Un jeune homme agité

Dans un vieux train de ma banlieue, un de ceux où il y avait encore des toilettes1, un type circule entre deux wagons avec fébrilité, faisant un bruit du diable chaque fois que le sas entre les wagons s’ouvre, car il transporte sur lui une sono invisible qui hurle un rap hardcore très impressionnant, agressif, où une bande d’hommes pousse des cris menaçants qui évoquent l’insulte, l’aboiement d’une meute, un zoo en panique, et parfois aussi le vomissement. Je n’ai rien compris aux paroles, mais j’ai identifié du Français.

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Vu dans un de ces anciens trains à deux étages : les toilettes sont condamnées, mais les parois sont recouvertes d’un sympathique décor autocollant qui évoque les salles de bain.

Au bout de dix minutes, toujours plus énervé, le type frappe à la porte des toilettes, qui est fermée. Il cogne fort. Tous les gens qui se trouvent à proximité sont inquiets, sur leurs gardes, comme chaque fois que quelqu’un a un comportement étrange. Le type frappe comme un dément mais la porte ne s’ouvre toujours pas. À sa manière de frapper, on a l’impression qu’il sait que quelqu’un se trouve derrière la porte, mais il n’y a là personne. En fait, cela fait quelques années que les toilettes de ces trains à double-étage sont condamnées. La musique a changé, ce n’est plus du rap mais une espèce d’électro planante pas trop mal. Le gars de met dos à la porte, appuie son pied gauche contre la paroi qui y fait face puis envoie une ruade sèche et extrêmement sonore à la porte, qui s’ouvre du premier coup, comme dans les films où les gens ouvrent les portes d’un coup de pied. Le gars s’enferme. Plus de bruit, plus d’énervement, plus d’agitation.

  1. Dans les trains modernes, les toilettes ont disparu, en prévision du post-humanisme, car dans le futur, nous n’aurons plus de vessies — une fois de plus, la France se montre audacieuse : dans cent cinquante ans on pourra dire avec fierté « on a été les premiers à supprimer les W.C. ». []

4 réflexions au sujet de « Un jeune homme agité »

  1. ça n’est pas en prévision du post-humanisme. c’est plus simple et plus pathétique : ces « nouvelles » rames ont des toilettes en circuit fermé, ça ne tombe pas sur les voies. il faut donc passer au dépôt pour nettoyer de temps en temps. comme il n’y a pas assez de rames, ou juste le nombre, qu’elles circulent en flux tendu, pas le temps de passer au dépôt. donc les gestionnaires de lignes, ou leurs n+1, qui eux dans leurs bureaux ont des toilettes et y ont accès sans problème, se sont dit : simple ! on verrouille les gogues dans les rames. plus de problème..
    des contrôleurs m’ont expliqué ça, qui venaient de se taper 4 troupes de scouts sur paris-le havre avec toilettes verrouillées par décision d’au-dessus..

    1. @bituur : alors ça dépend des trains, tout ça. Certains ont un circuit d’évacuation fermé, d’autres pas. Dans les Corail/Intercités, c’est variable, sauf dans les rames Bombardier récentes à deux étages où c’est toujours à circuit fermé. Le train où a eu lieu l’incident est un train de banlieue qui n’a pas une évacuation en circuit fermé. Mais les trains « Transilien » – les tout nouveaux – ont comme particularité de ne pas avoir de sanitaires du tout !

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