Un peu de violence parisienne

Gare Saint-Lazare, j’achète un bretzel et un café. Arrive sur moi un clochard qui me demande si je n’ai pas une pièce à lui offrir pour je ne sais quoi — il a marmonné, la destination prévue pour l’argent n’était pas claire. Je lui réponds que non, désolé. En fait, j’avais très certainement une pièce, mais aucune envie de vérifier, les mains déjà occupées, si mon porte-monnaie contenait autre chose que des pièces de deux euros et de deux centimes, sommes inadaptées au don impromptu qui m’était réclamé.
Le type, qui jusqu’ici montrait un sourire timide et un corps voûté et hésitant relève la tête, prend un air très mauvais et, d’un pas décidé qui me pousse à me décaler un peu, me dit :
« toi, tu as une tête de FRANKENSTEIN ! ».
À ce stade, j’ai envie de croire deux choses :
– primo, qu’il voulait dire Albert Einstein. On me l’a déjà faite, celle-là, de me trouver une parenté avec Albert, et de confondre avec Frank.
– secundo, que cette agressivité subite n’est qu’un moyen pour m’autoriser à ne pas culpabiliser de n’avoir donné aucune pièce. Ça a très bien marché, d’ailleurs, tout éventuel sentiment de culpabilité m’a abandonné avant même de m’atteindre.

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Le même jour, en rentrant de l’université, fatigué — la semaine a été longue et je m’étais levé plus tôt que mon heure —, j’ai piqué du nez dans le métro. Il y a toujours des places assises station Saint-Denis Université, puisque c’est le terminus de la ligne 13.
Comme un automate, j’ouvre les yeux, station Saint-Lazare, ma destination. Je me lève, et un grand type bien mis, aux cheveux impeccablement blancs et bien coiffés, à mon avis en excellente forme physique, lance haut et fort : « ah, enfin, des jeunes se lèvent, les personnes âgées vont pouvoir s’asseoir sur les places qui leur sont RÉSERVÉES ! ». Il s’adresse apparemment à moi. En sortant, un peu hébété, je lui dis « Ben heu z’aviez qu’à demander, hé ! ». Mais le type feint de m’ignorer, sans parvenir à cacher complètement un air content-de-lui qui signifie que sa râlerie publique l’a défoulé et en quelque sorte vengé d’avoir dû passer une partie de son trajet debout. S’il me lit, j’aimerais que ce brave homme au faux-air de Jacques Perrin et de Jacques Derrida (appelons-le Jacques) sache que ça n’a pas du tout marché et que son cas me laisse rétrospectivement absolument indifférent. Peut-être aura-t-il plus de chance une autre fois ?

4 réflexions au sujet de « Un peu de violence parisienne »

    1. @Peccadille Je me souviens d’une émission qui s’appelait « Un train pas comme les autres ». Eh bien la ligne 13 c’est un métro pas comme les autres.

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