La Jetée

La Jetée (1962) est un film court (28mn) de Chris Marker. Il est intéressant d’un point de vue formel, d’abord, en tant que film sur le souvenir et l’image, ensuite, et, enfin, en tant que film de science-fiction. Il a inspiré à Terry Gilliam l’excellent L’Armée des douze Singes (1995), dont nous reparlerons plus tard, mais peut-être a-t-il aussi inspiré à Alain Resnais son Je t’aime, je t’aime (1968) et à James Cameron son Terminator (1984).

Attention, je raconte la fin du film.

Formellement, Le Jetée est un diaporama commenté par un narrateur et accompagné d’une musique composée pour l’occasion par Trevor Duncan.

L’histoire, nous dit-on, est celle d’un homme marqué par une image d’enfance. Sur la jetée de l’aéroport d’Orly, où les familles viennent regarder les avions décoller le dimanche, l’homme a été témoin de quelque chose qu’il n’a pas bien compris, il a vu une femme bouleversée par la mort d’un homme.

Des années plus tard, l’homme est adulte et la troisième guerre mondiale a ravagé Paris. Les survivants vivent dans les souterrains de Chaillot.

La surface de Paris, et sans doute de la plus grande partie du monde, était inhabitable, pourrie par la radioactivité. Les vainqueurs montaient la garde sur un empire de rats. Les prisonniers étaient soumis à des expériences qui semblaient fort préoccuper ceux qui s’y livraient.

Les expériences tuent ceux qui en sont les cobayes, ou les rendent fous.

On sort l’homme de prison pour le soumettre à une de ces expérimentations. Il s’agit de l’envoyer dans le passé, car il n’existe plus d’endroit où aller sur terre, l’espace est condamné, il faut donc se rendre dans le passé, peut-être pour y récolter des vivres ou des médicaments. La « police du temps », qui espionne jusqu’aux rêves, a vu sa fixation pour une image mentale, un souvenir, et espère qu’il survivra au choc d’une seconde naissance, qu’il saura suffisamment penser le passer pour s’y intégrer.

Il ne meurt pas, mais il souffre beaucoup. Au bout d’une dizaine de jours d’expérience, l’homme commence à apprivoiser le passé. Il voit d’abord des images : un champ, une chambre, des animaux. Puis il parvient à exister dans le passé, et entre en contact avec une femme qui lui est tout de suite familière. Deux réalités se bousculent alors pour lui : le monde vivant d’avant la guerre, où il apparaît et disparaît régulièrement, et le monde d’après la guerre où il revient aussi. L’expérience est concluante.

On explique à l’homme sa véritable mission : il doit à présent demander leur aide aux hommes du futur. Il s’y rend, tout a changé, la ville est méconnaissable, la vie a repris, le monde est en paix. Les humains qu’il rencontre acceptent de l’aider et lui fournissent un générateur de puissance. Lorsqu’il revient dans les galeries souterraines de Chaillot, on n’a plus besoin de lui et il s’attend à être liquidé. Mais les humains du futur, qui n’ont aucun mal à se déplacer dans le temps, lui proposent de les rejoindre.
Il leur demande, plutôt, de le renvoyer à ses souvenirs, dans le passé. Ce qu’ils acceptent.

Revenu sur la jetée d’Orly, il retrouve la femme qu’il aime et court vers elle. Mais il reconnaît un des hommes du souterrain, et comprend qu’on ne le laissera pas s’en tirer vivant. Alors qu’il est abattu, nous repensons à son souvenir d’enfance : l’homme qu’il avait vu mourir, c’était lui-même.

Ce contenu a été publié dans L'Atome, Troisième Guerre mondiale. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à La Jetée

  1. C’est vachement plus clair en te lisant qu’en voyant le film… 😉

    • Jean-no dit :

      @André : j’ai vu La Jetée après avoir vu dix fois L’Armée des douze singes, du coup le scénario m’a toujours semblé clair, mais je ne sais pas s’il l’est tant que ça effectivement. Il l’est moins que le Je t’aime, je t’aime (1968) d’Alain Resnais, autre affaire de voyage dans le temps par les images.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *