Détruire et construire

Au Havre, on détruit facilement. Une habitude qui date de la guerre, peut-être, ou qui vient de sa relative jeunesse (on fêtera le cinq-centenaire en deux-mille dix-sept), ou qui correspond à une mutation plus récente, je n’ai pas le recul pour le dire, mais cela rend en tout cas cette ville très singulière dans un pays si attaché à son patrimoine — et parfois même entravé par lui. Depuis neuf ans que j’enseigne ici, je vois des friches industrielles ou des habitations vétustes disparaître pour être remplacées par des constructions neuves. Un jour il y a un entrepôt en ruines, le lendemain un trou, et quelques semaines plus tard, une nouvelle construction. Et on oublie ce qui a été remplacé.

Je ne saurais déjà plus dire ce qui se trouvait à cet endroit avant démolition, il y a seulement un ou deux ans :

lac_urbain

Pour une fois, la re-construction prend du temps, et j’imagine que c’est dû à la mare qui est apparue, constamment alimentée par un sous-sol apparemment difficile à assécher, et désormais ceinte d’une clôture : il ne faudrait pas que quelqu’un aille s’y noyer, un soir d’éthylisme. Détruire ne suffit pas toujours à faire table-rase. On doit pouvoir en faire une variante de la parabole évangélique de la maison et des fondations1.

Les néons roses, au bout du terrain, c’est un sex-shop. Plus bas dans le Cours de la République — la voie sur laquelle débouche la gare —, il y a une quantité invraisemblable de kébabs.

  1. Évangile de Matthieu, 7.21-27. []

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