The World, The Flesh and The Devil (1959)

Ralph Burton (Harry Belafonte), qui travaille comme mineur de charbon, est victime d’un éboulement alors qu’il se trouve sous terre. Les jours passent, et il finit par comprendre qu’on a cessé de chercher à le secourir, alors que les travaux semblaient jusqu’ici avancer régulièrement. Il décide donc de sortir par ses propres moyens, ce qu’il parvient à faire. Mais une fois dehors, il constate qu’il n’existe plus personne sur terre, il est le dernier homme.

Il découvre les derniers journaux publiés dont les gros titres sont alarmants : poison atomique, monde maudit, fin du monde, la population fuit les villes,… On ne comprend pas exactement quel type de catastrophe s’est produit, mais il semble qu’elle soit d’origine humaine et qu’elle ait abouti à l’éradication totale de l’espèce humaine. Plus tard dans le film on entend parler d’un nuage de poussières chargées en radioactivité qui devient inoffensif au bout de quelques jours. Burton s’empare d’un compteur Geiger, d’une automobile, et décide de partir vers New York où il espère trouver d’autres survivants.

Dans un immeuble officiel, Burton découvre un générateur électrique encore capable de fonctionner, ainsi que des bandes magnétiques qui contiennent des enregistrements radio des dernières heures de l’humanité. Depuis cet endroit, Burton peut envoyer des messages en ondes courtes (à portée internationale), et en recevoir. Il émet chaque jour à la même heure, mais sans réponse. Pour ne pas devenir fou sans doute, Ralph Burton s’occupe beaucoup. Il s’installe l’électricité, éclaire la rue où il a décidé d’emménager, et stocke des objets dans son appartement, notamment des tableaux et des livres, qu’il veut sauver de la destruction, car l’humidité menace de nombreux endroits.

Burton l’ignore, mais il n’est pas tout seul au monde : une jeune femme l’épie. Il amène chez lui des mannequins de grands magasins, un homme et une femme, qu’il installe chez lui comme ersatz de compagnie. Mais un jour, excédé par son sourire permanent, il jette un des mannequins depuis son balcon. La jeune femme qui le suivait discrètement pousse un cri et court vers le mannequin : elle pensait que Burton venait de se suicider.

Ralph descend aussi vite qu’il peut mais la jeune femme n’est plus là, il se demande s’il ne l’a pas rêvée. Et puis finalement, si, elle est bien là, elle existe, il n’est plus le dernier survivant. Le premier mot de Sarah Crandall (Inger Stevens) est « don’t touch me ! ». Semaine après semaine, Sarah et Ralph apprennent à se connaître et s’apprivoisent mutuellement. Ralph insiste pour qu’une distance subsiste et refuse d’emménager avec Sarah. Il lui installe l’électricité. Ils s’invitent mutuellement à manger et s’amusent à jouer des rôles qui rappellent l’époque où la terre était encore peuplée : pour l’anniversaire de Sarah, par exemple, Ralph ouvre un restaurant et prend les rôles de portier, maître d’hôtel et serveur.

Un jour, Ralph découvre par la radio qu’il existe d’autres survivants. Il ne parvient pas à communiquer avec eux, et il pense qu’ils se trouvent en Europe ou en Amérique du Sud (en fait, c’est du Français qu’il entend). Quelques semaines plus tard, c’est au tour de Sarah de découvrir qu’un petit bateau approche de Manhattan. Ces deux évènements signifient que Ralph et Sarah ne peuvent plus vivre comme s’ils étaient seuls au monde : ils ne le sont pas. Or comme le chantait Brassens, « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on
Est plus de quatre on est une bande de cons ».

Une ombre les sépare : Ralph est « noir », Sarah est « blanche », et ce fait, si ridicule qu’il puisse paraître dans le contexte, semble régulièrement prêt à être énoncé. Par inadvertance, Sarah lance un jour « I’m Free, White and twenty-one », formule aussi légère pour elle que lourde pour Ralph, qui se sent brutalement ramené à sa condition de descendant d’esclaves et est rongé par la colère1. The World, The Flesh and The Devil est donc un film éminemment politique, une expérience de pensée qui nous parle, dans un premier temps en tout cas, de l’absurdité du racisme.

Le bateau qui a accosté Manhattan est occupé par un homme seul, à bout de forces, Benson Thacker (Mel Ferrer), qui a voyagé des mois à la recherche d’autres survivants. Soigné par Ralph, il émerge au bout d’une semaine. Il est « blanc », tout comme Sarah avec qui Ralph le laisse seul la plupart du temps, donnant la forte impression de vouloir les pousser l’un dans les bras de l’autre. Et cela semble logique à Benson, qui explique qu’il adore Ralph (« as far as I’m concerned, he’s mayor of New York ») et qu’il n’est pas raciste mais qui compte bien mettre le grappin sur la belle Sarah.
Alors que Ralph avait jusqu’ici refusé d’assumer son amour pour Sarah, Benson lui pose un ultimatum : ce sera l’un ou l’autre.

Sarah, qui surprend la conversation, est furieuse d’être traitée en objet dont on se dispute la propriété sans lui demander ce qu’elle veut. Benson décide de provoquer Ralph en duel, en lui donnant une arme : que le meilleur gagne. Ralph sort de son immeuble sans l’arme et se fait tirer dessus, heureusement sans dommages. Il comprend alors qu’il n’a pas le choix et entre dans une armurerie pour se procurer un fusil. Après être passé devant le bâtiment des Nations Unies, où il lit la profession de foi de l’organisation, qui parle de transformer les épées en socs de charrues, il revient vers Benson, sans arme à la main.

Puisque Ralph refuse le combat, Benson n’arrive pas à le tuer et décide de partir seul. Sarah prend la main de Ralph, mais ne veut pas laisser partir Benson. Les trois finissent par partir ensemble, pour fonder un monde meilleur, comme le dit le générique de fin qui ne titre pas « The End » mais « The Beginning ».
Un peu à la manière de certains sketchs de la série La Quatrième Dimension (qui est strictement contemporaine de ce film puisqu’elle commence la même année), l’humour noir en moins, The World, The Flesh and The Devil traite de paix dans le monde, de violences symboliques, d’amour, de désir, et de civilisation. On pense bien sûr aussi à The Day The Earth Stood Still (1951), qui utilise les extra-terrestres comme moyen pour montrer aux terriens l’absurdité de leur amour de la guerre.

Le noir et blanc est très beau, les vues de New York vide, tournées à l’aube, fonctionnent très bien, notamment grâce au travail réalisé sur la sonorisation, avec un écho permanent sur les pas de Burton dans la ville. Les trois acteurs sont impeccables dans leurs rôles respectifs, et Harry Belafonte chante un certain nombre de chansons ce qui est évidemment très plaisant.
Parmi les bonnes idées de la réalisation, se trouve le recours aux automates et aux mannequins comme façon d’halluciner une présence humaine. Ce n’est pas très original pour ce genre de films bien sûr, mais ça fonctionne.

Je me demande comment ce film a été perçu en son temps. En 1959, la ségrégation raciale était toujours en vigueur aux États-Unis, notamment dans les États du Sud, mais aussi au Nord où de nombreuses lois interdisaient les mariages mixtes (anti-miscegenation laws). Son message est toujours valide et il se voit avec plaisir. On signale souvent que le récit est inspiré de la nouvelle The Purple Cloud (1901), par M. P. Shiel, mais si je me fie au résumé fait par Wikipédia, les thèmes traités sont bien différents.
La film n’a pas été édité en DVD en France à ce jour, et mon édition ne comporte même pas de sous-titres en anglais.

  1. I’m Free, White and 21 est aussi le titre d’un film sorti trois ans plus tard, en 1963, qui raconte le procès d’un patron d’hôtel noir, Ernie Jones, accusé d’avoir violé une militante des droits civiques d’origine suédoise. []
Ce contenu a été publié dans Dernier homme, Reconstruire, Seul au monde. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à The World, The Flesh and The Devil (1959)

  1. d. dit :

    note : on pense aussi très fortement à deux films que tu listes dans ta page dédiée (mais le le dis à l’usage de ceusses qui ne les auraient pas vu) et qui traitent aussi précisément de racisme et de survivance post-apoclyptique :

    Five (Cinq survivants) d’Arch Oboler en 1951 (une femme enceinte, un philosophe, un homme de couleur, un banquier et un explorateur (sic sur les rapprochements sémantiques induits par cette liste qui vient du résumé ‘officiel’)

    The quiet earth (Le dernier survivant) de Geoff Murphy en 1985 où le premier survivant, qui se croit longtemps seul, est servi par une performance d’acteur épatante, digne d’un nicholson des grands jours (après, ça sombre, mais peut-on vraiment espérer voir un bon film daté du milieu des 80s ?)

    • Alban dit :

      Bonjour
      Superbe, je recherche ce film depuis des années, (environ 40 pour tout dire). J’en avais garder le souvenir, mais pas le titre. Je pensais qu’il s’agissait d’un dernier homme ou survivant.
      Merci.
      Je n’ai plus qu’à le trouver á charger.

      Cordialement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *