Maximum overdrive

Selon une estimation récente, la terre est à présent peuplée de plus d’un milliard d’automobiles. Puisque l’on dénombre six ou sept fois plus d’êtres humains, on peut continuer à se moquer de la méprise de l’extra-terrestre Ford Prefect, dans le Guide du Routard Galactique, qui avait cru en arrivant sur terre que l’automobile en était l’espèce dominante, qui avait tenté de prendre contact avec elle et qui avait d’ailleurs choisi son nom en pensant que ça l’aiderait à s’intégrer.

La place occupée par l’automobile sur terre n’en est pas moins devenue envahissante. On mène des guerres en fonction du cours du pétrole — la nourriture de l’automobile —, on accepte d’abîmer notre environnement (mers souillées, atmosphère chargée en particules toxiques et en gaz carbonique, dispersion de métaux lourds) même si cela altère notre santé, on remplace des champs de céréales et des paturages par des champs d’oléagineux destinés à devenir des biocarburants et on organise tout le paysage terrestre pour la circulation automobile, au détriment de nombreuses espèces vivantes mais aussi au détriment du piéton, espèce presque disparue ou en tout cas, cantonnée à certaines zones bien précises dans de nombreuses grandes villes du monde. Je parie qu’il existe sur terre plus de kilomètres carrés de routes que de surface d’habitation.
Enfin, la mortalité liée aux accidents de la route représente 2.1% des décès au niveau mondial, soit plus que le cancer du sein, par exemple, et ce chiffre augmente régulièrement.
L’automobile n’était qu’une fantaisie pour gens très riches il y a un peu plus de cent ans.

Bien entendu, les automobiles ne sont pas une espèce pensante, du moins pas encore : Google teste sur son campus des véhicules sans conducteur, et on peut supposer que l’intelligence des voitures autonomes est amenée à progresser à l’avenir — peut-être pas jusqu’à disposer d’une conscience d’elles-mêmes, cependant.
Le très amusant 
Maximum Overdrive, écrit et réalisé par Stephen King, donne le pouvoir aux machines, et notamment, aux véhicules motorisés. Le prétexte est science-fictionnesque : profitant de l’approche d’une comète aux abords de la terre, une intelligence extra-terrestre investit diverses mécaniques, notamment les poids-lourds, qui commencent à massacrer tous les humains qu’ils croisent mais finissent par chercher leur coopération lorsqu’ils découvrent qu’ils peuvent difficilement survivre sans approvisionnement en essence.
Dans ce film, donc, l’espèce humaine est à deux doigts d’être remplacée par l’espèce mécanique, comme les dinosaures ont vu leur règne terminé il y a soixante-cinq millions d’années. Mais cette « fin du monde » est évitée par un satellite « météo » soviétique, équipé d’un puissant laser, qui détruit le vaisseau extra-terrestre responsable de l’invasion.

Tout en étant un film d’horreur comique passablement médiocre (dont on me fera remarquer qu’il ne se rattache au sujet des « fins du monde » que de très loin, Maximum Overdrive constitue une métaphore assez réjouissante de l’importance de l’automobile dans la vie terrestre, notamment aux États-Unis.
Il serait important par ailleurs de traiter la question de l’automobile dans les fictions apocalyptiques, puisque c’est devenu, depuis Mad Max, un motif classique du genre.

(Illustrations : échangeur autoroutier à Seattle, par Qualispam/Commons CC-BY-SA-2.0 ; stockage d’automobiles à Barcelone, par Dual Freq/Commons CC BY-SA 3.0 ; circulation à Bergen, par Bosc d’Anjou/FlickR CC-BY-2.0 ; les images qui suivent sont des photogrammes extraits du film)

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6 réponses à Maximum overdrive

  1. En matière d’anticipation automobile, il faut lire Market Forces, de Richard Morgan http://en.wikipedia.org/wiki/Market_Forces, où les traders de la City règlent leurs conflits de concurrence à coup de gros cubes.

  2. Benjamin dit :

    Tiens, justement ! Il y a un roman d’anticipation de Jean Yanne qui a pour sujet l’omniprésence de la bagnole, et qui a pour titre « L’Apocalypse est pour demain ». C’est assez intéressant et bien écrit, et au final pas si drôle au vu d l’auteur.
    Plus sur le livre ici.
    lunaire-iris-des-sens.over.blog.fr

    Il n’est plus imprimé, mais doit pouvoir se trouver en occasion.

  3. Wood dit :

    au fait : « Ford Prefect », pas Perfect. C’est une modèle de voiture qui n’a pas été commercialisé en France (c’est pourquoi c’est « Ford Escort » dans les premières traductions).

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