Préfaçons les textes sacrés

Depuis un jugement de 1979, il est licite de publier en France le livre Mein Kampf, par Adolf Hitler, car malgré (ou du fait de) la toxicité avérée de ce livre, il constitue un document historique important. Mais toute édition de ce livre doit contenir une préface de huit pages, située entre la couverture et les pages de garde, qui contextualise historiquement l’ouvrage, rappelle les crimes nazis et égrène la liste des articles de loi qui limitent la liberté d’expression en matière d’incitation à la haine.

Ne serait-il pas opportun de faire précéder la Bible et le Coran de préfaces semblables, afin de rappeler que ces livres, s’ils étaient parfois modernes par bien des aspects aux époques de leurs rédactions, sont désormais porteurs de considérations désormais dérangeantes et régressives sur certains sujets, comme le traitement des athées ou des fidèles d’autres religions, et bien entendu les droits des femmes ou encore l’homosexualité.
Je pensais à ça en apprenant ces atroces exécutions d’homosexuels en Irak par l’État islamique, ces pauvres hommes projetés du haut d’immeubles1 en punition du « crime du peuple de Loth », que réprouve le Coran et que quelques hadiths (pas les plus authentiques, parait-il) imposent de sanctionner par la peine de mort. La Torah (l’Ancien testament, chez les Chrétiens), de manière très explicite, impose aussi le meurtre des homosexuels. Aussi abominables que soient les exécutions mentionnées plus haut, ces dernières sont prévues, voire conseillées2, par ces textes diffusés massivement et sans frein.

Les livres ne font pas les hommes, on peut lire Mein Kampf sans devenir nazi3, on peut lire des livres religieux sans se conformer à tout ce qui y est écrit (ce qui serait, du reste, impossible, eu égard aux contradictions contenues dans ces textes) mais est-il normal de les publier sans avertissement alors que leur contenu tombe sous le coup de nombreux articles de lois ?

  1. Si, depuis la re-parution de Charlie Hebdo, le « monde musulman s’enflamme » contre l’hebdomadaire, les crimes horribles commis au nom même de la religion semblent avoir plus de peine à rassembler des foules. Pour ma part, je trouverais plus honteux qu’on commette des crimes en se réclamant de moi, comme le fait Daesh avec les musulmans, plutôt que l’on raille ma foi de manière potache à coup de dessins, il me semble. []
  2. Les livres que je cite ont en commun de ne pas être considérés comme des fictions ou des ouvrages poétiques (quoi qu’ils ne manquent ni de fictions ni de poésie), mais comme des programmes, avec des obligations et des proscriptions de tout type. []
  3. Mein Kampf est, à vrai dire, une lecture assez risible, où se mêlent des justifications biographiques ridicules (je suis un raté mais c’est à cause des autres…) et des éléments de théorie politique qui resteraient les élucubrations comiques d’un illuminé si elles n’avaient pas eu les conséquences que nous savons. Notons que les Allemands, pour la plupart, n’ont lu Mein Kampf qu’après la prise de pouvoir des Nazis. []

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