Hypocentre – Paris vidé de ses habitants

À quoi ressemblerait Paris, vidée de ses habitants ? C’est ce qu’on voulu montrer Claire et Max en filmant des séquences fixes de quelques minutes et en effectuant un patient travail de retouche. Les images sont entrecoupées de séquences d’archive : bombe atomique, phénomènes météorologiques, etc., et associées à des citations de Stephen Hawking.

hypocentre par Claire&Max sur Vimeo.

Leur méthode est expliquée ici.

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Le Sauvage #1

En 1973, le Nouvel Observateur avait connu un tirage exceptionnel avec un numéro consacré à l’écologie, ce qui l’a décidé à lancer un journal, Le Sauvage, qui a duré près de vingt ans, sous forme de journal indépendant puis sous forme de cahier à l’intérieur du journal, et qui semble perdurer sous forme de site web.

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La couverture du premier numéro, daté d’avril 1973, reprend le titre d’une tribune de Georg Picht, auteur du livre Réflexions au bord du gouffre. L’éditorial, quand à lui, s’intitule Les trente dernières années de la Terre.
Le mois suivant, aux États-Unis, sortait le film Soleil Vert (que les Français ne verront qu’un an plus tard).

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Défilé post-apocalyptique

Le 2 juillet 2013, la marque Chanel a organisé son défilé Automne-Hiver au Grand Palais, à Paris, dans un impressionnant décor post-apocalyptique. Le public lui-même fait partie de ce décor de théâtre en ruines.

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Est-ce que l’idée a germé à la suite de la vogue du 21 décembre 2012 ? On peut en tout cas se demander quel sens conscient ou inconscient se cache derrière ce choix, de quel monde détruit il est question. On remarque au fond une ville futuriste qui symbolise, bien sûr, l’espoir d’une renaissance.

Photos trouvées sur La Dépêche, L’Express et Golem 13.

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Dédicaces

En tant qu’auteur de bande dessinée contrarié, j’aime bien faire des dédicaces pour mes livres, y compris mon manuel de programmation Processing, écrit avec Jean-Michel Géridan. Voilà quelques dédicaces que j’ai dessinées pour Les Fins du Monde de l’antiquité à nos jours. J’en ai fait bien plus, mais je n’ai pas toujours eu la présence d’esprit ou la possibilité de les photographier.

Les premières dédicaces étaient assez simples, mais plus j’en fait et plus mes dessins sont chargés. Certains thèmes sont très redondants : la ville ruines, Godzilla, la bête à sept têtes de l’Apocalypse, les robots,…
Si je vous ai fait un dessin pas trop raté et que celui-ci n’est pas dans cette compilation, n’hésitez pas à m’en envoyer une photo.

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La prophétie de Saint-Malachie

Je me retiens depuis des mois de faire ce jeu de mot, mais allez, je me lance :
Saint-Malachie ne profite jamais.
Oui, je sais, c’est très mauvais. C’est le principe des calembours, s’ils ne sont pas navrants, ils ne sont pas drôles. En tout cas ça rappellera à ceux qui ont des doutes, et je sais qu’ils sont nombreux, que Malachie se dit « Ma-la-ki » et non « ma-la-shi ».

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Si je parle de Saint-Malachie aujourd’hui, c’est bien sûr à cause de la surprenante démission du pape Benoît 16, qui sera effective à la fin du mois et qui provoquera l’élection d’un nouveau pape, qui sera, si l’on en croit la prophétie, l’ultime pape.
Le texte attribué à Malachie est une liste de 112 papes, tous affublés d’un surnom sybillin. Le 112e et dernier pape de la liste est nommé Petrus Romanus (« Pierre le romain ») et il est ajouté à son sujet :

« Dans la dernière persécution de la sainte Eglise romaine siégera Pierre le Romain qui fera paître ses brebis à travers de nombreuses tribulations. Celles-ci terminées, la cité aux sept collines sera détruite, et le Juge redoutable jugera son peuple »

Les tribulations, c’est le moment de trouble et de catastrophes qui précède la fin des temps dans l’Apocalypse de Jean. La cité aux sept collines, c’est bien entendu Rome. Quand au juge redoutable, c’est Dieu, et le jugement, c’est le dernier, la fin des temps.
La dernière persécution, j’imagine que l’on trouvera facilement quelque chose qui fait l’affaire, comme la loi sur le mariage pour tous, les scandales liés aux affaires de pédophilie ou encore les effets des livres de Gianluigi Nuzzi1 qui étalent au grand jour les anomalies du Vatican en matière de mœurs ou encore de rapport à l’argent. Si on cherche des « persécutions » et des « tribulations », évidemment, on n’aura aucun mal à en trouver. Par ailleurs le mot latin pour « persécutions » est mal orthographié et ambigu, certains pensent qu’il fallait en fait lire « prosecutione » (dans la suite des temps).

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Les prophéties n’engagent que ceux qui veulent y croire, et l’Église catholique apostolique et romaine n’a aucune envie de croire à celle-ci, qui prédit sa fin imminente. On peut imaginer que les évêques du prochain conclave éviteront d’élire un dénommé Pierre venu de Rome, mais ça ne suffira sans doute pas : tous les papes étant les successeurs de Simon Pierre (ci-dessus : la crucifixion de Saint-Pierre, par le Caravage) et étant amenés à régner à Rome, le nom « Pierre le Romain » peut s’appliquer à n’importe qui.

Qui était Saint-Malachie ? A-t-il écrit ses prophéties ?

Malachie d’Armagh était un religieux irlandais du XIIe siècle. Très populaire, il a été le premier irlandais à être canonisé, avant même Saint-Patrick, que la tradition considère comme l’évangélisateur du pays.
Il semble qu’il ne soit absolument pas l’auteur des prophéties qui lui sont attribuées, lesquelles n’ont été « découvertes » qu’à la fin du XVIe siècle, soit plus de quatre cent ans après sa mort, par un dénommé Arnold de Wyon, et l’on pense que leur but était de favoriser la candidature d’un évêque précis lors du conclave (l’élection du pape) de 1590. La ficelle était un peu grosse, peut-être, et la stratégie a échoué, mais Arnold de Wyon a persisté à affirmer que le texte était authentique.

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En fait, la liste des papes jusqu’à cette époque est assez juste2 dans ses références aux armes, aux biographies et aux destins des papes cités, ce qui accrédite l’idée que la prophétie a été écrite après ce qu’elle est censée prophétiser. Pour les papes ultérieurs, les locutions fonctionnent moins bien, mais beaucoup se sont amusés à trouver des explications tirées par les cheveux pour les justifier. Comme chaque fois que l’on veut croire à quelque chose, on néglige les échecs flagrants ou les cas complexes (lorsqu’il y a eu plusieurs papes en même temps) et on se focalise sur les presque-réussites, comme le cas du 109e pape dont le nom Malachien est De mediate lunae (qu’on peut traduire par « le temps d’une Lune », selon certains), or le pape en question, Jean-Paul 1er, n’a effectivement régné sur le Vatican qu’un mois, c’est à dire à peu près le temps qui sépare deux pleine-lunes.

On peut trouver la liste complète des prophéties sur Wikipédia.

  1. Vatican S.A : Les archives secrètes du Vatican, éd. Hugo et Compagnie 2011, et Sa Sainteté : Scandale au Vatican, éd. Privé 2012, deux livres qui s’appuient sur des archives fournies par le majordome de Benoît 16. À ne pas confondre avec l’inoffensif beau-livre intitulé Les archives secrètes du Vatican, éd. Michel Lafon 2012, qui contient des reproductions de la correspondance de papes morts et béatifiés depuis longtemps. []
  2. Les références aux papes antérieurs à 1590 sont assez justes mais sont aussi tributaires des erreurs et des mauvaises interprétations de l’histoire que l’on faisait à l’époque, ce qui conforte l’hypothèse d’un document forgé en 1590. []
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Médiatisation, petit bilan

Le livre Les Fins du monde a eu son petit succès dans les médias : dizaines d’articles, radions, télévisions,…

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Je raconte cette épopée aussi intense que minuscule et éphémère sur mon autre blog.

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N’en jetez plus !

Un peu d’auto-satisfaction, allez…
Tandis que je suis régulièrement interviewé par des stations de radio et invité sur des plateaux télé pour mon livre, la presse est déchaînée et m’envoie tellement de fleurs que ça commence à avoir l’air louche. Louche, mais délectable, tout de même, d’autant que souvent il semble bien que le livre ait effectivement été lu par les auteurs des critiques, et pas seulement regardé.
Notez que je me fais souvent qualifier de « Maître de conférences », ce qui est incomplet et frise l’usurpation de titres, puisque je ne suis que « Maître de conférences associé ».


(…) il nous semble très remarquable qu’il se tourne de façon privilégiée vers la littérature et le cinéma pour les découvrir, comme si la fonction des représentations apocalyptiques était de proposer des fictions permettant de mettre en variation le présent – de proposer une contre-narration qui, pour pouvoir ouvrir une perspective d’avenir à notre monde, doit commencer par en imaginer la fin.

(nonfiction.fr)

Le résultat est un ouvrage passionnant de l’Égypte des pharaons (et si le soleil ne se levait plus) aux frayeurs du 7e art.

(Le Figaro)

Des origines de l’humanité à aujourd’hui, de la Mésopotamie à la catastrophe de Fukushima, l’eschatologie (la science de la fin du monde) a traversé les siècles.
Fin spécialiste du sujet, Jean-Noël Lafargue en raconte l’histoire dans un ouvrage passionnant qui devrait rassurer les plus inquiets.

(Grazzia)

Le « beau livre » de Jean-Noël Lafargue montre, à merveille, avec force iconographie, que la surveillance des cieux n’a jamais cessé de donner aux hommes le rythme de leurs pas sur la terre, et que l’imminence supposée du pire a souvent accouché, artistiquement, du meilleur.

(Yann Moix, pour Le Figaro Littéraire)

L’auteur, maître de conférences à Paris-VIII et professeur en école d’art, est un spécialiste des fins du monde et sait se montrer érudit sans être pédant.
Un jugement dernier ? Passionnant.

(Le Parisien/Aujourd’hui en France)

Jean-Noël Lafargue en connaît un rayon – et pardon pour le clin d’œil à Soleil Vert. Maître de conférences à l’université Paris-VIII, professeur à l’école supérieure d’arts du Havre, expert en nouvelles technologies et en BD, il brille par l’étendue de sa curiosité, de son humour et, invévitablement, de sa pré-apocalyptique tendresse.

(Philippe Delaroche – Lire)

On y croise Shiva, Hésiode, Confucius, Nostradamus, Gilgamesh, Noé, Zarathoustra, l’Antéchrist, Odin, mais aussi nos films d’anticipation.
Souvent la perspective de la fin est considérée comme un passage, un renouveau, un espoir. Souvent, aussi, les peuples se sont vécus comme traversant des épisodes de décadence et de déclin qu’un nouvel âge pourrait sauver.
Ce livre est un beau cadeau à se faire et à faire. Pour méditer sur l’écoulement du temps et l’écroulement des mondes.

(Les échos)

Du récit de Gilgamesh aux films hollywoodiens en passant par l’Apocalypse de saint Jean, les hérésies du Moyen Âge, le calendrier maya, les catastrophes écologiques et les grands séismes technologiques, une iconographie riche et surprenante raconte des siècles d’interrogations sur l’avenir de l’humanité et du monde, entre réalité et fantasmagorie, terreur du néant et espoir de renouveau – car l’aube succède toujours au crépuscule.
Un beau livre unique qui offre un intelligent panorama sur un sujet fascinant.

(Unidivers)

L’auteur passe en revue les principales œuvres qui traitent du sujet, tant littéraires que cinématographiques, car le sujet a été le thème d’une kyrielle de romans, films, bandes dessinées… Pour chaque partie, Jean-Noël Lafargue développe de manière synthétique, avec brio et érudition, les tenants et les aboutissants de l’événement, la genèse et le contexte. Les textes sont enrichis par une iconographie remarquable, variée, en pertinence avec le sujet abordé. Ce livre est magnifique.

(Lelitteraire.com)

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Le mystère du mystère Bugarach

Vincent Glad a publié un article très drôle sur le « phénomène Bugarach » : la presse s’y rue pour aller à la rencontre des fous qui croient que le lieu sera l’unique endroit épargné par la fin du monde, mais ils n’y rencontreront que d’autres journalistes, car les gens qui « croient » à Bugarach sont vraisemblablement une pure invention journalistique.

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La méthode d’enquête de Vincent Glad pêche un peu sur un point : il part du principe qu’une chose ne peut exister qu’à condition de pouvoir se trouver sur Internet. Or dans les recoins crapuleux des grandes surfaces culturelles et surtout dans de petites librairies ultra-spécialisées, il existe une littérature occultiste, ésotériste, new-age, templariste, rosicrucienne, qui, depuis longtemps, s’intéresse à Bugarach et y fait le lieu où serait caché un trésor surnaturel. Même s’ils utilisent le web, les occultistes ne mettent jamais tous leurs « secrets » sur Internet, puisque l’autorité des essayistes et/ou gourous du genre repose justement sur le fait de prétendre disposer de secrets extraordinaires et auxquels on peut se faire initier de manière extrêmement progressive — et généralement onéreuse.
Je n’ai pas une connaissance exhaustive de ce genre de littérature, loin de là, mais on trouve facilement avec google books des mentions du pic de Bugarach comme lieu magique, mystérieux, où sont censés se rencontrer d’autres dimensions, etc.
De même que les sectes apocalyptiques ont un souverain mépris pour la « prédiction maya » du 21/12/2012, il est probable que les ésotéristes sérieux (enfin « sérieux », je me comprends) qui s’intéressent à cette montagne désapprouvent la frénésie médiatique actuelle : ce n’est plus « leur » Bugarach, mais un défilé grand public de curieux qui viennent voir les journalistes qui viennent demander au maire s’il a vu des curieux,…
Sur le rapport entre Bugarach et fin du monde, il est probable, donc, que Vincent ne se trompe pas.

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Mais qu’est-ce que le Pic de Bugarach a de particulier, pour finir ? Pas mal de choses, en fait. Phénomène géologique original, il s’agit d’une montagne dite « inversée », dont les sédiments les plus élevés sont aussi les plus anciens géologiquement parlant. Ne me demandez pas ce que ça signifie exactement. Le phénomène n’est apparemment pas banal, sans être pour autant unique. L’aspect esthétique de ce monticule de 1230 mètres de haut est, m’a-t-on dit, très plaisant.

Ensuite, Bugarach est en pays cathare et tire peut-être sa dénomination des « bougres », qui a été un nom donné aux Cathares. Les Cathares ne sont pas un simple christianisme hérétique parmi d’autres, il s’agit d’une religion plus ou moins gnostique, basée sur une vision de la création comme lieu d’une lutte entre le bien et le mal et qui, pour retourner au bien, doit disparaître, en tout cas dans sa conformation matérielle : c’est le mal, le diable, qui fait que nous existons.
Bugarach se trouve aussi à proximité de Rennes-le-Château, haut-lieu de l’ésotérisme puisque beaucoup pensent que c’est là que se trouve le trésor des templiers, le tombeau du roi Alaric, voire même la dépouille de Jésus.
Bugarach se trouve aussi sur le trajet du Méridien de Paris, défini le 21 juin 1667 et patiemment tracé par la famille Cassini à partir du site de l’observatoire de Paris, et qui a un temps été concurrent du méridien de Greenwich comme méridien de référence, c’est à dire comme milieu (vertical) du monde. Le Méridien de Paris a une importance dans la littérature ésotérique, par exemple dans le célèbre et comique Da Vinci Code.

Un amateur d’ésotérisme Apocalyptique notera que le 21 juin est le solstice d’été (et le 21 décembre, le solstice d’hiver), mais aussi que 1667 est 1+1000+666, soit l’an 1 (naissance de Jésus) + 1000 (durée du millenium, période pendant laquelle le diable reste enchaîné avant la bataille d’Armageddon) + 666 (le nombre de la bête). Comme l’a montré Umberto Eco dans son Pendule de Foucault, il est assez facile et amusant de créer ce genre de correspondances, il ne reste ensuite plus qu’à trouver ceux qui ont envie d’y croire.
Apparemment — mais j’ignore à quand cela remonte  —, Bugarach est un lieu prisé des ufologues, puisque l’on y aurait aperçu moult apparitions d’objets volants non-identifiés, au point que certains prétendent que le roc, pour reprendre les mots de Vincent Glad, « cache un garage à ovnis ».
Ce brouet, pour le coup, colle bien au 21 décembre 2012, qui, de la même manière, mélange un peu tout : extra-terrestres, catastrophes naturelles géologiques ou cosmiques, etc.

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Quoi d’autre ? Bugarach est surtout un village pittoresque du massif viticole des Corbières, dont la population, inférieure à deux-cent habitants, hésite entre l’effroi et la délectation à vivre (et à entretenir ?) son quart d’heure de célébrité médiatique…

(Photos : Thierry Strub, Photo du Pic de Bugarach, 2007, licence Creative Commons ; ArnoLagrange, Pic de Bugarach cirque oriental, 2008, licence Creative Commons BY-SA-3.0 ; Claude Closky, Soucoupe volante, pont Mirabeau (2), 1996, tous droits réservés)

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Les exploits de Roland Emmerich

Quelqu’un me disait un jour que dans les fictions de fin du monde il existe toujours un espoir, une chose à faire, un Bruce Willis à envoyer sauver le monde, et si cela ne marche pas, il reste toujours quelque chose à rebâtir. C’est plutôt inexact : des films tels que Melancholia ou On the beach ne sont pas spécialement ouverts sur l’avenir. Mais effectivement, on rencontre souvent des cas de fins du monde partielles, évitables et évitées, ou qui laissent des survivants.

Chez Roland Emmerich, quel que soit le péril, il reste généralement quelque chose à faire. C’est le cas dans le distrayant The Day After Tomorrow (2004) où des gens, réfugiés dans la New York Public Library, sont poursuivis dans les couloirs du bâtiment par rien moins qu’une ère glaciaire.

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On voit le givre envahir le sol et les murs, et on sait que si ce courant d’air froid intense touche ceux qui le fuient, ils mourront instantanément, tant cette température négative est extrême. Mais nous sommes chez Roland Emmerich, et le courant d’air froid reste toujours derrière les héros du récit qui parviennent à lui échapper et à s’enfermer dans une pièce où ils ont fait du feu avec des livres. L’ère glacière reste à la porte !

Dans l’ahurissant 2012, c’est encore mieux. La Terre s’effondre sur elle-même ce qui provoque une suite interminable de phénomènes, parmi lesquels un ras de marée suffisamment puissant pour noyer la chaîne de l’Himalaya ou pour provoquer l’éruption d’un volcan.

2012

Dans une première séquence d’action du film, on voit toute une petite famille, à bord d’une limousine (le père est chauffeur), qui fuit alors que les immeubles s’écroulent sur son passage et que le sol s’effondre derrière eux. Mais ils parviennent à atteindre un avion, d’où ils peuvent quitter cette région dangereuse. Là encore, le sol se creuse derrière l’avion qui décolle à temps mais qui n’est pas sauvé pour autant et doit éviter toutes sortes d’objets qui tombent.

Mais ce n’est pas tout, le héros du film doit recommencer le même gag en allant chercher des informations importantes en haut d’une montagne. L’avion l’attend, et il redescend de la montagne poursuivi par une éruption volcanique, et à nouveau par un mouvement de terrain qui menace d’engloutir son véhicule puis l’avion.

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Mais cette fois-ci encore, il s’en tire. Tant que le héros a la volonté de vivre, il y parvient. Est-ce que l’on peut voir ici un discours presque « libertarien » ou « survivaliste » qui édicte que seuls les « forts » méritent de survivre ? Ce serait assez opposé aux idées politiques de Roland Emmerich, qui parsème ses récits de clins d’œil aux injustices sociales. Dans The Day after tomorrow, les Américains deviennent des immigrants réfugiés au Mexique et dans 2012, l’imminence de la catastrophe est connue des seuls milliardaires qui ont pris soin de se protéger en construisant des arches qui leur permettront de survivre au désastre. Chez Roland Emmerich, celui qui survit est souvent avant tout celui qui veut protéger les autres, et notamment, sa propre famille.

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Assister à son propre enterrement

Une clef pour comprendre ce qu’il y a de plaisant dans l’expérience des fictions de « fin du monde » se trouve peut-être dans un épisode assez marquant des aventures de Tom Sawyer, par Mark Twain.

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Tom, Huckleberry Finn et Joe Harper, partis seuls depuis une semaine sur un îlot sur le Mississippi avec le projet de devenir pirates, sont tenus pour morts par toute la communauté de Saint Petersburg. Ils ont assisté de loin à une battue organisée pour les retrouver — d’abord sans comprendre qu’ils étaient ceux que l’on recherchait puis en trouvant plutôt plaisant d’être ainsi considérés comme les héros du jour, et attendant leur heure pour signaler qu’ils sont en vie. Rentré à Saint Petersburg, Tom s’est glissé chez lui subrepticement pour entendre sa tante Polly le pleurer — et excuser ses espiègleries.

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Un jour avant l’enterrement, les écoliers, notamment la petite Becky Thatcher, se lamentent sur le sort des trois garçons, et tout particulièrement sur celui de Tom :

Cependant, en ce calme après-midi du samedi, la joie était loin de régner au village de Saint-Petersburg. La famille Harper et celle de tante Polly préparaient leurs vêtements de deuil à grand renfort de larmes et de sanglots. Un silence inhabituel pesait sur toutes les maisons. Les enfants redoutaient le congé du dimanche et n’avaient aucun goût à jouer, aucun entrain.

Au cours de la journée, Becky Thatcher se surprit à errer dans la cour déserte de l’école, mais ne trouva rien pour dissiper sa mélancolie.

« Oh ! si seulement j’avais gardé sa boule de cuivre ! soupira-t-elle. Mais je n’ai rien pour me souvenir de lui ! »

Elle s’arrêta et considéra l’un des angles de la classe.

« C’était ici, fit-elle, poursuivant son monologue intérieur. Si c’était à recommencer, je ne dirai jamais ce que j’ai dit… Non, pour rien au monde. Mais, maintenant, c’est fini. Il est parti. Je ne le reverrai plus jamais, jamais, jamais… »

Cette pensée lui fendit le cœur et les larmes lui inondèrent le visage. Garçons et filles, profitant de leur journée de congé, vinrent à l’école comme on va faire un pieux pèlerinage. Ils se mirent à parler de Tom et de Joe, et chacun désigna l’endroit où il avait vu ses deux camarades pour la dernière fois.

…Tom et ses deux amis n’assistent pas à ces scènes, bien sûr, mais Tom n’est pas qu’un personnage du roman, il est aussi un autoportrait de Mark Twain, et le personnage auquel le lecteur s’identifie.

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On peut donc dire, d’une certaine manière, qu’il assiste à ce deuil, et cela devient encore plus vrai le lendemain, alors que les trois gamins se rendent à l’église où ont lieu leurs funérailles, qu’ils laissent se dérouler sans signaler leur présence :

Le lendemain, après l’école du dimanche, le glas se mit à sonner au lieu du carillon qui conviait d’habitude les fidèles au service. L’air était calme et le son triste de la cloche s’harmonisait parfaitement avec le silence de la nature. Les villageois arrivèrent un à un. Ils s’arrêtaient un instant sous le porche pour échanger à voix basse leurs impressions sur le triste événement. À l’intérieur de l’église, pas un murmure, pas un chuchotement, rien que le frou-frou discret des robes de deuil. Jamais la petite chapelle n’avait contenu tant de monde. Lorsque tante Polly fit son entrée, suivie de Sid, de Mary et de toute la famille Harper, l’assistance entière se leva et attendit debout que les parents éplorés des petits disparus se fussent assis au premier rang. Alors, au milieu du silence recueilli, ponctué de brefs sanglots, le pasteur étendit les deux mains et commença tout haut à prier. Puis l’assemblée chanta une hymne émouvante, suivie du texte : « Je suis la Résurrection et la Vie. »

Le pasteur fit alors un tableau des vertus, de la gentillesse des jeunes disparus, et des promesses exceptionnelles qu’ils laissaient entrevoir. Au point que chaque fidèle présent, conscient de la justesse de ces paroles, se reprocha son aveuglement devant ce qu’il avait pris pour des défauts et des lacunes graves chez ces pauvres garçons. Le révérend rappela mille traits qui prouvaient la bonté et la générosité de leur nature. Et tous, en pensant à ces épisodes, regrettaient d’avoir songé à l’époque que tout cela ne méritait que le fouet. Plus le révérend parlait, plus il devenait lyrique. À la fin, l’assistance émue jusqu’au tréfonds de l’âme se joignit au chœur larmoyant des parents éplorés et laissa libre cours à ses larmes et à ses sanglots. Le pasteur lui-même, gagné par la contagion, mouilla de ses pleurs le rebord de la chaire.

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Si les gens avaient été moins accaparés par leur chagrin, ils eussent distingué comme une sorte de grincement au fond de l’église. Le pasteur releva la tête et regarda à travers ses larmes du côté de la porte. Il parut soudain pétrifié. Quelqu’un se retourna pour voir ce qui le troublait tant. Une autre personne fit de même, et bientôt tous les fidèles, debout et médusés, purent voir Tom qui s’avançait au milieu de la nef, escorté de Joe et de Huck aussi déguenillés que lui. Les trois morts s’étaient cachés dans un recoin et avaient écouté d’un bout à l’autre leur oraison funèbre.

(…) Tout à coup, le pasteur lança à pleins poumons : « Béni soit le Seigneur de qui nous viennent tous nos bienfaits… Chantez, mes amis !… mettez-y toute votre âme ! »

Aussitôt, l’hymne Old Hundred jaillit de toutes les bouches et, tandis que les solives du plafond en tremblaient, Tom le pirate regarda ses camarades béats d’admiration et reconnut que c’était le plus beau jour de sa vie.

Assister à son enterrement est un privilège dont chacun est théoriquement privé, mais qui n’a pas joué à se l’imaginer, à se consoler de ses frustrations du moment en fantasmant la peine de ceux qui portent le deuil ? Je soupçonne même que c’est la motivation principale de bon nombre de tentatives de suicide.

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Penser à la fin du monde, c’est aussi se délecter de l’idée d’un deuil du monde, c’est se demander ce que l’on y aime, ce que l’on y regrettera, c’est porter un regard distancié, peut-être nouveau, oublier les petites rancœurs et se concentrer sur ce qui est véritablement important. Enfin quelque chose de ce genre.
Mais avant tout, avoir assisté à la fin du monde, c’est savoir qu’elle n’a pas eu lieu : tout cela n’était qu’un jeu, le moment n’est pas venu. Voilà peut-être d’où naît ce besoin de prophétiser des dates de fin du monde, comme le 21 décembre prochain. Une fois la date passée, on est un survivant, le sursis a été prolongé.

J’aime particulièrement la conclusion de l’histoire, qui dit peut-être en substance que l’important n’est pas qu’une histoire soit vraie ou fausse, mais qu’elle soit belle :

À la sortie de l’église, les villageois bernés tombèrent d’accord : ils étaient prêts à se laisser couvrir de ridicule une fois de plus, rien que pour entendre encore chanter l’Old Hundred de cette façon-là.

(les photos sont extraites des Aventures de Tom Sawyer, produit en 1938 par David O. Selznick. Les illustrations, réalisées par True Williams, sont tous extraites de la première édition du livre, en 1876)

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Un parfum de déluge

Il fallait s’attendre à voir des publicités sur le thème de la fin du monde. On vient de me signaler cette campagne pour le déodorant Axe « édition finale » qui reprend l’histoire de l’antipathique patriarche biblique Noé, connu pour avoir égoïstement laissé mourir tous les humains à l’exception de sa famille.
Ici, tandis que la fin du monde se prépare, un jeune homme construit patiemment une arche et l’aménage. Lorsque l’orage s’apprête à noyer la Terre, le jeune homme sort son aérosol désodorisant et en asperge son torse glabre. Des jeunes femmes sveltes apparaissent et montent alors dans son arche, en rang deux par deux, irrésistiblement attirées par ce qu’elles sentent. Suffisamment absurde pour s’abriter sous le bouclier de l’humour, ce film publicitaire est bien dans la lignée de tous ceux de la marque.

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Si les adolescents s’aspergent de parfums de supermarché, c’est parce que d’habiles publicitaires leur promettent les succès amoureux dont ils rêvent. Ici, les choses vont plus loin, car ce que l’on promet aux gamins, ce n’est pas seulement la séduction facile, c’est aussi et avant tout la disparition du reste du monde, et plus précisément la disparition de la famille, dont l’existence est rappelée de manière très explicite : avant d’aller bâtir son arche d’amour, le jeune homme croise un père, une mère, et un adolescent qui s’embarquent en catastrophe dans une voiture familiale vieillotte.
Ce spot n’est à mon avis qu’une métaphore du fantasme de l’indépendance du jeune adulte, enfin libre, dans son propre appartement.

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