Pessimiste, moi ?

Au Japon, le premier ministre Shinzo Abe demande aux universités du pays la suppression de l’enseignement des sciences humaines qui, selon son ministre de l’éducation, ne servent pas les besoins de la société, contrairement à l’enseignement des sciences « dures » et des technologies. Un tiers a d’ores et déjà accepté, les plus prestigieuses universités résistent.
Ceci étant dit, la méthode a le mérite de la franchise : en France, on poursuit le même résultat mais de manière bien différente : en supprimant des moyens et en augmentant la charge de travail, les obligations, en fixant des objectifs absurdes et en instaurant un étouffant climat d’évaluationnite. Et en regardant l’enseignement supérieur s’effondrer.
Le même gouvernement japonais revient sur la doctrine constitutionnelle qui impose le pacifisme au Japon et qui est en vigueur depuis plus de soixante ans. La rue résiste, les Japonais sont attachés au pacifisme et ne veulent pas spécialement envoyer de soldats épauler les États-Unis dans divers conflits moyen-orientaux, mais il n’est pas sûr que ça suffira à empêcher la réforme d’être entérinée. Non seulement le Japon risque de re-devenir un état martial (ce qui n’a jamais été son meilleur rôle, historiquement parlant), mais l’opinion du peuple n’est plus prise en compte par ses dirigeants.

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Daesh semble avoir d’abord été financé des monarchies du Golfe, qui y voyaient un outil apte à servir leurs intérêts dans la chute de tel ou tel régime de la région, et dans le cadre des conflits entre musulmans sunnites et chiites ou dans le but de faire définitivement disparaître juifs, chrétiens, zoroastriens, et autres groupes minoritaires. Aujourd’hui que la créature échappe à ses créateurs, l’Arabie Saoudite ne veut pas accueillir de réfugiés syriens (et tant mieux pour ces derniers, sans doute, car ce n’est pas le pays le plus sympathique avec les étrangers venus de pays plus pauvres), mais propose de financer la construction de centaines de mosquées en Europe occidentale pour continuer de faire tourner son épicerie : comme Lourdes chez les chrétiens et Disneyland chez les capitalistes, la Mecque est un passage presque obligé pour tout musulman, et par conséquent un business rentable qui se nourrit de l’argent d’une multitude de pauvres. Et avec la baisse du prix du pétrole, il faut bien trouver l’argent quelque part.

Les gouvernements européens veulent rétablir le contrôle aux frontières comme si à la première crise, au premier mouvent de panique médiatique, ils craquaient, et nous disaient : « finalement, ce sont les fachos, les nationalistes, qui ont toujours eu raison, nous on faisait semblant mais en fait on n’y croyait pas vraiment ». Et à l’école, tout en affirmant le contraire, on revient à l’esprit des programmes en histoire qui avaient court sous la troisième république : roman national fait de héros. Peut-être plus les mêmes héros, sans doute plus le même roman, mais apparemment la même ringarditude. Et une dictée par jour, histoire de faire croire qu’on n’apprenait plus l’orthographe à l’école. Comme une manière de dire : « finalement, c’est Zemmour et compagnie qui avaient raison, on faisait semblant mais on n’y croyait pas vraiment ».
Un grand bravo aux médias, c’est leur œuvre, puisqu’ils semblent prendre un malin plaisir à créer des alternatives caricaturales du genre : « êtes-vous pour les hippies permissifs ou faut-il apprendre à lire aux enfants ? » – « êtes-vous pour un moratoire sur la légendaire générosité des Français ou préférez-vous laisser des étrangers entrer chez vous et voler vos biens sans un merci ? » – « Allez-vous voter Marine Le Pen aux prochaines élections ou voulez-vous attendre encore un peu ? ».

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De nos jours, on répond aux problèmes par des lois. Non pas des lois qui proposeraient une solution claire à un problème bien circonscrit, mais des lois que ne comprennent même pas ceux qui les votent et où, en tout cas, aucun principe d’efficacité n’est pris en compte : Afin de promouvoir la laïcité (impartialité de l’État face aux religions), on cible spécifiquement les populations musulmanes ; Afin d’empêcher les jeunes filles de risquer leur vie à cause de l’anorexie, on met en prison ceux qui promeuvent l’anorexie sur Internet, c’est à dire les anorexiques qui se regroupent sur des forums ; Afin de lutter contre le trafic d’êtres humains, on précarise les prostituées et on pénalise leur clientèle ; bientôt, afin de lutter contre les ongles incarnés du pied droit, on instaurera l’obligation de se tirer une balle dans le gauche. Et si on n’est pas d’accord avec la loi, c’est qu’on est favorable à ce qu’elle affirme combattre.
Nos députés sont-ils eux-mêmes des imbéciles, ou bien tirent-ils parti de l’imbécillité croissante ? Aucune réponse à cette question ne me rassurera.

Autrefois on nous promettait que les robots supprimeraient les tâches ingrates et travailleraient pour nous. Aujourd’hui on nous annonce que les robots vont juste nous mettre au chômage, car ceux qui les possèdent ne veulent pas partager le labeur épargné ni l’argent économisé. Et puisque le nombre d’entreprises publiques est appelé à être réduit comme peau de chagrin (il paraît que ça va à l’encontre de la croissance, ce fameux indice qui fait primer l’argent sur ce qui en est fait), on ne risque pas que l’intérêt de tous prime sur les intérêts particuliers.

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Le monde qui est en train de se construire — ou de se détruire, c’est selon — fait de la peine. On n’était pourtant pas si loin d’arriver à une forme de la civilisation véritable, pourtant !
Espérons que nos descendants essaieront de faire mieux au prochain reboot.

(photos : rien à voir, deux-trois vues du Havre où je suis passé cette semaine)

2 réflexions au sujet de « Pessimiste, moi ? »

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