J’ai vu miss France

Lorsqu’elle était enfant, par principe éducatif, nous avons privé notre aînée de téléviseur. Elle se venge aujourd’hui en étant, de nos trois enfants, la plus enthousiaste à l’idée d’allumer la télévision. C’est elle, toujours friande de spectacles décadents à railler, qui a mis TF1 ce soir pour l’élection des Miss France. Je connais comme tout le monde le folklore des « Miss », mais je n’avais jamais suivi la manifestation en direct jusqu’à cette année — alors que je ne rate pas souvent le concours Eurovision de la chanson, pour citer un autre rendez-vous annuel du même genre.

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J’avoue que je n’ai pas tout vu. Les interminables plages de publicité ont tendance à me faire fuir. J’ai trouvé que ces femmes semblaient plus âgées qu’elles ne le disaient, sans pouvoir dire si cette impression était due à l’éclairage, au maquillage, ou bien à la maigreur. Elles étaient toutes très jolies, sans doute. On les a fait défiler sans danser, entourées de véritables danseurs, dans une mise-en-scène un peu laborieuse. Si l’on me laisse en décider, j’attribue le prix du costume le plus consternant au déguisement de mère Noël de sex-shop que chacune a été forcée de porter, sur fond du All I Want For Christmas Is You de Mariah Carey. Très généralement, l’accompagnement musical consistait en un télescopage indigeste et déplaisant d’extraits de mélodies connues, bonnes ou mauvaises, mais invariablement tronquées.

On a posé aux jeunes femmes des questions sans grand intérêt, et elles ont répondu de manière proportionnée. Plusieurs ont rappelé que les français vivaient une période très difficile, mais sans préciser de quoi elles parlaient exactement. Parmi les carrières professionnelles qu’elles affirment viser, je remarque trois grandes tendances : le commerce, l’éducation, et enfin la médecine. Elles veulent être puéricultrices, professeures des écoles, assistantes médicales, assistantes vétérinaires, infirmières, ou diriger une société.

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Je n’en ai entendu aucune dire qu’elle comptait se servir de son élection comme tremplin pour devenir présentatrice de télévision ou actrice, ni aucune dire que son plan était, trois semaines après son sacre, de poser pour un magazine de charme afin de se faire confisquer son écharpe, ce qui aurait laissé à sa « première dauphine » le bonheur de se farcir jusqu’à la fin de l’année, de Niort à Brive, de Besançon à Vernon, d’Arras à Biesheim, des inaugurations de salons automobiles, des ouvertures de compétitions sportives et des clôtures de foires au matelas, tandis qu’elle-même, bien que déchue, ou grâce à cela, sera invitée sur tous les plateaux de télévision pour débattre de la moralité des « Miss ». Il n’est pourtant pas impossible que certaines candidates aient secrètement mûri un tel projet.

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