Profitez-en, après celui là c'est fini

Portrait d’un troll

mars 29th, 2015 Posted in Interactivité, Le dernier des blogs ? | 55 Comments »

Qui est le « troll » qui sévit sur divers forums et blogs plus ou moins liés au design (et notamment le mien) depuis des années ?

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Image piquée sur la couverture d’un « pulp » français de la fin des années 1930, L’Homme qui a peur, par L.E. Chevalier, éd. Ferenczi, coll. Police.

Il change de nom régulièrement, mais son style s’identifie sans peine : s’affirmant grand spécialiste de l’enseignement supérieur du design et de la communication, il recourt souvent à des références qu’il ne partage qu’avec lui-même. Il commence souvent par poser des questions sibyllines puis, rapidement, s’emballe et peste contre les enseignants, les artistes, les fonctionnaires, enfin un peu tout le monde, avant de lancer, d’un air entendu, une saillie pas très claire du genre :

Tu n’es pas titulaire n’est-ce pas? Le public a bien décidé que tu étais un individu de « seconde zone » Seul le privé ferait cela d’après toi?. Oui mais il n’y a pas de système pour penser cela. Et pas de responsable à pointer. Tu n’as jamais été viré dans le public? Reims ou ailleurs? la encore pas de responsable à désigner. Juste c’est la faute au capitalisme, à l’europe, à la société etc.. Et le viole des gamines de 6 ans? Pas de responsable? Et les grands massacre d’Etat fonctionnaires pas de responsable?

Cheminement intellectuel assez torve, non ?
Pour lui, tout le monde naïf, victime d’une grille binaire, et en même temps hypocrite et intéressé. Quoi qu’on lui objecte, il change de pied, sans jamais répondre aux objections qui démontrent à quel point ses arguments sont contradictoires et faibles.
Il adore faire semblant de savoir des choses sur ses interlocuteurs, sur la foi d’une recherche généralement superficielle sur Google. J’ai eu un mal fou, par exemple, à lui faire comprendre que je n’avais pas le statut de fonctionnaire, sur lequel reposait sa démonstration. Il se défend d’être un « troll », pourtant, entre l’anonymat, la provocation gratuite et l’insulte, il correspond assez bien à ce qu’on entend généralement par « troll »1.
Récemment, je lui faisais remarquer qu’il ne faisais pas beaucoup d’efforts pour que je comprenne son propos. Il m’a répondu que ce n’était pas à moi qu’il s’adressait…

-Ton narcissisme a encore frappé! lol. Tu ne vois qu’une option: je m’adresse à toi et je dois donc faire que tu me comprennes. Sinon c’est que je me parles à moi-même! Tu es dieu dans une ( pardon ton) église.
Autres options: je n’ai aucun espoir que tu me comprennes.( A mon âge je ne suis plus aussi naif !!) je m’adresses à ceux qui lisent mais n’écrivent pas. J’espère plus réactions et ressentis. Ta grille est bien trop serrée et blindée pour espérer quoi que ce soit!

Il n’a pas tout à fait tort, sa prose a bien des lecteurs muets, tel « Elo de Courville », qui se cache lui aussi sous un pseudonyme et voit ce « troll » aux cent noms sévir sur des forums et des blogs depuis treize ans au moins. « Elo » a conservé tous les messages possible et a publié le résultat de son enquête hier dans ce commentaire et celui-ci.
Je ne reproduis pas ici ces textes, ils font près de cinquante mille signes, soit l’équivalent d’une quinzaine de pages standard. L’enquête porte sur les identités, les thématiques abordées, les anecdotes dispensées, le vocabulaire redondant, les fautes d’orthographe caractéristiques, mais aussi l’évolution du comportement du drôle qui, sur certains forums, allait jusqu’à se répondre à lui-même…

ouahouah

« Le chien aboie, la caravane passe », dit un proverbe oriental. On ne devrait pas s’occuper des trolls. Mais ils ne sont pas seuls à être un peu fous ! Entre moi qui leur réponds, et « Elo de Courville » qui les traque, nous formons une belle bande.

Qui est notre « troll », donc ? Impossible de le dire avec certitude, mais on remarque que l’ancien directeur d’une célèbre école privée de design a le même vocabulaire, les mêmes obsessions et les mêmes anecdotes improbables. À ses débuts, d’ailleurs, le bonhomme n’hésitait pas à encenser grossièrement l’école en question, qui seule trouvait grâce à ses yeux, tandis qu’il conspuait l’enseignement supérieur public, et plus violemment encore, les écoles privées concurrentes.

Quelle que soit son identité, le personnage est un peu pathétique, au sens français du terme comme à son sens anglo-saxon, et l’enquête d’«Elo de Courville» est tout à fait passionnante car elle rappelle que, si l’on peut brouiller les pistes, se cacher derrière divers noms, changer régulièrement d’adresses IP2, on n’échappe jamais à la personne que l’on est. Du reste, qu’un individu dépense tant d’énergie, depuis plus de dix ans, à rabaisser, à heurter, à insulter, et tout cela en se cachant derrière des noms divers, en dit bien assez sur la mesquinerie de son esprit, même si la source profonde de ses rancœurs restera sans doute un mystère.

  1. Certains défendent que le « troll » n’est pas une personne, mais le fil de discussion lui-même, dont le nom ne viendrait pas du « troll », créature scandinave mythique (dont le nom a donné, chez nous le mot « drôle »), mais du « trolling », la pêche à la traîne. Les deux étymologies finissent par se confondre. []
  2. Sur Internet, chaque ordinateur a une adresse IP. Il s’agit d’une série de chiffres telle que 82.120.74.62 ou 90.43.254.27, par exemple. Certaines connexions physiques sont constamment liées à une même adresse IP, mais d’autres se voient attribuer une nouvelle adresse à chaque fois redémarrage du modem. Dans certains cas, les adresses attribuées à la volée permettent de circonscrire les connexions à un périmètre géographique précis, mais dans d’autres, une même adresse peut avoir été attribuée n’importe où en France. Dans ce dernier cas, seule la justice peut établir la correspondance entre une adresse et une connexion en demandant au fournisseur d’accès quel abonné s’est connecté (par exemple) depuis l’adresse 82.120.143.118, le 27 mars à 23h56. []

Littératures graphiques contemporaines #4.3 :
Charles Berberian

mars 21st, 2015 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi 27 mars, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera l’auteur de bandes dessinées Charles Berberian. Né en 1959 à Bagdad et ayant passé sa jeunesse en Irak puis au Liban, Charles Berberian a longtemps vu son nom associé à celui de Philippe Dupuy, avec qui il a notamment créé les personnages d’Henriette et de Monsieur Jean, mais aussi publié des carnets de dessin (New York, Barcelone, Lisbonne, etc.) et le Journal d’un album, qui expliquait au lecteur leur processus de création à quatre mains. En 2008, Dupuy et Berberian ont vu leur œuvre commune consacrée par le prestigieux grand prix de la ville d’Angoulême, qui n’avait jamais été attribué à un binôme jusqu’ici et ne l’a pas été depuis.

charles_berberian

Aujourd’hui, les deux auteurs travaillent principalement à des projets séparés. Charles Berberian est aussi illustrateur (New Yorker, Telerama) et musicien.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 27 mars à 18 heures, dans la salle A1-175.
Cette troisième séance de la quatrième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Conférence à Cambrai ce soir

mars 19th, 2015 Posted in Brève, Conférences, Ordinateur au cinéma | 1 Comment »

Ce soir à dix-huit heures, à l’invitation de la médiathèque de Cambrai, je donnerai une conférence à l’école supérieure d’art de cette même ville. Le sujet en sera la représentation cinématographique des ordinateurs « pensants ».

Demon Seed (1977)

Ci-dessus : Demon Seed (1977), ou Generation Proteus. Sorti un mois avant Star Wars, ce film met en scène un ordinateur « conscient » qui a décidé d’assurer sa survie par la reproduction, et qui, dans ce but, séquestre et viole (si si) la malheureuse Julie Christie. À défaut de terminer mon article sur ce film, je le raconterai au public ce soir.

United States of Google

mars 19th, 2015 Posted in Lecture, Les pros, Parano | 6 Comments »

united_states_of_googleLa toute jeune maison d’édition Premier Parallèle a eu la bonne idée de publier au format poche un long article de l’hebdomadaire Die Zeit intitulé United States of Google, qui entend prouver, avec plus d’un argument, que Google, Apple, Facebook et d’autres se donnent comme vocation de remplacer les États, non parce qu’ils représentent d’immenses puissances financières — c’est aussi le cas des géants du pétrole, de l’automobile ou de la finance, mais ceux-ci préfèrent contrôler les États que leur suppléer, je pense —, mais parce qu’ils sont nés dans le contexte très particulier de la Silicon Valley, à la fois héritier des idéologies contestataires de la fin des années 1960, et tributaire, de par la culture de l’ingénieur, d’une approche technicienne, lucide et holistique des questions de société, d’urbanisme ou d’écologie. J’ajoute que l’article aurait pu mentionner que Sergey Brin et Larry Page (les fondateurs de Google), Jeff Bezos (créateur d’Amazon) ou encore Will Wright (créateur de Sim City) ont reçu une éducation Montessori, ce qui me semble loin d’être un détail.

...

Lundi dernier, la soirée de lancement des éditions Premier Parallèle, avec, outre United states of Google, deux autres essais : Des voix derrière le voile, par Faïza Zerouala, qui donne la parole aux femmes voilées, et La lente évasion, par Camille Polloni, qui suit l’apprentissage de la liberté par un détenu en semi-liberté.

Si Google et autres sont crédibles dans le rôle qu’ils se donnent, c’est peut-être, comme le dit Adrienne Charmet-Alix en postface, parce que, facilité ou incompétence, les États ont déjà abdiqué et confient aux géants des technologies un pouvoir exorbitant, notamment en termes d’accès à l’information, de possession des données personnelles autant que publiques. Certes, la disparition de la politique est une chose tragique, c’est la porte ouverte à une dictature des corporations comparable à la société décrite dans la dystopie Rollerball (1975), où la prospérité et la sécurité sont offertes à tous à la seule condition d’un abandon de la liberté de se poser des questions. Certes, les sociétés telles que Google ne sont pas forcément les meilleures garantes des libertés (information, expression) qui nous ont été apportées par Internet, à qui elles doivent leur fortune et qui est à présent leur arme. Il n’en reste pas moins que le chant de ces sirènes ne manque pas de charme. Google, tout particulièrement, nous promet un monde enfin tourné vers l’avenir, dans un savant équilibre entre rêverie futuriste et pragmatisme.
Aux politiques d’en faire autant s’il comptent survivre à cette concurrence.
Ah tiens, dimanche, on vote, il paraît.

The United States of Google, par Götz Hamann, Heinrich Wefing et Khuê Pham, traduit par Elisa Wenger et augmenté d’une postface d’Adrienne Charmet-Alix. 6,50€ en édition papier. 2,99€ en numérique (sans DRM).
ISBN : 979-10-94841-02-0.

Chappie

mars 16th, 2015 Posted in Robot au cinéma | 1 Comment »

chappie_afficheNeil Blomkamp, virtuose remarqué des effets spéciaux (Dark Angel, Smallville) et de la publicité avec des automobiles qui se transforment en robots géants a surpris le monde avec District 9 (2009), qui transposait le scénario de la fable anti-raciste Alien Nation (1988) dans les taudis de Soweto avec un film d’action réaliste et haletant. Le second long-métrage de Neil Blomkamp, Elysium, a un peu déçu le public par le caractère manichéen de son scénario, un conte sur la lutte des classes dont l’auteur ne renie pas le concept général mais pense à présent qu’il était possible de faire bien mieux, notamment du point de vue scénaristique1. Avant de réaliser Alien 5, Blomkamp est revenu aux robots, sujet récurrent de trois de ses excellents courts-métrages2, avec Chappie, qui raconte l’histoire d’un robot-policier auquel on implante une conscience. Comme dans District 9 ou dans ses courts-métrages, l’auteur utilise de manière fluide et efficace divers types d’images : caméra à l’épaule, caméra de surveillance, vision robotique, reportage, ou plans classiques de cinéma. Comme dans ses films précédents, les effets spéciaux sont assez parfaitement réalisés pour qu’on ne se pose jamais de questions techniques à leur sujet. Le design général (typographies, logotypes, armes, et bien entendu, robots), comme dans les deux films précédents du réalisateur, est très bien pensé et donne une vraie consistance à l’univers développé. Enfin, les décors — je pense à la célèbre tour « Ponte City Apartments » ou aux friches industrielles couvertes de graffiti — sont assez incroyables et, en tout cas, très dépaysants.

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Sans dire que le scénario est le point faible du film, on doit constater qu’il est, au premier abord, bien simple.
Le récit commence en 2016, l’an prochain, à Johannesburg, en Afrique du Sud, où la criminalité a poussé les autorités à équiper les forces de l’ordre de robots bipèdes autonomes, les « scouts ». Les robots sont construits par la société Tetravaal, où deux personnalités s’affrontent : Deon Wilson (Dev Patel, de Slumdog Millionnaire) et Vincent Moore (Hugh Jackman, l’interprète du super-héros Wolverine). Le premier, créateur des « scouts », est un chercheur passionné qui n’a qu’un rêve : créer le premier être artificiel conscient. Son rival, et même son ennemi mortel, est un ancien militaire, ancien chercheur pour la DARPA (agence de recherche de l’armée américaine) violent, rustre et bigot, qui porte un projet concurrent à celui de Deon, le « Moose » (l’Élan), un robot géant piloté à distance. La directrice de la société Tetravaal, Michelle Bradley (Sigourney Weaver, que Neil Blomkamp retrouvera sur le plateau d’Alien 5), n’encourage ni Deon Wilson ni Vincent Moore dans leurs projets.

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Alors que Deon a dérobé un robot défectueux à la société qui l’emploie pour continuer ses recherches, il est kidnappé par trois truands qui rêvent de trouver un moyen pour neutraliser les « scouts » : Amerika, Ninja et Yo-landi. Les deux derniers sont interprétés par Watkin Tudor Jones, dit « Ninja », et Anri du Toit, dite « Yo-Landi Visser », les deux chanteurs du groupe de rap sud-africain Die Antwoord, dont la musique est par ailleurs omniprésente dans le film.
Deon Wilson parvient à donner vie à Chappie (magistralement interprété par Sharlto Copley, l’acteur principal de District 9 et l’affreux Kruger d’Elysium, que l’on ne voit pas directement à l’écran), mais ce dernier a tout à apprendre et réagit comme un enfant apeuré. Ninja et, surtout, Yo-landi, deviennent ses parents de substitution, avec des arrières-pensées différentes, car si Yo-landi est subitement investie d’un fort sentiment maternel et essaie de stimuler la créativité de Chappie, Ninja espère surtout que le robot va l’aider à réaliser le braquage qui lui permettra de rembourser sa dette envers Hippo, un caïd local fou-furieux, et décide en conséquence de lui apprendre la violence à l’école de la rue. Seulement voilà : Deon Wilson a fait promettre à Chappie de ne tuer personne et de ne rien faire d’illégal.

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Comment convaincre un robot bien-élevé de participer à des braquages ? D’adopter le style « zef » de « Joburg » ? De même que District 9 parlait de racisme et Elysium, d’inégalités sociales, Chappie traite de manière souvent drôle de modèles éducatifs et de valeurs morales, avec des conversations qui font passer le robot de la petite enfance à la fin de l’adolescence en quelques jours seulement : il faut dire que la machine est endommagée et qu’elle cessera de « vivre » sitôt sa batterie déchargée. Cette histoire de robot en quête d’attitude et d’indépendance pourrait faire un bon film pour enfants, si ce n’est qu’il est bien trop violent pour que ça soit possible.
Je ne vais pas raconter la suite, mais ce qui m’a plu dans Chappie (car j’ai plutôt aimé) réside généralement dans les détails, les a-côtés du scénario : la petite famille soudée que se constituent les minables truands, opposée à la fragilité de la société Tetravaal, dont la présidente, malgré sa puissance financière, n’en mène pas large lorsque Chappie vient démolir l’open-space un peu ridicule où travaille le jaloux et inconséquent Vincent Moore. Hugh Jackman et Sigourney Weaver, habitués l’un et l’autre aux personnages solides, sont utilisés ici à contre-emploi.

Tetra Vaal (2004) (director, visual FX) Tempbot (2005) (director)

Dans Chappie, comme dans Tetra Vaal (2004) et Tempbot (2005), les robots ont des oreilles de lapin. On trouve ce même détail dans la bande dessinée AppleSeed, par Masamune Shirow — plus connu encore comme créateur de Ghost in the Shell.

On peut critiquer plus d’un détail du film. Il est émaillé d’invraisemblances techniques3 et scénaristiques, bien sûr, et développe une approche un peu douteuse de ce qu’est la « conscience », qui peut ici être transmise d’un être humain à un système informatique, ainsi que le voudraient les transhumanistes4, mais ne peut semble-t-il pas être dupliquée et n’existe qu’à un endroit à la fois. Ce qui ressemble furieusement au concept religieux de l’âme.
Ce genre de chose ne suffit pas à me faire bouder mon plaisir de spectateur. Au fond, l’unique détail qui m’ait un peu sorti du film, ce sont les « placements de produits » ostentatoires qui nous montrent avec insistance une marque d’ordinateurs et de consoles de jeu vidéo, et une boisson « énergisante » bien connues.

Reste que Neil Blomkamp, sans dépasser le niveau de son premier film District 9, confirme ici son talent de cinéaste spécialisé dans la science-fiction.

  1. Lire : New ‘Alien’ and ‘Chappie’ Director Neill Blomkamp On ‘Elysium': ‘I F*cked It Up’. []
  2. Les trois courts-métrages de Neil Blomkamp qui ont directement nourri Chappie sont Tetra VaalTempbot et Yellow. Son court-métrage Alive in Joburg a quant a lui inspiré District 9. Tous ces films sont sortis entre 2004 et 2006. []
  3. Les détails techniques ridicules ne sont pas forcément faits pour être pris trop au sérieux. Je pense par exemple au « dongle » USB sans lequel on ne peut modifier le logiciel des robots, aux noms de fichiers censés contenir le secret de la conscience, ou encore aux messages produits par les ordinateurs, qui tranchent de manière assez réjouissante avec les interfaces informatiques presque magiques qui sont montrées dans les films de la série Iron Man, par exemple. []
  4. Le transhumanisme est un mouvement d’idées qui affirme que l’espèce humaine est sur le point d’être capable de se modifier profondément elle-même grâce à la technologie, jusqu’à pouvoir échapper à ses limites naturelles : potentiel intellectuel ou durée de l’existence. Blomkamp se passionne pour ce sujet, tout en n’étant pas dupe, ainsi qu’il le dit dans Elysium, du fait que le progrès n’est jamais très équitablement partagé. []

Littératures graphiques contemporaines #4.2 : Pochep

mars 12th, 2015 Posted in Conférences | 3 Comments »

Demain, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera l’auteur de bandes dessinées Pochep. Né en 1967, Pochep a démarré sa carrière d’auteur de manière plutôt tardive, mais fulgurante, puisqu’après son blog, ouvert en 2007, il a rapidement publié dans la presse (L’Écho des savanes, 30 Millions d’Amis, Fluide glacial, La Revue Dessinée, etc.), a publié six albums, et participé à autant de projets collectifs, parmi lesquels Les Autres gens, de Thomas Cadène.

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Le travail de Pochep se caractérise par un humour de premier plan qui joue, entre autres, avec la notion de virilité, et développe une forme de nostalgie pour l’esthétique visuelle, et notamment vestimentaire, de la fin des années 1970.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 13 mars à 18 heures, dans la salle A1-175.
Cette seconde séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

The Imitation Game

mars 10th, 2015 Posted in Ordinateur au cinéma, Programmeur au cinéma | No Comments »

imitation_game_afficheLe film The Imitation Game (2014), du norvégien Morten Tyldum, entend rendre justice à Alan Turing dans toutes ses dimensions : en tant que prodige des mathématiques, en tant qu’acteur majeur du renseignement pendant la seconde guerre mondiale, en tant que créateur de l’ordinateur, mais aussi, bien sûr, en tant que martyr de l’homophobie, qui l’a sans doute conduit au suicide. J’écris « sans doute » car la légende dorée d’Alan Turing est devenue un peu plus complexe, à mesure que l’on étudie mieux son existence : son suicide n’est pas certain, et le traitement hormonal (la « castration chimique ») qui est censée l’avoir conduit aux dernières extrémités était terminé depuis plus d’un an au moment de sa mort. Mais The Imitation Game n’est pas une enquête historique rigoureuse, c’est un biopic Étasunien qui s’appuie sur un livre vieux de plus de vingt ans (Alan Turing: The Enigma, par Andrew Hodges). La trame est fidèle à la morale du film The Man Who Shot Liberty Valance : « This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend ».
Même s’il y fait allusion, le film évite prudemment de montrer Alan Turing s’empoisonnant avec une pomme recouverte de cyanure, car cette histoire, que j’ai moi-même colportée plus d’une fois, est sans doute fausse : on a bien retrouvé une pomme à demi-mangée à côté de Turing, mais personne n’a vérifié si elle était recouverte de cyanure.

...

Turing, diminué par son traitement hormonal, soutenu par son ancienne collègue et fiancée, Joan Clarke. « Viens, on va faire des mots croisés, ça va te détendre… Ou alors demain ».

On ne connaît pas tout de la vie d’Alan Turing, et il a bien subi les effets d’une odieuse loi homophobe (qui a eu cours jusqu’en 1967), donc il n’est pas forcément grave, à mon sens, d’avoir un peu forcé le trait, d’en faire un idiot savant incapable d’avoir des relations normales avec quiconque, même si l’on sait qu’il était un peu plus sociable et nettement plus capable d’humour que ne le prétend le scénario. Le personnage semble écrit dans le but de forcer Benedict Cumberbacht à reprendre son rôle de Sherlock Holmes, mais l’acteur parvient à éviter la confusion. La ressemblance est plutôt réussie, si l’on considère à quel point les visages de l’acteur et de son modèle diffèrent, mais Cumberbacht ne va pas jusqu’à imiter la voix caractéristique de Turing, que les témoins décrivent comme particulièrement haut-perchée, ni son rire suraigu.

L’intervention d’un enquêteur persuadé que Turing est un espion, n’hésite pas à falsifier un document pour accéder à un dossier militaire puis, sans l’avoir voulu, révèle l’homosexualité du mathématicien qui, en échange, lui raconte un épisode de la seconde guerre mondiale que l’on a dissimulé pendant des décennies, est un choix scénaristique un peu inutile à mon sens. L’enquête sert de prétexte à expliquer le célèbre « Imitation game », qu’on appelle désormais « Test de Turing », et à disserter sur la pensée machinique d’une manière que je juge passablement vaseuse.
Je remarque que le scénario fait du cambrioleur de Turing un homme prostitué dont le mathématicien aurait été le client occasionnel. Or à ma connaissance, il s’agit d’un homme avec qui Turing avait eu une relation de plusieurs semaines, sans transaction financière. Cette réécriture sert-elle à rendre compréhensible aujourd’hui le fonctionnement de la justice de l’époque ?

...

Séquence assez absurde : de méchants militaires venant interrompre les travaux d’Alan Turing car le monsieur en civil juge qu’ils coûtent trop cher, et le haut-gradé trouvent qu’ils n’avancent pas assez vite. Ce genre d’épisode est un peu démagogique : le spectateur se moque des personnages qui ne savent pas reconnaître le génie, or ce même spectateur ne reconnaît le génie que parce que l’histoire s’est passée il y a soixante-dix ans et que, par force, il prend le parti du principal protagoniste du récit.

L’importance du travail de l’équipe d’Alan Turing pour la victoire alliée est une réalité indiscutable, mais le film est, ici, abusivement romancé, donnant l’impression qu’une micro-équipe a vaincu l’Allemagne nazie à un cheveu près, en conflit avec une hiérarchie militaire bornée, capricieuse et méprisante envers les universitaires. Et ne parlons pas de la scène où Turing, cinq minutes après avoir cassé le chiffre d’Enigma, décide seul de ne pas prévenir l’armée qu’un convoi maritime va être attaqué par des U-boot, car il sait que sauver ces navires révèlerait à l’armée allemande que son cryptage n’est plus sûr. Il est évident que les décisions de ce genre, qui ont effectivement été prises à l’époque, n’étaient pas de son ressort.

Les années d’après-guerre sont étonnamment maltraitées, on y comprend que Turing aurait été un génie solitaire, créant, tout seul chez lui, un ordinateur… Mais en 1951, l’ordinateur tel que nous l’entendons était une réalité industrielle depuis des années (grâce aux travaux de Turing), et Turing, qui s’inscrit dans une histoire (il a suivi les cours de Wittgenstein et a fréquenté les premiers cybernéticiens, par exemple) a travaillé avec beaucoup de gens, sur plusieurs projets, et jouissait de suffisamment d’une considération et d’une reconnaissance suffisantes pour avoir été fait membre de la Royal Society — l’équivalent britannique de l’Académie des sciences.

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« ma machine est parfaite mais je refuse de rendre des comptes ou de l’expliquer à qui que ce soit car je suis un génie et pas vous ». Pas très crédible.

Les épisodes qui concernent la mathématicienne Joan Clarke sont sans doute les plus artificiels : elle arrive en retard à son examen d’embauche où elle se révèle la meilleure ; elle doit lutter contre sa famille qui veut la marier, forçant Turing à venir prendre le thé chez elle et à la demander en mariage ; tous les hommes, hors Alan Turing, pensent que le sexe de Joan Clarke la prédestine pour le secrétariat et préfèreraient que la guerre soit perdue plutôt que d’admettre son talent ; Turing fait sortir illégalement des documents secrets de la base de Bletchley Park pour aller les étudier avec sa protégée à la lumière de la bougie, après être passé par la fenêtre pour éviter la logeuse ; etc., etc., pitié ! La situation des femmes était absolument injuste, mais cela pouvait sans doute être montré de manière plus fine.
Keira Knightley, qui interprète Joan Clarke, est à mon sens le plus gros point faible du film car son physique et son jeu sont bien trop contemporains pour que l’on croie à son personnage. Elle fait de son mieux, mais ça ne suffit pas. Du reste, hors Turing lui-même, la plupart des rôles manquent d’épaisseur, malgré les excellents acteurs employés. L’acteur qui interprète Turing adolescent est très bon, même si toute la partie qui le concerne est surtout le prétexte à un « Rosebud » un peu plat : en souvenir de son amour d’enfance, Christopher Morcom, mort prématurément, Turing baptise sa machine « Christopher »,… Sauf qu’en réalité, le nom de la machine était « Bombe ». Le Christopher en question, dans le film, fait prendre conscience à Turing de son homosexualité, mais aussi de son goût pour le chiffre et de sa vocation de scientifique, ce qui correspond sans doute à la réalité et peut-être même, aux interrogations de Turing sur la possibilité que l’intelligence existe sous forme non-biologique.

"Good lord, Turing !"

« Good lord, Turing ! Ne voyez-vous pas que cette femme est en fait une femme ? Elle a forcément été aidée pour terminer ses mots-croisés »

The Imitation Game n’est pas un trop mauvais film, il se regarde sans déplaisir et il apprendra des choses aux gens qui ignorent tout de l’histoire d’Alan Turing, mais il ne s’agit pas d’une reconstitution fidèle, les questions techniques ou théoriques ne sont pas traitées avec beaucoup de pédagogie, et il était sans doute possible de faire bien mieux en termes de construction des personnages. Pas un mauvais film, donc, mais pas non plus un bon.

Sept ans

mars 8th, 2015 Posted in Le dernier des blogs ? | 2 Comments »

Sept ans de blog ! M’étonnerait que ça soit l’âge de raison. Mais cet anniversaire est, comme chaque année, l’occasion d’un petit bilan.
Le Dernier blog approche les mille articles publiés et cent soixante en brouillon, dont certains bien avancés. Il a été épaulé cette année par deux nouveaux espaces. Le premier est La Mort, un blog consacré, comme son nom l’indique, au thème de la mort, que j’ai lancé dans le cadre d’un atelier intensif qui s’est tenu cette année à l’école d’art du Havre. Le second blog, intitulé Fatras, est né alors que je n’étais plus sur Twitter et que je me sentais frustré d’un lieu ou m’exprimer de manière courte et légère. Une légèreté qui n’a tenu que jusqu’au sept janvier dernier, car après l’attentat meurtrier contre la rédaction de Charlie Hebdo, Fatras est devenu un peu sérieux, faisant le chronique des fluctuations de mon humeur au jour le jour. Sur le Dernier blog, j’ai rédigé un long article consacré au dessin d’actualité, mais mon article le plus lu, après l’attentat, aura été Où est Charlie ?, publié en septembre 2012, où je déplorais la tournure prise par le journal satirique : prenant un peu trop son rôle au sérieux, et ayant beaucoup perdu de sa fantaisie et de sa poésie depuis la mort de Reiser ou Gébé.

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Cette année, l’article qui aura eu le plus de succès, et de loin, s’intitule C’est pas moi qui ai commencé, et raconte comment un auteur de livres informatiques au travail par ailleurs respectable, a publié sur Amazon une critique malveillante de Projets créatifs avec Arduino, livre paru cette année dont je suis le co-auteur avec Jean-Michel Géridan et Bruno Affagard, Il n’avait apparemment pas lu l’ouvrage semble uniquement avoir eu pour motivation de saborder un travail directement concurrent du sien. Je l’ai démasqué sans erreur possible, et j’ai tiré de l’aventure un billet qui a fait rire beaucoup de gens. Par charité, tout de même, j’ai fini par ôter du texte le nom de cet auteur particulièrement mesquin. Il a été question d’Amazon encore dans un article intitulé Au revoir Amazon, où j’ai expliqué pourquoi je cessais de présenter sur mon blog des liens « sponsorisés » pointant vers des pages du célèbre site de vente.
Parmi les autres articles qui auront eu un succès plus ou moins important, se trouve Des livres, des lecteurs, des lectures, une énième réflexion sur l’évolution du livre, et plus récemment, L’automate supprimé par défaut de productivité, qui a eu l’honneur d’une reprise par Rue89.
Enfin, cette année, j’ai participé à TEDx Montpellier, où j’ai raconté au public ma vision des études en art, vision n’a pas beaucoup changé depuis l’article À quoi sert un étudiant en arts plastiques ?, publié en 2012. Ce TEDx marque une date : c’est la première fois que des gens ont payé une place pour m’écouter (parmi d’autres) parler dans un théâtre. Expérience plutôt amusante.
Et à part ça ? Je suis dans deux projets de livres, chacun commandé par un éditeur. Je préfère ne pas en parler pour l’instant mais je pourrai en annoncer les parutions d’ici quelques mois.

Littératures graphiques contemporaines #4.1 :
Ina Mihalache

mars 5th, 2015 Posted in Conférences | No Comments »

Jusqu’ici, les sessions du cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines ont surtout tourné autour de la bande dessinée.
La première session de notre quatrième année innove (ou triche) un peu, puisque nous accueillons une actrice et réalisatrice, Ina Mihalache, connue pour ses vidéos publiées sous l’intitulé « Solange te parle », et par ailleurs auteure de travaux radiophoniques pour France Inter et le Mouv’, et d’un long-métrage en instance d’exploitation, Solange et les vivants.

L'avant-première

La projection « équipe et contributeurs Ulule » du film Solange et les vivants, le 18 décembre dernier.

Le travail d’Ina Mihalache m’intéresse pour le rapport de proximité et d’intimité qui se crée entre l’artiste et son public, qui passe ici par son recours à des moyens de production simples mais réfléchis, adaptés à leur plate-forme de diffusion, autant qu’au personnage et à l’univers qu’elle développe. J’ai eu le plaisir de recevoir Ina à l’école d’art du Havre il y a trois mois, et il m’a semblé avisé de rééditer l’expérience avec les étudiants en arts plastiques à Paris 8.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 6 mars à 18 heures, dans la salle A1-175.
Cette première séance du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles.

Dix ans d’Oracle sur Wikipédia

mars 4th, 2015 Posted in Wikipédia | 4 Comments »

Je découvre avec surprise, grâce à une discussion récente, que l’Oracle de la version francophone de Wikipédia fêtera sa dixième année d’existence le dix-sept juin prochain.

pythie

Ce service permet aux internautes de poser des questions diverses auxquelles des pythies bénévoles passionnées de connaissance répondent, en n’hésitant pas à rembarrer ceux qui formulent leurs demandes sans faire preuve de savoir-vivre élémentaire, mais aussi les collégiens qui attendent que l’on fasse leurs devoirs, ou les hypocondriaques qui espèrent un conseil médical.

Je ne l’ai jamais mis sur mon curiculum vitae, mais il semble que je sois l’inventeur du nom « Oracle »1, comme le montre cet extrait de discussion d’époque :

wikipedia_oracle

En vérité, je n’étais pas allé chercher ce nom bien loin, je m’étais inspiré de celui de l’Internet Oracle, un service humoristique créé sur Usenet2 à la fin des années 1980, auquel on pouvait poser les questions que l’on voulait, qui étaient anonymement transmises à la personne qui venait de poser la question précédente. Les questions, comme les réponses, étaient souvent cryptiques ou philosophiques. On dit parfois que l’Internet Oracle est la première « personnalité virtuelle » d’Internet.

Sur la Wikipédia anglophone, le service équivalent à l’Oracle francophone, créé près d’un an plus tôt, en août 2004, se nomme Reference Desk.

  1. On doit créditer Rémi Kaupp, dit Korrigan, pour la création de la page. []
  2. Usenet est un système de forums basé sur l’e-mail qui existait sur Internet dix ans avant le web, mais dont l’usage décline depuis quinze ans. []