Les derniers jours du monde

L’histoire commence à Biarritz que Robinson (Mathieu Amalric) se refuse à quitter malgré l’atmosphère plutôt malsaine qui y règne. On ne sait pas bien ce qui se passe au juste : il y a une guerre, vraisemblablement mondiale, l’eau et l’air semblent déjà très pollués, sans doute même radioactifs, des gens tombent régulièrement raide-morts, des pluies de cendres infestent l’air, la terre tremble, des alarmes retentissent et des gens en combinaison font des analyses.

Robinson est isolé : ses parents ont disparu en mer quelques mois plus tôt, sa femme (Karin Viard) l’a quitté, sa fille vit sa vie, son meilleur ami Teo (Sergi Lopez) n’est plus là non plus, il est donc seul à ruminer une amourette pour une jeune femme, Laëticia (Omahyra Mota), qui est sortie de sa vie aussi brusquement qu’elle y était entrée et qui fréquente des gens plutôt louches — on la supposera call-girl de luxe — à qui Robinson doit d’avoir perdu un avant-bras.

Dans un monde qui s’effondre littéralement mais qui conserve une étrange atmosphère de retour de vacances (le choix de Biarritz comme point de départ est à ce titre génial, puisque cette ville a été créée et n’existe que comme lieu de vacances), Robinson croise un a un les gens qui comptent dans sa vie : sa fille qui veut le sauver, Teo, et enfin son épouse. Il forme un temps un couple avec une papetière qui a été la maîtresse de son père. Son odyssée le mène à Pampelune, à Saragosse, dans des petites routes pyrénéennes, à Toulouse, dans un village du Lot, et enfin à Paris.

Contemplatif, assez passif face au désir sexuel qu’il inspire, Robinson semble n’avoir qu’une idée en tête : retrouver Laëticia.
Le film réalise un numéro d’équilibriste assez réussi entre deux registres : la métaphore du paysage mental d’un homme amoureux, qui donne sa forme au paysage tout court (nostalgie, lieux de vacances, mais aussi délitement généralisé), et la description efficace de l’atmosphère de désorganisation et de laisser-aller qui saisirait un monde qui vit ses derniers jours.

Certains deviennent subitement égoïstes et abandonnent femme et enfants, d’autres continuent leur activité de manière mécanique (l’argent a toujours cours), mais peu à peu les centre-ville se désertent, des gens se suicident ou s’assassinent,… L’État, complètement dépassé par les évènements, fait semblant d’organiser les choses, et constitue un discret élément comique du film qui sur ce point rappelle beaucoup les récits de la débâcle de 1940. Le film contient énormément de passages humoristiques ou d’anecdotes incongrues.

Parmi les bonnes anecdotes, il y a le destin d’une « élite » de survivants qui ont planifié se terrer six mois dans un abri anti-atomique. Robinson est invité au château où tous se sont réunis. À l’entrée, on lui fournit un costume : tenue chic exigée. Mais à l’intérieur, tous se prêtent à une orgie morne et sordide. Assommé par un des convives, Robinson se réveille dans le château, entouré de cadavres : tous s’étaient fait fournir un cocktail bleu empoisonné par les domestiques du château, bien décidés à utiliser l’abri pour assurer leur propre survie, eux à qui personne n’aurait pensé et dont il semblait naturel à tous qu’ils continuent à être des serviteurs, en pleine apocalypse.

Les derniers jours du monde, sorti en 2009, est l’adaptation d’un roman du même titre et de Amour noir, tous deux écrits par Dominique Noguez. J’ignore ce que valent les livres, mais le film est à mon goût une franche réussite, quoiqu’il soit un peu long et affligé d’un petit défaut de casting : on ne croit pas trop à l’amour éperdu de Robinson pour Laëticia, dont les dialogues assez faibles et le physique de mannequin androgyne n’inspirent pas grand chose, et qui est suffisamment dénuée de féminité pour que l’on soit indifférent à sa nudité, très fréquente tout au long du récit.

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12 réponses à Les derniers jours du monde

  1. Wood dit :

    « on ne croit pas trop à l’amour éperdu de Robinson pour Laëticia, dont les dialogues assez faibles et le physique de mannequin androgyne n’inspirent pas grand chose, et qui est suffisamment dénuée de féminité pour que l’on soit indifférent à sa nudité, très fréquente tout au long du récit. »

    Cette phrase me choque un peu. Comme si tout était de la faute de l’actrice et plus particulièrement de son physique, que tu juges ingrat.

    Un bon cinéaste, il me semble peut rendre crédible un amour envers n’importe quel personnage, aussi laid soit-il.

    • Jean-no dit :

      Pour préciser ma manière (subjective) de voir les choses, je trouve que le rôle n’est pas génialement crédible, et j’attribue ça en partie au physique de la fille (qui jusqu’ici n’était pas actrice mais mannequin lingerie, ce qui correspond à un genre de corps vraiment particulier, pré-ado, que l’on peut montrer à demi-nu sans provoquer d’embarras ni, à mon avis, de désir).
      Ce n’est pas un physique ingrat, c’est un physique photogénique, mais entre ce corps particulier et la relative absence de dialogues qui fonctionnent, je n’arrive pas à croire que le béguin de Robinson soit profond au point qui nous est dit.

      • Wood dit :

        J’essaie de te comprendre, mais soit tu n’es pas très clair soit je n’ai pas assez dormi…

        Tu veux dire que si tu ‘avais trouvé attirante cela aurait rattrapé le manque de dialogue et son jeu d’actrice peu convaincant, c’est ça ?

        Mais ça n’aurait pas fonctionné pour un autre spectateur : tout le monde n’a pas les mêmes goûts.

        • Jean-no dit :

          En fait je pense que le corps n’est pas une question indifférente au cinéma. Et ce n’est pas une question de morphologie, il y a aussi la façon de bouger, d’occuper l’espace. Ici je vois une fille de publicité et je n’arrive pas à me mettre à la place d’Amalric, d’autant que les autres femmes de la vie du personnage dégagent toutes quelque chose de fort. Ce n’est pas exactement une affaire d’attirance, c’est que je ne crois pas à l’attirance d’un personnage pour l’autre.
          Est-ce que c’est juste une question de goût ? Partiellement sans doute, je serais curieux que d’autres donnent leur avis là-dessus.

          • Wood dit :

            Ah mais « la façon de bouger, d’occuper l’espace », là il ne s’agit plus du corps mais de ce qu’on en fait, et là je te comprends mieux, du coup.

          • Jean-no dit :

            @Wood : un corps c’est quelque chose qui bouge, et justement ce genre de corps pose plus qu’il ne bouge, c’est peut-être ça qui me semble ne pas fonctionner…

          • Wood dit :

            (on ne peut pas répondre plus de 4 fois ?)

            Moi je fais une différence entre le corps (ce que la nature vous a donné, et auquel vous ne pouvez pas grand-chose, à part mincir, prendre du poids où se muscler), et la façon de le bouger (qui est fonction du vécu, par exemple de l’apprentissage éventuel de la danse, du théâtre ou des arts martiaux…). L’inné et l’acquis, en somme.

          • Jean-no dit :

            @Wood : l’imbrication des commentaires cesse à partir d’un certain niveau apparemment.
            J’ai l’impression que ta problématique c’est le juste (mérité) et l’injuste (on est né comme ça), aussi 🙂
            Je pense que le corps (y compris le visage) doit être une question très complexe au cinéma, j’ai toujours mal au cœur pour les gens qui sont « castés » parce que moches, pour des rôles de moches. Et en même temps je trouve aussi injuste qu’on donne un rôle de moche à une fille comme Charlize Theron, qui a valu un oscar du maquillage pour le film Monster où on avait réussi à la rendre moche.

          • Wood dit :

            Le juste et l’injuste, il y a de ça, c’est vrai.

            Mais quand tu me dis (en substance) « on ne peut pas croire que le personnage est amoureux d’elle parce qu’elle a un corps un peu androgyne et pas très féminin » je me dis « je ne vois vraiment pas en quoi ça constituerait un obstacle »

            Par contre si tu me dis « elle ne sait pas bouger, elle ne sait pas jouer et on lui a collé des dialogues ineptes », là je comprend mieux.

          • Jean-no dit :

            @Wood : oui, l’androgynie peut être attirante, mais là (caméra, jeu, physique, je ne sais pas), il y a un manque de grâce ou de personnalité qui fait que je ne marche pas.

          • d. dit :

            ce commentaire va être trivial me semble-t-il, mais puisque tu proposes participation :

            1. c’est évidemment pour partie une question de goût, sinon l’univers (en pleine expansion, très loin du big crunch) des sites de cul sur le net ne serait pas aussi foisonnant, ni aussi précisément segmenté (au point que ça en soit fascinant, ne faites pas semblant de ne pas savoir) (hum, sinon, j’ai des exemples),

            2. mais comme évoqué plus loin, on parle de cinéma, donc c’est également une question de mouvement, de présence, et pas juste d’une façon d’accrocher la lumière – le but d’un casting étant donc de trouver l’acteur-trice qui incarnera l’idée/le personnage, et pas juste une tête sur un corps.

            et là, j’avoue être d’accord avec notre hôte : la fille à un physique théoriquement (du point de vue de la norme sociale) attirant, mais elle dégage dans ce film le charisme d’une huître, et il semble donc curieux qu’amalric en soit raide dingue… ce qui ressort de la scène de cul avec son ex femme me semble autrement sujet à fantasme, par exemple.

            des goûts et des couleurs, mais pas seulement, donc.

            voilà voilà…

            j’avais bien dit que ce serait trivial, non ? (en même temps, c’est un commentaire internet, donc bon).

  2. Jérémy dit :

    Je vais regarder ce film, je cherchais justement des références se liant plus aux comportements des gens face à la fin du monde pour aborder le sujet de l’atelier. Comme les attitudes des personnages de Melancholia.
    Je suis Jérémy et je fais partie de la classe troisième année communication visuelle. À bientôt 🙂

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