Le fanatisme de l’apocalypse, par Pascal Bruckner

Avec une nonchalance extraordinaire, Pascal Bruckner se promène d’émission en émission, apparemment résigné à jouer le rôle de l’anti-écologiste de service avec son livre Le fanatisme de l’apocalypse, où il reproche aux écologistes politiques — dont il affirme s’être longtemps senti proche —, de recourir à un discours apocalyptique pour sensibiliser les populations aux causes environnementales.

Ce point de départ est intéressant, puisqu’il recouvre une réalité : depuis la Guerre Froide ou depuis l’alerte lancée par le Club de Rome au début des années 1970, on utilise effectivement la fin du monde comme une menace, comme un moyen pour provoquer une prise de conscience face à la course aux armements ou face au développement et à l’écologie. Ce fait mérite d’être étudié. Et puis c’est vrai, de nombreuses personnalités de l’écologie — y compris de l’écologie scientifique la plus sérieuse, comme Frank Fenner, Martin Rees ou Jacques-Yves Cousteau —, n’ont pas hésité à promettre un destin aussi funeste que rapide à l’humanité.

La philosophie de Pascal Bruckner, avec Le Sanglot de l’homme blanc (qui éreintait le masochisme complaisant à l’œuvre dans le discours tiers-mondiste), La Tyranie de la pénitence (au sujet similaire), et enfin Le Fanatisme de l’apocalypse, pourrait constituer un refus assez sain des larmes de crocodile que verse une certaine bourgeoisie occidentale sur les malheurs dont elle est responsable dans le monde, larmes qui servent parfois, suivant un calcul un peu pervers, à dédouaner les fautifs des méfaits qu’ils persistent à commettre. Bruckner se débat ostensiblement contre son éducation religieuse, qui l’a semble-t-il marqué au fer rouge (au point qu’il la rejette tout en se félicitant de ses effets positifs), et établit un lien entre la culpabilisation écologiste et la culpabilisation religieuse. Il semble lui-même constamment tiraillé entre l’adage « Là où il y a de la gène, y’a pas de plaisir » et la morale protestante qui consiste à accorder ses actes à ses principes et à faire ce qui est censé être bien.

L’angoisse de l’auteur, au fond, c’est qu’il ne sait plus quoi faire des messages culpabilisateurs, catastrophistes et désespérants qu’émettent les écologistes. Il en vient à considérer la parole écologique comme un bloc, comme si la totalité de ceux qui s’en réclament (depuis les mystiques de la terre-mère Gaïa aux scientifiques les plus sérieux en passant par les journalistes sensationnalistes, les politiques plus ou moins responsables et les tenants de la décroissance) constituait une unique personne, parlant d’une seule voix et l’accablant d’injonctions contradictoires tandis que lui, Pascal Bruckner, ne demande qu’une chose : qu’on lui dise comment régler les problèmes de la planète, qu’on lui dise s’il est utile de trier ses déchets, qu’on lui dise quoi manger, bref, qu’on le rassure et que l’on cesse de lui promettre un futur forcément inconfortable.

Les raccourcis historiques, logiques et idéologiques que contient le livre pourraient sembler malhonnêtes de prime abord (glisser de Jean-Jacques Rousseau aux antipathiques « survivalistes » en passant par le père de la désobéissance civile Henry David Thoreau, il fallait l’oser !)  mais ils constituent juste l’expression du désarroi de l’auteur face à une situation qu’il aimerait savoir sous contrôle alors qu’il voit bien qu’on ne sait qu’essayer d’en gérer les effets en pilotant à vue. Ce livre est donc plus un autoportrait personnel et générationnel qu’un pamphlet, c’est un peu un gag, finalement. À 20 euros, ça fait un peu cher de l’éclat de rire, mais l’écriture n’est pas déplaisante et on y trouve, à défaut d’un propos effectivement convaincant, une foultitude de références et de citations piochées dans l’actualité ou dans la littérature qui peuvent donner à réfléchir, y compris à l’opposé des intentions de l’auteur.

Ce contenu a été publié dans Actualité, Cassandre, Lecture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le fanatisme de l’apocalypse, par Pascal Bruckner

  1. mon nom est personne dit :

    Il vous manque quelques références aux auteurs , idées et théories que cite l’auteur pour pouvoir comprendre à quel point ce livre est mauvais, approximatif, bidon, faible, caricatural et bêtement polémique, dénué de pensée propre, juste polémique.

    Vous devriez lire un peu , et connaître un peu mieux ses références pour comprendre l’usage qu’il en fait et voir le simplisme et souvent la mauvaise foi de ses raisonnements-coups de poing et plus polémiques qu’autre chose et pas très sérieux au final.
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/11/22/le-fanatisme-de-l-apocalypse-sauver-la-terre-punir-l-homme-de-pascal-bruckner_1607511_3260.html

    http://www.liberation.fr/terre/01012379863-bruckner-ou-le-fanatisme-du-deni

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *