Ruinenwerttheorie

La Ruinenwerttheorie, ou théorie de la valeur des ruines, est un principe défendu par Albert Speer, l’architecte des bâtiments construits sous le IIIe Reich1, qui en parle dans ses mémoires et s’en considère l’inventeur.

Le principe de la Ruinenwerttheorie est de construire des bâtiments en fonction de leur futur état de ruine : le bâtiment n’est pas seulement construit pour être utilisé par ses contemporains mais aussi pour provoquer l’admiration de ceux qui le retrouveront à l’état de vestige mille ans plus tard. Cette théorie s’inspire évidemment de l’héritage gréco-romain — dont l’architecture nazie est partiellement inspirée.
Speer a manqué de temps pour mettre ses théories en application, son plan de rénovation de la ville de Berlin (Welthauptstadt Germania — Germania, capitale du monde), notamment, n’a pas vraiment dépassé le stade du projet. De fait, les images de ruines liées au IIIe Reich qui viennent spontanément à l’esprit sont celles du Reichstag dévasté (gauche) ou des décombres de Dresde après deux jours de bombardement intensif (droite).

Une future ruine restée à l’état de projet, voilà un concept qui donne un peu le vertige. Quand au fait de penser l’architecture pour ses vestiges, elle trahit sans doute assez bien les ambitions à la fois morbides et démesurées du régime nazi, qui voulait s’inscrire dans la légende tragique des plus grandes civilisations passées, jusqu’à prévoir sa propre archéologie.

  1. Speer était aussi ministre de l’armement et des munitions, condamné à vingt ans de prison au terme du procès de Nuremberg — durée plutôt courte, si l’on considère l’implication de Speer dans le parti nazi, qui est sans doute due aux remords qu’il a exprimé vis à vis des crimes nazis, et au fait qu’il soit parvenu à convaincre qu’il n’avait eu aucune conscience de l’holocauste. []
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2 réponses à Ruinenwerttheorie

  1. Rama dit :

    Pour la photo de Dresde, elle a été prise quelques jours après le bombardement, après que les débris avaient été déblayés des rues ; et de fait, une partie de la force de la photo vient de l’impression de vide que donnent les bâtiments dont il manque des parties.

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