Bientôt le bac, révisons les mathématiques

Les mathématiques sont une science que l’on apprend tout au long de son cursus scolaire et que l’on oublie ensuite presque complètement, notamment parce que personne ne nous a jamais dit à quoi servaient, dans la vie de tous les jours,  les cosinus que l’on était forcé d’utiliser dans de mornes copies. Lorsque la trignométrie, un théorème ou un axiome nous seraient utiles — ce qui advient en réalité très fréquemment —, nous l’ignorons et les laissons filer avec la passivité résignée du ruminant qui voit passer un train à grande vitesse.
Le système d’apprentissage français des mathématiques est tellement inadapté au grand nombre que les rares élèves qui continuent d’y comprendre quelque chose après le baccalauréat ont une chance sur trois d’obtenir la médaille Fields. Une chance sur trois constitue ce que l’on nomme une probabilité. Les probabilités sont une sous-discipline des mathématiques.

Bientôt le bac, révisons la philosophie

La Philosophie est l’ancien nom que l’on donnait à la science. De nos jours, chaque fois qu’une théorie scientifique servant à expliquer le monde semble un peu trop empirique et ne peut plus être validée par l’expérimentation sérieuse, on la renomme « Philosophie ». C’est le cas, par exemple, de la psychanalyse. En tant que discipline, la philosophie sert à ce que les gens qui ont été lycéens disposent, une fois adultes, de quelques notions-clé à caser lors de discussions :
– le pari de Pascal.
– le surhomme de Nietszche.
– Rousseau a abandonné ses enfants.
– Montesquieu, attends, rappelle-moi, c’était lequel, déjà ?
– Descartes n’aimait pas les animaux.
– Kant est le précurseur des nolifes.
– Platon était un peu facho mais au moins les trains arrivaient à l’heure.
– Quand on n’aime pas ce que dit quelqu’un, on doit l’appeler « sophiste ». Socrate était habilité à produire des sophismes mais n’avait pas sa carte de sophiste.
– L’histoire du lycéen qui a rendu une copie vide au sujet « qu’est-ce que le vide ? » au bac est apocryphe alors ne faites pas ça. D’ailleurs, ce sujet n’est jamais tombé.
– Quoi qu’aient dit Kant ou Platon, à la fin, c’est le prof qui sait ce qui est beau ou bien, et on n’a pas intérêt à trop le contredire si on veut avoir la moyenne.

Bientôt le bac, révisons l’Histoire

L’Histoire est une discipline scientifique qui cherche à appréhender des faits anciens. C’est aussi et surtout un concept politique qui sert à faire croire aux gens qu’ils comprennent le monde qu’on leur impose. La mémoire, surtout si elle n’est soutenue par aucune réflexion critique, joue un rôle majeur dans l’Histoire. Pour utiliser l’Histoire dans le but de juger avec désapprobation les générations suivantes, il suffit de connaître quelques dates et quelques noms de grands personnages : il n’est pas important d’avoir la moindre idée de ce qu’a été la bataille de Marignan pour se plaindre de ce que les jeunes ignorent que « quinze cent quinze c’est Marignan ». Se plaindre du fait que les jeunes étaient mieux à l’époque où l’on était jeune soi-même est un réflexe naturel à chacun, puisque aucun de nous ne peut ignorer qu’il sera un jour remplacé par les membres des générations suivantes. À défaut d’avoir une prise sur l’avenir, on veut se faire croire que l’on possède le passé.
Cependant, rien n’y fait : à la fin, on meurt.
Les États s’appuient sur ces angoisses personnelles pour échafauder ce qu’ils nomment le « récit national », fiction collective dont le but premier est de justifier la domination.

Bientôt le bac, révisons l’éducation civique

La démocratie représentative est un système d’élection politique pour laquelle les citoyens se voient imposer de choisir entre plusieurs candidats, dont certains sont pires que d’autres. Ce mode de fonctionnement a inspiré l’industrie, qui propose les mêmes produits sous différentes marques ou en plusieurs saveurs dont certaines sont pires que d’autre.
Chaque candidat annonce un programme, mais une fois élu pour une période déterminée, il n’est pas forcé de s’y tenir, il doit juste être discret dans ses reniements ou convaincant dans la manière dont il les justifie si la date de son éventuelle réélection approche.
À un jour près de l’anniversaire de la sortie du roman 1984 de George Orwell, les sénateurs ont voté la loi sur le renseignement, qui sert notamment à signifier aux citoyens qu’ils font peur à ceux qui les dirigent et que la circulation des idées sur Internet est une menace pour la démocratie telle qu’ils l’entendent. En effet, si les élections représentatives sont plus ou moins factices, perdre une élection peut représenter une baisse de revenus conséquente, et la liberté de s’informer et d’échanger pour les uns peut aboutir à une instabilité des revenus des autres.
Lorsqu’une décision politique s’avère difficile à imposer aux citoyens, il faut l’annuler puis y revenir plus tard. C’est le cas de la directive sur le secret des affaires qui s’apprête à être imposée au niveau européen six mois après avoir été retiré de la loi « Macron » en France, lorsque des journalistes ont protesté contre ce principe qui donne aux entreprises le droit à fonctionner de manière opaque. Les citoyens doivent comprendre que l’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : si l’on veut conserver un système dans lequel des dirigeants politiques peuvent perdre temporairement leur mandat, il faut que ces derniers puissent continuer à être financés par des entreprises privées pendant leurs périodes de chômage, et le secret des affaires permettra, n’en doutons pas, de fluidifier les opérations que certains esprits chagrins nomment « corruption » ou « conflits d’intérêts ».

Sans pitié

Jeu de regards à la boulangerie le dimanche matin : une femme me mime l’exténuement que lui font subir ses enfants turbulents pour que je lui cède ma place dans la file. « Je n’ai que deux bras, et ils sont trois », disent ses yeux. « Plus vite je serai passée et plus vite on sera sortis », ajoute-t-elle avec une grimace d’espoir franchement impudique et, peut-être, légèrement menaçante. Seulement je vois qu’il y a encore trois personnes devant moi et que le stock de baguettes « tradition » s’épuise dangereusement. Je décide d’être impitoyable et lui renvoie un sourire semi-compatissant qui dit clairement que les préservatifs et la pilule sont en vente libre dans ce pays, et que je ne suis aucunement responsable si elle n’a pas voulu en profiter ou si elle les a mal utilisés.
Elle baisse les yeux, résignée.
Non mais ho.

Tarte

Noël Godin a « entarté » sept fois Bernard-Henri Lévy mais ne s’en est jamais pris à Vladimir Poutine1, pas plus qu’à Kim Jong-Un, au baron de la drogue mexicain Joaqin Guzman, aux leaders de Boko Haram, à Benyamin Netanyahou, à Dick Cheney, à Bachar el-Assad, ni à bien d’autres personnes à qui l’on peut supposer plus d’une raison d’avoir un mauvais sommeil. Il ne s’en est pas non plus pris à un grizzli, à un ours polaire, à un crocodile ou à un tigre, qui sont pourtant presque aussi mauvais que des humains, ni à aucun champion d’arts martiaux (pas même son distrayant compatriote Jean-Claude Van Damme), ni à aucun leader d’extrême-droite2. Il est difficile de comprendre les motivations profondes de l’entarteur, car les justifications qu’il donne (ridiculiser les cuistres) ne semblent pas si cohérente au regard de la liste de ses victimes, qui n’ont souvent que peu de choses en commun si ce n’est que leurs noms sont célèbres : un animateur télé, un industriel, une écrivaine,… Pour mieux le comprendre, il faudrait peut-être savoir si, enfant, dans la cour de récré, Godin était une victime de bizutages ou chef de la bande qui les pratiquait, s’il envoyait des petits suisses à la tête du premier de la classe ou s’il le faisait aux gamins les moins populaires.
L’entarteur a dédié son geste à Siné, sous-entendant au passage que ce dernier n’était plus très jeune ni en bonne santé et qu’il y avait urgence.

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Le garde du corps semble moins habitué que son employeur

On supposera, au delà de ses motivations idéologiques et esthétiques, que la première chose qui détermine le choix de ses cibles par le roi des tartes-à-la-crème est la facilité avec laquelle il y accède, et le fait qu’il ne courre pas de gros risques d’être victime d’une réponse disproportionnée. Comme les ministres des finances du monde entier en ce moment, Noël Godin s’en prend principalement (mais non exclusivement) au monde de la culture : Marguerite Duras, Maurice Béjart, Marco Ferreri, Daniel Toscan du Plantier, Jean-Luc Godard,… Mais Bernard-Henri Lévy est sa cible favorite, parce qu’il est notoirement impopulaire, qu’il est considéré comme l’imposteur philosophique par excellence, malgré l’indulgence confondante que la presse magazine hebdomadaire a pour lui. Sarkozy a fait semblant de croire que BHL était un futur prix Nobel de la Paix, mais personne n’est dupe, ce n’est arrivé que lorsqu’il a eu besoin d’un prétexte moral pour intervenir en Libye3 : à pensée politique discount, intellectuels discount.
Ses ventes feraient rire un auteur de poésie klingon underground, et il n’est pas certain que sa maison d’édition lui accorderait beaucoup de crédit s’il n’en avait pas le contrôle4. Tout le monde le prend pour un imbécile (à tel point qu’on ignore ce que racontent ses livres), il est de bon ton de se moquer de ses films (et impossible de ne pas le faire si on a eu le malheur d’en voir un), tout le monde le voit comme l’intellectuel risible et cabot que l’on n’invite à la télé que pour qu’il soit détesté ou raillé, aux côtés des frères Bogdanov, de Frigide Barjot et de quelques autres personnes définitivement perdues dans leur propre image médiatique. On a sans doute moins les rieurs de son côté en maltraitant des personnes de même degré d’indigence mais qui ont malgré tout un public de fidèles et dont, par lâcheté ou par prudence, je ne me hasarderais pas à dire les noms.

D’un point de vue symbolique, BHL est facile à entarter, donc.
Mais du coup, à quoi bon ?
Le personnage est assez pathétique, mais cette guerre que lui mène l’entarteur ne l’est-elle pas tout autant ?

  1. Poutine, qui a précisément déclaré BHL persona non grata en ex-URSS : a-t-il peur de finir comme Kadhafi, ou est-ce que les éditions Grasset lui ont versé un dessous de table pour laisser croire, par sa présence sur une liste noire, que BHL fait trembler Poutine ? []
  2. Pour expliquer qu’il épargne les gens d’extrême-droite, Godin se donne une excuse : cela risquerait de les rendre sympathiques auprès du public. []
  3. Au passage, on remarquera que Sarko a pardonné à BHL d’avoir qualifié de raciste, à juste titre, son discours à Dakar sur l’homme-africain-pas-encore-entré-dans-l’histoire. []
  4. Car Bernard-Henri Lévy n’est pas pauvre, sa fortune approche le demi-milliard d’euros — fortune qu’il ne doit pas à ses ventes littéraires, mais à l’entreprise d’importation e bois fondée par son père. []