Bientôt la fin de 2015

Au journal, on nous explique que l’armée irakienne a remporté une victoire historique, en reprenant la ville de Ramadi à l’État islamique. La voix off parle des manifestations de joie des militaires, et effectivement, à l’image, on voyait un type debout sur un char agiter le poing. « La ville est complètement libérée », continue le commentaire, alors qu’apparaît l’image d’une ville absolument détruite, vide de toute vie.

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(je n’ai pas retrouvé la séquence du journal français, mais l’image de la ville en ruines était la même que celle capturée sur cette rediffusion de CNN)

Le malade est mort guéri. Si le sujet était moins grave, l’effet serait comique.

Après ça, j’ai fini le visionnage du film Shaun le mouton, par le studio Aardman. C’est l’histoire d’un troupeau d’ovins et d’un chien de berger qui partent pour la ville où se trouve leur fermier, victime d’amnésie après avoir pris un coup sur la tête.

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C’est frais, on rit beaucoup, on a peur, un peu, il y a un méchant, mais il est puni, et tout se termine bien. Le genre de films qui justifient l’existence de l’espèce humaine, malgré tout.

L’esprit de Noël

Qui expliquera à Christine Boutin que les Français appartiennent à la même espèce animale que les personnes nées en France mais dont les parents n’ont pas de passeport français ni de carte d’identité française ? Et qui lui dira qu’en fait, tous les êtres humains étrangers appartiennent eux aussi à la même espèce animale que les Français ?
Cette mise au point est assez urgente, apparemment. Christine semble avoir a bien bu, elle a le vin mauvais, il est possible qu’elle finisse par devenir méchante :

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En tout cas, un cheval et une vache dans une étable, ça me rappelle Jésus, qui est censé être le fils de Dieu, né dans une étable entre un âne1 et un bœuf2, à Noël. Et Noël, ça me rappelle les dindes.

À propos, le sympathique pape François a annoncé qu’à partir de maintenant, les athées auront le droit d’aller au Paradis s’ils sont gentils. C’est un peu comme d’offrir un repas gratuit dans un restaurant imaginaire aux gens qui sont sages, mais c’est très gentil quand même pour nous tous ici-bas, car il est arrivé plus d’une fois dans l’histoire humaine que des croyants fassent subir l’enfer sur Terre à ceux qu’ils soupçonnaient de ne pas mériter le Paradis puisque n’y croyant pas.

  1. une espèce de cheval, quoi. []
  2. Savez-vous que ce qu’on vous vend sous le nom de « bœuf », en boucherie, est généralement de la vache ? []

La nuit du discours d’Alain Juppé

Je me souviens que ça se passait dans un quartier pavillonnaire. De loin, tout semblait banal mais il y avait un circuit de galeries entre les maisons, et la possibilité d’entrer dans la cave depuis l’extérieur. C’était important, car nous étions surveillés, ou poursuivis, peut-être en danger.
Je devais rédiger un discours pour Alain Juppé. Il m’a dit plusieurs fois que c’était très important que je m’en occupe car seul un cheminot pouvait le faire. Je ne savais pas comment lui expliquer qu’il y avait méprise, que je n’étais pas cheminot. Et puis il me semblait que, même si je n’étais pas la bonne personne, rédiger ce discours était mon devoir. L’affaire était très urgente.

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À côté, sous un lit assez haut — comme un lit d’hôpital —, Eva Joly était allongée sur le dos, en train de parler avec une autre personne dont je ne distinguais ni les traits ni la voix. Et puis je me suis réveillé.
Je peux dire sans hésitation qu’il s’agissait d’un rêve, car contrairement au monde réel, tout y était parfaitement cohérent.

J’ai vu miss France

Lorsqu’elle était enfant, par principe éducatif, nous avons privé notre aînée de téléviseur. Elle se venge aujourd’hui en étant, de nos trois enfants, la plus enthousiaste à l’idée d’allumer la télévision. C’est elle, toujours friande de spectacles décadents à railler, qui a mis TF1 ce soir pour l’élection des Miss France. Je connais comme tout le monde le folklore des « Miss », mais je n’avais jamais suivi la manifestation en direct jusqu’à cette année — alors que je ne rate pas souvent le concours Eurovision de la chanson, pour citer un autre rendez-vous annuel du même genre.

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J’avoue que je n’ai pas tout vu. Les interminables plages de publicité ont tendance à me faire fuir. J’ai trouvé que ces femmes semblaient plus âgées qu’elles ne le disaient, sans pouvoir dire si cette impression était due à l’éclairage, au maquillage, ou bien à la maigreur. Elles étaient toutes très jolies, sans doute. On les a fait défiler sans danser, entourées de véritables danseurs, dans une mise-en-scène un peu laborieuse. Si l’on me laisse en décider, j’attribue le prix du costume le plus consternant au déguisement de mère Noël de sex-shop que chacune a été forcée de porter, sur fond du All I Want For Christmas Is You de Mariah Carey. Très généralement, l’accompagnement musical consistait en un télescopage indigeste et déplaisant d’extraits de mélodies connues, bonnes ou mauvaises, mais invariablement tronquées.

On a posé aux jeunes femmes des questions sans grand intérêt, et elles ont répondu de manière proportionnée. Plusieurs ont rappelé que les français vivaient une période très difficile, mais sans préciser de quoi elles parlaient exactement. Parmi les carrières professionnelles qu’elles affirment viser, je remarque trois grandes tendances : le commerce, l’éducation, et enfin la médecine. Elles veulent être puéricultrices, professeures des écoles, assistantes médicales, assistantes vétérinaires, infirmières, ou diriger une société.

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Je n’en ai entendu aucune dire qu’elle comptait se servir de son élection comme tremplin pour devenir présentatrice de télévision ou actrice, ni aucune dire que son plan était, trois semaines après son sacre, de poser pour un magazine de charme afin de se faire confisquer son écharpe, ce qui aurait laissé à sa « première dauphine » le bonheur de se farcir jusqu’à la fin de l’année, de Niort à Brive, de Besançon à Vernon, d’Arras à Biesheim, des inaugurations de salons automobiles, des ouvertures de compétitions sportives et des clôtures de foires au matelas, tandis qu’elle-même, bien que déchue, ou grâce à cela, sera invitée sur tous les plateaux de télévision pour débattre de la moralité des « Miss ». Il n’est pourtant pas impossible que certaines candidates aient secrètement mûri un tel projet.

Star Wars et moi

Facebook me pose une question :

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Quand m’a grand-mère m’emmenait au cinéma, on allait souvent voir deux films le même jour. En 1977, elle m’a emmené voir coup sur coup La Guerre des Étoiles, qui venait de sortir, et La Guerre des boutons, un classique sorti quinze ans plus tôt.  Je n’avais pas dix ans. Je n’ai pas mélangé les deux films, et l’un et l’autre m’ont durablement marqué, même si mon niveau d’attention a un peu baissé lors de la bataille finale autour de l’Étoile noire. Même parfaitement filmées, les scènes de grandes batailles m’ennuient toujours beaucoup.
Une autre fois, à peu près à la même époque, on était allés voir le même jour L’Animal, comédie dont l’affiche montrait Jean-Paul Belmondo déguisé en gorille, et King Kong, version seventies, où le gorille géant enjambait les tours jumelles du World Trade Center, la belle Jessica Lange dans une main et un avion en flammes dans l’autre. Apparemment, ma grand-mère sélectionnait ses films par association d’idées. En y repensant, je me souviens de sa table de bridge sur lequel était posé son cendrier un peu massif, ses cigarettes Craven « A » et le Pariscope ou l’Officiel des spectacles de la semaine.

Je connaissais de nom Star Wars avant d’aller le voir. Mon père avait été envoyé à Washington pour son travail et m’en avait ramené un tee-shirt incroyable où on voyait un jeune homme en kimono brandir un bidule lumineux, une belle fille à la cuisse dénudée à ses côtés.

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Drôle comme cette affiche d’époque, tout en reprenant des éléments du film, semble désormais si éloignée de l’esprit et de l’univers de Star Wars, non ?

À l’école, on s’était moqué de moi à cause de ce tee-shirt, mais je l’aimais tout de même. Quelques mois plus tard, ce n’était plus un sujet de moquerie, puisque le film était sorti et avait rencontré un grand succès. Personne, bien sûr, ne s’est rappelé s’être moqué. Curieusement, j’ai longtemps cru que Star Wars était un film confidentiel, un de ces films de grande qualité dont on déplore que personne ne l’aie vu, tout en se sentant fier de faire partie du cercle des privilégiés qui en ont été spectateurs. Pareil avec les héros de papier Spiderman, Daredevil et Captain Marvel que je lisais dans les publications Lug et que j’étais certain d’être plus ou moins seul à connaître.

Puisqu’il me semblait que Star Wars était un film inconnu, j’ai été assez étonné que certains bonbons soient vendus avec des autocollants tirés du film, ou encore que mon ami Fabrice possède toutes sortes de figurines et de maquettes tirées de cet univers.

Le vote et l’opinion

Depuis quelque jours je vois circuler pléthore d’articles de presse, d’analyses statistiques, d’interviews de philosophes, de statuts Facebooks, de tweets, qui nous démontrent, chiffres, raisonnements ou camemberts à l’appui, que le résultat des élections ne représente rien de plus que l’opinion des gens qui se sont déplacés pour voter, et en aucun cas celle des gens qui n’ont pas voté.

Chic :
Chaque fois c’est la même joie dans la famille, lorsque chacun de nous reçoit son kit individuel de gribouillage, à l’occasion des élections. On peut dessiner un peu partout des moustaches, des mèches, des dents cassées, des cache-œil de pirates, des faucilles et de marteaux, des fleurs, des zizis, des croix gammées,…

J’ai du mal à me passionner pour ce scoop.
En fait, j’ai un peu l’impression que c’est le principe même de ce genre d’élections. On peut même aller plus loin : le fait que ce soient ceux qui ont à la fois la possibilité et la volonté de faire connaître leur opinion soient ceux qui la font connaître est un point commun à tous les régimes, qu’ils soient autocratiques, oligarchiques, démocratiques ou même, donc, comme chez nous, démocratoïdes.

Si au moins il faisait moche

Les campagnes perdues ne sont pas les seuls lieux où l’imaginaire s’avère déraisonnablement encombré par les obsessions médiatiques. Ce matin, en allant faire mes courses, j’ai trouvé une tête à voter Front National à chaque automobiliste dont j’ai croisé le regard, à chaque passant perdu dans ses pensées qui semblait faire un peu la gueule.

ciel

On aimerait qu’il fasse moche, un lendemain d’une élection pourrie, mais non, les choses ne sont pas si simples, nous ne sommes qu’à quinze jours du solstice d’hiver, et pourtant, il fait treize degrés à treize heures, on pourrait sortir en tee-shirt, la lumière est belle et les nuages sont décoratifs.