La fin du monde (1931)

Censé être adapté du roman La fin du monde (1894), de Camille Flammarion, ce film d’Abel Gance aurait dû être le premier grand spectacle du cinéma parlant français. Malheureusement, le distributeur a raccourci le film, lui faisant perdre beaucoup de son ambition, tandis que la concurrence anglo-saxonne a rapidement donné un aspect vieillot à ses effets spéciaux : Frankenstein, King Kong, The Invisible man, Noah’s Ark, Deluge, etc.

Le scénario est un peu naïf, mais plutôt intéressant de par son pacifisme post-première guerre mondiale. Les frères Novalic, très liés, sont aussi très différents. Martial est un scientifique de premier plan, récipiendaire d’un prix Nobel qui l’a rendu riche. Son frère Jean est un poète mélancolique qui ne parvient pas à être heureux, malgré l’amour que lui porte la très belle Geneviève, fille d’un scientifique concurrent de Martial.

Alors qu’il prend la défense d’une jeune fille battue par son père, Jean est blessé à la tête, et  craint de perdre la raison et la vie. Son frère, parti observer le ciel au Pic du Midi, où il découvre une comète qui s’apprête à détruire la Terre, rentre juste à temps pour voir Jean mourir. Le poète, qui a toujours su que la fin du monde était proche, laisse en héritage des écrits et des disques où il donne des instructions au monde entier. Son but est que les hommes, avant de voir leur planète détruite, doivent s’unifier.

Martial fera tout son possible pour mener à bien le plan de son frère, à coup de manipulations boursières et en prenant le contrôle du plus gros émetteur radiophonique de France : la Tour Eiffel. Geneviève, qui veut vivre, se lie d’abord à Schomburg, un milliardaire à qui la guerre profite trop pour qu’il accepte de laisser Martial mener à bien ses plans pacifistes. Schomburg viole Geneviève, déshonneur que le père de la jeune femme propose de réparer… En la mariant à son bourreau.

Une fois la nouvelle de la fin prochaine du monde connue de tous, deux attitudes sont observées : d’un côté, des représentants de tous les pays créent un parlement pour proclamer une république pacifique européenne, voire mondiale. De l’autre côté, on s’enivre de volupté et de débauche. Les scènes d’orgie filmées par Abel Gance sont exclusivement suggestives mais devaient être plutôt osées pour l’époque. On voit aussi des gens paniquer ou prier.

Pour finir, le monde subit beaucoup de catastrophes et de destructions, mais il reste des survivants. La dernière image est celle d’un paysan qui mène ses deux chevaux de trait : le monde repart sur des bases bucoliques, comme dans le Ravage de Barjavel, qui sera publié dix ans plus tard.

Lyrique, emprunte de bigoterie, espérant réconcilier spiritualité et science (qu’incarnent les frères Novalic), cette Fin du Monde n’a pas rencontré le succès et a pesé négativement sur la carrière d’Abel Gance. Vu aujourd’hui, le film n’est pas dénué de qualités, mais on sent bien que son auteur n’était pas encore habitué à filmer des acteurs parlants, et l’ensemble est extrêmement poussif.

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