus, ventres ballonnés, se heurtaient aux piles des ponts, les contournaient à tâtons, s’abandonnaient au courant paresseux, rêvassaient le long des berges. Les familles, en convois, essayèrent de transporter leurs ancêtres jusqu’au grand feu de la rive droite. La chaleur énorme de l’incendie les empêcha d’atteindre les flammes. Elles durent abandonner leurs fardeaux chéris et redoutés dans des ruines encore chaudes, où ils se mirent à bouillir. Finalement, on se contenta de les jeter dans la rue par les fenêtres. Les quartiers riches devinrent, en trois jours, des charniers puants que beaucoup abandonnèrent pour les cités ouvrières, déjà surpeuplées, où les malheureux se mirent à s’entretuer pour une bouchée de nourriture ou une goutte de boisson. Dans les Conservatoires communs, il s’était fait comme une rumeur. Des millions de morts s’étaient mis à remuer en même temps. Ils furent un peu plus longs à atteindre le stade de la pourriture que les morts de la surface, et ne la subirent pas de la même façon. Un microscopique champignon bleu s’empara d’eux, couvrit de sa mousse et de ses filaments chairs et vêtements, transforma en quelques heures chaque cadavre écroulé en une masse phosphorescente.

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Mariage post-mortem

La thaïlandaise Ann Kamsuk s’apprêtait à épouser le producteur de télévision Chadil Deffy, avec qui elle vivait depuis dix ans, lorsqu’elle s’est tuée dans un accident de la route.

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Deffy a décidé d’organiser à sa fiancée des funérailles en forme de cérémonie de mariage, allant jusqu’à lui passer la bague au doigt.

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Le « marié » n’est pas dupe du caractère désespéré de cette action : « À vos yeux, ce que nous faisons peut sembler l’expression d’un grand amour, mais pour nous, c’est l’expression d’une erreur qui ne pourra jamais être réparée en revenant dans le passé. Souvenez-vous que la vie est courte ».

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Le mariage posthume n’est pas toujours symbolique.
En France, durant la guerre de 1914-1918, s’est posé le problème des femmes abandonnées, souvent mères, par leur compagnon mort dans les tranchées, et ne pouvant pas bénéficier de la pension due aux veuves puisque restées célibataires. Pour répondre à cette queston, la justice a entériné le principe du mariage posthume des militaires dès 1915. Le premier cas de mariage posthume civil en France date de 1959 : un jeune homme, mort dans la catastrophe du barrage de Fréjus, a été marié par le maire et le curé local. Depuis, environ un mariage posthume est célébré chaque année en France, qui reste un des rares pays où la pratique existe de manière non-exceptionnelle. L’autorisation est donnée par le président de la République, à qui on doit fournir la preuve des intentions du défunt. Pendant la seconde guerre mondiale, de nombreux soldats américains ont été mariés après leur décès1. La Chine possède une tradition de longue date, le mariage fantôme, où une femme peut être mariée à l’esprit de son fiancé, et vivre chez sa belle-famille en acceptant de rester célibataire pour toujours.

  1. Source : Dictionnaire de la mort. []
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Funérailles en présence du défunt

La maison de pompes funèbres Charbonnet-Labat Funeral Home, dans le quartier de Treme à la Nouvelle-Orléans, propose un service plutôt étonnant à sa clientèle : réaliser des tableaux en relief avec les défunts, qui sont disposés dans une position familière et dans le décor de leur choix ou de celui de leurs proches, le temps de leurs funérailles.

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Le premier bénéficiaire de ce service (chez Charbonnet-Labat en tout cas) été Lionel Batiste, musicien local important, qui apparaît (vivant !) dans deux épisodes de la série Treme, par David Simon.

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Georgina Chervony Lloren, dans sa robe de mariée

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Christopher Riviera, boxeur

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Miriam Burbank

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Mickey Easterling, une « socialite » (« reine de la nuit » ?) très célèbre de la Nouvelle-Orléans.

La mode, pense-t-on, vient de Porto Rico.

David Morales Colòn

David Morales Colòn

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Angel Pantoja Medina

On trouve des exemples hors de la Nouvelle-Orléans et de Porto Rico :

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Bill Standley, a été placé, sur sa moto, dans une boite en plexiglas, et a été baladé dans sa ville, Mechanicsburg (Ohio), avant d’être enterré, toujours assis sur son véhicule.

Il y a peut-être un peu ici le vieux fantasme d’assister, vivant, à ses propres funérailles…

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Masques mortuaires

Le plâtre, la cire ou l’alginate permettent de prendre l’empreinte d’un visage, par exemple celui d’une personne récemment décédée — l’opération doit être faite avant que les changements soient trop importants. On trouve des exemples de moulages mortuaires en cire pendant l’antiquité romaine, qui étaient destinés à servir de modèles à des sculptures en pierre taillée. À partir de la Renaissance, on a beaucoup utilisé l’empreinte mortuaire pour conserver les traits des « grands hommes », puis, à partir du XIXe siècle, avec le développement de la médecine légale, pour l’identification des cadavres.

Le plus célèbre masque mortuaire est sans doute celui de « l’inconnue de la Seine », une femme dont on ignore l’identité mais dont le sourire apaisé a frappé les esprits. La légende veut qu’elle ait été retrouvée noyée dans la Seine à la fin des années 1880 — mais selon d’autres sources, elle serait morte de la tuberculose. Son visage a été reproduit à des centaines de milliers d’exemplaires dans le monde.

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L’inconnue de la Seine est, dit-on, la femme la plus embrassée du monde : son visage a été donné au mannequin « Resusci Anne », qui est utilisé pour l’apprentissage des techniques de secourisme depuis plus de cinquante ans.

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Les sarcophages des époux étrusques

Les mystérieux Étrusques étaient, selon Erwin Panofsky, encore plus obnubilés par la mort que ne l’étaient les Égyptiens. Chaque fois qu’ils s’établissaient quelque part, ils fondaient deux cités : l’une pour les vivants, et l’autre, non moins importante, pour les morts (nous y reviendrons).

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Un des apports les plus frappants des Étrusques à l’art funéraire, ce sont leurs sarcophages, dons les côtés sont ornés de scènes mythologiques ou quotidiennes, et qui sont recouverts par une statue en terre-cuite représentant les défunts.

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Il s’agit souvent des couples. Ceux-ci ne sont pas figurés dans une attitude de sommeil éternel, mais sont généralement montrés souriants, tels qu’ils aimaient vivre.
En leur temps, ces sculptures étaient polychromes.

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Le style n’est pas spécialement unifié, pas plus, d’ailleurs, que le contenu des sarcophages, puisque, comme les Romains, les Étrusques pratiquent aussi bien l’inhumation que l’incinération, et ce en fonction des traditions locales ou familiales.

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Tous les couples n’ont pas la même proximité, on constate ci-dessous une grande différence entre les amants enamourés de droite et les deux figures passablement distantes, à gauche :

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On trouve aussi des célibataires :

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Contrairement aux Étrusques, les hommes Grecs et Romains ne jugeaient généralement pas convenable que leurs épouses assistent aux banquets.

Le sarcophage qui suit, créé au IIe siècle de notre ère dans la Grèce romaine et conservé au Louvre, imite la pose des couples étrusques, mis dans un esprit passablement différent :

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…Cette fois, il ne s’agit plus d’un couple qui célèbre les plaisirs de la vie conjugale, mais de nobles époux en représentation d’eux-mêmes, espérant peut-être conserver dans la mort le rang social qu’ils avaient de leur vivant.

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Faire-parts en Croatie

En Croatie, du moins dans la région de Zadar (j’ignore si c’est pareil ailleurs), on voit régulièrement affichés des faire-parts, tous plus ou moins mis en page de la même manière sur une feuille A4 orientée en portrait, avec un cadre noir ou bleu.

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Le nom de la personne est écrit au centre, illustré par une photo d’identité. L’ensemble est accompagné de mentions impersonnelles : âge de décès, date de la cérémonie et liste des membres de la famille en deuil.

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Et puis un jour, ça a été le tour de mon beau-père, Franko. La photo choisie était plutôt ancienne. Étrange, de voir appliqué à un proche ce graphisme certes familier, mais qui n’avait jusqu’ici concerné que des gens qui m’étaient parfaitement étrangers.

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Macario

Premier film mexicain à avoir été nommé aux Oscars, Macario (Roberto Gavaldón, 1960), a été accusé, dans son pays, d’avoir été formaté pour un public étranger. Un film « pour touristes », en somme. Le scénario mélange habilement un trait du folklore mexicain, à savoir la fête des morts, avec un récit classique de négociation avec la mort, inspiré de Der Gevatter Tod (c’est à dire la mort-parrain, adapté en français sous le titre La mort marraine), un conte des frères Grimm.

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Macario est un bûcheron pauvre qui rêve une nuit d’une procession de dindes rôties et décrète qu’il ne mangera plus rien du tout en attendant qu’on lui serve de la dinde. Inquiète, son épouse vole une dinde, la cuit et la lui donne alors qu’il part travailler. Alors qu’il va manger, trois hommes lui apparaissent successivement, qui s’avéreront être le diable, dieu et enfin, la mort. Macario refuse de partager son repas avec les deux premiers, mais pas avec le troisième, à qui il explique que lorsque l’on voit la mort, on n’a plus beaucoup de temps devant soi, mais on peut encore en gagner en invitant le macabre personnage à manger. Amusée, la mort (qui a les traits d’un paysan) considère Macario comme son ami et lui offre une eau miraculeuse qui guérit tout les maux. Si la mort apparaît aux pieds d’un malade, l’eau peut le sauver, mais si elle apparaît à sa tête, il est condamné.

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Très vite, la réputation de guérisseur miraculeux de Macario se diffuse et il est très sollicité. On le paie pour ses services, mais l’église l’accuse d’hérésie. Le vice-roi lui impose un marché pour échapper à la persécution religieuse : si Macario guérit son fils, il sera libre. Dans le cas contraire, il sera brûlé vif.
Malheureusement, la mort se tient à côté de la tête de l’enfant.

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Macario s’échappe et arrive dans la grotte de la mort, où chaque vie est représentée par une bougie allumée. Le temps qu’il reste à chacun dépend de la qualité et de la longueur de la bougie. La mort reproche au paysan d’avoir tiré des revenus du cadeau qui lui avait été fait. Sous ses yeux, elle éteint la flamme de la vie du fils du vice-roi. Mais Macario a un autre problème : sa propre bougie est près de s’éteindre ! Il supplie la mort de le sauver, mais celle-ci refuse. Affolé, il se saisit de la bougie et s’enfuit.

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Le film revient alors en arrière et nous apprend que le jour où Macario est censé avoir partagé son repas avec la mort, il n’est en fait jamais rentré, on l’a retrouvé mort, avec à côté de lui la moitié de dinde qu’il n’a pas mangé.

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L’écologie, jusqu’au bout

La nature sait généralement recycler de manière très efficace les organismes morts, à toutes les échelles, depuis les grands charognards jusqu’aux moucherons en passant par des champignons et même certains tissus du corps mort lui-même, qui commencent à se dégrader dès qu’ils sont privés d’oxygène et libèrent des enzymes qui les transforment. La chaîne est fragile : par manque de vautours, le bétail mort de certaines montagnes met trop de temps à se dégrader et risque d’infecter les nappes phréatiques, tandis que dans d’autres endroits, c’est le manque de carcasses disponibles qui affame les charognards et les pousse à s’attaquer à des animaux vivants1. On a par ailleurs constaté récemment que dans la zone irradiée qui entoure la centrale de Tchernobyl, les végétaux morts ne se dégradent plus à la vitesse habituelle, restant à peu près intacts pendant des mois ou des années, et on pense que le même phénomène se retrouvera dans les environs de Fukushima.

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Les techniques d’inhumation et de crémation actuelles sont, quant à elles, loin d’être « bio ». Les corps traités par les thanatopracteurs — un sur cinq, en France2 — sont de véritables momies chimiques dans lesquelles on a injecté jusqu’à une dizaine de litres de formol et de méthanol et qui mettront des décennies à se dégrader. Les cercueils sont vernis, traités contre les parasites du bois, parfois même peints, et les caveaux qui respectent les normes sont en béton, et étanches. La crémation, qui permet au moins d’économise de la place, n’est pas si écologique, non seulement à cause de l’énergie dépensée pour l’opération, mais aussi à cause des émissions de polluants tels que la dioxine et le furane, mais aussi le mercure issu des amalgames dentaires. La crémation est la deuxième source de mercure en suspension aérienne en Europe mais les crématoriums français équipés pour faire face à ce problème se comptent sur les doigts d’une main.

De nombreux designers et/ou entrepreneurs s’intéressent à ces problèmes auxquels ils apportent des solutions concrètes ou symboliques. En voici quelques unes :

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Le Infinity Burial project, porté par la Decompiculture Society, propose un vêtement mortuaire contenant des champignons capables de décomposer un organisme sans vie. Outre le vêtement, ce groupe effectue des recherches pour sélectionner et mettre au point le meilleur champignon possible pour cet usage.  Un intérêt majeur des champignons est leur capacité à absorber les très nombreuses substances néfastes contenues dans le corps « moderne » : pesticides, conservateurs, solvants, médicaments,…

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La société barcelonaise Urna Bios propose une urne biodégradable qui contient de la terre et le germe d’un arbre (pin, gingko, érable, frêne,…) qui, en poussant, se nourrira des cendres auxquelles sa terre a été associée3.

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Dans un ordre d’idée proche, la jeune designer française Margaux Ruyant a conçu Poetree, une urne funéraire en liège et en céramique dans laquelle on fait pousser un arbre.

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Enfin, The Spíritree, par José Fernando Vázquez-Pérez, est une dernière proposition d’urne funéraire destinée à faire pousser un arbre, là aussi composée d’une partie supérieure en céramique, percée pour laisser passer la tige de l’arbre, et d’un fond biodégradable.

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Il existe, dans la Loire, un parc cinéraire nommé Les arbres de mémoire, où chaque arbre planté pousse sur les cendres d’une personne incinérée.

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Il existe bien entendu d’innombrables modèles de cercueils bio-dégradables non traités, non vernis, non peints, en carton, bambou, ou diverses essences de bois, comme ceux du catalogue de la société britannique Ecoffins.

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Memorial reef est un récif artificiel constitué d’un mélange de béton et des cendres de la crémation. Une fois immergé, l’objet devient un abri particulièrement accueillant pour la flore et la faune marines et fait participer le défunt à la vie océanique. Le plus gros modèle pèse près de deux tonnes et coûte sept mille dollars. Le service fourni inclut l’enregistrement des coordonnées exactes où a été immergé le récif.

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Le procédé Promessa, imaginé par la biologiste suédoise Susanne Wiigh-Mäsak, consiste à assécher et refroidir le corps du défunt à l’aide d’azote liquide (sans effet sur l’environnement), jusqu’à -196°, puis de secouer le cercueil jusqu’à ce que son contenu soit réduit en poudre et puisse devenir du compost. Ce procédé n’a jamais été testé sur des restes humains et on ignore s’il est véritablement opérationnel.

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Un corps brûle à plus de mille degrés. Halstad, Karlskrona, Skellefteå et d’autres paroisses suédoises ont décidé de s’équiper pour récupérer l’énergie produite par leurs crématoriums afin de réinjecter cette dernière dans le circuit de chauffage local.

  1. Dans de nombreuses cultures, par exemple chez les Zoroastriens, les morts humains sont livrés aux vautours, ce qui constitue une solution on ne peut plus naturelle. []
  2. La France fait partie des rares pays européens où l’on pratique la thanatopraxie, mais elle n’autorise pas la thanatopraxie dite « définitive », qui est une momification totale. []
  3. Dans la même famille d’urnes écologiques, on me signale encore le projet italien Capsula Mundi. []
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Cimetière spatial (Twilight Zone 1×20)

Le vingtième épisode de la première saison de la série Twilight Zone (La Quatrième dimension), intitulé Elegy (en version française Requiem), diffusé le 19 février 1960, propose une forme de repos éternel original :

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Trois astronautes du XXIIe siècle, perdus dans l’espace atterrissent sur un astéroïde. Surprise, le monde qu’ils découvrent est l’Amérique du début du XXe siècle, parfaitement conservée, si ce n’est que tous les êtres qu’ils rencontrent sont absolument immobiles. Ce ne sont pourtant pas des statues. Certains sont en train de pêcher le long d’une rivière, d’autres sont figés en train de danser. L’exploration de ce monde silencieux et immobile par la caméra rappelle évidemment l’Année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais, sorti l’année suivante, et bien sûr le roman L’Invention de Morel (1940), d’Adolfo Bioy Casares, qui a inspiré Resnais, ou encore Paris qui dort (1924), de René Clair.

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Les trois hommes finissent par rencontrer un dénommé Jeremy Wickwire, qui leur apprend qu’ils se trouvent dans un cimetière de luxe où les gens les plus fortunés réalisent leurs rêves, pour l’éternité : être le maire d’une ville du middle west, un pharaon, un noble romain, une reine de beauté ou un chevalier en armure. Seule une partie des figures immobiles sont les défunts, les autres sont des imitations : « vous réalisez vos rêves le jour où vous cessez de rêver », résume un astronaute.
Wickwire demande aux astronautes leur rêve à eux, et chacun répond la même chose : se trouver dans leur fusée, sur le chemin de la Terre — planète dont on apprend au passage qu’elle a connu une guerre atomique presque fatale en 1985. Wickwire finit par faire une confession : il n’est pas vraiment un être humain, on le réveille de temps à autre pour s’occuper de l’intendance du cimetière spatial.

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Les trois astronautes finissent par comprendre que les verres que leur a donné Wickwire contenaient un poison, ou plutôt une substance paralysante :

– « Nous ne vous voulions aucun mal ! »
– « J’en suis bien conscient »
– « Mais pourquoi ?… »
– « Parce que vous êtes là, parce que vous êtes des hommes, et que tant qu’il y aura des hommes il n’y aura pas de paix possible ».

Une morale typique de l’époque de la Guerre Froide, et tout particulièrement de l’esprit pacifiste parfois désespéré qui animait Rod Sterling, le créateur de la série.

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Pour épilogue, on retrouve Wickwire, dans la fusée, occupé à épousseter avec un plumeau les trois hommes qu’il a transformés en statues.
Son travail terminé, il part s’asseoir dans un fauteuil.

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Gaëlle le Guillou

Née en 1972 et formée au stylisme, Gaëlle le Guillou a tout d’abord travaillé dans le secteur de la mode, en réalisant des motifs textiles pour divers créateurs. Depuis 2003, elle est céramiste, à Nantes, sa ville natale. Elle s’intéresse notamment à l’art funéraire et plus généralement, aux représentations de la mort.

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Tombe gourmande.

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Urne nuage.

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Tombe potagère.

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Cimetière square (Céramique, bois, carton. photo :  Isabelle Montané)

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Eternal paradise.

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Gisante en fleurs. Cette sculpture a été exposée au cimetière Miséricorde, de Nantes. Les éléments végétaux rappellent que la vie se nourrit de la mort, et le voile symbolise le mariage avec la mort et la sagesse de son acceptation.

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Dans la presse locale, l’artiste se réjouissait qu’on lui ait permis d’organiser un vernissage dans un cimetière mais regrettait que l’endroit soit si peu animé : « Pourquoi ne pas organiser un pique-nique géant dans un cimetière, jouer de la musique, apporter un peu plus de vie ? Des parcelles pourraient être cultivées… ». Elle a d’ailleurs publié sur son site un questionnaire pour demander à ceux qui y répondent s’ils sont satisfaits de leur rapport aux cimetières : apparence du mobilier funéraire, solennité forcée des lieux…

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La photographie post-mortem

Au XIXe siècle, il a existé une véritable mode de la photographie de défunts, souvent mis en scène parmi les vivants, comme s’ils étaient encore en vie. Souvent, ils sont disposés dans une attitude de sommeil, comme cette petite fille, veillée par sa sœur :

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Voici une intéressante sélection d’images de ce genre, publiée par le site io9, où l’on remarque une grande quantité d’enfants :

Dans certains cas, les défunts se tiennent debout ou assis, les yeux ouverts, et ne peuvent pas toujours être identifiés comme cadavres.
Ils sont, en fait, tenus par une armature métallique :

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On avait alors découvert que la photographie ne permettait pas seulement de fixer l’image des vivants, elle permettait de créer l’illusion de la vie pour les morts.

 

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Nadine Jarvis

La designer Nadine Jarvis, diplômée de l’Université Goldsmith, a Londres, où elle enseigne à présent, s’est plusieurs fois penchée sur la question de la vie et de la mort des personnes qu’elle associe au cycle de vie d’objets.

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Rest in pieces est une urne funéraire en porcelaine qui contient les cendres des défunts? Elle doit être pendue à un arbre à l’aide d’une corde qui finira par se désagréger naturellement, jusqu’à rompre. L’urne suspendue tombera alors, et se brisera, laissant les cendres s’échapper. Un objet émouvant qui matérialise la manière dont le temps, peu à peu, nous libère du deuil.

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Les mangeoires qui se trouvent ci-dessus, sont constituées de cire mélangée aux cendres d’une personne décédée et à de la nourriture pour oiseaux. Peu à peu, les volatiles feront disparaître l’ensemble.

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Carbon copy, enfin, consiste à utiliser les cendres de la crémation en remplacement du graphite des crayons à papier. Une personne incinérée peut permettre de produire environ 250 crayons.

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