Profitez-en, après celui là c'est fini

Iconographie du soulèvement des machines

octobre 27th, 2014 Posted in Fictionosphère, logiciels, Parano | 5 Comments »

« Les robots détruiront trois millions d’emplois en France d’ici 2025″ ont titré cette semaine le Journal du dimanche, Le Point, La Tribune, Le Figaro, Sud-Ouest,…

Les articles racontent tous la même chose : selon une étude menée par le cabinet Roland Berger, la mécanisation aboutira au remplacement de millions d’employés mais, en contrepartie, ne créera qu’un demi-million d’emplois. Un français sur cinq se retrouvera au chômage, et ne seront épargnés, selon l’étude, que les domaines de la culture, de la santé et de l’éducation.

robots_industriels

Je ne vois pas trop pourquoi ces secteurs sont jugés « protégés », alors qu’on parle de plus en plus de remplacer dans une certaine mesure les enseignants par des logiciels, que l’économie de la culture ne cesse d’être bouleversée par les nouvelles technologies (dans un cinéma, une même personne peut assurer les rôles de caissier et de projectionniste, pour ne citer qu’un exemple invisible) et qu’une partie des soins ou de la surveillance des malades est amenée à être automatisée.

Les illustrations sélectionnées par les différents médias me semblent assez intéressantes. Il y a, tout d’abord, celles qui montrent les robots industriels qui opèrent déjà, notamment ceux que l’industrie automobile utilise et qui ont déjà bouleversé durablement l’emploi dans le secteur.

robots_services

D’autres présentent des robots sur lesquels la recherche travaille effectivement et qui sont plus ou moins opérationnels, mais loin d’être généralisés. Les robots qui occupent des emplois souvent mal payés et mal considérés : entretien, service dans la restaurations, emplois saisonniers.

robots_mains

Je note que les mains sont un motif fréquent. Cet appendice, qui nous est caractéristique, est la cause de l’intelligence supérieure de l’homme, disait le pré-socratique Anaxagore, ou bien sa conséquence, lui répondait Aristote. Qu’on le prenne dans un sens ou dans l’autre, la main fait l’humain. Il n’est donc pas innocent d’offrir des mains à des machines.
On remarquera plusieurs poignées de mains, qui signifient la possibilité d’une forme de coopération ou d’entente. On remarque enfin, sur une des images d’illustration, un rappel visuel du doigt de Dieu, créant Adam dans un détail célèbre de la chapelle Sixtine, par Michel-Ange.

robots_uncanny_valley

Certaines images utilisées sont celles des androïdes japonais ultra-réalistes d’Hiroshi Ishiguro, que l’on emploie aussi souvent pour illustrer « l’Uncanny Valley », cette théorie qui affirme que plus l’aspect d’un robot est proche de celui d’un être humain et plus sa présence sera dérangeante, du moins tant que nous parvenons un tout petit peu à faire la distinction. Il n’est pas indifférent, dans ce genre d’article, de montrer des robots qui ont l’attitude ou l’apparence d’êtres humains.

robots_real_humans

J’ai même trouvé deux articles qui utilisent des images issues de la série Real Humans. Des images curieusement semblables, d’ailleurs, avec une rangée de robots en bleu de travail. Au fil de mes recherches, j’ai découvert une autre étude, diffusée il y a quelques semaines par le cabinet américain Gartner, qui affirme que, toujours en 2025, un emploi sur trois sera remplacé par un logiciel.

Certaines images utilisées pour illustrer ces questions ne sont pas dénuées de tension sexuelle, comme cette jolie femme apparemment harcelée, et en tout cas surveillée avec insistance par des robots clairement mâles, ou encore les étranges corps robotiques à tête de caméra de surveillance qui font du pole-dance créés par l’artiste Giles Walker :

robots_sexues

Un rapport du Pew Research Center, daté quant à lui du début du mois d’août dernier et s’appuyant sur l’interview de près de deux mille spécialistes des nouvelles technologies, prend lui encore la date de 2025 pour évoquer nos rapports aux robots. Il affirme que la robotisation détruira plus d’emplois qu’elle n’en créera tout en étant confiant dans le fait que des le processus fera naître des métiers que nous n’imaginons pas encore. L’élément de ce rapport qui a été le plus médiatisé de l’autre côté de l’Atlantique est l’affirmation, par un des interviewés, qu’en 2025 il ne sera pas rare de préférer un robot à un humain comme partenaire sexuel — c’est un peu ce qui arrive dans le film Her, par Spike Jonze : les rapports humains deviennent complexes, procéduriers, alors les machines ont l’avantage de ne rien exiger.

robots_amants

Je note au passage que les articles français ne semblent entendre le mot « robot » qu’au sens d’automates mécaniques (généralement humanoïdes) et ne parlent pas des drones et encore moins des logiciels, alors même qu’ils affirment que c’est le domaine tertiaire, les « cols blancs », dont le remplacement est à venir : pour les autres, c’est déjà en grande partie fait. Si tous ces articles nous parlent des robots qui nous remplaceront un jour, ne comptez sur aucun pour vous renseigner utilement sur leur aspect.

Enfin, pour illustrer ces articles sur l’avenir de l’emploi, certains médias n’hésitent pas à convoquer des visions de « soulèvement des machines »1.

robots_inquietants

Il faut dire que le rapport du cabinet Roland Berger est un peu anxiogène puisque selon Hakim El Karoui, qui a conduit l’étude, « La machine saura faire sans l’homme à très court terme ». La machine est donc présentée comme un concurrent de l’homme, sans rappel de quelques faits très simples : les machines ne sont pas créées par et pour des machines mais bien par et pour des hommes, et si elles « sauront faire sans l’homme » (comme presque tout ce qui existe sur cette planète), nous sommes loin du jour où la machine voudra faire sans nous.

Aristote (encore lui !), qui défendait l’esclavage, avait réfléchi à la question de la disparition du travail au profit des machines :

« Si chaque instrument, en effet, pouvait, sur un ordre reçu, ou même deviné, travailler de lui-même, comme les statues de Dédale, ou les trépieds de Vulcain, « qui se rendaient seuls, dit le poète, aux réunions des dieux » ; si les navettes tissaient toutes seules ; si l’archet jouait tout seul de la cithare, les entrepreneurs se passeraient d’ouvriers, et les maîtres, d’esclaves ».

La Politique, Livre I, chapitre 2.

Puisqu’il considère que les esclaves sont naturellement voués à leur état2, on se demande quel futur Aristote imaginait pour ceux dont plus aucun maître n’aurait besoin — problème qui n’était pour lui, il est vrai, qu’une hypothèse magique, mais qui est pour nous, depuis des décennies, une question concrète.

Bien entendu, la solution à l’irrépressible destruction des emplois n’est pas leur sauvegarde artificielle, mais, comme le réclamait déjà Proudhon en son temps, le partage ! Malheureusement, nous vivons dans une économie qui s’appuie sur la rareté et où l’on préfère que les progrès techniques, contre toute logique, nuisent à la prospérité générale, pour qu’un petit nombre en tire le plus immense profit. J’avais déjà causé ici de toutes ces questions dans un précédent article au prétexte presque identique, intitulé Des boulots dodos, de la mécanisation, et de l’urgence d’une formation au temps-libre.

  1. Formule issue de Terminator, et que s’approprie à juste titre Alexandre Laumonier dans ses livres 6 et 5, chez Zones Sensibles. []
  2. « il est évident que les uns sont naturellement libres et les autres naturellement esclaves, et que, pour ces derniers, l’esclavage est utile autant qu’il est juste » []

Combler les vides par l’image

octobre 13th, 2014 Posted in Images | 2 Comments »

J’ai vu plusieurs fois passer la série de photos qui suit, assortie d’une légende qui affirme que l’homme en blanc est un responsable de l’État islamique qui piétine les nourrissons des chrétiens qui refuseraient de se convertir à sa religion.
Renseignements pris, ces clichés montrent en fait une espèce de rebouteux qui pratique des guérisons à l’aide de méthodes douteuses, au Bangladesh.

bebe_ecrase

Tout va bien, ce bébé n’est pas piétiné sauvagement, juste soigné de manière un peu étrange.

C’est sans doute à fins de propagande que ce genre d’image est sortie de son contexte et re-légendée, mais il me semble évident que ceux qui la font circuler sont, eux, de bonne foi, et répondent avant tout à un vide : ils savent que des événements terribles se déroulent dans la zone contrôlée par l’État islamique, mais ces faits ne sont pas documentés visuellement, en tout cas pour l’instant, le lieu est un trou noir de l’information. Or c’est l’image qui donne une consistance aux faits. Ce n’est plus « When the legend becomes fact, print the legend » (L’Homme qui a tué Liberty Valence), mais : « Quand tu n’as qu’une légende, trouve une image ». À leur échelle et avec leurs moyens, les gens qui font circuler de telles images ne font rien d’autre que ce que font les médias réputés sérieux qui emploient des clichés d’archives décontextualisés pour couvrir les dépêches pour lesquelles ils sont « aveugles » — quitte à donner parfois un idée fallacieuse ou tendancieuse des faits qu’ils illustrent de cette manière.

Des images retweetées des milliers de fois et

Des images retweetées des milliers de fois et associées au « hashtag » #gazaUnderAttack qui, après enquête de la BBC, se sont avérées avoir été prises lors d’un autre conflit, parfois effectivement à Gaza, mais parfois aussi en Syrie ou en Irak.

On a vu le cas avec Gaza dernièrement : on savait plus ou moins ce qu’il s’y passait, mais les journalistes, en tout cas au début des bombardements, se trouvaient majoritairement de l’autre côté du mur, alors des particuliers qui soutenaient les gazaouites ont suppléé au déficit d’images pertinentes en diffusant des images issues de conflits antérieurs et/ou extérieurs, qu’ils faisaient passer pour de l’actualité. Gaza est pourtant un lieu relativement accessible aux journalistes, même sous les bombes, contrairement à la zone conquise par l’État islamique, organisation qui communique surtout sur sa violence ignoble envers les journalistes et les membres d’associations humanitaires.
Plus proche de la propagande pure et dure, les milieux dits « identitaires » sont très actifs lorsqu’il s’agit de faire circuler ce genre d’images :

...

à gauche, une image tweetée par un compte nationaliste obsédé par le « grand remplacement » et l’indifférenciation sexuelle. Il laisse cette image en ligne, retweetée plus de trois cent fois, alors que le bidonnage a été démonté dès sa publication : la photographie d’origine, à droite, a été prise en Grande-Bretagne (on voit un panneau du « tube » au fond de l’image d’origine) et le panneau de la caisse d’allocations familiales a été ajouté.

Au fond, c’est la même chose : il s’agit de faire exister des images qui ne sont pas disponibles. La différence, c’est que si ces images n’existent pas, cette fois, ce n’est pas par manque de photographes pour attester des faits, mais de manque de faits pour attester du bien-fondé d’un fantasme.

Retour de TEDx Montpellier

octobre 11th, 2014 Posted in L'art et moi, médiatisation | 5 Comments »

Voilà, c’est fait, la session 2014 de TEDx Montpellier a eu lieu, et j’ai survécu à l’expérience. Je dois avouer que j’appréhendais beaucoup : un des « dix commandements » TED est qu’il faut tout donner, faire la conférence de sa vie… Ça installe une certaine pression.
Il paraît que tous les TEDx ne sont pas faits dans le même esprit, on m’a raconté que dans certains, les « talkers » doivent répéter (et faire valider ?) jusqu’à leurs bons mots. Rien de ce genre ici, l’ambiance était plus que détendue et, à mon grand soulagement, il n’y d’ailleurs pas eu de répétition.

tedxMontpellier_groupe

de gauche à droite, au fond : votre serviteur ; l’explorateur des grands fonds Laurent Ballesta ; le skateboarder de chez Google labs James Davis ; Arshia Cont, de l’Ircam ; Benett Holmes et Fernand Dutilleux, tous deux membres de l’équipe organisatrice. Assises : la jeune entrepreneuse Marie Burlot ; Charlotte Dutilleux et sa maman Magali, organisatrice. Manquent sur la photo l’excellent artiste Tim Knowles ; la « pétroleuse » Barbara Glatz (qui comme moi était très angoissée avant et plus du tout pendant); et enfin Stéphanie Muchielli, membre de l’équipe, qui a emprunté mon appareil pour prendre cette photo. Et plein d’autres volontaires participant à la manifestation. J’étais l’intervenant le plus âgé. En marge de la session avait lieu une exposition de Gaëlle Berréhouc, qui cherche divers moyens pour matérialiser ou susciter le lien social, dans une démarche semi-amateur (ce n’est pas son métier) qui m’a bien plu.

J’ai réussi à dire à peu près ce que je voulais dire (oubliant moult anecdotes et digressions, tout de même), et j’ai pu constater avec plaisir après coup que ceux parmi le public qui sont venus me parler avaient assez bien compris mon propos, ou plutôt que ce que j’avais raconté résonnait assez pour que chacun en ait tiré quelque chose et ait à son tour une anecdote ou une réflexion à faire. Un léger malentendu, en revanche : beaucoup avaient compris que j’enseignais à l’école des beaux-arts de Montpellier, que je ne connais pas du tout.
Les interventions de la session étaient diverses mais se répondaient assez bien : beaucoup ont évoqué leur adolescence, notamment.

Dans environ un mois, après montage, la vidéo de l’intervention sera disponible sur la chaîne Youtube de TED, mais en attendant, on peut revoir l’intégralité du « live » d’hier sur le site de TEDx Montpellier. Mon intervention commence peu après la quarante-deuxième minute.

TEDx Montpellier (10 octobre)

octobre 8th, 2014 Posted in Après-cours, Dans le poste, médiatisation | 2 Comments »

Depuis que j’ai annoncé ma participation à TEDx Montpellier, qui se tiendra vendredi, mes amis me ressortent malicieusement l’article que j’avais écrit pour me moquer du format. C’est vrai, j’avais fait la critique du format TED, mais y participer ne me semble pas incohérent, j’aurais au contraire bien tort de ne pas saisir cette occasion de l’expérimenter. Accessoirement, Fernand et Magali Dutilleux, qui ont fondé l’événement, sont tout ce qu’il y a de sympathiques. Le sujet de la session sera « Les Jolies choses », et j’ai choisi de parler des étudiants en art, ce qui est culotté de ma part si l’on sait que pour me rendre à Montpellier, je vais sécher mon propre cours à l’Université Paris 8, et donc abandonner les étudiants dont je viens justement parler. Au fou !

tedxmontpellierJ’espère juste être à la hauteur, je n’ai pas assez de mémoire pour retenir par cœur un discours de dix-huit minutes (le temps imposé), et je ne saurais pas lire un texte écrit — je lis laborieusement à voix haute. Je serai soutenu par une présentation en images mais elle n’est pas terminée, alors que j’étais censé la transmettre hier. Mon texte non plus n’est pas fini, d’ailleurs, et j’ai l’impression qu’il contient des tas de choses sans intérêt, je commence à douter, et pourtant il va falloir que je fasse des répétitions. Bon, je retourne à ma rédaction.

Workshop « la mort » à l’école d’art du Havre

octobre 3rd, 2014 Posted in Études | No Comments »

Petit bilan en images d’une session intensive («workshop») de quatre jours consacrée au thème de la mort, à l’école supérieure d’art du Havre…

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Pour l’atelier, j’ai lancé un modeste blog intitulé « la mort », que je compte bien continuer à alimenter même si son but premier était d’évoquer la richesse du sujet pour inspirer les étudiants.

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Le dernier jour, Miki Okubo, qui a été en quelque sorte la marraine de cette semaine de travail, est venue nous montrer un petit film sur la mort de sa grand-mère et a nourri tout le monde avec des makis qu’elle a préparés et des cookies en forme de pièces de dix yens comme celles que l’on incinère avec les défunts pour qu’ils paient leur passage vers le monde de leurs ancêtres — un étudiant s’est intéressé à une tradition proche : dans l’antiquité gréco-romaine, on plaçait dans la bouche ou sur les yeux des défunts des pièces destinées à payer à Charon pour la traversée du Styx.

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Parmi les rendus, nous avons eu des étendards en cyanotype pour inventer un rite funèbre ; un cimetière pour souris ; un jeu de cartes « memory » évoquant toutes les personnifications mythologiques de la mort ; un sarcophage réfrigéré pour « furby » évocateur de l’état de semi-vie évoqué dans Ubik, de Philippe K. Dick, ou dans le film Dark Star, par John Carpenter ; des matérialisations diverses de fantômes.

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Mais aussi des objets moins littéralement rattachés au sujet, comme la mort du papier ; la mort et la renaissance d’un instrument de musique abandonné (qui, imparfaitement réparé, a un son lugubre) ; la mort dans les jeux vidéo ; ou encore la mort sur Second Life.

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L’utilisation des cendres cinéraires est revenue à plusieurs reprises, par exemple avec des bougies mélangées aux cendres et vendues avec un argument publicitaire humoristique : « éclairez vos proches », « Panne de courant ? Sortez mamie du placard ».

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On a aussi eu une pyramide de cendres ; une évocation de la théorie du microcosme et du macrocosme ; des tombes pour les morts célèbres du cinéma ; un cœur de friandises (plus réussi que ne le laisse croire la photo) ; un dispositif pour expérimenter l’état de mort imminente.

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Bien sûr, de nombreuses illustrations et récits séquentiels ; le mode d’emploi d’un système d’urne funéraire destinée à matérialiser le processus du deuil ; des photographies évocatrices du souvenir et de l’oubli des défunts ; un dispositif multimédia permettant de créer de la musique funèbre en fonction de paramètres objectifs.

Une guillotine pour suicidaires (qui n’a été testée — avec un succès inquiétant — que sur une courgette non-consentante) ; un cierge avec un visage ; une évocation du cas des gens qui se trouvent entre la vie et la mort et, enfin, un petit livre sur les morts ridicules retenues par l’histoire.

Le workshop a été l’occasion pour beaucoup de raconter leur rapport à la mort, de se souvenir d’anecdotes chinoises, philippines, japonaises, de s’intéresser au transhumanisme, à l’écologie, aux représentations,…
Une semaine bien remplie, donc.

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Ont participé : Maëva Gigon, Flora Huguenin, Antinéa Vinson, Laura Burdzy, Élodie Cutullic, Louise Ganot, Caroline Lefebvre, Julie Boullier, Dominique Gong, Anthony Pépin, Lison Pin, Louise Sanz-Pascual, Chloé Agnus, Philippine Hazard, Tiphaine Lehoux, Yacine Merchi, Alexis Picart, Lazare Barbage, Étienne Kazinetz, Jean Loisel, Lise Pigeon, Guillaume Ernoult, Alexandre Ferguth, Cécile Marie, Nicolas Tretout, Caroline Laguerre, Marjorie Ober, Maryse Poulvet, Camille Trimardeau, Loïc Deporte, César Henry et Flavien Planson. Bravo à tous !

(lire ailleurs : de l’art et des morts, par François Bon)

Futurs ?

septembre 20th, 2014 Posted in Design, Fictionosphère, Lecture | 5 Comments »

futurs_nicolas_novaSous-titré La Panne des imaginaires technologiques, le livre Futurs ?, par Nicolas Nova, aborde un thème qui m’est assez cher, à savoir le rapport entre le futur imaginé et celui qui se construit effectivement. L’angle, comme le titre le suggère, est de se questionner sur notre impression confuse d’avoir perdu notre envie de futur, sur la sensation que la science-fiction n’attire plus les foules1.

Il y a deux phrases clé dans le livre que Nicolas Nova juge assez importantes pour les rappeler plusieurs fois : « Le futur est déjà là. Seulement, il est mal réparti » (William Gibson) et « Une bonne histoire de science-fiction doit pouvoir prédire l’embouteillage et non l’automobile » (Frederik Pohl).
La seconde citation dit très bien ce qu’est la science-fiction : non pas un projet de divination des objets à venir, mais une réflexion sur les usages qui en seront faits, sur ce qu’ils changeront, et ceci considéré avec une petite dose de mauvais esprit, l’embouteillage n’étant, bien sûr, pas ce qui intéresse le plus les automobilistes.
La première citation rappelle une chose intéressante, qui est que le manque de renouvellement de nos projections futuristes vient en partie de notre conscience de la progression quotidienne des technologies, qui, dans une certaine mesure, vont plus vite que notre imagination, tout en se révélant souvent lentes à émerger en pratique ou décevantes parce qu’elles ne s’accompagnent pas des progrès humains qu’elles promettent : seul l’embouteillage est une certitude. Puisque le futur est déjà là ou puisque nous ne sommes pas sûrs qu’il sera meilleur que notre présent, nous peinons à rêver des technologies futuristes comme autrefois la voiture volante, le jet-pack ou le monorail.
Au fil de la lecture, on découvre ou on retrouve des notions que forge ou s’approprie l’auteur, telle que la saudade de futuro, le favela chic, le gothic high-tech, le Problème Walmart ou la créolisation.

...

Nicolas Nova, introduit par Sylvia Frederiksson pour une présentation de ses travaux au biohacklab « La Paillasse », le 12 septembre dernier.

Plus d’une fois au cours de ma lecture, j’ai fait, mentalement, des objections (« tiens, il a oublié de parler de… »), mais quelques lignes ou quelques pages plus loin, les sujets que j’aurais amené en commentaire étaient traités : le livre me semble très complet, donc. La partie qui m’a le plus intéressé est sans doute celle qui est consacrée au design « fiction », volontiers prospectif, utopique ou spéculatif, qui ne propose pas des solutions concrètes à des problèmes esthétiques ou fonctionnels, mais s’amuse à imaginer, parfois avec ironie, parfois aussi plus près de l’art ou de la littérature que du design tel que l’entendent la plupart des gens, les effets de telle ou telle possible (ou impossible) invention. C’est le genre de choses auxquelles Nicolas Nova et ses étudiants travaillent dans le cadre du Near Future Laboratory (qui œuvre entre Genève, Barcelone et la Californie). Ce que défend Nicolas Nova, avec divers excellents exemples, c’est que l’intérêt pour le futur n’a pas disparu mais qu’il diversifie ses supports et investit à présent l’art, le design et moult autres domaines2.
La lecture de l’essai est régulièrement distraite par des interviews : Alexandra Midal, Bruce Sterling, Fabrice Gyger, Warren Ellis,…

Lire ailleurs : Futurs : panne sèche ou Abondance ? Par Hubert Guillaud.

  1. Digression : avec les effets visuels de plus en plus surprenants que l’on sait créer à présent, la science-fiction est devenue un grand thème cinématographique, mais force est de constater que la science-fiction que l’on filme est souvent assez décevante en termes scénaristiques : les auteurs adaptés sont souvent anciens, leurs ouvrages sont simplifiés, rendus manichéens ou fleur-bleue… Même les adaptations de comic-books des années 1960 sont des versions simplifiées des originaux, c’est dire ! Cependant il existe des films de science-fiction ambitieux du point de vue scénaristique mais ce ne sont pas ceux qui sont destinés au plus large public. Je remarque, malgré tout que l’image sait faire passer d’autres choses que le texte : tester l’utilisation d’une interface et en montrer le prototype sans flou artistique, ou offrir aux sens une ambiance forte… []
  2. On pourrait parler par exemple du cinéma documentaire : il existe, sur les chaînes culturelles/scientifiques anglo-saxonnes des séries documentaires spéculatives : ce que deviendrait la Terre sans l’humain, ce qu’aurait été la nature sans l’extinction des dinosaures,… []

Zendegi

septembre 17th, 2014 Posted in Lecture | 2 Comments »

zendegi_couvertureJe peux dire que je suis revenu à la science-fiction, après des années d’abstinence, par un recueil de nouvelles de Greg Egan, Axiomatique, qui m’a ramené à la « hard science » que j’aimais tant lire adolescent. Greg Egan est un auteur très « geek », qui s’intéresse aux questions technologiques de notre présent ou de notre avenir proche, et qui en tire des récits efficaces. Après Axiomatique, j’avais entamé un roman, La Cité des permutants, que j’ai abandonné au bout de quelques pages (mais j’y reviendrai).
Cet été, un peu au hasard, j’ai acheté l’édition de poche de Zendegi, sorti en 2010 en Grande-Bretagne et deux ans plus tard en France, aux éditions du Bélial’. Je n’ai pas eu à le regretter.

Le premier point intéressant du roman est qu’il commence à peu près au moment où il a été écrit : son obsolescence est certaine, ce qui est à mon avis une manière pour l’auteur de ne pas se prétendre prophète et de se contenter d’exposer ce qu’aurait pu être l’histoire. Le cadre du récit est l’Iran de la République islamique actuelle, qui se trouve subitement chahuté par une poussé de fièvre populaire en faveur d’un peu plus de liberté et d’un peu moins de corruption et d’hypocrisie. Les deux personnages principaux sont Nasim Golestani, une jeune iranienne expatriée aux États-Unis, chercheuse en neurosciences, et Martin Seymour, un journaliste australien en mission en Iran, où il finira par trouver l’amour et s’établir. En 2027, quinze ans après la révolution qui a repris le pouvoir aux Mollah, Martin et son épouse sont libraires — car oui, au prix de quelques aménagements, Greg Egan fait le pari que le livre n’a pas fini d’exister —, et Nasim, revenue en Iran avec sa mère, travaille dans le domaine du jeu vidéo en ligne. Reprenant ses travaux de cartographie du cerveau, elle parvient à créer des personnages artificiels dotés de certaines caractéristiques de personnes réelles. Une célébrité du football accepte par exemple qu’un personnage artificiel à son image évolue dans le jeu, doté des mêmes réflexes appliquant les mêmes stratégies de jeu que lui.

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Le discret et mystérieux (personne ne connaît son visage) Greg Egan est programmeur informatique et a même publié quelques articles académiques sur des algorithmes. Il semble que la programmation ne soit plus son gagne-pain, mais pour Zendegi, il a réalisé une vidéo générée par ordinateur qui mêle circulation automobile et art islamique.

Je n’en dis pas plus, si ce n’est que très vite, cette technologie devient un enjeu philosophique et religieux : permet-elle de combattre la mort ? À quel point ?
Moins froid que les autres récits que je connais de l’auteur, Zendegi est un roman sensible, qui n’en est pas moins parcouru par une véritable intelligence des technologies, de leurs promesses et de leurs déceptions, qui regorge de réflexions sur la digitalisation, l’imitation, ou encore la manière dont nous gérons les défauts des systèmes informatiques que nous utilisons. Tout ce qui touche au contexte iranien semble très documenté ou est en tout cas suffisamment inspiré pour qu’on le croie.

WeIO, la plate-forme de l’Internet des objets

septembre 16th, 2014 Posted in Design, Interactivité | 17 Comments »

(une fois n’est pas coutume, le post qui suit est très « techno », puisqu’il traite d’un composant électronique)

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Quatre jours après son lancement sur la plate-forme Indiegogo, la levée de fonds pour la WeIO a largement dépassé son objectif. Un succès qui montre bien que cette carte de prototypage dédiée à l’Internet des objets (web of things) répond à des besoins que ne couvrent pas ses concurrents, à savoir Arduino, Wiring, Raspberry Pi ou encore Microchip PIC. Deux des membres de l’équipe qui produit WeIO, Uroš Petrevski et Jean-Louis Fréchin, m’avaient touché un mot de ce projet, à l’époque secret, il y a presque trois ans1 et je me souviens de la définition qu’ils m’avaient donné en substance : une carte qui embarquerait en série tous les éléments utiles pour pouvoir travailler vite et bien, dotée d’une vraie puissance de calcul, mais conservant ou dépassant la grande simplicité de fonctionnement d’Arduino. Le pari est réussi, mais pour le démontrer, il faut que j’explique rapidement quelques points.

Qu’est-ce que le prototypage électronique ?

La carte Arduino, dont le succès a fait naître toute une industrie et est un des modèles de WeIO, sert essentiellement à mettre traiter des informations venant de capteurs et à en envoyer d’autres à des actionneurs. Entre les capteurs et les actionneurs se trouve un cerveau rudimentaire programmable.
Par exemple, je peux créer un programme qui dit : si la broche 0, sur laquelle j’ai branché un capteur de température, m’indique qu’il fait moins de dix degrés, alors j’allume une lampe bleue connectée à la broche 13, si il fait entre dix et vingt-cinq degrés, j’allume une lampe rouge connectée à la broche 12, et s’il fait encore plus chaud, j’actionne le ventilateur qui est connecté à la broche 11.

...

Sur le stand WeIO lors de la première édition de Maker Faire Paris. La lampe-colonne de gauche est pilotée depuis un smartphone…

Plutôt simple, non ?2 La programmation permet de compliquer les choses, de multiplier les conditions, de temporiser, de répéter des actions. Le programme est conservé dans la mémoire de la machine et s’exécute sans s’arrêter dès que celle-ci est mise sous tension. Entre autres défauts, la carte Arduino de bas (Arduino Uno) n’est pas vraiment surdouée pour la communication. Si l’on veut qu’elle envoie ou reçoive des informations en réseau, il faudra lui ajouter un module (shield) dédié à cet usage, et souffrir un peu pour le programmer.
Si on parle de « prototypage » à propos d’Arduino, c’est parce que cette carte n’est pas destinée à des productions en série : cela reviendrait bien trop cher. Ainsi on crée des prototypes ou des objets uniques avec Arduino, mais si l’on veut passer à une échelle industrielle, on fait réaliser des circuits électroniques spécialisés.
Grand concurrent d’Arduino, la Raspberry Pi dispose de quelques connecteurs pour recevoir et envoyer des informations, mais aussi d’un « cerveau » bien moins rudimentaire. C’est, en fait, un ordinateur complet, sur lequel il faut installer un système d’exploitation comme Windows ou Linux. Je connais plus d’un acquéreur de carte Raspberry Pi qui a déchanté en découvrant qu’il fallait y adjoindre une carte-mémoire, un clavier, une souris et un écran pour pouvoir y installer le système et espérer ensuite rédiger des programmes pour l’utiliser. Le fait que cette carte soit un véritable ordinateur lui donne des capacités intéressantes, mais implique aussi une certaine lourdeur : démarrage, mots de passe, mises à jour, plantages…

Les particularités de WeIO

Pour comprendre les qualités de la WeIO, il faut la comparer avec ses concurrents. Le premier point marquant de la carte WeIO, c’est le fait qu’elle soit équipée d’une connexion Wi-fi. Un tel module fait automatiquement monter le prix de la carte (c’est pourquoi Arduino et Raspberry n’en sont pas équipés), mais le calcul est clair : l’Internet des objets ne peut se passer d’une connexion Wi-fi, alors autant que celle-ci fasse partie de la carte (ou même du processeur, dans ce cas), et soit gérée facilement et automatiquement par cette dernière.

weio_code

Dès que la WeIO est sous tension, elle devient un petit serveur web auquel on se connecte en Wi-fi et qui permet d’obtenir en permanence l’état de la carte et d’y éditer des programmes.

Le second point marquant, qui est lié au premier, c’est que toute carte WeIO est un petit serveur, exactement comme n’importe quel serveur sur Internet, capable de diffuser des pages web lisibles depuis un navigateur quelconque et grâce auxquelles on peut le piloter. Puisque la carte WeIO est équipée d’un processeur d’une certaine puissance (Atheros AR9331, cadencé à 400 Mhz), elle a besoin d’un système d’exploitation, mais il ne s’agit pas ici d’un système complet trop gourmand en ressources (quoique reposant sur OpenWRT Linux, ce qui a l’avantage d’ouvrir la plate-forme à d’innombrables pilotes de périphériques), et il n’y a pas besoin de l’installer, de le configurer ou d’avoir la moindre idée de son fonctionnement : il est sur la carte et ses éventuelles mises-à-jour se font sans notre intervention.
Ce genre de configuration robuste, avec processeur équipé pour le Wifi, système minimal et configuration accessible par navigateur web est le modèle employé par des appareils tels que les routeurs Internet, dont on attend qu’ils soient à la fois puissants, économes en ressources, et surtout, infailliblement robustes.
La puissance de WeIO lui permet, contrairement à Arduino, de faire tourner des programmes multi-tâches, et même plusieurs programmes simultanément. On dépasse là une limitation handicapante d’Arduino. Et le processeur et son co-processeur œuvrent en « temps réel », c’est à dire avec une très grande précision temporelle.
À part ça, la carte embarque huit ports analogiques, qui permettent de recevoir des informations adressées par des capteurs, et six ports « PWM » (digitaux mais capables d’émuler un fonctionnement analogique) destinés à commander des actionneurs (moteurs, leds, etc.). Si cela ne suffit pas, on pourra toujours associer à la WeIO une carte Arduino, qui sera accessible grâce au port USB standard, lequel peut aussi servir à commander un périphérique tel qu’une webcam. Un second port USB (micro) permet d’alimenter la WeIO et de communiquer avec elle via le port série. On peut étendre la mémoire de masse de la WeIO en y ajoutant une carte mcro-SD. Une interface Ethernet est aussi prévue, il suffit d’y souder un connecteur, mais cette possibilité n’est pas spécialement favorisée, car d’une part, la présence du Wi-fi la rend inutile, et d’autre part, la présence d’un tel connecteur augmente sensiblement l’épaisseur de la carte. Enfin, la WeIO dispose en série d’un capteur de température, soudé à la carte.

weio_interface

Le pilotage de la WeIO

Une grande particularité de cette carte, c’est qu’elle se programme dans deux langages familiers : le puissant langage Python, orienté objet, souple, lisible, utilisé autant en pédagogie que pour des applications industrielles de pointe ; le langage HTML5 (c’est à dire essentiellement Javascript), qui est devenu le standard commun aux sites web et aux applications pour tablettes et smartphones (Apple autant qu’Android). Une fonctionnalité singulière est le fait que l’on puisse accéder directement à tous les ports de la carte WeIO depuis une interface web : l’ordinateur avec lequel vous contactez votre carte WeIO vous la montre et vous permet d’y « lire » ou « écrire » des valeurs. On est loin de la procédure laborieuse (rédaction, compilation, téléchargement) qui s’effectue plus ou moins en aveugle sur Arduino.

Comme avec les autres systèmes de ce genre, les possibilités sont, selon la formule habituelle, sans limites. Elles le sont d’autant plus que ce matériel n’est pas soumis à un brevet paralysant : on peut réemployer les composants qui équipent la WeIO pour créer des circuits produits à échelle industrielle.

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Les connecteurs d’entrées/sorties ne sont pas orientés au dessus de la carte, mais sur ses côtés. Cette disposition permet à la WeIO d’être particulièrement plate. Même si cette considération peut sembler futile, je trouve une bonne physionomie à la WeIO, un joli dessin.

On peut en pré-commander les premiers modèles pour quatre-vingt six dollars (soixante-six euros, au cours d’aujourd’hui), auxquels il faut ajouter neuf dollars de port.

  1. Pour l’anecdote, ma fille cadette faisait son stage de troisième chez NoDesign (une des deux sociétés qui soutiennent WeIO, l’autre étant 8devices), ce qui me permet de dater la chose assez précisément. Outre Uroš (design et création) et Jean-Louis (design et stratégie), l’équipe est composée de Draško Drašković (création et ingénierie) et Saša Klopanović (relations de presse et marketing). J’imagine que l’on peut dire que WeIO est un projet international, ou en tout cas européen, puisque vilnuso-belgrado-parisien. À noter : Arduino est un projet né en Italie, et Raspberry Pi, au Royaume-uni, ce qui ne les a pas empêchés de connaître un succès planétaire. []
  2. Je rappelle à toutes fins utiles que Jean-Michel Géridan, Bruno Affagard et moi-même avons publié récemment un livre entier d’initiation à Arduino : Projets créatifs avec Arduino. De nombreux passages de ce livre s’appliquent à d’autres plate-formes qu’Arduino. []

C’est pas moi qui ai commencé !

septembre 7th, 2014 Posted in Lecture, Parano | 22 Comments »

Le livre sur Arduino est sorti il y a quelques jours. Enfin plus ou moins sorti, car il n’est apparemment pas encore en rayons dans les Fnacs et je n’ai moi-même eu mes exemplaires « auteur » que vendredi dernier (j’y ai aussitôt consacré une vidéo promotionnelle). Pourtant il a déjà un commentaire sur Amazon, daté d’aujourd’hui.

Un commentaire extrêmement négatif :

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…évidemment, chacun a le droit absolu d’avoir une opinion, mais celle de ce monsieur « ctvebr » est bien décevante pour les auteurs, mettez-vous à notre place : après un long travail de rédaction, on espère faire un peu plaisir à ses lecteurs.
Je suis allé jeter un coup d’œil aux autres critiques de ce monsieur « ctvebr ».
Elles sont toutes assez tranchées, et la plupart du temps, il déteste :

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Mais ce n’est pas une fatalité et il arrive que ses opinions soient, au contraire, empreintes d’un enthousiasme qui fait plaisir à lire :

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Bref, les livres sur Arduino ou Raspberry Pi, soit « ctvebr » déteste (presque tout le temps), soit il adore.
Comme j’ai mauvais esprit, je me suis demandé si, par hasard, ce « ctvebr » ne pourrait pas être un éditeur ou même un auteur concurrent. Pourquoi pas, par exemple, C* T* ((J’anonymise le texte de ce post, car je pense que le bonhomme a compris la leçon. Bien sûr, il est facile de trouver son identité ici puisqu’elle est écrite en toute lettres sur des images, mais au moins, on ne peut pas tomber sur ce post en le googlant.)) lui-même, puisqu’il adore son livre, juge que c’est un auteur à l’écriture plaisante et déteste tous les ouvrages concurrents. Les initiales concordent, non ? Enfin des initiales, ce n’est pas une preuve.

J’ai un livre de C* T*, justement. J’y avais consacré une critique sur Amazon. Je dois signaler qu’à l’époque il n’était absolument pas question que je vienne à participer un jour à un livre sur Arduino :

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La mention « achat vérifie » signifie que j’ai acheté le livre sur Amazon et que donc, je juge sur pièces. On remarquera que ma critique n’est pas méchante. Ceci dit elle n’a pas plu à tout le monde. Quelqu’un y avait répondu, à l’époque (en 2012 !), un dénommé « ctvebr » :

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L’auteur ? Comment ça, l’auteur ? Cela signifierait (je ne peux y croire !) que « ctvebr » et « C* T* » ne font effectivement qu’un ? Que ce monsieur défend ses publications, rédige des critiques dithyrambiques à leur sujet (c’est bien, d’aimer ce qu’on fait, hein), et flingue tous les concurrents, en collant des critiques assassines à des livres qui viennent juste de sortir ?

Ce serait un peu triste, non ? Un peu mesquin, un peu idiot ?
Il y aurait de quoi aller se cacher.
Voilà qui donne un bon aperçu de la jungle des avis de consommateurs diffusés en ligne et des arrières-pensées qui les animent.

Bonus (mise à jour : 8/9/2014 18:14)

Pour obtenir quelques explications, j’ai écrit un e-mail à C* T* en lui demandant s’il n’avait pas peur de manquer d’objectivité en critiquant un ouvrage concurrent des siens. Il me répond tout ignorer du livre :

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Aurais-je commis une erreur judiciaire ? Est-ce que « ctvebr » est un imposteur ? Ou bien est-ce que C* T* écrit des critiques de livres qu’il admet ne pas avoir lu ?

Workshop : la Mort

septembre 3rd, 2014 Posted in Études, Mémoire, Parti | 7 Comments »

Pour cette rentrée à l’école d’art du Havre, je propose un atelier de quatre jours (du 29 septembre au 2 octobre) consacré au thème de la mort. Il sera ouvert à une vingtaine d’étudiants de toutes les années programme/projet et toutes les filières (art, design graphique et création littéraire).

...

L’agonie de Valentine Godé-Darel, par Ferdinand Hodler ; Photographie post-mortem d’une enfant ; Momtomb, par Wolfgang Natlacen ; cercueils personnalisés, par François Lassere.

Voici le texte d’intention que j’ai proposé :

Pour certains, la mort est le grand sujet de la vie – ç’en est évidemment l’aboutissement –, mais nos sociétés modernes peinent à lui faire une place : nous ignorons les rites du deuil qu’observaient nos arrière-grands parents il y a un demi-siècle, les cimetières sont excentrés aux frontières des communes et leur aménagement est souvent d’une grande laideur. Tout se passe comme si nous ne voulions jamais y penser. Certains affirment (sans doute à tort) que l’omniprésence de la fiction ou du jeu vidéo dans l’imaginaire collectif rendent la mort encore plus difficile à imaginer concrètement que jamais. Le rapport d’une société à ses morts nous en dit long sur chaque société, c’est du moins ce que nous disent les anthropologues (qui définissent d’ailleurs parfois la spécificité de l’homme, parmi les grands singes, par le fait qu’il met le deuil en scène) ou des historiens de l’art comme Erwin Panofsky.
L’art et la mort sont liés de plus d’une manière : d’innombrables œuvres sont consacrées à la commémoration et au souvenir des défunts et pour certains, la création est un moyen, pour l’artiste, de survivre à son temps. Certains artistes ont fait du passage de la vie au trépas un sujet direct, comme le peintre Ferdinand Hodler qui a peint jour après jour l’agonie de sa maîtresse Valentine Godé-Darel – ce n’est qu’un exemple parmi des centaines. Le design est lui aussi concerné, comme on le voit avec des propositions utopiques (Afterlife, par Auger/Loizeau, les montagnes russes du jeune Julijonas Urbonas,…) ou concrètes (épitaphes multimédia, urnes bio-dégradables,…).

Pendant quatre jours, nous allons réfléchir au sujet, en artistes, en designers, ou en écrivains, et nous pourrons même (en amateurs), nous faire sociologues, écologistes, urbanistes, inventeurs de rites, théologiens, humoristes, philosophes… Tout est imaginable.

Je déconseille bien entendu aux étudiants qui se sentent fragiles vis à vis de ce sujet de participer à l’atelier : il faudra savoir faire preuve d’un minimum de distance.

Urne

Bios Urn, par Roger et Gérard Moliné ; Euthanasia coaster, par Julijonas Urbonas ; Afterlife, par Auger/Loizeau ; Une photographie du cimetière de Najaf

Cela fait des années que je parle d’organiser un « Workshop » sur la mort, dans la continuité directe de celui consacré à la Fin du Monde, en 2011, mais ce projet résonnera peut-être de manière funeste pour certains en cette rentrée, alors que l’école est en deuil de sa bibliothécaire, Sylvie Fortin, que nous avons tous appréciée et dont il est difficile d’imaginer que nous ne la reverrons plus.
Un peu avant les vacances, elle s’était démenée (avec succès) pour trouver une bibliothèque de la région qui puisse me prêter La sculpture funéraire de l’antiquité au Bernin, d’Erwin Panofsky, grand classique non-réédité, que je voulais relire pour préparer l’atelier.

Je suis preneur de toutes références, liens, expériences, qui m’aideront à confectionner un petit blog documentaire sur le thème.