Profitez-en, après celui là c'est fini

Le tatouage, le hasard, le cinéma New Hollywood et le droit d’auteur

mai 19th, 2016 Posted in Bande dessinée | 1 Comment »

bedetheque_des_savoirs_le_tatouageLes quatre nouveaux titres de La Petite Bédéthèque des savoirs sortent cette semaine et j’ai eu le plaisir de les découvrir en avant-première.

Le premier que j’ai lu est Le Tatouage, par Jérôme Pierrat et Alfred. En voyant exposées les (très grandes) planches originales d’Alfred, je m’étais un peu inquiété pour la version réduite, mais c’était à tort, le résultat est parfaitement lisible. Comme c’était le cas de Les Requins (Bernard Séret/Julien Solé), Le Tatouage respecte parfaitement le contrat de la collection : une fois le livre refermé, on n’ignore plus rien du sujet. Et comme avec les Requins, j’ai été surpris de découvrir que le thème est plus riche et plus intéressant que je ne l’imaginais. Je peux résumer le livre d’une manière que j’espère intrigante en disant que la pratique du tatouage se perd dans la nuit des temps, mais qu’elle a, dans le même temps, une histoire extrêmement récente.

bedetheque_des_savoirs_droit_auteurLe droit d’auteur (Emmanuel Pierrat/Fabrice Neaud) est aussi un exposé complet sur son sujet. Le droit d’auteur est une question juridique sophistiquée, tributaire d’une histoire complexe, ce dont le livre en rend bien compte.

Fabrice Neaud utilise le dessin pour établir un dialogue souvent amusant avec un texte factuel qu’il aide à rendre intelligible et moins austère, à grand renfort de clins d’œils à l’histoire culturelle. M’intéressant moi-même au sujet, je reste un peu sur ma faim quant à la question cruciale de l’application des lois et des accords internationaux dans le monde réel. Je pense notamment aux polémiques sur l’efficacité de telle ou telle disposition de défense du droit d’auteur, aux utilisations abusives du copyright (par exemple à fins de censure idéologique) ou à l’activité réelle de telle ou telle société d’ayant-droits. Un abondant nombre de cas, et notamment de procès emblématiques, est toutefois cité.

J’attendais avec impatience Le Hasard, par l’excellent Étienne Lécroart — l’auteur qui a à mon goût le plus talentueusement porté l’Oubapo, c’est à dire la version « bande dessinée » de l’Oulipo — et par le non moins excellent Ivar Ekeland.

bedetheque_des_savoirs_hasardJ’ai d’ailleurs une anecdote à raconter au sujet de ce livre. La page 10 montre un arbre des aléas (et notamment des rencontres) qui ont mené à la naissance du livre. On peut bien entendu en augmenter chaque branche, mais il y en a une que je connais, car j’ai le plaisir d’y avoir modestement ma part. Il y est dit que c’est en regardant une vidéo que le directeur de la collection, David Vandermeulen, s’est intéressé au travail d’Ivar Ekeland. Mais c’est une simplification, car avant de visionner cette vidéo, il a fallu que David la trouve, et c’est là où j’interviens, je pense. David cherchait à l’époque un mathématicien de haut niveau pour le conseiller sur un dialogue du tome 3 de sa série Fritz Haber, il m’a demandé, un peu au hasard je pense, si j’avais une idée, et je lui avais suggéré le nom d’Ivar Ekeland, que je ne connaissais que comme lecteur pour son excellent essai Au Hasard. Quelques années plus tôt, dans le train Amiens-Paris, ce livre m’avait été conseillé par un collègue de l’époque, le musicien Ramuntcho Matta.
Nous n’étions jamais présents à Amiens le même jour, et donc nous ne prenions pas le train ensemble, mais cette fois-là, si ma mémoire est bonne, nous sortions d’une réunion — la dernière je pense, car peu après, comme une douzaine de mes collègues, j’étais viré dans des conditions que j’ai raconté ici l’an dernier. Ce jour-là, en tout cas, si Ramuntcho n’avait pas parlé du livre d’Ivar Ekeland avec enthousiasme, si le sujet ne m’avait pas intrigué, si j’avais oublié le titre et le nom de l’auteur1, si je n’avais pas eu l’idée, sept ou huit ans plus tard, de le signaler à David Vandermeulen, eh bien Le Hasard n’existerait pas, ou bien aurait d’autres auteurs et serait bien différent. Bien entendu, mille et un autres petits événements dont j’ignore tout ont conduit aussi à l’existence de cette bande dessinée.

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Il y a deux semaines, par une amusante coïncidence, Ramuntcho Matta est venu intervenir à l’école d’art du Havre dans le cadre du Master de création littéraire. Je ne l’avais pas vu depuis bientôt quinze ans. À cette occasion, je lui ai appris qu’un livre en instance de parution existait en partie grâce à lui.
L’univers est plein de surprises, de hasards et d’imprévu. Mais ce qui n’est pas une surprise avec ce livre, c’est qu’il est tout à fait excellent. Parfaitement lisible par les profanes, il a en fait le goût de trop peu, et j’espère que les deux auteurs vont prolonger leur collaboration avec d’autres sujets mathématiques. J’ajoute que la couverture est visuellement et conceptuellement très réussie, très futée, avec sa déesse Fortuna aux yeux bandés dont les ailes de papillon sont un attracteur de Lorenz dessiné sur un tableau noir.

bedetheque_des_savoirs_nouvel_hollywoodJe ne peux en revanche pas dire que je me sentais très attiré par la couverture2 du Nouvel Hollywood, par Jean-Baptiste Thoret et Brüno, même si les planches exposées au Salon du livre il y a deux mois donnaient plutôt envie. Ce livre restera ma vraie bonne surprise de cette livraison, car il m’a permis de comprendre tout un pan de l’histoire du cinéma, de la fin des années 1960 au début des années 1980, voire à aujourd’hui. Il s’agit d’un livre d’histoire, mais aussi d’un essai, presque d’un pamphlet, qui tente de manière convaincante de donner un sens à une véritable révolution du cinéma autant qu’au mouvement de retour à l’ordre qui a suivi. J’avais bien remarqué les particularités du cinéma d’une certaine époque — qui se trouve être mon enfance —, et j’ai toujours été frappé par la différence entre ce cinéma et ses suites ou ses remakes : happy-ends forcés (Rollerball, Stepford wives, I am legend,…), questions de couple moralisées, héroïsme forcément victorieux à la fin, promotion d’un certain ordre social3

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Thoret lie les changements thématiques à des choix purement cinématographiques, plastiques, et si il faut désormais que je revoie plusieurs films pour vérifier ce qui est raconté, l’exposé est très convaincant. Le livre, bien sûr, donne envie de revoir des films ou de voir ceux que l’on ne connaît pas déjà.
Le dessin de Brüno et son choix d’un traitement bichrome parviennent très bien à évoquer le cinéma et ses icônes. Vraiment un excellent livre, donc.

Chaque ouvrage de la collection se trouve en librairie pour dix euros seulement. Ces quatre-là sortent demain.

  1. Je ne note jamais les noms des livres que l’on me conseille, me disant que simon cerveau fait l’effort de les mémoriser, alors c’est qu’ils méritent d’être achetés — j’ai souvent l’occasion de regretter ce principe mais il m’évite d’acheter trop de livres. []
  2. Pour une raison que je ne saurais expliquer, je me sens toujours dérangé par les images qui contiennent des personnages dessinés à plusieurs échelles, ce qui est le cas ici. []
  3. Le livre n’en parle pas du tout mais j’ajouterais, comme grand changement, l’emploi de stéréotypes jusque dans la morphologie des acteurs — au début des années 1980 on pouffait en voyant le physique de Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger, mais désormais, ils nous semblent assez banals et même les acteurs qui interprètent des maigrichons ont des bras gros comme des cuisses et des muscles abdominaux saillants et contractés en permanence comme ceux des figures constipées d’Arno Breker, le sculpteur nazi. []

Littératures graphiques contemporaines #5.4 :
Delphine Maury

mai 6th, 2016 Posted in Conférences | No Comments »

Vendredi 20 mai, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Delphine Maury.

Née en 1973, Delphine Maury a effectué des études diverses (droit, médecine, ethnologie, métiers de l’édition) avant de travailler dans l’édition, devenant notamment journaliste pour la presse destinée à la jeunesse. Un temps lectrice de scénarios, elle décide de produire ses propres récits, notamment pour la série Ariol, et enfin, pour sa création Les Grandes grandes vacances, qui a récemment reçu le prix de la meilleure série internationale au 23e festival d’animation de Stuttgart et dont nous avons déjà reçu le réalisateur, Paul Leluc.
Avec sa société Tant mieux prod, Delphine Maury est aussi productrice de la collection de court-métrages En sortant de l’école, au sein de laquelle de jeunes diplômés d’écoles d’animation sont invités à illustrer des poèmes (Jacques Prévert en 2014, Robert Desnos en 2015, Guillaume Apollinaire en 2016).

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 20 mai à 18 heures, dans la salle A1-175.
Cette troisième séance de la cinquième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles et de la capacité des visiteurs extérieurs à trouver la salle.

Sous pression

avril 24th, 2016 Posted in Bande dessinée, indices | 2 Comments »

(J’évoque ici deux livres écrits dans des humeurs, selon des perspectives et pour des raisons bien différentes, mais qui me semblent l’un et l’autre liés dans ce qu’ils racontent de notre époque. Pour les gens qui liront en diagonale, je me dois de préciser que je ne remets en aucun cas en cause le choix d’avoir ou de ne pas avoir des enfants)

infliger_la_vie_1Le titre de l’album d’Oriane Lassus est assez violent : Quoi de plus normal que d’infliger la vie ?
La couverture, quant à elle, montre les organes biologiques comme un bricolage un peu sale. La vie, que certains qualifient de merveilleux cadeau, de hasard heureux, de mystère précieux, enfin toutes ces choses un peu bêtes mais pas forcément fausses que l’on dit, n’est plus ici un don, mais quelque chose que l’on inflige, quelque chose qu’on subit sans l’avoir sollicité, une souffrance, une douleur, une injustice. Le propos de l’auteure est de répondre coup pour coup à l’injonction à devenir parent : « tu ne veux pas d’enfant ? Tu es sûre ? Tu changeras sûrement d’avis un jour,… »
Cette manière d’aborder le sujet m’intéresse, tant ma propre expérience est éloignée de celle de l’auteure. Non seulement cette pression est principalement subie (et je crois aussi, exercée) par les femmes, mais je n’aurai pas eu le temps de la connaître, même à petites doses, puisque je suis devenu père, sans l’avoir le moins du monde planifié, à l’âge où on entame ses études, et je me souviens plutôt d’amis de mon âge, qui sont devenus parents dix ou quinze ans après moi, qui étaient à l’époque inquiets du fait que j’aie un enfant plutôt que du contraire. Et ce sont leurs réactions à eux, leurs bons conseils, leurs sombres prédictions et leurs injonctions que j’ai parfois vécu comme une violence, même si je n’en ai pas fait grand cas et que je n’ai jamais regretté mes choix et non-choix de vie une seconde.

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Ce que l’on comprend sans peine dans l’album, c’est qu’il est rageant pour une femme nullipare de constater que son absence de projet de maternité rend sa propre existence à peu près inutile aux yeux de certains ou de certaines, qui semblent se demander à quoi peut bien servir une femme qui ne compte pas procréer. On ne fait pas cette insulte aux hommes. On comprend aussi qu’il est encore plus rageant que l’on explique à une femme qui ne veut pas d’enfants qu’elle se trompe sur son propre désir et qu’elle finira bien par changer d’avis.
L’auteure évoque d’autres malédictions de la vie de femme, à commencer par les règles et les douleurs de l’accouchement.

Le réflexe qui pousse à penser que l’enfant est le but même de toute vie de couple est compréhensible : après tout, c’est bien pour la perpétuation1 que la nature a mis au point la reproduction, et donc le désir, la séduction, le plaisir ou encore l’amour. Mais la nature, toujours elle, n’interdit aux humains (mais il n’en va pas de même pour toutes les espèces) aucune de ces activités, sensations ou sentiments en dehors de la reproduction, et n’impose à personne de les relier.

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Très rationnellement, on peut même constater que le monde est déjà bien assez peuplé comme ça, que sa démographie progresse d’une manière incontrôlable et qu’il gagnerait à ce que toujours plus de gens renoncent à avoir des enfants. Lorsque j’étais petit, on s’alarmait de la surpopulation. On n’en parle plus beaucoup aujourd’hui, alors même que notre nombre a doublé, que notre pouvoir de nuisance envers la planète croît plus rapidement encore, et que notre semblant de prospérité repose sur des ressources dont le nombre est fini.
Les médecins sont visiblement très mal à l’aise avec l’idée de la ligatures des trompes, qui ramène forcément à un siècle de stérilisations chirurgicales contraintes motivées un eugénisme raciste, handiphobe ou économique, mais de manière froidement comptable, peut-être est-il effectivement dommage pour notre planète que cette pratique ne soit pas plus répandue.

En sourdine, on comprend que la laideur du monde à venir est une autre raison de la non-envie d’enfant de l’auteure, qui suivant un paradoxe logique aussi étrange qu’intéressant semble se dire qu’en ne permettant pas à un enfant d’exister, on le protège. De la brutalité de l’existence, du formatage de l’école, de la prison du genre, de l’injustice sociale. Il y a peut-être face à tout cela, une forme de peur par anticipation de l’échec : puisqu’il est impossible d’être un bon parent, de protéger son enfant de tout, alors lui donner la vie devient une idée insupportable. Cela va bien au delà du point de départ du livre, qui est de contester l’obligation sociale à désirer enfanter. Le livre a donc une portée plus intéressante, il parle d’une forme d’angoisse vis à vis du monde actuel.

seducteurs_de_rueHasard, j’ai lu ce livre juste avant Les séducteurs de rue, dessiné par Léon Maret d’après une enquête de Mélanie Gourarier, et publié dans la remarquable collection Sociorama chez Casterman2.
On y voit exposée une misère affective masculine effrayante : face à une angoisse de la frustration et à leur incapacité à séduire, des hommes se forment à des moyens faciles, rapides et presque scientifiques (s’appuyant notamment sur les méthodes de manipulation mentale découvertes de la psychologie sociale) pour y parvenir. Le livre est un peu à part dans la collection Sociorama, car il ne s’en tient pas aux faits objectifs mais s’intéresse aussi à l’imaginaire et aux états mentaux de ces chasseurs de zéro-six, qui sont « coachés », entraînés à l’invention de phrases d’approche, font une utilisation savante du langage corporel, et apprennent à aborder des milliers de femmes plutôt qu’à tomber amoureux d’une, ce qui, si on se fie au parcours du protagoniste principal du récit, est plutôt une bonne chose, puisqu’il est passé de l’état de voyeur-harceleur obsessionnel d’une seule infortunée à celui de gène ponctuelle pour des centaines : le préjudice est en quelque sorte dilué. Je dirais que cet album est le plus littéraire de la collection, parce qu’il ne nous dit pas tout, le lecteur n’a pas toutes les clefs pour distinguer ce qui relève, chez ces dragueurs de rue, de la rêverie collective, du fantasme, et à quel niveau on doit comprendre le fait qu’ils considèrent le film Fight Club comme un modèle3. On sait en quoi ils croient, mais rien n’indique que leurs techniques aient un effet sur autre chose que sur leur confiance en eux-mêmes, et aient d’autre utilité véritable que de créer un lien viril entre hommes unis par la même quête éperdue du piège à filles qui fait crac-boum-hue.

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Confusément, j’ai l’impression que ces deux livres sont liés, qu’ils parlent d’un même monde, d’une société assez dure où l’on n’arrive pas à avoir confiance en soi, où tomber amoureux semble être une montagne si élevée que l’on préfère consommer l’autre plutôt que tisser un lien avec (pour parler des dragueurs de rue), où l’on se sent coupable de ne pas vouloir d’enfant, ou en tout cas oppressé par ceux qui trouvent un tel projet naturel, où l’on se sentirait criminel d’être parent, où toute remarque est reçue comme une insulte ou comme un ordre, où toute décision ou non-décision doit être soutenue par une philosophie, un discours militant ou un mode d’emploi4. Ces deux livres me semblent exprimer un changement de rapport au conformisme social, qui éprouve plus de difficultés à s’exercer naïvement, sans conscience de lui-même, et qui crée de la souffrance pour ceux qui y résistent autant que pour ceux qui en cherchent la recette.

  1. Selon que l’on soit biologiste, philosophe, poète, religieux, la nature de la perpétuation recherchée varie : celle de chaque gène, celle d’une lignée familiale, celle de l’espèce humains ou encore, du principe de la vie. Peu importe – au fond tout est vrai. []
  2. La collection Sociorama, dirigée par Lisa Mandel et Yasmine Bouagga, rend compte d’études sociologiques sous forme de bande dessinée. Déjà parus : Chantier interdit au public, la fabrique pornographique, les personnels navigants et les séducteurs de rue. []
  3. Je n’en dis pas plus, pour ceux qui ne connaissent pas le film. []
  4. D’où peut-être l’attrait qu’inspire la société états-unienne, dont le talent est de ritualiser la vie en commun, ou la séduction qu’inspirent des sociétés traditionnelles (véritables ou fantasmées), qui garantissent à chacun une place qui, à défaut d’être enviable, est stable. []

Littératures graphiques contemporaines #5.3 : Julien Neel

avril 18th, 2016 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi prochain 22 avril, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Julien Neel.

Né en 1976, Julien Neel s’est fait connaître avec la série Lou!, dont le personnage principal est une pré-adolescente que l’on voit grandir au fil des albums. Cette série a fait l’objet d’une adaptation en série d’animation, puis d’un long-métrage réalisé par l’auteur lui-même. Julien Neel est aussi l’auteur d’un one-shot intitulé Chaque Chose, et vient de commencer une nouvelle série, Le Viandier de Polpette, avec Olivier Milhaud.

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La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 22 avril à 18 heures, dans la salle A1-175.
Cette troisième séance de la cinquième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles et de la capacité des visiteurs extérieurs à trouver la salle.

[Annulation] Littératures graphiques contemporaines :
Claire Wendling

avril 12th, 2016 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Important !

Ainsi que je le redoutais, la rencontre avec Claire Wendling ne pourra finalement avoir lieu demain vendredi 15 avril.
La date avait été choisie du fait de son passage à Paris pour la convention Paris Comics expo, mais cet engagement s’avère malheureusement totalement incompatible avec la date et l’horaire que j’avais prévu. Nous tenons à nous excuser auprès des étudiants concernés.

La cité et les astres

avril 8th, 2016 Posted in Lecture, Ordinateur célèbre | 1 Comment »

la_cite_et_les_astresL’écrivain britannique Arthur Charles Clarke (1917-2008) est connu pour avoir offert à la science-fiction une des ses intelligences artificielles les plus marquantes et en même temps, les moins fantaisistes — puisque rien n’est magique dans son fonctionnement —, HAL9000, l’ordinateur de bord du vaisseau spatial Discovery, dans le film et le roman 2001: A space odyssey. Mais sa carrière d’auteur, de vulgarisateur ou de scientifique est bien plus riche que cela.

Lecteur de pulps américains dans sa jeunesse, passionné d’astronomie et de sciences en général, Arthur C. Clarke a servi dans la Royal Air Force pendant la guerre, employé à inventer les radars d’approche tels qu’on en utilise toujours aujourd’hui pour aider des avions à atterrir quelles que soient les conditions de visibilité. Il était alors dépourvu de qualifications universitaires, comme de nombreux passionnés employés par la recherche scientifique pendant la guerre. Dans ce petit pays menacé, mais dirigé par un premier ministre notoirement avide de sciences et lecteur de science-fiction, le talent, l’efficacité et les idées originales semblent avoir souvent primé sur l’intimidation académique et ses raideurs administratives. On sait la vitalité intellectuelle qui en a découlé et le nombre d’inventions majeures que nous devons à cette période. Après la guerre, Clarke a pu étudier les sciences à l’Université et est devenu chercheur. C’est dans ce cadre qu’il a apporté sa contribution la plus célèbre à l’histoire des technologies en proposant l’idée d’utiliser des satellites artificiels placés en orbite géostationnaire1 comme relais de communications radio. À la fin des années 1950, sa carrière d’auteur littéraire, entamée avant guerre, a pris le pas sur sa carrière d’homme de sciences. Il a publié des ouvrages de vulgarisation scientifique et, bien entendu, des nouvelles et des romans de science-fiction. Son premier récit ambitieux, conçu dès 1937, publié sous forme de Novella en 1948 puis repris sous forme de roman complet en 1953, est Against the Fall of Night. Soucieux d’y intégrer des connaissances scientifiques pointues, Clarke a entamé dès 1954 la rédaction d’une ultime version du même récit, La cité et les astres, qui paraîtra en 1956 et qui est l’objet de cet article. À la surprise de l’auteur, de nombreux lecteurs ont préféré le récit d’origine, et les deux continuent d’être publiés dans les pays anglo-saxons — mais pas en France où, sauf erreur de ma part, Against the fall of night n’a pas été traduit.

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La couverture du numéro de novembre 1948 de la revue Starling Stories, où est parue la première version (sous forme de novella, c’est à dire de court roman) de Against the fall of night, ainsi que l’illustration qui sert de frontispice au récit.

Dans les deux romans, situés dans un futur très lointain, Alvin est « l’unique », le premier homme à naître dans la cité Diaspar depuis des milliers d’années. Les autres habitants sont immortels, d’abord parce que leurs organismes fonctionnent pendant des millénaires, mais aussi parce qu’ils disposent d’une technologie qui leur permet de se réincarner, en laissant de côté les souvenirs qu’ils ne veulent pas conserver et en n’ayant même pas la curiosité d’apprendre ce que leurs ancêtres ont délibérément voulu oublier de leur histoire, qu’ils connaissent bien mal. Leurs nouveaux corps, fabriqués artificiellement et dépourvus de nombrils, ne vieillissent pas et naissent adultes. Les souvenirs de leurs existences antérieures ne leur reviennent qu’à l’âge de vingt ans. De temps en temps, naît un « unique ». On ignore leur rôle, on ignore s’ils en ont un, mais on sait que tous ceux qui ont existé ont un jour disparu, et on ignore où : depuis des millions d’années, la ville de Diaspar, qui fonctionne en totale autarcie, est le dernier endroit habité et habitable de la Terre, car après avoir conquis les étoiles, l’espèce humaine a été réduite à néant par une espèce extra-terrestre, qui lui interdit pour toujours de quitter sa planète d’origine. Puisque Alvin est différent de ses compatriotes, il rêve de sortir de la ville pour voir ce qui se trouve au delà de ses murs, vérifier si la solitude de Diaspar est bien absolue, et, peut-être, comprendre un peu mieux l’histoire de l’humanité. Pour tous les autres, ce projet est effrayant et contre-nature.

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Les couvertures de quelques unes des éditions de Against the fall of Night.

La cité et les astres est un roman très riche thématiquement (fin du monde, dystopie, épopée spatiale, cybernétique, exobiologie,…) qui se distingue essentiellement de son ébauche Against the Fall of Night par l’intervention de l’ordinateur, technologie que l’on retrouve à plusieurs moments du récit2. Tout d’abord, les habitants de Diaspar ont pour loisir principal de participer à des « sagas », des aventures virtuelles dont le fonctionnement technique n’est absolument pas détaillé mais qui évoquent, pour le lecteur de 2016 (et je doute que ça soit un anachronisme) les jeux vidéo d’aventure en réseau. On ne joue pas avec un écran ni avec un casque de réalité virtuelle, les sensations et les images sont transmises directement au cerveau :

« [les sagas sont] des mondes imaginaires (…) du moins presque tous le sont, même si certains se basent sans doute sur des faits historiques. Les cellules mémorielles de la ville en contiennent des millions : on peut y choisir l’aventure ou l’expérience que l’on veut, et elle semble absolument réelle tant que l’esprit en reçoit les impulsions. »

La représentation virtuelle revient un peu plus tard dans le livre, alors que le héros consulte le cadastre de la ville, qui prend la forme d’une maquette simulée en trois dimensions (indiscernable d’une véritable maquette), que l’on pilote depuis une console et un écran de contrôle, et qui permet de connaître les états de la ville au fil des époques.

Pour les ordinateurs, les circuits mémoriels et les multiples mécanismes qui créaient l’image regardée par Alvin, il ne s’agissait là que d’un simple calcul de perspective.

Si l’idée de produire une image en trois dimensions à partir de données calculées informatiquement nous semble banale à présent, ce n’était pas du tout le cas il y a soixante ans, même si la géométrie projective, qui sert de base aux calculs de représentations en trois dimensions, a commencé à être théorisée dès l’antiquité. Le graphisme informatique de l’époque se limitait aux dessins géométriques de John Whitney senior sur des oscilloscopes. Rappelons que les ordinateurs n’avaient pas encore d’écrans.
De manière plus banale à l’époque de la sortie du roman, Clarke imagine que les communications en visio-conférence feront partie du quotidien des habitants de Diaspar. Il ne fournit pas de détails techniques, mais on comprend que les dispositifs sont si bien faits qu’il est impossible, à moins de le vérifier, de savoir si la personne à qui l’on s’adresse se trouve à côté de soi où à des kilomètres. Même si ce n’est pas central dans le récit, il y a là l’idée que la technologie peut mener à des situations troublantes de suspicion envers le réel, ou en tout cas la perception qu’on en a.

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La perception d’un personnage est d’ailleurs sciemment abusée à un moment du roman. Il s’agit d’un robot qui avait reçu l’ordre de rester muet tant que la prophétie de son maître — un gourou un peu escroc — ne serait pas accomplie. L’ordinateur central de Diaspar, dont nous reparlerons plus loin, crée alors les visions qu’attend le robot, et obtient un déblocage de ses fonctions de communication. La description de l’illusion est intéressante : n’ayant qu’une vague idée des visions qu’il doit créer, l’ordinateur modifie les images qu’il produit en fonction des réactions du robot.

« J’ai dû improviser un peu. Une fois ou deux, la forme que j’ai créée s’est mise à diverger notablement des conceptions du robot, mais à ce moment-là, je sentais grandir sa perplexité et je modifiais l’image avant qu’il ne se méfie. »

Le roman contient les thèmes qui sont au centre de la philosophie transhumaniste aujourd’hui : l’immortalité est obtenue par l’amélioration physiologique des habitants de Diaspar, la disparition de la reproduction sexuée et même, de la famille telle que nous l’entendons3, mais aussi — et là c’est un peu plus original que ce qu’ont proposé divers auteurs après Aldous Huxley —, par la conservation électronique de leur personnalité et de leurs souvenirs, qui sont stockés dans des banques mémorielles, et prêts à être réactivés par une nouvelle naissance corporelle.

La ville de Diaspar

La ville de Diaspar, reconstitution en 3D par Pronaox, sur Youtube.

Le pouvoir est honorifique dans la cité, car au fond, tout le monde (à l’exception d’Alvin, le héros), s’entend sur l’essentiel : que la vie hédoniste des habitants de Diaspar reste immuable. Les concepteurs de la ville ont pris le soin d’y attribuer un rôle original : celui du « Bouffon », une personne qui connaît parfaitement la ville, que personne ne sait localiser mais qui a ses entrées partout, et est chargé de servir de grain de sable dans la machine, en provoquant de temps en temps — une fois par siècle, peut-être — des catastrophes ou en se livrant à des farces plus ou moins cruelles. Son but est d’empêcher que la ville ne s’endorme totalement dans une routine mortifère, puisque non seulement personne n’entre ou ne sort de la ville, mais ceux qui l’habitent sont les mêmes personnes depuis des millions d’années. La société de Diaspar ne connaît aucune évolution. On découvrira plus tard une autre société, celle de Lys, qui a renoncé à l’immortalité mais pas à l’évolution et où les sentiments qui lient les personnes sont plus profonds. Ce que nous démontre Clarke ici de manière assez convaincante, c’est qu’une société éternelle, composée de personnes elles aussi éternelles, ne peut exister qu’à condition d’être incapable d’évoluer, et aboutit nécessairement à des rapports humains assez superficiels.

La ville de Diaspar

La ville de Diaspar, reconstitution par Pronaox, sur Youtube.

Le travail n’existe plus, le fonctionnement de Diaspar repose sur d’innombrables robots et « circuits d’éternité » (ce qui permet d’empêcher l’érosion des bâtiments), et sur le travail d’un ordinateur central qui sait tout, voit tout, qui en théorie ne dirige rien et ne donne qu’un avis consultatif à ceux qui le lui demandent, mais qui est aussi seul à savoir comment fonctionne la ville. L’ordinateur central sait penser par lui-même, mais ne fait que suivre le but qui lui a été donné par ses concepteurs, il est donc un maillon du fonctionnement de Diaspar comme les autres, comme le « bouffon », comme « l’unique ». On retrouve à la fois le thème de la ville auto-organisée telle que l’imaginaient les cybernéticiens, et celui de l’ordinateur pensant tel qu’Isaac Asimov venait juste de commencer à en produire avec Les cavernes d’acier (1954) et les premières nouvelles mettant en scène l’ordinateur Multivac (1955). Un point original au sujet l’ordinateur central de Diaspar est qu’il n’est, bien qu’on le dise « central », pas localisé : il est la somme des intelligences de toutes les machines de la ville, qui fonctionnent donc en essaim, ce qui leur confère une puissance et une vitesse de calcul particulièrement remarquable.
À un autre moment du récit, on rencontre un polype, c’est à dire une créature aquatique constituée d’une somme de petits organismes biologique indépendants qui, sous forme collective, constituent temporairement une entité, avec sa mémoire et ses pensées. Ce personnage grotesque et à sa manière émouvant représente la croyance religieuse4.
Ces deux formes d’intelligence constituée d’agents multiples font penser à la célèbre Société de l’esprit, une théorie que développera Marvin Minsky une bonne décennie plus tard, qui fera l’objet d’un livre en 1986, et qui affirme que l’intelligence n’est pas le fruit d’un principe unique et parfait, mais celui de l’association d’éléments divers.

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The ultimate machine aka Shannon’s hand, reconstitution par l’artiste David Moises (photo : Peter Sedlaczek/Technisches Museum Wien). De nombreuses reconstitutions de cette machine existent, et l’on peut même se procurer les plans pour en fabriquer une soi-même.

On peut se demander si Minsky n’a pas été inspiré par les descriptions de Clarke dans ce roman. Il est en tout cas certain que Minsky a eu une influence sur Clarke.
Au milieu des années 1950, l’auteur de science-fiction a visité les laboratoires Bell. Dans le bureau de Claude Shannon, il s’est fait présenter la machine inutile (the useless machine), un automate dont l’apparence était celle d’une boite fermée dont ne dépassait qu’un interrupteur. Lorsque l’on enclenchait l’interrupteur, la boite se mettait à produire un bruit désagréable puis s’ouvrait, laissant apparaître une main mécanique qui sortait pour rebasculer l’interrupteur à sa position initiale, ce qui avait pour effet de faire cesser le bruit. La main retournait alors d’où elle venait.
Cet automate, dit Arthur Clarke5, produisait sur ses spectateurs un effet inexplicablement sinistre et, a-t-il affirmé, a poussé beaucoup d’ingénieurs à abandonner leur emploi pour s’engager dans des professions ayant, je le cite, encore un avenir, tels que la chasse aux truffes ou l’apiculture.
C’est Claude Shannon qui a construit la machine, mais celle-ci avait été imaginée par Marvin Minsky, qui était alors un de ses étudiants. Une dizaine années plus tard, Minsky serait embauché par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick en tant que consultant pour leur film 2001: a Space Odyssey.

((Une curiosité : au début du chapitre VI, le roman décrit une méthode d'étude des nombres premiers qui ressemble furieusement à celle qu'inventera, sept ans plus tard, le mathématicien Stanislaw Ulam.)

Une curiosité : le roman (début du chapitre VI) décrit une méthode de représentation et d’étude des nombres premiers qui ressemble furieusement à celle qu’inventera, sept ans plus tard, le mathématicien Stanislaw Ulam (spirale d’Ulam). Clarke a été le premier surpris de cette coïncidence, car sa description a été rédigée sans qu’il ait eu l’idée de réaliser lui-même l’expérience.

Roman majeur de l’âge d’or de la science fiction, La cité et les astres regorge d’idées et d’intuitions, et pose de nombreuses questions qui n’ont rien perdu de leur intérêt aujourd’hui.

  1. Contrairement à ce qui est dit parfois, Arthur Clarke n’a pas inventé le principe de l’orbite géostationnaire, mais il en a calculé la valeur, que l’on nomme désormais en son honneur Clarke orbit. []
  2. Notons que la date de sortie du roman n’est pas indifférente : 1956 est l’année où le terme Intelligence artificielle a été créé, et l’année que les historiens retiennent comme fondation de la discipline universitaire du même nom. []
  3. La description du système de logement, où chacun vit séparé des autres, y compris au sein d’une même famille, rappelle un peu The machine stops (1909), d’E.M. Forster. []
  4. Clarke éreinte assez violemment la religion : « Au cours de la première partie de son histoire, la race humaine avait connu une interminable succession de prophètes, de voyants, messies et autres évangélistes qui se persuadaient et convainquaient leurs disciples que les secrets de l’Univers n’étaient révélés qu’à eux-mêmes. Certains réussirent à fonder des religions qui survécurent pendant de nombreuses générations et influencères des milliards d’hommes ; d’autres tombèrent dans l’oubli avant de mourir (…) qu’une créature si radicalement différente de l’homme restât le tout dernier adepte d’un prophète humain était d’une suprême ironie. ». []
  5. Dans Voice Across the Sea. éd. Harper-Collins, 1958 []

Les écoles d’art sont-elles en péril ?

mars 28th, 2016 Posted in Études | 5 Comments »

L’école d’art de Perpignan a été fondée en 1817, elle fermera ses portes en juin prochain, à l’âge de cent-quatre-vingt dix-neuf ans, donc. C’est une institution presque bicentenaire qui disparaît, dans une certaine indifférence.

Fin 2014,

Fin 2014, pour attirer l’attention sur leur situation, des étudiants de l’école d’art de Perpignan s’étaient mis en vente sur ebay et le bon coin.

Les écoles supérieures d’art qui dépendent de l’État ou des collectivités territoriales (villes, intercommunalités, départements, régions) sont souvent passablement anciennes, la plupart d’entre elles sont nées sous l’ancien régime et ont existé plus ou moins sans discontinuer depuis, mais en se transformant décennie après décennie, devenant des établissements « post-bac » dont l’enseignement est validé par des diplômes de premier, second et bientôt troisième cycle, sous tutelle pédagogique du ministère de la Culture, et à présent évalués par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), au même titre que les universités. Pour satisfaire aux conditions du « processus de Bologne » —  un accord destiné à harmoniser le fonctionnement de l’enseignement supérieur en Europe —, les écoles supérieures d’art ont dû s’engager dans des activités de recherche, et leurs étudiants, qui n’étaient autrefois que plasticiens, doivent à présent rédiger des mémoires, en échange de quoi leurs diplôme de premier et de second cycle jouissent des grades « licence » et « master 2 ». Pour qu’elles puissent aller à la recherche de nouveaux financements et que leur offre soit lisible et visible, les écoles supérieures d’art ont été incitées à se regrouper au sein d’établissements publics de coopération culturelle (EPCC), des structures publiques indépendantes dont le conseil d’administration accueille, typiquement, une ou plusieurs villes, la région, une instance locale du ministère de la Culture et des acteurs industriels régionaux. Certaines écoles structurées selon ce régime fédèrent les écoles autrefois indépendantes de plusieurs villes : Rennes-Lorient-Quimper-Brest ; Tours-Angers-Le Mans ; Rouen-Le Havre ou encore — et elle est précurseuse dans le domaine —, l’école européenne supérieure de l’image, qui regroupe les écoles de Poitiers et d’Angoulême, partenaires depuis le milieu des années 1990, et réunies en EPCC depuis cinq ans.

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L’école d’art d’Angoulême, vue depuis le Centre de la bande dessinée et de l’image. L’école est installée dans l’ancienne usine qui produisait le papier à cigarettes Nil.

Du fait de leur ancrage territorial et de leur histoire, les écoles d’art publiques, comme les conservatoires de musique, de danse ou de théâtre, sont souvent financés par des municipalités1. Le maire de la ville d’Angoulême, Xavier Bonnefont, juge pour sa part que l’enseignement supérieur ne devrait pas faire partie des compétences des villes, et s’est en tout cas servi de cet argument pour faire voter par son conseil municipal la suppression pure et simple de la dotation de la ville à l’école : 851 000 euros par an. Une belle économie dans un contexte budgétaire difficile, mais je me demande ce que ça implique d’un point de vue institutionnel : est-ce que la ville d’Angoulême quittera le conseil d’administration de l’école (actuellement présidé par le premier adjoint au maire d’Angoulême) dès le 31 décembre prochain, date annoncée de son désengagement financier2 ? Est-ce que la mairie laissera les locaux de l’école à sa disposition, ou sera-t-elle contrainte à regrouper tous ses enseignements sur le campus de Poitiers ? Et qu’est-ce qui empêche Poitiers, au hasard d’un changement d’équipe municipale, de faire un jour ce même choix d’un désengagement brutal ? Je ne connais pas exactement le fonctionnement administratif de l’École européenne supérieure de l’image, mais dans ce genre de structures, les désengagements financiers peuvent faire boule de neige : si le budget général baisse, l’État baissera aussi sa subvention3, ce qu’il fait d’ailleurs déjà régulièrement depuis des années avec toutes les écoles.
Le fait qu’Angoulême se retire du budget de sa propre école ne condamne pas immédiatement cette dernière, mais un trou de huit-cent cinquante mille euros ne se comble pas si facilement, et Xavier Bonnefont est dans la posture d’un trapéziste qui lâcherait la main de la personne qu’il est censé tenir au prétexte qu’un autre trapéziste en tient l’autre main4.

Trapeze artists in circus, lithograph by Calvert Litho. Co., 1890. Edited digital image from the Library of Congress, reproduction number: LC-USZC4-2091.

Trapézistes volants, lithographie publiée par la Calvert Lithograph company vers 1890.

L’intérêt de l’existence de l’ÉESI à Angoulême n’est pas qu’historique ou pédagogique, l’école s’inscrit dans un écosystème culturel et économique au succès manifeste qui a transformé la modeste préfecture de Charente dont Sacha Guitry disait «Si l’on pouvait mourir d’ennui, je serais mort à Angoulême», en capitale française de l’image avec son festival international de bande dessinée, sa maison des auteurs, ses studios de film d’animation et de jeu vidéo, son école nationale de jeu vidéo, ses structures éditoriales (Ego comme X, Café Creed), etc. Faire disparaître l’école de cet ensemble n’a rien d’anodin, comme l’explique Thierry Smolderen, qui coordonne le Master de bande dessinée de l’école, dans un texte qu’il a publié sur Facebook. La liste des anciens étudiants de l’ÉESI qui ont fait un beau parcours professionnel est très longue5, et parmi eux, plus d’un est resté à Angoulême pour vivre et pour travailler. Même quand elle n’est pas immédiatement visible pour la population, la présence d’une école supérieure d’art dans une ville y amène beaucoup en terme de rayonnement national ou international, autant qu’en termes de vie culturelle locale. Bien sûr, on peut certainement en dire autant du football, mais je note que les subventions directes ou indirectes au football sont rarement remises en question, on m’a souvent demandé « à quoi sert une école d’art ? », alors que la question « à quoi sert un club de foot ? » semble incongrue. Et ne parlons pas des subventions déguisées à la religion (ce n’est pas le Vatican qui finance la réfection de votre église mais c’est bien le curé qui en a la clef) qui sont très douteuses du strict point de vue de la neutralité de l’État en matière de cultes, mais qui s’appuient, là encore, sur une tradition. Je ne veux pas opposer football, religion et création visuelle, mais rappeler que chacun de ces domaines a un public et mérite d’être considéré par les services publics. Par ailleurs, rappelons que de tous ces domaines, seule l’image a la réputation d’être une spécialité angoumoisine.
Si la fermeture de l’école d’art de Perpignan s’explique (problèmes d’effectifs, de résultats, de financement, et non conformité aux critères actuels de l’enseignement supérieur en matière de recherche), l’abandon de l’ÉESI par Angoulême est nettement plus contestable : l’école jouit d’une belle réputation, fait preuve de dynamisme pédagogique, accueille des invités prestigieux et tient une place importante dans les orientations de la ville.

L'école d'art d'Angoulême est située sur une île

L’école d’art d’Angoulême se trouve sur une presqu’île située entre les deux rives de la Charente.

Il faut souhaiter que ce qui est en train d’arriver à l’ÉESI ne dégénère pas vers un scénario réellement funeste, il faut que les enseignants, les étudiants et tous ceux qui sont attachés à ce lieu à Angoulême ou ailleurs, poussent le conseil municipal à mesurer les conséquences de sa décision et à revenir dessus, ou que des solutions satisfaisantes émergent6.
Au delà d’Angoulême, souhaitons que cette histoire ne constitue pas un sombre présage pour toutes les autres écoles supérieures publiques d’art.
Les écoles d’art de Poitiers et d’Angoulême ont été les premières à se regrouper, d’abord sous forme d’association puis au sein d’une structure commune. Elles ont aussi été parmi les premières à développer une activité de recherche structurée, ou encore à effectuer de sains rapprochements avec les universités. L’ÉESI n’est-elle que la première structure à pâtir des effets mécaniques des choix politiques de la dernière décennie ? L’État a transféré de nombreuses charges qui, jusqu’ici, lui incombaient, vers les collectivités locales, forçant ces dernières à faire des choix douloureux dans la répartition de leurs budgets. On peut aussi pointer du doigt la manière irresponsable (incompétence ou bien corruption, je ne sais pas vraiment quelle hypothèse m’est la moins déplaisante) dont a été soldée l’affaire des « emprunts toxiques » : ruinées par les mensonges flagrants de la banque Dexia, les municipalités ont été acculées par l’État à l’abandon de poursuites, sous la menace de se voir exclues du droit de jouir du fonds de soutien mis en place : un chantage indigne auquel la plupart des municipalités concernées (et elles sont nombreuses) ont cédé.
En faisant peser toujours plus de charges sur les collectivités locales et en imposant à celles-ci des obligations nouvelles et coûteuses (s’équiper en matériel de surveillance, suppléer aux trous d’emploi du temps des élèves de primaire imposés par la réforme des rythmes scolaires,…), en faisant disparaître des services publics autrefois importants (bureaux de poste, gares SNCF), les gouvernements de droite comme de gauche sont parvenus à faire baisser l’impôt sur le revenu, certes, mais nous conduisent sans doute à des ruines et — mais admettons pour l’instant que c’est un autre débat —, à une aggravation des inégalités territoriales.

à gauche, l'ensemble des écoles d'art publiques, territoriales ou nationales. À droite, les écoles financées par le seul ministère de la Culture. On voit que ce n'est pas la même France puisque les écoles territoriales sont assez harmonieusement distribuées, toutes les régions sont représentées, jusqu'aux départements d'outre-mer (Guadeloupe et Réunion).

à gauche, l’ensemble des écoles d’art publiques, territoriales ou nationales. À droite, les écoles financées par le seul ministère de la Culture. On voit que ce n’est pas la même France puisque les écoles territoriales sont assez harmonieusement distribuées, toutes les régions sont représentées, jusqu’aux départements d’outre-mer (Guadeloupe et Réunion).

On ne peut que constater le piège qu’a constitué l’autonomisation des écoles d’art (et des universités, d’ailleurs), qui peuvent désormais connaître la faillite ou être abandonnées à petit feu. Et bien entendu, la réduction constante des moyens se double — c’est la base même de la maltraitance managériale —, d’un élèvement continu des exigences, sous pression d’instances d’évaluation : les écoles d’art n’ont jamais eu si peu d’argent ni, dans le même temps, autant de tutelles. Le processus d’autonomisation des écoles d’art était censé permettre à ces dernières d’échapper au caprice des maires, et c’était une bonne chose certainement, mais elle mène surtout désormais à une dilution de la responsabilité des divers acteurs impliqués dans leur destinée. Est-ce que tout ça a été planifié, voulu, et s’inscrit dans un projet de sape de l’enseignement supérieur public ? J’aimerais penser que non, mais j’ai peur que nombre d’écoles ne survivront pas à la situation présente et que nous entrons dans une période difficile. Aux États-Unis, les frais d’inscription moyens pour les études supérieures publiques ont été multiplié par dix ou quinze en quelques décennies. En Grande-Bretagne, le même processus vient d’avoir lieu. Sommes-nous censés connaître le même sort, comme le recommandent l’OCDE et tous ceux qui pensent qu’il faut baisser le nombre de diplômés pour conférer une plus grande valeur aux diplômes, c’est à dire créer de la valeur à partir d’une rareté organisée artificiellement ?

Le bâtiment de l'école, qui abrite aussi le musée du papier.

Le bâtiment de l’école, qui abrite aussi le musée du papier.

Rappelons que les études en art ne sont pas exclusivement destinées à former des artistes au sens où se l’imagine le public, qu’elles se donnent surtout pour but de former des personnes capables de réfléchir, de produire et d’assumer des créations plastiques7. Selon une enquête récente, les formations assez directement professionnalisantes (design, communication) connaissent un logique bon taux d’insertion professionnelle, mais les formations purement artistiques, malgré les spécificités des métiers ciblés (qui, fort cruels, réclament tout à la fois talent, chance et labeur), n’ont pas un palmarès honteux. Les anciens étudiants en école d’art deviennent parfois artistes, mais aussi graphistes, designers, illustrateurs, photographes ou encore enseignants. On en trouve dans la médiation culturelle, la communication événementielle, le cinéma, le spectacle,… S’ils ont du travail (et parfois plusieurs métiers), ils n’ont bien entendu pas forcément choisi la voie la plus rapide et la plus facile pour s’assurer des revenus réguliers importants, mais cela ne les empêche pas de se déclarer majoritairement très heureux de la voie qu’ils ont choisie.

L'environnement privilégié du site angoumoisin de l'ÉESI :

L’environnement privilégié du site angoumoisin de l’ÉESI : (1) l’école (2) le musée de la bande dessinée (3) le musée du papier (4) l’ENJMIN (école nationale de jeu vidéo, qui émane du CNAM) (5) le bâtiment Castro de la Cité de l’Image (6) la maison des auteurs (7) l’EMCA (école des métiers du cinéma d’animation) (8) le pôle image Magelis.

Le bilan présent des écoles d’art est positif, mais il faut aussi se projeter dans l’avenir. Dans le monde qui s’annonce, d’innombrables métiers sont amenés à être automatisés8 et la créativité va devenir, plus que jamais, une compétence essentielle. Et créer est justement ce que les écoles d’art ont le culot de prétendre enseigner, non plus seulement par l’apprentissage des techniques traditionnelles des beaux-arts (dessin, peinture, taille-douce, sérigraphie, broyage de couleurs, colle de peau, modelage,…) mais aussi en s’emparant d’outils aussi variés que le son, la vidéo, la robotique ou encore l’écriture. Les étudiant apprennent à s’adapter à de nouveaux outils, à être souples et polyvalents.

Le modèle des écoles d’art publiques, qui rencontre un vrai succès et n’a pas d’équivalent dans le secteur privé9, mérite d’être défendu eu égard à son passé, à son présent et à son avenir.
Ce modèle est-il en péril ? Aux décideurs d’en décider et de prendre clairement leurs responsabilités. Et à nous de le défendre.

  1. Il existe aussi des établissements publics d’enseignement artistique exclusivement financées par le ministère de la Culture. []
  2. Voire plus tôt, puisque, se voyant contesté, le maire a même menacé d’avancer la date de la catastrophe : «Je peux aussi décider mettre un terme à l’aide municipale plus tôt que prévu. Avant le 31décembre. Si c’est ce qu’ils veulent, c’est exactement comme ça qu’il faut faire.». []
  3. Je me demande même, de mémoire, s’il n’y est pas obligé. []
  4. L’actuel maire d’Angoulême restera sans doute célèbre pour ce « lâchage », mais il a d’autres états de service : en 2014, il a connu une célébrité nationale en faisant poser à grand frais des cages cadenassées autour des bancs publics de la ville pour empêcher les sans domicile fixe de s’y reposer. La même année, il avait augmenté son propre salaire de 64%, mais, pour que l’enveloppe salariale des élus de la ville n’augmente pas pour autant, avait imposé à ses adjoints d’accepter d’être quant à eux moins payés, du moins ceux de sa majorité, car il ne verse aucune indemnité aux élus de l’opposition. Voici quelqu’un qui ne semble pas douter de sa valeur. []
  5. Citons au hasard Claire Wendling, Fabrice Neaud, Nicolas de Crécy, Sylvain Chomet, Fabrice Parme, Coco, Anne Simon, Aristophane, BlexBolex ou encore Benjamin Renner. []
  6. On peut s’informer des évolutions de la situation (mais aussi et surtout de l’actualité pédagogique de l’école) sur Facebook et Twitter. []
  7. Parfois, le processus se fait dans la contradiction : on peut construire sa personnalité de créateur en opposition à l’enseignement que l’on reçoit, puisque ce qu’on apprend n’est pas forcément ce qui nous est enseigné. Ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est une configuration fréquente depuis (au moins) le XIXe siècle et son idée de « l’art pour l’art ». []
  8. De nombreux métiers du tertiaire ou des services, jusqu’ici épargnés, sont promis à la disparition. Pire, peut-être, certains métiers autrefois valorisés socialement, comme par exemple la médecine généraliste ou l’enseignement à l’école primaire, sont en voie de mécanisation : il faut toujours un être humain pour l’exercer, mais celui-ci est de plus en plus mal rémunéré, aliéné à des tâches administratives, et se voit en grande partie privé de marge de manœuvre dans la manière dont il exerce sa profession. []
  9. L’enseignement artistique privé n’est pas sans qualités, et de bons créateurs en sont parfois issus. Je lui reprocherais, sauf rare exception, d’être concentré sur une efficacité à court-terme (qui suit la demande de la clientèle), en cherchant à développer chez les étudiants une compétence technique immédiatement valorisable en entreprise, parfois au détriment de l’ambition créative. Certains reprochent à l’inverse aux écoles d’art d’être un cocon un peu trop douillet pour leurs étudiants, qui se posent des problèmes esthétiques éloignés de la réalité du monde du travail. Je réponds à cela que justement, ces étudiants peuvent avoir un poids sur cette réalité, plutôt que de se contenter de la subir. []

La petite bédéthèque au Salon du livre

mars 17th, 2016 Posted in Brève, Cimaises | No Comments »

Jusqu’à dimanche, les éditions du Lombard présentent une exposition consacrée à La Petite Bédéthèque des savoirs, où l’on peut admirer des planches originales des auteurs des quatre premiers ouvrages, mais aussi celles d’ouvrages à paraître.

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On peut aussi voir des objets liés aux quatre premiers albums : l’Intelligence artificielle, l’Univers, le Heavy Metal et les Requins. Pour l’occasion, j’ai prêté quelques pièces issues de ma collection de curiosités numériques, avec notamment l’Atari Portfolio, qui est l’ordinateur qu’utilise le jeune John Connor pour pirater un distributeur bancaire dans Terminator 2.

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Par ailleurs, Marion Montaigne et moi-même signons le livre l’Intelligence artificielle aujourd’hui 17 mars de 17 à 19 heures.

Littératures graphiques contemporaines #5.2 :
Nathalie Van Campenhoudt

mars 14th, 2016 Posted in Bande dessinée, Conférences | No Comments »

Vendredi prochain 18 mars, le cycle de conférences Littératures graphiques contemporaines accueillera Nathalie Van Campenhoudt.

Nathalie Van Campenhoudt travaille aux éditions du Lombard depuis près de quinze ans. Elle y est aujourd’hui éditrice de titres relevant du patrimoine (Chlorophylle, Modeste et Pompon, Simon du Fleuve,…), de séries classiques (Léonard, Yakari, Thorgal, les Schtroumpfs,…) autant que de titres contemporains (Melville, Ric Remix, les Crocodiles,…). Elle est à présent responsable de l’ambitieuse nouvelle collection La petite bédéthèque des savoirs.

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Elle nous racontera son parcours et nous expliquera en quoi consiste le métier d’éditeur, aussi crucial que méconnu.

La rencontre aura lieu à l’Université Paris 8 (Métro Saint-Denis Université), le vendredi 18 mars à 18 heures, dans la salle A1-175.
Cette première séance de la cinquième année du cycle de conférences est ouverte au public dans la limite des places disponibles et de la capacité des visiteurs extérieurs à trouver la salle.

Filmer autrement (2)

mars 6th, 2016 Posted in Filmer autrement, Images, Parano | 3 Comments »

(Il y a sept ans, j’ai publié ici un article intitulé Filmer autrement, qui passait en revue divers outils originaux pour filmer et parfois même espionner. J’ai publié de nombreux articles en rapport depuis. Le présent billet poursuit dans cette veine en présentant quelques objets qui m’ont intéressé dernièrement)

Tout d’abord, le HSR-1, un drone terrestre de la marque 7links. Monté sur chenilles, qui peut se déplacer pour filmer, écouter mais aussi parler — car il est équipé d’un microphone et d’un haut-parleur. On peut le voir en vitrine de la boutique parisienne de Pearl Diffusion — le roi de la camelote high-tech1 depuis vingt-cinq ans.

drone_surveillance

Comme n’importe quelle caméra « IP », on peut l’interroger à distance, par Internet, en Wi-fi2. Comme les drones aériens grand public, il se pilote à l’aide d’une tablette ou d’un téléphone. Enfin, comme les aspirateurs-robots, il est capable d’aller de lui-même se positionner sur sa borne de rechargement électrique.

Je découvre l’existence d’un marché apparemment déjà ancien de caméras grand public d’observation de la nature. On les trouvera grâce à des mots-clés tels que : wildlife cam, outdoor cam, nature cam, caméra de chasse. Elles prennent des photographies ou filment de manière généralement autonome lorsqu’elles perçoivent du mouvement. Elles disposent d’un éclairage infra-rouge pour filmer la nuit.

nature_Cam

J’ai trouvé de nombreuses marques qui proposent ce genre de caméras : Famous trails, Hawke, Mobility Lab, Gmyle, Cel-Tec, Technaxx, Duramaxx, Konig, Wildview, VisorTech et enfin Bushnell, qui semble particulièrement répandue. Elles sont généralement assez petites (10 à 20 cm de haut), faites pour être fixées à des arbres et résister aux intempéries. Elles se vendent entre quatre-vingt et quatre-cent euros.

Elles aussi résistantes aux intempéries et destinées à fonctionner en autonomie, j’apprends l’existence de plusieurs caméras en forme de pierres, que l’on pose dans son jardin afin d’y surveiller les allées et venues :

camera_caillou

Elles réagissent au mouvement, ont une autonomie énergétique de plusieurs mois, enregistrent les images sur carte-mémoire ou peuvent être raccordées à un moniteur à l’aide d’un câble. Elles coûtent assez cher, entre cinq cent et mille euros.

La marque Philips propose désormais un scanner échographique personnel. Il se branche sur un smartphone ou une tablette et se loue deux-cent euros par mois. Je ne sais pas si les écrans tactiles, qui sont de vraies boites de Pétri, sont vraiment adaptées aux critères d’hygiène hospitaliers.

philips_lumify

Je suis curieux de savoir à qui s’adresse ce produit, car si les visuels de communication diffusés montrent des médecins utilisant l’appareil, et si ceux-ci sont en théorie l’unique clientèle visée, j’ai régulièrement vu passer sur Twitter — moi qui ne suis pas un professionnel de la santé — des publicités pour le « Lumify ».
Cela me fait penser à l’endoscope « familial » que vend la société chinoise Able Eye et dont j’ai parlé ici il y a quelques années. Après la pharmacie de contrebande, les diagnostics sauvages sur les forums et la documentation médicale universelle en ligne, on peut imaginer que la tendance à l’automédication s’étende à des appareils de diagnostic aux prix autrefois totalement prohibitifs.

Numérama a publié aujourd’hui un article sur le SkyWall100, un bazooka intelligent qui permet d’envoyer un filet (équipé d’un parachute) pour neutraliser puis récupérer un petit drone aérien.

skywall100_drone_catcher

Le prix de cet appareil n’est pas encore connu. Ce n’est pas l’unique solution disponible sur le marché pour répondre à la prolifération des drones, puisqu’il existe aussi des drones anti-drones, et même des rapaces dressés pour s’y attaquer.

  1. Je ne dis pas ça dans un sens négatif, j’ai personnellement toujours pris un plaisir immense à fouiller leur catalogue bourré d’objets technologiques qui n’existent nulle part ailleurs. []
  2. Je suis curieux de connaître le niveau de sécurité de l’interface qui permet de contrôler cet appareil. De nombreuses caméras « IP » sont accessibles sans restriction à ceux qui connaissent les bons mots-clés à chercher avec Google. []