Le jour où j’ai sonné

Je sors du magasin, je sonne. Je croise le regard du vigile qui me demande d’attendre — il est déjà occupé à compter les achats d’un autre client. Il inspecte enfin mon sac, vérifie mon ticket de caisse et compte mes articles : tout est en ordre. Je passe à nouveau le seuil, et à nouveau, je sonne. Je hasarde que, peut-être, la faute incombe à mes clefs. Je les sors de la poche en signe de bonne volonté, mais il hoche la tête et me dit avec une professionnalisme : « non, c’est pas les clefs ».
Je sors pour de bon.

etiquette1

Aujourd’hui, j’entre dans la supérette de ma ville accueilli par un tiii-tiii-tiii sonore et strident. Des yeux, le vigile me fait comprendre que je peux entrer. Le même son désagréable signale ma sortie. Je devine dans mon dos que le vigile me garde à l’œil, mais il ne me demande rien. Il faut dire que je discute avec le caissier, un ami de mon fils, qui me raconte qu’il entame sa seconde année d’études de biologie. Il faut dire surtout qu’avec l’âge, on cesse d’être pris pour un probable voleur : cela fait cinq ou six ans qu’on ne m’a pas demandé de déposer mon sac à dos à l’entrée, alors que j’ai toujours un sac à dos et que  je porte toujours des tee-shirts et des sweats à capuche. Le mystère reste entier : je sonne.

etiquette2

J’ai trouvé la raison en me déshabillant cette nuit : il y un antivol dans mon pantalon. La boutique qui m’a vendu le vêtement n’a pas négligé de démagnétiser ou d’ôter l’antivol, non, en fait c’était à moi de l’enlever à l’aide de ciseaux. Porter un pantalon en 2015 réclame plus d’attention, d’expertise, d’esprit d’initiative et de matériel qu’il y a seulement cinq ans.

2 réflexions au sujet de « Le jour où j’ai sonné »

    1. @wood : dans ma supérette, c’est aux jeunes qu’on demande de déposer leur sac en entrant. Je ne dis pas que le fait d’être identifié comme « non blanc » ne joue pas (et ça a l’air d’un critère déterminant pour l’embauche du vigile, entre parenthèses), mais passé quarante ans, tout ça semble clairement se tasser. Enfin dans ma ville en tout cas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *