Fiche métier : Assistant parlementaire fictif

Nature du travail

Des tâches aussi variées que floues

L’Assistant parlementaire fictif n’est pas astreint à des tâches précises et doit, lorsqu’on l’interroge sur le sujet, savoir rester évasif et n’évoquer que des faits invérifiables, tels que l’assistance au tri des courriers importants, la relecture de discours, le visionnage d’émissions télévisées, l’accompagnement au restaurant ou le soutien moral.

Invérifiabilité

Faire régulièrement acte de présence à des événements officiels est important, quand bien même les témoins ne se rappelleraient avoir vu l’assistant parlementaire fictif que collé au buffet. Cela lui permettra, en cas d’enquête, de laisser entendre qu’il était, avec une discrétion qui confine à la modestie, en train de travailler : « tout en mangeant des olives, j’écoutais les conversations, je prenais le pouls de l’opinion ».

Compétences

Savoir faire preuve d’organisation

L’Assistant parlementaire fictif doit disposer d’un Relevé d’Identité Bancaire, qui permettra à son employeur de lui faire parvenir ses salaires. Si l’assistant parlementaire fictif doit rétrocéder une partie des sommes perçues au parlementaire, il devra tenir une double-comptabilité.

Ne pas avoir le goût du travail en équipe

« Pour vivre fictif, vivons caché », telle pourrait être la devise de l’Assistant parlementaire fictif. En effet, avoir des collègues non-fictifs peut causer des désagréments divers, tels que la jalousie et la rancœur : « pourquoi cette personne que l’on n’a jamais vu travailler est-elle payée dix fois plus que moi qui suis sur le pont cinquante heures par semaine ? ».

Faire partie de la France qui se lêve tôt

En cas d’enquête, les perquisitions peuvent commencer à 6:00 du matin. Savoir régler son réveil est donc une compétence indispensable à la profession d’assistant parlementaire fictif.

Entretenir des rapports distants avec la presse

On dit souvent que les journalistes sont les laquais du grand capital et les auxiliaires du pouvoir, mais il ne faut pas se fier à cette vision idyllique, certains se montrent au contraire soupçonneux et entêtés. Il ne faut donc pas leur parler, ni laisser leur parler toute personne parmi vos proches qui serait susceptible de les informer.

Lieux d’exercice

Un métier sédentaire

Le télétravail est à la mode : pour un assistant parlementaire fictif, nul besoin de se rendre à l’Assemblée, dans une permanence ou dans quelque autre lieu. On exercera cette profession depuis chez soi.

Le plus souvent en pyjama

En travaillent à domicile, on évite les frais de déplacement, mais aussi les frais de représentation : nul besoin de s’offrir des costumes ou des tailleurs, on peut rester en robe de chambre et en pantoufles toute la journée, quand bien même on serait censé exercer son activité d’assistant au parlement européen.

Accès au métier

Niveau d’études et cooptation

Le niveau d’études pour accéder au statut d’Assistant parlementaire fictif est variable. Ce sont avant tout les relations, et notamment les relations familiales, qui entrent en ligne de compte.

Salaire

Salaire du débutant

Les revenus d’un assistant parlementaire fictif sont très variables. Autrefois, ils pouvaient atteindre l’intégralité de l’enveloppe financière allouée au parlementaire (soit 9561 euros mensuels à l’Assemblée nationale ou 7593 euros au Sénat), y compris pour des membres de sa famille. Malheureusement, les lois sur la transparence de la vie politique imposent désormais de déclarer l’identité des bénéficiaires de ces salaires, leqquels ne peuvent excéder, pour les conjoints ou les enfants du parlementaire, 4700 euros à l’Assemblée et 2516 euros au Sénat. Par ailleurs, si le parlementaire doit avoir des assistants non-fictifs, il faudra qu’il pense à céder à ceux-ci une part symbolique du pécule.

Niveau supérieur : Strasbourg et Bruxelles

C’est comme député européen que l’on se fait allouer le plus de fric pour rémunérer ses assistants parlementaires : 21 379 euros mensuels. Autant dire qu’avec une telle somme, il y a moyen d’arroser largement sa famille mais aussi ses amis ou des gens employés à d’autres tâches que celles pour lesquelles elles palpent. Les rémunérations des assistants vont de 500 euros mensuels, pour les véritables assistants parlementaires, à plusieurs milliers, pour les gens à qui on souhaite vraiment faire plaisir.
Il n’est pas nécessaire d’adhérer au projet de l’Union Européenne pour être député européen, on peut même faire une carrière de député européen en proposant un programme anti-européen, mais il est important de rester discret car c’est pas des rigolos.

Savoir rédiger des lettres de menaces destinées à être adressées à des journalistes ou des juges peut être une compétence utile au métier d’assistant parlementaire fictif. Être capable d’effectuer une sélection parmi les images de type « clip art » pour illustrer ces courriers et améliorer leur impact visuel est un « plus » appréciable.

Évolution de carrière

La médaille du travail

Comme dans toute autre profession salariée, les assistants parlementaires fictifs peuvent solliciter le ministère du travail pour se voir décerner la médaille d’honneur du travail. Pour figurer dans la promotion du 1er janvier, il faut déposer son dossier en préfecture avant le 15 octobre. Pour figurer dans la promotion du 14 juillet, il faut le faire avant le 1er mai. Il existe plusieurs médailles : argent (20 ans d’ancienneté), vermeil (30 ans), or (35 ans) et grande médaille d’or (40 ans). Bien que ça ne soit pas une obligation pour lui, l’employeur peut profiter de cette occasion pour gratifier le salarié d’une prime bien méritée.

Un métier en péril

Juges rouges, fouille-merdes des médias, inflation du nombre de lois liées à la transparence politique, condamnations, déontologie, bonnes pratiques… tout ceci donne une piètre réputation à la profession d’assistant parlementaire fictif et décourage les vocations. Il ne suffit plus d’affirmer avoir une moralité sans faille ou de traiter de populistes ceux qui signalent les magouilles, le monde est en mutation et il faut en tenir compte.
Les parlementaires, qui rappelons-le, font les lois, devront à l’avenir mettre au point de nouveaux dispositifs pour détourner les fonds publics, faute de quoi l’élite de la nation se détournera de la vie publique et risque peu à peu de perdre le goût de l’exercice du pouvoir.

François Fictif

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