Une grand prix pour Angoulême

Bientôt le vote pour le grand prix du festival d’Angoulême.
Il y a trois ans le festival avait publié une liste d’auteurs éligibles, au sein de laquelle ne se trouvait aucune femme. Cette absence de représentation féminine avait été justement critiquée, mais ça n’a pas empêché que, en 45 ans de festival, seules deux femmes ont été primées.
Alors je propose une petite liste pour inspirer les auteurs qui vont voter :

Rumiko Takahashi : Autrice du soap Maison Ikkoku (Juliette je t’aime), des comiques Urusei Yatsura (Lamu) et Ranma 1/2, du récit fantastique Mermaid Forest et de quelques autres séries que je ne connais pas, cette dessinatrice de mangas qui se joue des genres (aux deux sens du terme), et mélange un vrai goût pour la romance à un humour désopilant publie depuis quarante ans, et est l’autrice la plus lue dans le monde.

Marion Montaigne : Récipiendaire de deux prix du public à Angoulême, Marion Montaigne a révolutionné la vulgarisation scientifique en bande dessinée avec son blog Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même), publié sous forme d’albums puis adapté en dessin animé. Son dessin expressif et son humour ravageur ne l’empêchent en rien de traiter chaque sujet avec sérieux, de la biologie à la sociologie.
Son dernier album, Dans la combi de Thomas Pesquet, est un des plus grands succès de 2018 en bande dessinée.
Oui, elle est jeune. Mais pas plus que Bilal, Zep, Vuillemin ou Reiser lorsqu’ils ont été primés. Oui, c’est une copine, et alors ?

Julie Doucet : Autrice québécoise underground, Julie Doucet ne fait plus vraiment de bande dessinée, mais l’empreinte qu’elle a laissé dans le domaine des deux côtés de l’Atlantique ne risque pas de s’effacer. L’intégralité de son œuvre en bande dessinée vient d’être publiée par Drawn & Quarterly sous le titre Dirty Plotte: The Complete Julie Doucet.

Shary Flenniken : Autrice Underground membre du collectif Air Pirates (rendu célèbre par le procès que lui a intenté Disney) au début des années 1970, elle a ensuite travaillé pour le satirique National Lampoon où elle a notamment créé la série Trots and Bonnie dans laquelle, se servant d’un dessin inspiré de la bande dessinée américaine de l’entre-deux-guerres (George McManus, Harold Gray), elle emploie deux personnages de jeunes filles pour traiter de sujets politiques, et notamment féministes, dans un savant mélange d’humour noir grinçant et de fraîcheur. Elle a aussi collaboré au magazine Mad.
À présent surtout illustratrice, son œuvre rare gagne à être connue mais ses deux uniques publications en français, Sexe et Amour et Trotts and Bonnie, ont bientôt trente ans.

Claire Wendling : Son dessin plein d’assurance lui vaut – chose rarissime pour les auteurs français – un vrai respect outre-Atlantique, ce qui l’a notamment amenée à travailler pour Warner et à créer des illustrations de couverture pour des comics Marvel.

Catherine Meurisse : Survivante des attentats de Charlie Hebdo (elle était arrivée en retard à la conférence de rédaction), qui lui ont inspiré le très émouvant La légèreté, Catherine Meurisse n’est pas qu’une dessinatrice d’actualité, elle se passionne notamment pour l’histoire de l’art et de la littérature.

Posy Simmonds : autre autrice littéraire, la britannique Posy Simmonds s’est fait connaître par la bande dessinée Gemma Bovery, adaptation moderne de Flaubert, servie par un langage singulier puisqu’elle mélange sans complexe séquences dessinées et écrites. Ses romans graphiques Gemma Bovery et Tamara Drewe ont été adaptés au cinéma.

J’aurais pu citer Nicole Claveloux, dont l’œuvre très singulière est en instance de republication ; La très discrète Édith, primée à Angoulême pour sa série Basil et Victoria, avec Yann, mais qui est loin de n’avoir fait que ça ; Lisa Mandel, autrice aux multiples talents, immense humoriste, mais aussi éditrice audacieuse de la collection Sociorama ; Aude Picault, dont les dessins légers et élégants cachent souvent des orages, tel son Idéal Standard, pathétique dissection des rapports de couple ; Marjane Satrapi, évidemment ; Anouk Ricard, dont le travail a une personnalité unique. J’aimerais enfin mentionner, pour l’avenir, Agnès Maupré ou encore Lucie Durbiano, dont les talents respectifs finiront par être flagrants pour un large public. Je n’ose citer Colonel Moutarde, qui n’est plus vraiment autrice de bande dessinée.
Aux États-Unis, enfin, Alison Bechdel, Jessica Abel et Roberta Gregory méritent attention.
Et plein d’autres que j’oublie.
Enfin bref, il y a le choix.

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