Second salon du survivalisme à Paris

Je n’avais pu assister à la première édition de Survival Expo, le salon du survivalisme à Paris. Cette année, j’ai fait le déplacement jusqu’à la Porte de la Villette, accompagné d’une amie qui elle était venue la première fois et pouvait comparer les deux éditions. Sa première remarque a été que le nombre d’exposants était bien plus important cette fois.
Ni aux alentours de l’entrée du salon ni à l’intérieur je n’ai vu de représentants de sectes apocalyptiques – il m’est arrivé plus d’une fois d’être en contact avec ce genre de personnes lorsque je faisais la promotion de mon livre Les Fins du Monde. On ne voit pas non plus de fédérations de scoutisme, qui auraient pourtant eu leur place ici. En revanche il y a des gens qui proposent des stages de survie dans les Vosges ou sur des îles lointaines, et des formations paramilitaires.

Le premier stand que nous avons visité proposait toute une panoplie d’objets pratiques : des scies de poche, des allume-feu, des purificateurs d’eau, des kits médicaux et même, un kit dentaire permettant aux néo-sauvages de réparer une dent fendue. C’est bête, mais j’avais envie de tout acheter. J’aime les gadgets. Je me suis retenu.
Le second stand était celui de la revue Survival, consacrée comme son nom l’indique aux techniques de survie. Avec parfois des articles inattendus, tels que celui-ci :

Au long des allées, on croise de nombreuses solutions pour être autonome : moulin à grain fait avec un ancien vélo, fours solaires (dont deux, exposés en extérieur, aux performances impressionnantes même avec un temps couvert), panneaux solaires, éoliennes pour recharger son portable, générateurs à essence, et enfin, des micro-fermes aquaponiques qui semblent réclamer une énergie et une infrastructure considérables juste pour produire trois laitues.

On entend vanter la fuite de Paris : « venez dans le Cantal ! », dit un trentenaire qui a quitté le développement de jeux vidéos pour vivre en prise avec la nature.
Plusieurs stands proposent de la nourriture, ou des solutions pour déshydrater ou conserver des aliments. Parmi les tendances, je note les insectes (incompréhensiblement mélangés à des épices ou du chocolat, ce qui donne un goût un peu chimique à des aliments qui auraient fait d’excellents apéritifs) et les flaques d’eau croupies dans lesquelles les visiteurs sont invités à boire, une fois l’eau purifiée par quelque appareil.

On voit aussi des vêtements (de pluie, de sécurité,…), des accessoires de couchage (matelas, hamacs), et des sacs. Presque tous ces objets sont hors de prix, mais 200 euros pour un sac à dos, s’il est assez solide pour permettre à son propriétaire de survivre à une apocalypse, c’est un investissement.
Les soins médicaux d’urgence sont un des grands thèmes que l’on croise dans les allées du salon, avec la présence d’associations dédiées (secourisme, pompiers volontaires pour exporter leur savoir-faire) et d’accessoires divers. On voit par exemple des mannequins mal en point :

Il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi les urbains qui quittent le périphérique pour devenir hommes des bois risquent de se blesser quand on voit le nombre d’outils dangereux qui sont vendus, et surtout, le nombre d’armes : arcs et flèches, lance-pierres, et puis couteaux, couteaux, couteaux. Mais aussi matériel policier : matraques télescopiques, boucliers, gilets pare-balles, etc.
Il y a même plusieurs stands où le public est invité à apprendre à tirer à l’arc, au pistolet, ou encore à lancer des haches !

L’ambiance générale, il faut le dire, est un peu virile et régressive, on sent beaucoup le plaisir du petit garçon qui joue à la guerre, qui s’habille en treillis, qui exhibe son gros couteau. De grands types tatoués racontent que leur bouclier résiste à tant d’impacts de « kalach » et à du 9 millimètres, ce qui fait siffler d’admiration les connaisseurs.
Il y a des femmes dans les allées du salon, et sur les stands, mais on sent que, pour nombre de gens dans le petit milieu survivaliste, appartenir à la gent féminine est au minimum un handicap, comme dans cet article du magazine Survival, consacré au choix du couteau pour une femme :

Étourdie, la femme oublie régulièrement qu’elle a un couteau dans son sac et ne sait pas comment le plier, parce qu’elle ne l’utilise pas assez souvent. Dans un éclair de lucidité, la personne qui rédige l’article se fait la réflexion que toutes les femmes n’ont pas la même taille, la même corpulence ou des mains de même format. Eh oui, chez les femmes aussi il n’y a pas deux personnes identiques !

Si l’on met de côté l’ambiance « plein air » (le Vieux campeur ou Décathlon ont des stands), c’est la peur qui semble (assez logiquement ?) être le premier argument de nombreux exposants, et peut-être la première motivation du public. La peur d’un avenir incertain bien entendu, mais aussi la peur de l’autre. Dans un stand consacré aux armes, on pouvait par exemple entendre cette prédiction : « vous êtes autonome énergétiquement, vous avez vos conserves, vous avez tout prévu et là, paf, quelqu’un arrive avec un fusil et vous dit : merci, c’est pour moi tout ça, maintenant ».
Eh oui, si l’économie et l’ordre social s’effondrent, il ne suffira pas de pouvoir survivre aux éléments, il faudra encore survivre à ses congénères, et être suffisamment équipé pour que ce soient eux qui aient peur. Brrrr.

Je remarque une quasi totale-absence de livres — appareil de lecture pourtant bien pensé, solide et autonome énergétiquement —, bien que soient édités chaque année de nombreux ouvrages sur la collapsologie, l’écologie, l’autonomie, etc., ou des fictions post-apocalyptiques diverses et variées, qui auraient pu constituer une belle librairie spécialisée.

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