Confusion en jaune

(zapping entre CNews, BFMTV, LCI et France Info. Sous les images, des petits bandeaux citent les déclarations de Nicolas Dupont-Aignan et annoncent les décès de George Bush père, ex-président des États-Unis, et de l’actrice Maria Pacôme)

« — Donc la police essaie de contenir dans les rues adjacentes ces gilets jaunes, enfin ce ne sont pas des gilets jaunes, ce sont des casseurs, des gens qui sont venus pour en découdre, n’est-ce pas monsieur truc du syndicat policier ?
— Oui oui ce ne sont pas des vrais gilets jaunes, car quand on vient à Paris avec un masque de plongée c’est qu’on veut aller à l’affrontement, clairement.
— Donc ce ne sont pas des vrais gilets jaunes mais ils portent des gilets jaunes, on voit qu’ils brûlent des voitures, alors monsieur bidule est-ce que vous condamnez ces violences ?
— Oui tout à fait, en tant que gilet jaune je suis venu ici pour soutenir ce mouvement mais je condamne les casseurs, nous sommes un mouvement pacifiste [sic] enfin en même temps faut comprendre que les gens sont à bout et qu’ils vont rien lâcher. Notez que je suis aussi directeur du syndicat des gros parieurs hippiques et…
— Hein ? Excusez-moi je n’ai pas bien compris
— Directeur du syndicat des gros parieurs hippiques et à ce titre j’aimerais dire que dans le monde hippique il y a des courses qui se passent d’une manière que je qualifierais de pas jolie-jolie
— Mais qu’est-ce que vous demandez exactement ?
— Eh bien on a beaucoup de revendications, ça concerne les jeunes, les retraités, les chômeurs, les paysans, le gouvernement doit céder
— Alors je vous coupe tout de suite, place au direct, donc Lionel on voit que des feux d’artifice sont lancés autour de l’Arc de Triomphe alors qu’un journaliste vient d’être pris à partie par des gilets jaunes. C’est bien ça ?
— Oui, des gilets jaunes nous ont apostrophés, ils nous ont traités de menteurs, mais c’est très grave car si on s’en prend à la presse on s’attaque à la démocratie.
— Ah là vous en voyez qui sont plus pacifistes [sic] ils nous montrent leurs fesses, c’est une manière plus sympathique d’exprimer leur colère.
— Mais ça c’est à Paris. En régions ça se passe d’un manière complètement différente. Donc  à Marseille tout se passe bien, je crois ?
— Oui, c’est très calme, il y a… bon parfois il y a des gens qui nous insultent, mais en règle générale tout est très calme, les gens sont en famille, ce n’est pas du tout comme à l’Arc de Triomphe. Alors monsieur bonjour, donc vous, vous manifestez pacifiquement ? Qu’est-ce que vous réclamez exactement ?
— Oui on est pacifistes [sic], tout ce qu’on demande, c’est que ce soient pas toujours les mêmes qui paient. Il y a des gens qui n’en peuvent plus, alors la matraque fiscale ça peut pas être toujours pour les mêmes, vous comprenez ?
— Mais qui doit payer ?
— Eh bien il y a trois cent milliards de paradis fiscal rien qu’en France, ça c’est pas possible. Et par exemple en ce moment, l’homme est en train d’être remplacé par des machines. Par exemple aux péages y’a plus personne, c’est que des machines. Mais qui est-ce qui paie pour ça ? Personne ! Qui est-ce qui cotise à la retraite ?

— Donc à Marseille ça se passe bien ! On revient à Paris, et donc machin, vous êtes le porte-parole des gilets jaunes pour l’île-de-France…
— Oui et accessoirement je suis agent sportif
— Ah comme ça on connaît tout votre Curriculum vitae. Qu’est-ce que vous pensez de ces personnes qui s’en prennent aux journalistes, comme on l’a vu toute à l’heure sur les Champs-Élysées ?
— Alors le mouvement des gilets jaunes est un mouvement pacifiste [sic] et nous condamnons toute violence envers des institutions, que ce soit la police ou bien des journalistes, ce que nous voulons c’est être écoutés alors c’est normal qu’il y en ait qui perdent leur calme, on aimerait pouvoir parler devant des caméras, dire ce qu’on pense vraiment.
— Mais là vous êtes ici, sur ce plateau, vous pouvez parler
— Oui je vous en remercie. Mais par exemple quand on est allés à Matignon…
— Vous faites partie de ces gilets jaunes qui voulaient rester anonymes ?
— Oui tout à fait. Ah non en fait. Enfin. Enfin on n’écoute pas ce qu’on a à dire, on est allés voir le premier ministre mais les médias n’ont pas dit de quoi on avait parlé, ce qu’on avait dit.
— Vous n’avez parlé de rien !
— Ah ça c’est ce que les gens disent mais ils savent rien !
— Mais… C’est vous qui n’avez pas accepté d’entrer à Matignon pour rencontrer Édouard Philippe, non ?
— Oui c’est vrai. Mais ce qu’on veut dire maintenant à Emmanuel et à Édouard c’est qu’il faut qu’ils cèdent.
— Pour que ce soit clair, vous voulez parler d’Emmanuel Macron, le président de la République et d’Édouard Philippe le premier ministre.
— Oui, et pour les gens qui prennent le journal en route, je suis machin, porte-parole des gilets jaunes pour l’Île-de-France, et agent sportif.
— Nous allons demander à monsieur bidule qui est sociologue ce qu’il faudrait faire pour sortir de cette crise. Tout à l’heure Jean-Michel Aphatie nous disait que c’était une configuration entièrement nouvelle, que c’était une chance mais en même temps un risque. Et Christophe Barbier disait que ça n’allait pas être facile de sortir de cette situation. Qu’est- ce que vous pensez qu’il faudrait faire ?
— Je pense qu’il faudrait s’inspirer des États-Unis. Là-bas il y a plusieurs milliardaires qui n’ont pas gardé leur argent, ils l’ont reversé, enfin ils en ont reversé une partie à des œuvres pour dire qu’ils se sentent solidaires.
— Mais ça ne peut pas vraiment régler les questions de pouvoir d’achat à l’échelle de toute la société…
— Non c’est vrai mais c’est un geste, symboliquement c’est un geste fort.
— Tout de suite, on fait le point avenue Foch, où il y a une accalmie je crois… »

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