Mad Max: Fury road

Ce nouveau Mad Max est une fable politique sur le pouvoir (laid, malade, fondamentalement mauvais), sur la concentration des richesses dans un monde qui meurt, et sur le gaspillage écologique. Il parle sans doute aussi de religion, mais comme d’habitude lorsqu’aucune n’est désignée, pas une ne se sentira visée : le fanatisme et la superstition, c’est toujours les autres.

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Brutale, spectaculaire, assez belle visuellement, cette longue course-poursuite fait régulièrement penser au cirque Archaos, à la Fura dels Baus, à tout un pan du Heavy Metal ou au festival Burning Man, qui eux-mêmes doivent une bonne partie de leur esthétique aux premiers Mad Max1 : une prise d’intérêts, en quelque sorte.
Quand j’étais adolescent, Mad Max (en tout cas pour les deux premiers films de la série), constituait, avec Rollerball, le comble de la violence au cinéma. La violence est toujours bien présente, mais nos standards ont dû beaucoup changer car le spectateur que je suis à présent n’en a pas exagérément souffert. La caméra de George Miller et peut-être moins complaisante dans ses descriptions de tortures ou de mutilations que celles de séries HBO telles que Game of Thrones, Rome ou Deadwood, et le montage sonore, plutôt moins inutilement agressif que celui de la majorité des films d’action actuels.

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Les héros du film, ce sont les femmes du harem de l’odieux « Immortan Joe », menées par l’impérator Furiosa (Charlize Theron, donc), qui veulent quitter leur condition d’objets — sans doute confortable, pourtant, comparée à celle de la plèbe —, pour aller chercher un peu d’espoir au loin. Max est leur éphémère compagnon de route, hébété, égaré, ne vivant plus que pour survivre. Les scénaristes ont sciemment évité tous les tics sexistes du cinéma : ici, pas de demoiselles en détresse à qui un héros paternaliste aboie des instructions et qui, pour récompenser leur sauveur, finiront dans son lit.
Il y a un véritable engagement féministe (ou au moins une intention) derrière ce scénario, qui a d’ailleurs été validé par Eve Ensler2 et a fait couiner de rage des blogueurs « masculinistes ».

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Dans un premier temps, on se demande comment un monde où des ressources telles que le pétrole3 et l’eau4 sont devenues si rares peut en être si abusivement dispendieux. Cela ne semble pas très rationnel.
Mais à la réflexion, c’est peut-être à l’humanité de 2015 que la question est posée.

  1. Je réalise que le troisième Mad Max (Beyond Thunderdome, avec Tina Turner), a déjà trente ans. Le premier est sorti en 1979. []
  2. l’auteure des Monologues du vagin a d’ailleurs passé une semaine sur les lieux du tournage pour conseiller les actrices. []
  3. L’essence est nommée ici « guzoline. J’imagine qu’il y a un jeu de mot ou une référence à connaître. Les auteurs des sous-titres français ont traduit le mot par le curieux « pétrogaspi ». []
  4. Dans le film, l’eau est nommée « Aqua cola », ce qui semble être une allusion directe aux pratiques de Coca Cola et son concurrent Pepsi Cola, qui revendent un liquide parfois composé de simple eau du robinet augmentée artificiellement de minéraux, sous des noms de marques tels que Bon Aqua, Aquarius, Aquafina,… []
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24 réponses à Mad Max: Fury road

  1. Csecile dit :

    Je trouvais que dire « féministe » était exagéré, par exemple dans la mesure où les nanas apparaissent quasi à poil, les voiles de tissu mouillé moulant les mamelons, bon… Mon copain me fait justement remarquer qu’elles ne sont pas pour autant l’objet du désir de Max, qui les traite comme de n’importe qui qu’il menacerait.
    D’un autre côté, la remise en question fondamentale de la position de poules pondeuses est véritablement engagée. Féministe, je ne sais pas, mais profondément non-sexiste, oui. En tout cas, bien plus complexe qu’on ne le devinerait, encore sous le choc des vrombissements furieux.

    • Jean-no dit :

      @Csecile : On comprend assez bien que la beauté cliché – physique, vêtements -, complètement abusée lorsque Max les rencontre (on dirait une de ces pubs pour vêtements tournées dans un désert…), fait partie de ce qui transforme ces femmes en objets, et que c’est aussi ce qu’elles cherchent à quitter. Je trouve carrément originale l’intervention des femmes âgées, par ailleurs.

  2. Jyrille dit :

    Le début m’a rappelé Apocalypto de Mel Gibson et les sacrifices incas en général.

  3. Wood dit :

    Ah, « guzoline » tu es sûr ? Moi j’entendais « gasoline », (qui veut juste dire essence) et je me demandais bien l’origine de ce « pétrogaspi ».

    J’imagine que « guzoline » est mot valise à partir de « to guzzle » (engloutir) et « gasoline »

    Note que Furiosa n’est pas « impératrice » (ce qui aurait été « empress ») ni même « empereur » (emperor), mais « imperator », titre attribué dans la Rome antique aux généraux victorieux.

    • Jean-no dit :

      @Wood : c’est en cherchant à comprendre le « pétrogaspi » que suis tombé sur l’orthographe « guzoline » – mon oreille n’a pas fait la distinction non plu. Je ne connaissais pas « Guzzle », mais je vois qu’on qualifie les voitures pré-choc pétrolier de « Gas-Guzzling », tout se recoupe !

  4. Samuel dit :

    « Les auteurs des sous-titres français ont traduit le mot par le curieux « pétrogaspi ». »

    Les sous-titres français sont dus à Olivia Cherqui, citée à la fin du générique (eh oui, il faut rester pour voir le nom des auteurs de sous-titres…)

  5. s427 dit :

    En plus de l’aqua-cola, il me semble qu’on promet à ceux qui se sacrifient qu’ils recevront des Mac-QuelqueChose (me souviens plus du terme exact) quand ils arriveront au paradis. La religion ciblée par le film me semble principalement le capitalisme. 😉

    (Note technique : j’ai bien aimé le film, mais l’usage des nuits américaines m’a quand même un peu dérangé (sorti du film)… Choix esthétique ou contrainte financière… ? Ou choix esthétique motivé par une contrainte financière ?)

    • Jean-no dit :

      @s427 : oui, le Mac-truc, j’ai déjà oublié, alors que j’avais noté sur le coup.
      Les nuits américaines (recréées, car sans doute rien à voir, techniquement parlant), j’ai trouvé ça esthétiquement très intéressant, ça nous amenait un peu dans le conte de fées,…

      • Wood dit :

        On leur promet un McFestin !

        Je crois que la phrase exacte était « I’d be in Valhalla, Mcfeasting with the elders »…

        • s427 dit :

          Ah voilà, un McFestin. ^^

          On peut aussi mentionner les volants de véhicules qui sont utilisés comme des symboles religieux, il me semble.

          Enfin bref, il y a plein de moments dans le film où j’avais envie de mettre sur « pause » pour pouvoir examiner des détails, souvent savoureux (en particulier au début, dans la forteresse). Ça vaut aussi pour les dialogues, que je n’arrivais pas toujours à suivre en VO. (Pour le coup, j’ai trouvé les sous-titres assez créatifs, avec notamment son « globulard » assez marrant.)

          D’ailleurs si je devais faire un reproche à ce film, ce serait peut-être ça : l’univers est très riche, fourmille de détails, mais gagnerait peut-être à être un peu plus approfondi. Je pense en particulier aux deux seigneurs de guerre qui se joignent à Immortan Joe : on ignore tout de leur relation avec lui, de leur rôle, leurs intérêts, etc, ce qui est un peu dommage.

          (Les nuits américaines comme contes de fées, je n’y avais pas pensé, mais il y a de ça en effet. ^^ On m’a aussi suggéré que c’était peut-être un clin d’œil à l’esthétique des années ’80.)

          • Jean-no dit :

            Les années 1980, c’est un peu la fin de la nuit américaine, je pense. La référence est peut-être plutôt le western ou le film de pirates 1950-1960s en technicolor…

          • Wood dit :

            Oui, les volants font apparemment partie du culte qu’ils vouent à « V8 » (une déité ?) et à Joe (son représentant sur terre ?).

            Moi j’aime cet univers très dense dont on n’a qu’un aperçu, ça stimule l’imagination. Toutes les explications dont on a besoin sont fournies par des images et un minimum de paroles (il n’y a pas un mot perdu dans tout le film), sur le principe du « show, don’t tell », et l’action peut embrayer directement.

            De toute évidence le Bullet Farmer fournit armes et munitions, le People Eater le carburant et Immortan Joe la nourriture et l’eau potable (et le lait de mamans). Ils ont donc entre leurs trois communautés un système économique à peu près stable.

            Avez-vous remarqué qu’au moment du départ du convoi, les war-boys sont qualifiés de « Fukushima Kami-Crazy » ?

          • Jean-no dit :

            « V8 » c’est une allusion aux moteurs à huit cylindres, a priori.

          • s427 dit :

            Ah oui, d’ailleurs Monsieur Lâm trouve que Mad Max: Fury Road est un très bon film de pirates. ^^ Comparaison assez bien vue, je trouve.

  6. lplp dit :

    On est bien d’accord que le vrai Mad Max, c’est Mad Max 2 ? (le guerrier de la route)
    Parce que dans le 1, l’esthétique Mad Max (cuir, joints de culasse et motards à iroquoise) est pas encore super présente.
    Quant au 3…

  7. s427 dit :

    (Quand je tente de répondre à mon commentaire plus haut pour poursuivre la discussion, ça ne passe pas…)

    Bref, c’est juste pour rebondir sur ton allusion aux films de pirates en signalant l’article de Monsieur Lâm qui trouve que Mad Max: Fury Road est un très bon film de pirates. ^^ Comparaison assez bien vue, je trouve.

  8. Wood dit :

    (tiens je ne peux pas répondre à certains commentaires ?)

    V8 est bien sûr une allusion aux moteurs V8 (huit cylindres en V). Quand ils l’invoquent, ils forment un triangle avec les bras au-dessus de la tête.

  9. s427 dit :

    (Pour info, j’ai fait trois tentatives de commentaires aujourd’hui, aucune n’est passée –curieusement, même pas affichée en prévisualisation avec le message « en attente de validation » après la soumission du formulaire. Peut-être parce qu’ils contenaient des liens ?…)

    • Jean-no dit :

      oui, les liens peuvent avoir cet effet. Dans ton cas, les commentaires étaient même passés dans les spams (car trop peu de texte pour accompagner le lien, je pense).

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