Tout ce qu’on pourrait faire dans une gare

Un jeune homme m’accoste dans la gare du Havre, il mène une étude pour le compte de la SNCF. De mon côté, je venais d’apprendre que mon train était retardé de vingt minutes et, ma foi, je pouvais bien en offrir cinq, j’ai donc accepté de répondre.
Muni d’une tablette, l’enquêteur m’a d’abord posé quelques questions sur ma situation : mon âge, la raison de ma présence dans la gare du Havre, si j’y venais régulièrement ou non.

Il m’a ensuite demandé si j’étais content des services présents en gare. Je lui ai répondu que, juste là, j’étais un peu malheureux que mon train ne fut pas présent en gare, puisque la raison de ma présence en gare était que je voulais prendre ledit train pour rentrer à Paris. Mais l’application de la tablette ne proposait la possibilité de dire ça. J’ai insisté : ce que j’attends d’une gare, c’était qu’on puisse y prendre son train.
Mais il n’y avait pas la possibilité d’écrire ça.
En fait, ce qu’on voulait me faire dire, je l’ai vite compris, c’était que je rêvais qu’on installe dans la gare une boutique de vêtements, une gaufrerie, une boutique de chaussures, enfin toute espèce de commerce sans rapport avec le fait de prendre son train.

« — Écoutez, ce que j’attends d’une gare, c’est de pouvoir prendre mon train dans de bonnes conditions et d’être correctement informé.
— Ah. On va devoir s’arrêter là, alors. »

Et il m’a laissé.
Le questionnaire ne prévoyait pas qu’on puisse venir dans une gare juste pour prendre son train. Ou plutôt, ce n’est pas ce que les concepteurs de l’enquête ont envie d’entendre.

Retour sur les lieux du délit

Je me suis amusé à retourner sur les traces de mes graffitis des années 1985-1990 (on peut lire mes souvenirs de cette période sur le site TwilightZoneCrew.com ) en tentant de retrouver les lieux à l’aide de Google Street view. Pas toujours facile, car nombre de ces lieux (abords des voies de chemin de fer par exemple) ne sont de toute façon pas accessibles aux véhicules qui effectuent les captations pour Google.
Mais ce n’est pas tout : de nombreux murs ont tout bonnement disparu. Ce n’est pas illogique puisque nous faisions nos graffitis sur des murs clairement abandonnés, dans des friches industrielles diverses…

Premier graffiti, sur un mur caché de notre collège. On avait découvert à l’occasion que de nuit, nos yeux ne distinguent plus vraiment les couleurs. Heureusement, nous n’avions que quelques bombes.
On ne peut voir ce mur depuis la rue, ou du moins pas sans approcher des grilles. Le collège a été entièrement refait depuis.

Rue Leblanc, vers Ballard, se trouvait un mur immense appartenant à la SNCF, qu’investissait le vétéran Epsylon Point. Il avait vingt ans de plus que nous et nous avait un peu pris sous son aile. On peignait en plein jour, sans aucun problème. Le voisinage trouvait cela plutôt sympathique. Aujourd’hui, le mur a semble-t-il été remplacé par un espace végétalisé.

En Angleterre à Farnborough j’avais repéré un parc au fond duquel se trouvaient quelques graffitis, mais qui n’était pas encore totalement investi. De nuit, l’endroit était désert. Je m’y suis rendu avec quelques bombes et j’y ai fait mon premier graffiti. Le lendemain, je suis venu le photographier, et je suis tombé sur une bande rivale. Après un petit moment stressant, on s’est bien entendus et on est restés amis depuis. Je leur ai proposé d’intégrer mon « posse », le Twilight Zone Crew, ce qu’ils ont accepté avec enthousiasme. Régulièrement nous nous envoyions des lettres avec les photos de nos dernières réalisations.
Le parc existe toujours, mais il n’y a plus de graffitis.

Un autre graffiti réalisé avec Won, Risk, Fred, et Epsylon Point, toujours dans son quartier. Des policiers s’étaient arrêtés pour vérifier ce que nous faisions, ils nous ont demandé si nous avions le droit de peindre ici, nous avons répondu que oui et ils sont repartis.
C’était comme ça, en 1986.
Le mur était bien moche, et derrière se trouvait une énorme friche industrielle qui servait de décor à des clips ou à des films tels que I Love You, par Marco Ferreri. Tout ça a disparu depuis longtemps, remplacé par le Parc André Citroën et par des habitations. Je serais bien incapable de déterminer l’endroit exact.

La rue Watt était un autre décor parisien assez formidable, du moins pour la partie qui passait sous les voies de chemin de fer, qui a inspiré des photographes, des cinéastes, ou encore Jacques Tardi.
Passée le tunnel se trouvait l’immense entrepôt Vichy-État qui lui aussi servait souvent de décor à des tournages. Je l’avais découvert en enregistrant l’émission des Enfants du Rock consacrée à la scène punk parisienne et intitulée Le dernier pogo à Paris, en 1986.
Aujourd’hui, la rue Watt existe toujours mais je serais bien incapable de reconnaître quoi que ce soit. L’entrepôt n’existe plus.

Dès 1984, un ami qui prenait cette ligne de métro m’a appris qu’entre les stations aériennes Stalingrad et la Chapelle, on pouvait voir un immense terrain vague au fond duquel se trouvait un très beau graffiti. Pendant cinq ans je suis allé y prendre régulièrement des photos du boulot de gens qui me semblaient très forts : Saho, Skki, Bando, Scipion… J’ai rarement osé engager la conversation.
Un jour, tout de même, je suis allé avec mes amis anglais et mon groupe parisien pour peindre un mur. Il n’est pas resté très longtemps, et a vite été recouvert d’inscriptions du genre « Anglais go home ». Au moins avons-nous quelques heures appartenu à la légende de ce lieu fondamental de l’histoire du Hip-hop français.

Un de mes tout derniers graffitis, à Auribeau-sur-Siagne en 1988, avec Bobo, Banga, Kay et Megaton. Le maire de l’époque (qui l’est toujours, apparemment) nous avait commandé une énorme fresque. Le conseil municipal avait décidé que nous devrions peindre Astérix, mais a vite déchanté en apprenant le tarif demandé par Uderzo : 10 000 francs (1 500 euros) le mètre carré. On nous a alors proposé une thématique « Livre de la jungle » version Disney, mais le tarif était le même. Finalement, le thème a été la préhistoire, et tant mieux car nous voulions peindre, pas recopier les dessins d’autres personnes.

En 1989, je préparais les Beaux-Arts de Paris. J’allais avec Bobo, Fred et Banga peindre les quais de la gare désaffectée Passy-la-Muette, sur la petite ceinture. La gare elle-même semble être devenue un restaurant, mais j’ignore s’il y a toujours des graffitis derrière.

Enguerrand-Eudes du Thaï d’en-dessous de Belleville

En remontant une rue du dixième arrondissement, dernièrement, j’ai distraitement regardé la carte d’un restaurant thaïlandais qui semblait engageant. Une passante m’en a spontanément fait la réclame : « je vous le conseille, c’est super bon, je viens souvent et d’ailleurs j’y retourne », et effectivement elle est aussitôt entrée dans le restaurant pour y déjeuner. Elle me l’a bien vendu, je l’ai imitée. Et j’ai très bien mangé.

Curiosité, indiscrétion, je suppose que ce n’est pas bien, peut-être même que c’est mal, mais j’ai pour manie d’écouter les conversations de mes voisins lorsque je suis seul au restaurant. À côté de moi se trouvaient deux jeunes hommes, dont l’un a dit à un moment qu’il avait juste trente ans. J’imagine que c’était aussi l’âge de son commensal. Ils se ressemblaient beaucoup : deux grands maigrichons aux cheveux assez ras, au nez pointu et aux lunettes à montures fines. Trente ans, ce cap faisait réfléchir le jeune homme : devait-il continuer sa relation avec A*, une jeune femme qu’il aimait profondément mais qui était une écorchée vive, quelqu’un de compliqué ? « Ma sœur m’a dit : tu es quelqu’un de très complexe, il faut que tu t’investisses dans une relation simple ». Cette fille, A*, a tout pour lui plaire : « quand tu la vois, tu lui donnes une particule, il n’y a pas de problème, elle est vraiment… ». Je n’ai pas entendu ce qu’elle était vraiment, mais j’ai compris que depuis son engagement dans le scoutisme, elle était devenue « catho-tradi ». Et même « très tradi », voire peut-être un tout petit peu trop. À moins au contraire que ça ait été sa qualité. Là encore je n’ai pas très bien entendu.

« — Mais dis-moi, toi, avec ton illumination de séminariste, est-ce que tu as un conseil à me donner sur la route que je devrais choisir ?
— Eh bien tout dépend de…
— Non parce que quand j’ai quitté le séminaire, ce n’est pas du tout comme ça que j’imaginais que ma vie allait évoluer. Si on m’avait dit à l’époque… Surtout après Ramallah
(inaudible)
— On ne peut pas changer les gens, tu sais, c’est une erreur de se dire qu’on va pouvoir le faire. C’est un travail qu’elle doit faire elle-même. Je ne sais pas si j’aurais la patience d’attendre. »

Je n’aurai finalement entendu que des bribes de cette conversation, mais je crois avoir compris que ces deux jeunes adultes étaient issus d’une aristocratie qui croit encore à l’aristocratie, qu’ils sont très catholiques, que l’un se dirige vers la prêtrise et que l’autre, qui semble capable de parler de lui-même pendant tout un repas, a envisagé la même vocation avant d’y renoncer. Celui qui a quitté le séminaire a pris un dessert.

Et puis subitement ils se sont levés, ils ont payé, et ils ont disparu, me laissant assez frustré, car j’aurais été curieux d’en entendre plus sur ces jeunes gens dont la culture, l’existence et les préoccupations sont sans doute bien éloignées de celles de toutes les personnes de leur âge que je suis amené à côtoyer.

15-12-6-3

(Le Havre, je bois un café au comptoir. Je m’apprête à feuilleter l’exemplaire de Paris-Normandie quand un type déboule et attrape le journal devant moi, à la recherche des résultats du tiercé)

« — Quinze douze six trois ! Mais c’est pas possible, y’a qu’à moi que ça arrive, des trucs pareils ! J’ai joué quinze douze six trois dans les deux dernières courses, là j’ai changé, et voilà, ça sort ! J’ai vraiment pas de chance. J’ai pas de chance. [il se tourne vers moi] De toute façon ça fait deux ans que c’est comme ça, ça fait deux ans que je fais n’importe quoi. J’comprends pas. Deux ans, des décès, des problèmes, des histoires d’assurances, la santé. Là mes deux parents sont morts, je dois quitter l’appartement, mais l’assurance ils veulent vérifier, faut que l’expert… enfin on paie, mais eux ils remboursent jamais rien, on sait pas pourquoi on a une assurance. Là je vais me faire enlever un poumon, mais quand je reviens, je sais même pas où je vais vivre, j’ai plus d’appartement ! Quinze douze six trois. C’est pas possible. Hein ? »

Moi aussi j’ai été syndicaliste étudiant

Faisons taire les rumeurs et avouons tout : j’ai moi aussi fait partie d’un syndicat étudiant. Ou plus précisément un syndicat écolier. J’étais alors en classe de troisième, et vers la fin de l’hiver, le chauffage est tombé en panne. Après plusieurs jours de cours à douze ou treize degrés, une manifestation spontanée d’élèves avait eu lieu devant la grille de l’école : « on veut du chauffage, sinon on arrête de travailler ! ».
Cet événement m’a décidé à fonder le Syndicat des Élèves dont je fus l’unique adhérent (dispensé de cotisation). Trop timide, je n’avais entrainé personne dans l’aventure, j’étais donc aussi la seule personne à connaître l’existence de ce syndicat, du moins jusqu’à ce que je glisse un tract de revendications sous la porte de la principale de l’établissement. Je ne sais plus ce que contenait ce tract mais il ne se limitait pas aux questions de chauffage. On n’a pas tardé à m’identifier car j’avais imprudemment posté mon message devant deux élèves de sixième qui ont été interrogés et n’ont pas eu de mal à me décrire, puisque j’avais depuis quelques jours la tête rasée (eh oui, non seulement j’ai adhéré à un syndicat étudiant mais c’était un syndicat étudiant de crânes rasés), ce qui n’était pas courant. Pour tout dire, j’avais tenté de me faire une crête punk, mais à force d’égaliser, il ne m’était pas resté beaucoup de cheveux sur la tête, et puis mes cheveux étaient plats, j’ignorais sans doute l’existence du gel, ma crête ne ressemblait à rien. Je m’étais aussi percé l’oreille avec une épingle à nourrice, tout seul, en pleine nuit, opération qui m’avait vivement fait souffrir sur le coup et a continué de me faire souffrir longtemps après car malgré mes précautions, le lobe de mon oreille s’était infecté.

En bas à droite…

Identifié, donc, j’ai été convoqué par la directrice et la principale du collège, que j’ai découvertes paniquées par mon syndicat. Plutôt que de d’avouer que j’étais tout seul, j’ai expliqué que je n’étais qu’un messager, que nous étions nombreux et organisés. Je refusai de donner des noms. Au bluff, la principale et la directrice m’ont dit qu’elle savaient qui d’autre était dans ma bande…

Au fond j’en suis sorti assez fier de moi : mon syndicat était crédible et avait fait trembler l’équipe de direction, il existait car j’avais réussi à faire croire à quelqu’un qu’il existait.
L’affaire n’est pas allée plus loin, mais je peux donc me vanter d’avoir un passé de syndicaliste étudiant. Mais un syndicalisme tout seul dans mon coin. Comme j’étais punk tout seul dans mon coin, d’ailleurs. D’une certaine manière, ça ne m’étonne pas de moi, je crois que je n’ai pas beaucoup changé. Contrairement à certains qui se renient désormais, je peux donc dire que mon engagement politique juvénile et mon engagement politique sénile ne font qu’un : je suis l’unique membre de ma bande.

Le camelot du rayon bédé

De passage au rayon bandes dessinées de la Fédération nationale d’achats cadres des Halles, je jette un œil aux Petite Bédéthèque des savoirs disponibles. Les deux miens (L’Intelligence artificielle, avec Marion Montaigne, et Internet, avec Mathieu Burniat) sont présents dans l’étagère. Bien.
Je surprends une conversation au comptoir : un homme demande conseil pour l’achat d’un livre consacré à Internet. Il est accompagné d’un pré-adolescent qui semble être la cible de l’achat. La jeune femme qui tient le comptoir se creuse la tête puis décrète qu’il vaut mieux aller voir dans d’autres rayons : informatique, sociologie des médias, essais sur l’actualité.

N’y tenant plus, je déboule sans prévenir dans la conversation : « Mais en bande dessinée, il y a un truc très bien, c’est dans la Petite Bédéthèque, tenez !… ». D’un geste souple et assuré, je saisis, sans le chercher, l’exemplaire disponible du livre et je le tends aux clients à qui j’adresse en même temps un sourire victorieux. « Ah oui, c’est vrai », dit la jeune femme ; « La petite bédéthèque, ah oui, très bien, je vais y jeter un œil », dit l’homme. Tout en marchant vers la sortie, je leur lance « je suis le scénariste ! ». Et je m’enfuis. La séquence n’a sans doute pas duré plus de vingt secondes.

Je pensais mal dormir cette nuit, torturé par la certitude que je ne saurai jamais si ma réclame de camelot sans dignité et sans honneur a permis de vendre le livre (dix euros seulement ! Achetez !) ou non. Mais en rentrant chez moi, j’ai reçu un e-mail qui m’apprend qu’une version turque va bientôt sortir. Et j’en suis fort heureux.

L’humour est un phénomène quantique

Cette semaine, j’ai connu le plus cuisant échec de ma carrière de wannabe-humoriste. J’ai publié sur Scientists of America un article dont le titre évoquait des expérimentations sur des animaux, et qui était accompagné d’une photo de singe de cirque. Mais l’article ne parlait pas exactement de ça.
Il a été partagé par quarante-et-une personnes, ce qui n’est pas peu, mais hormis quelques amis qui connaissent l’esprit de Scientists of America, j’ai peur que les auteurs de ces partages n’aient rien compris au propos, comme en témoignent ces diverses réactions :

J’imagine que ces gens n’ont pas forcément lu. Qu’ils réagissent à un titre, à une photo, voire aux commentaires qui précèdent le leur, mais le résultat est là : c’est un échec, je n’ai réussi à amuser que moi-même, ou presque. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, loin de là, mais je ne comprends pas complètement ce que j’ai raté. La photographie, sans doute, n’est pas bonne. J’aurais voulu trouver une photographie de singes dans une salle de classe. Le titre, peut-être, n’est pas un choix heureux et n’incite pas trop à cliquer : vivisection, abattoirs, pauvreté, réfugiés, guerres, sont autant de sujets qui nous indignent mais qui nous font aussi détourner le regard, on n’a pas besoin d’en savoir trop pour savoir que cela nous révolte.
Le texte, enfin, n’est sans doute pas assez explicite pour être efficacement lu en diagonale, et peut-être n’y a-t-il que moi (et mon latin approximatif) pour imaginer quel genre de singe peut être le Pan Glaberus Garritor. Eh oui, non seulement j’utilise les notions scientifiques n’importe comment mais je fais pareil avec le Latin !

Je répète souvent une réflexion émise par Marion Montaigne, alors que, me souviens-je, nous travaillions au livre L’Intelligence artificielle1 au café (au Père Tranquille, si vous voulez tout savoir). L’immense humoriste m’avait dit quelque chose comme : « s’il faut expliquer une blague, c’est qu’elle n’est pas drôle ». Cette réflexion, évidente quand on la rapporte à sa propre expérience du rire, fait de l’humour un phénomène « quantique » au sens du principe d’incertitude d’Heisenberg ou des histoires de chats de Schrödinger2, quelque chose de si délicat qu’on ne peut pas en même temps l’observer et l’apprécier.
Alors il ne sert à rien que j’explique mon article, si je le fais, il ne sera plus drôle.
J’ai raté mon coup.

  1. éd. Lombard 2016, dix euros seulement ! []
  2. J’ai le secret espoir d’apparaître dans une réédition future des Impostures intellectuelles, de Sokal et Bricmont, ouvrage qui dénonçait la légèreté avec laquelle certains post-modernes appliquaient aux sciences humaines des concepts issus des sciences dures. []

La fille que je draguais

À force de prendre le train ensemble depuis notre banlieue, elle pour aller étudier à l’institut d’art et d’archéologie, moi pour fréquenter l’Académie Charpentier toute proche, on est devenus bons camarades, passant un temps considérable dans une brasserie de Montparnasse, le Jockey, où pour le prix d’un café et d’une assiette de frites on nous autorisait à rester là à discuter et à fumer cigarette sur cigarette.

J’ai gardé le billet

On avait l’un et l’autre envie de visiter la France, alors un jour on s’est offert un billet à trente-cinq francs pour la ville de province la plus proche possible : Gisors.

Si vous vous êtes toujours demandé à quoi ressemblait une tasse à café de la brasserie de la gare à Gisors le 28 janvier 1989, eh bien ce dessin peut vous en donner une idée.

On a traîné à Gisors toute la journée. Il n’y avait pas grand chose à faire ou à voir. En rentrant, dans le train, on s’est finalement embrassés. Trente ans, trois enfants, six chats et un livre plus tard, on vit toujours ensemble.