Actualité de la vie après la mort

Deux événements médiatiques à peu près simultanés liés à la vie après la mort, qui m’ont donné envie de pondre ce billet :

« Il y a bien une vie après la mort ! »

La presse n’y va pas avec le dos de la cuiller, parfois : Il y aurait bien une vie après la mort selon des chercheurs (La Dépêche) ; Il y aurait bien une vie après la mort (20 Minutes) ; et encore plus péremptoire : Il y a bien une vie après la mort ! (Le Point).

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Les articles dont je viens de reproduire les titres concernent en fait les recherches que mène depuis plus de dix ans le docteur Sam Parnia à l’Université de Southampton, et notamment une étude récente de grande envergure, puisqu’elle porte sur 2060 patients ayant frôlé la mort. L’hypothèse de ce chercheur spécialisée dans les Near Death Experiences (expériences de mort imminente) est que la conscience et même la perception peuvent se séparer du corps. Pendant des années, sans grand résultat, il a par exemple disposé des messages cachés en hauteur dans des salles d’opération pour que les patients inconscients disent si ils étaient parvenus à les lire1. On sait par les rites funéraires et les mythologies que l’idée que la conscience puisse se séparer du corps est assez ancienne et il est exact que les gens qui frôlent la mort racontent souvent avoir perçu les mêmes visions ou, selon l’hypothèse la plus plausible, expérimenté les mêmes hallucinations. L’étude ne dit d’ailleurs rien de surprenant dans ce domaine : 40% des gens qui ont vécu un arrêt cardiaque ont ressenti une « sensation étrange de conscience » alors que leur cerveau n’était plus irrigué, 2% affirment avoir été conscients du début à la fin de leur coma, et parmi eux un homme est effectivement parvenu à décrire les soins dont il avait fait l’objet et les appareils qui l’entouraient alors qu’il était théoriquement totalement inconscient.
Le problème des titres proposés par la presse française, c’est qu’ils parlent de la « vie après la mort »… De personnes qui ne sont pas mortes. Lourd biais scientifique, diront certains, mais pas forcément Sam Parnia, qui veut redéfinir la notion de mort, qui n’est à son avis pas forcément un état permanent.

Mort pour expérimenter la résurrection

Au Pakistan, Muhammad Sabir, un « pir »2 soufi, était connu depuis des années pour ses miracles à Mubarakbad, village de la région de Bahawalnagar. Il sacrifiait notamment des animaux afin de protéger les villageois de la magie noire.

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Il y a quelques semaines, il a affirmé pouvoir ressusciter un mort, mais pour le prouver, il lui fallait un mort « frais ». Il a cherché un volontaire qui accepterait de mourir pour revivre, en posant comme condition que cette personne devrait impérativement être un homme marié et ayant des enfants. Muhammad Niaz, travailleur saisonnier père de six enfants s’est proposé. Attaché, il s’est fait trancher la gorge par le saint homme, et est mort, exactement comme prévu. Le soufi a alors prononcé des incantations pour faire revivre son disciple, mais il a finalement été forcé de constater que le miracle n’aurait pas lieu, et a aussitôt tenté de prendre la fuite. Les villageois l’ont retenu jusqu’à l’arrivée de la police, même si la propre sœur de sa victime, elle aussi disciple du soufi, se dit aujourd’hui persuadée que son frère ira au paradis et sera récompensé pour son sacrifice, et pense que le « saint homme » devrait être libéré de la prison où on l’a enfermé3.

  1. Il existe une nouvelle désopilante de Greg Egan sur le sujet, dans le recueil Axiomatique, intitulée Le Point de vue du plafond. []
  2. Dans le soufisme, l’appellation Pir, ou Peer, signifie littéralement « vieillard », mais on la traduit souvent par « saint homme ». []
  3. Source : The Express Tribune, 18 septembre 2014. []
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5 réponses à Actualité de la vie après la mort

  1. Wood dit :

    Tiens, en fiction sur les Near Death Experiences, je me dois de te recommander l’excellent « Passage » de Connie Willis. On y voit, entre autres, un pseudo-scientifique particulièrement malhonnête interroger des patients tous justes éveillés en orientant les questions : « Vous étiez dans un tunnel, n’est-ce pas ? » « Vous a-t-il semblé entendre des voix ? Une musique ? »

  2. Gallorum dit :

    Quant à moi, sur les NDE, je me dois de déconseiller vivement Le serment des limbes de Jean-Christophe Grangé.
    C’est vraiment aussi ridiculement mauvais que le titre le laisse entendre.

  3. CQFD dit :

    POUR INFOS:
    Dans le prochain CQFD, en kiosque le vendredi 7 novembre.
    Dossier : La mort qui tue

    Y-a-t-il une vie avant la mort ? > La conscience de la mort est, avec la pensée, le langage et le rire, le propre de l’homme. Nous voilà bien vernis, car à part la certitude que la vie, dans son enveloppe corporelle, a une fin certaine, on ne sait pas grand-chose de cette finitude. Face à la grande égalisatrice, il n’y aurait pas d’autres options que l’esquive philosophique – « Avant l’heure c’est pas l’heure, après l’heure c’est trop tard », aurait proféré Sénèque en reprenant des moules – ou la croyance en l’immortalité de l’esprit. En exclusivité, CQFD vous révèle enfin la vérité sur cette expérience définitive.

    Par L.L. de Mars. {JPEG}

    Transhumanisme : La mort dans l’âme > Convaincus que les technologies seraient à même de libérer l’homme de ses limitations physiques et intellectuelles, les transhumanistes ont toujours été obnubilés par la quête de l’immortalité. Au bout du tunnel, il y a de la lumière  : un joli tube de néon à la durée de vie scientifiquement calculée…

    Deuil > Lola, le crabe et les perdants magnifiques

    Numérique : Poussière tu étais, pixels tu seras ! > C’est bien connu, le numérique est une hydre infernale qui investit jusqu’aux pores du vivant. Et voilà qu’il s’attaque au repos éternel de nos chers défunts. Virée non exhaustive sur la toile d’une mort devenue virtuelle.

    Service réa : Entre la vie et la mort > Sauver une vie ou accompagner un patient vers sa fin, c’est le quotidien de Rémi (le prénom a été changé pour respecter le « devoir de réserve »), infirmier dans le service de réanimation d’un grand hôpital. Confronté à la mort au turbin depuis deux ans, ce grand gaillard trentenaire n’en est pas pour autant devenu blasé.

    Du berceau à la tombe : Gardienne du dernier repos > Il y a 2 635 cimetières en France. C’est dans l’un d’eux que CQFD a rencontré Nadine. Adjoint technique à la mairie de Perpignan, voilà trois ans qu’elle est gardienne. Un job qui lui plaît  : « Ici, c’est calme et on rencontre du monde. »

    Pompes funèbres : Même les morts paieront > Le croque-mort dans Lucky Luke était peut-être âpre au gain, mais il aimait le travail bien fait. D’après Jérôme (le prénom a été changé), employé dans l’une plus grosses entreprises du secteur des pompes funèbres, les choses ont bien changé.

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