J’avais pourtant payé ma dette

Dans un article je ne sais où je ne sais sur quoi, j’ai cliqué sur un lien qui m’amenait à un complément d’information qui avait dû m’intriguer.
Mais tandis que l’article se chargeait, la page a subitement été recouverte d’un voile noir au centre duquel est apparu une vidéo.
Autrefois on disait « une page de publicité » pour parler d’une séquence publicitaire à la télévision, mais aujourd’hui, pour une page web de publicité, on dit juste « une publicité ». Une fois la publicité passée, l’article n’est pas apparu, j’ai eu ceci à la place :

pas_autorise

Pas autorisé !
Quelle injustice ! Me refuser l’article alors que j’avais regardé en entier le film publicitaire. Je serais incapable de citer la marque mais je peux la raconter : dans un village de pays du Sud, un vieil homme, sollicité par une belle femme a priori un peu plus jeune et ostensiblement animée d’une humeur tendrement lascive, tente d’avaler un losange bleu que l’on supposera être un comprimé de Viagra® mais, maladroit — l’enjeu est de taille, comprenez-le —, envoie par erreur le cachet par la fenêtre. Il avait visé sa bouche, mais le médicament est passé à côté. On s’attend à une conclusion platement triste nous démontrant, par la déception de cet homme et de cette femme qui s’apprêtaient à passer un bon moment, que la vie affective, à un certain âge, gagne à être médicalisée. Mais en fait non, cette publicité ne provient pas d’un quelconque laboratoire pharmaceutique, elle émane d’une marque automobile. Après quelques rebonds sur des toits, le comprimé bleu s’engloutit dans le réservoir d’une automobile rouge dont le propriétaire, un homme jeune et à mon avis beau, venait de faire le plein mais sans avoir encore pris le soin de visser le bouchon. À mon avis, ce n’est pas très bon pour un moteur de mettre des cochonneries dans le réservoir mais j’admets que je ne suis pas spécialiste.
Dans le film, l’automobile voit sa carrosserie gonfler. Le type est étonné mais pas mécontent de cette évolution. Une femme très attirante qui passait par là regarde l’automobile en roulant des yeux d’un air intéressé. Une seconde très belle femme, qui passe à bicyclette, est distraite par cette vision. Enfin, une troisième femme à la physionomie plus commune et d’un âge plus avancé, semble elle aussi troublée par le véhicule, d’un air plus naturel, moins posé, et donc plus comique. Pour finir, on voit l’automobile rouler dans une campagne sans doute italienne. Au fond, le message n’est pas clair, mais bon, c’est pas ce qui compte : j’ai été attentif, j’ai regardé jusqu’au bout, pourquoi est-ce que je n’ai pas eu le droit de voir la page ? J’avais payé ma dette à la société.
À présent, je me sens embêté pour cet homme et cette femme qui voulaient profiter de la vie alors qu’ils ont clairement mangé leur pain blanc (enfin lui, en tout cas). Tout ça pour une publicité. Quelle cruauté.

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