Profitez-en, après celui là c'est fini

Avatar

décembre 27th, 2009 Posted in Au cinéma

J’ai toujours eu des sentiments mitigés vis à vis du cinéma de James Cameron.
Le créateur de Terminator est un bon technicien, capable de produire une science-fiction efficace, chargée d’un message sans grande sophistication apparente, mais souvent bien plus engagé politiquement qu’on ne pourrait le supposer au premier abord.
Parfois, je suis un peu rebuté par le kitsch qui se niche dans certains détails ou par le goût de l’épate technique, même s’il faut reconnaître à James Cameron qu’il prend soin d’inventer les effets spéciaux que réclament ses scénarios plutôt que d’adapter son scénario aux derniers effets à la mode, comme le font nombre d’autres cinéastes. Les conversations « cultivées » de Titanic ou la 3D des extra-terrestres de Abyss réussissent par exemple à me gâcher un peu ces films. Le souci de rigueur scientifique de Cameron peut aussi m’irriter par sa naïveté, comme c’est le cas dans Titanic dont le héros, Jack (Leonardo di Caprio), nous est présenté comme historiquement et sociologiquement crédible — son âge, son prénom, son origine sociale et géographique et son destin final sont censés faire de lui le passager moyen du Titanic alors que le récit en lui-même est complètement farfelu.
Cette fois-ci en revanche je marche totalement. Et pourtant, je suis allé voir le film sans conviction, les quelques images que j’en avais vu ne me donnaient pas tellement envie.

Beaucoup de commentateurs ont critiqué Avatar en faisant remarquer que son scénario était simpliste. C’est le cas, mais est-ce vraiment un défaut ? Au contraire, cela me semble souvent être une condition au dépaysement en science-fiction — dépaysement qui est une des grandes qualités de Avatar à mon avis.
Dans une des premières scènes du film, on voit Jake Sully, le héros, utiliser le grand corps bleu athlétique de l’espèce Na’avi qui est mis à sa disposition en remplacement de son corps d’humain handicapé. Il court, il jouit de chaque sensation de ce corps et dès cet instant l’affaire est entendue : malgré les ordres qui lui sont donnés (et qu’il accepte avec détachement), il se retournera évidemment contre la mesquinerie belliqueuse de ses congénères humains.

Cette histoire de civilisé-naïf qui découvre qu’il est plus barbare que les sauvages qui l’accueillent n’a pas besoin d’être développé par le scénario puisqu’il s’agit d’un cliché maintes fois rebattu depuis le XVIIIe siècle : des Houyhnhnms du quatrième voyage de Gulliver et de Tristes tropiques à Pocahontas en passant par Little Big Man, La forêt d’émeraude et bien sûr Danse avec les loups, nous sommes en terrain bien balisé. Le poncif n’est ici jamais  contourné, il n’est assorti d’aucune ombre, d’aucune forme de surprise, les gentils sont gentils, les méchants sont méchants et on nous sert par le menu toutes les situations les plus attendues dans ce genre de récit : la fille du chef qui tombe amoureuse du bel étranger, l’animal mythologique qu’il faut dompter (on pense au ver des sable de Dune ou aux Mustangs des récits de blancs parmi les indiens) et autres rites iniatiques servant à gagner l’estime de la tribu, le gentil américain qui devient un leader des indigènes Na’avi et qui semble désigné par une prophétie (Dune, encore),… et jusqu’à Sigourney Weaver qui reprend sans grand changement le rôle de scientifique soucieuse de protéger son objet d’étude de Gorilles dans la brume. Sans surprise, les principaux acteurs qui interprètent les Na’avi sont noirs ou amérindiens, preuve évidente qu’il y a là l’expression de la culpabilité de l’homme blanc face à quelques uns de ses démons historiques comme les guerres indiennes, la colonisation ou la ségrégation raciale. Cependant certains détails — on mentionne ici ou là des guerres au Nigéria ou au Vénézuela — prouvent que James Cameron ne se lamente pas hypocritement sur un passé irréparable, mais qu’il parle aussi et sans doute surtout de l’actuelle action géopolitique américaine et du complexe militaro-industriel qui en est le principal outil. Le paradis perdu des jungles amérindiennes ou africaines du passé n’est ici qu’un prétexte à nous parler des conflits très actuels qui entourent la question du contrôle des matières premières.
Tout cela baigne dans un new-age de bon aloi : la nature est harmonieuse et capable de penser, les Na’avi communient avec leurs ancêtres et disent une petite prière pour les animaux qu’ils chassent…

Les influences de James Cameron semblent innombrables. Il s’est ostensiblement inspiré de sources japonaises telles que les films de Miyazaki (Princesse Mononoke, sur lequel, mutatis mutandis, Avatar semble presque décalqué ; Le château dans le ciel pour ses terres aérolithes elles-mêmes empruntées à Swift ; peut-être aussi Nausicaä) et les bandes dessinées de Masamune Shirow (pour les mechas — déjà présents dans Aliens, ceci dit — et les véhicules aériens)1. Je doute que Cameron les connaisse mais j’ai aussi pensé à deux bandes dessinées de science fiction française : Le cycle de Cyann, par Bourgeon et Lacroix, et surtout L’or & l’esprit, par Rochette et Legrand, deux séries parues dans le journal (à suivre) au cours des années 1990. J’ai aussi pensé à Le nom du monde est forêt, classique de la science-fiction des années 1970 par Ursula Le Guin, mais je dois admettre que j’ai lu ce livre il y a bien vingt-cinq ans, mes souvenirs à son sujet sont un peu confus.

Thématiquement, Avatar ne contient donc sans doute pas la moindre idée originale. Mais au fond, où est le problème ? Son propos est de fournir un récit simple et épique comme l’étaient les meilleurs films de la série Star Wars. Pour une exploitation plus intelligente, plus ambiguë et plus sophistiquée du même genre de préoccupations, on peut revoir Starship Troopers, de Paul Verhoeven (qui force vicieusement le spectateur à ne partager que le point de vue des « méchants »), ou encore le bluffant District 9 de Neill Blomkamp, dans lequel un homme est poussé à devenir un extra-terrestre bien malgré lui. Mais ces deux films, que j’aime énormément pour ma part, ne peuvent prétendre à l’évidence quasi-mythologique d’Avatar.

James Cameron ressasse dans Avatar une une de ses obsessions récurrentes, à savoir son point de vue sur le rapport entre l’homme et la technologie. Apprenti sorcier, l’homme utilise ses machines, ses véhicules et ses armes pour palier à sa faiblesse physique, mais plus encore pour éviter de se poser des questions sur ses faiblesses morales telles que l’orgueil, l’égoïsme et l’avidité. Une scène symbolique de ce fait est celle où le colonel qui commande aux Marines se bat au corps à corps (si l’on peut dire puisqu’aucun des deux combattants n’utilise directement son propre organisme) contre le héros : il le fait en utilisant un mecha (un exo-squelette robotique) et à l’aide d’un couteau de combat géant : les technologies de pointe et le progrès scientifique sont mis ici au service de la plus vile barbarie. C’était le sujet de Aliens, de Abyss, de Terminator 2 (où l’on apprend que l’homme est totalement responsable de la révolte des machines), de l’excellente série Dark Angel, mais aussi de Titanic. La manière dont une équipe de chercheurs désintéressés est instrumentalisée par les militaires et les financiers de l’opération est tout aussi typique de Cameron.
Cette question du rapport à la technologie est d’autant plus intéressante que James Cameron, scientifique de formation et fils d’ingénieur, est un cinéaste obsédé par la science et la technologie, qu’il met au service de ses réalisations2.
En creux, l’auteur parle de la terre, de ce qu’elle est devenue en 2154. Il nous dit qu’elle n’a pas beaucoup changé, qu’elle n’a pas pas progressé, qu’elle est juste plus puissante que jamais mais que cette puissance ne se fait au profit d’aucun projet positif ou humain au sens philosophique et moral du terme : on continue à envoyer des marines aux quatre coins du monde et même de l’univers pour défendre les intérêts de pools d’actionnaires de sociétés privées. L’auto-destruction semble une évidence.

La vraie réussite du film est esthétique : la forêt de la lune Pandora est somptueuse. Sa flore et sa faune sont définies avec un grand soin et mélangent les jungles terrestres avec les grands fonds marins. En la matière, tout a déjà été inventé par la science-fiction depuis l’entre deux guerres au moins : la peau bleue, les animaux à six pattes, etc. Ce n’est pas par son inventivité que Cameron peut nous étonner, c’est par la qualité de l’intégration de sa 3D informatique. Les lunettes polarisées font perdre beaucoup de luminosité à l’image, mais sans elles, les teintes du film n’auraient rien à envier au technicolor du Robin des bois de 1938 avec Errol Flynn. Un film à la fois terne et chamarré, si j’ose dire. Peut-être que cette perception est particulière aux verres polarisés, il faudra que je voie plus de films de ce genre pour pouvoir le dire.
Certains films intègrent les images calculées en 3D aux images tournées en « live » par des astuces plus ou moins pertinentes (mouvements « naturels » de caméra et d’éclairage comme dans La guerre des mondesCloverfield et District 9 ; étalonage gris-bleu-vert dans comme plusieurs films de super-héros, comme dans le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter). Rien de ce genre ici, pas de cache-misère, nous sommes à l’intérieur d’une vue « viewmaster » où tout est outré, un peu comme dans le Hulk d’Ang Lee, mais où cette outrance fonctionne avec un étonnant naturel. L’effet aurait sans doute été affreux s’il n’avait pas été obtenu avec talent : les expressions des visages ou les mouvements des corps ne constituent jamais une gène et, au contraire, sont ce qui fait fonctionner l’ensemble. C’est avant tout la qualité de l’animation qui fait la qualité du film. Je m’en rends particulièrement compte en regardant les visuels que j’intègre au présent article : ces images fixes ne donnent aucune idée du film.

Avatar a englouti un budget pharaonique — en dollars constants on estime qu’il a dépassé les records du Cléopâtre de Mankiewicz (1963) ou de Titanic (1997) —, mais s’il y a bien une chose que l’on peut reconnaître avec James Cameron, c’est qu’il ne jette pas l’argent par les fenêtres et qu’il sait fabriquer du grand spectacle. À aucun moment le spectateur ne s’extrait du récit à cause d’une image trop ou au contraire trop peu travaillée et aucun effet visuel n’a besoin de justifier sa présence.

J’aurais adoré pouvoir jouer les blasés de service et continuer à appeler Avatar « Danse avec les Schtroumpfs », mais je suis forcé d’admettre que j’ai apprécié le film sans réserves et je parie dès maintenant qu’il restera une date dans l’histoire de la science-fiction au cinéma.

Lire ailleurs : Quand l’humanité a fui, il ne reste qu’à fuir l’humain (par André Gunthert) – Avatar ou les trois dimensions de la platitude (par Olivier Beuvelet) – À propos d’Avatar, de James Cameron (par Christian Fauré) – Sommes-nous tous le même avatar (Jean-Jacques Birgé)

  1. James Cameron connaît bien la science-fiction nipponne, il est d’ailleurs en train d’adapter le célèbre Manga Gunnm, qui raconte l’histoire d’une dangereuse fillette cyborg []
  2. Cameron se donne à lui-même une mission de scientifique : il fait partie d’une équipe de la Nasa concernée la question des futurs dispositifs de tournage qui seront envoyés sur la planète Mars et il a réalisé plusieurs documentaires sur les fonds marins notamment. []
  1. 25 Responses to “Avatar”

  2. By Wood on Déc 27, 2009

    Voir aussi cet article dans IO9 : « When will white people stop making movies like avatar ? » :

    http://io9.com/5422666/when-will-white-people-stop-making-movies-like-avatar

    « These are movies about white guilt. Our main white characters realize that they are complicit in a system which is destroying aliens, AKA people of color – their cultures, their habitats, and their populations. The whites realize this when they begin to assimilate into the « alien » cultures and see things from a new perspective. To purge their overwhelming sense of guilt, they switch sides, become « race traitors, » and fight against their old comrades. But then they go beyond assimilation and become leaders of the people they once oppressed. This is the essence of the white guilt fantasy, laid bare. It’s not just a wish to be absolved of the crimes whites have committed against people of color; it’s not just a wish to join the side of moral justice in battle. It’s a wish to lead people of color from the inside rather than from the (oppressive, white) outside.

    Think of it this way. Avatar is a fantasy about ceasing to be white, giving up the old human meatsack to join the blue people, but never losing white privilege. Jake never really knows what it’s like to be a Na’vi because he always has the option to switch back into human mode. Interestingly, Wikus in District 9 learns a very different lesson. He’s becoming alien and he can’t go back. He has no other choice but to live in the slums and eat catfood. And guess what? He really hates it. He helps his alien buddy to escape Earth solely because he’s hoping the guy will come back in a few years with a « cure » for his alienness. When whites fantasize about becoming other races, it’s only fun if they can blithely ignore the fundamental experience of being an oppressed racial group. Which is that you are oppressed, and nobody will let you be a leader of anything.

  3. By Jean-no on Déc 27, 2009

    Oui je l’ai lu, il était cité sur le blog d’André Gunthert. Pas inintéressant mais à mon avis erroné ou en partie. Le cliché « culpabilité blanche » est certes présent mais je trouve qu’il est même assumé en tant que cliché et l’air de rien, le propos est ailleurs – contrairement à Alien Nation, de l’ex femme de James Cameron, Gale Ann Hurd, ou à Ennemy Mine.

  4. By Bishop on Déc 28, 2009

    Je suis beaucoup plus sceptique quant à Avatar. l’histoire est vraiment catastrophique. je comprends ses raisons et je suis d’accord avec l’argumentaire qui soutient ces choix mais je trouve que trop de détails sont mal soignés, stupidement mis en scène « ils ont tués la mère ».

    Ensuite la nature ne m’a pas plu autant que cela les animaux se ressemblent tous un peu et leurs « spécificités » posent problèmes si on souhaite se placer de ce point de vue de « cohérence » scientifique que chéri le Cameron (les 6 pattes…).

    Le mélange Roi Lion, Pocahontas, Myazagi et Yann Arthus-Bertrand qui fait un film de guerre cela reste assez rapidement écœurant…

    …Après je ne veux pas être plus dur que je suis. Le film s’est regardé avec plaisir, graphiquement c’était superbe (la scène d’intro avec le vaisseau spatial…) et même les détails étaient très bien arrangés (les sous-titres). Clairement la 3d était plus qu’un simple gadget sans être prédominante. Il y a là une véritable réussite.

    Quelque part i’industrie du cinéma a là une solution pour continuer à défendre son organisation industrielle qui tend à mettre dans les mains de quelques studios des moyens inimaginables.

    Ps: la référence aux indiens me semble tout de même clair, mais de là à encore revenir sur le débat peu intéressant de la culpabilité des blancs…Sans moi.

  5. By Jean-no on Déc 28, 2009

    Tiens il y a eu un article sur la valeur scientifique de la nature vue pas Cameron : Avatar de Cameron : Darwin ou pas Darwin ? (article qui ne conclut pas grand chose mais il est amusant que le débat existe)

  6. By Stéphane Deschamps on Déc 28, 2009

    es lunettes polarisées font perdre beaucoup de luminosité à l’image, mais sans elles, les teintes du film n’auraient rien à envier au technicolor du Robin des bois de 1938 avec Errol Flynn.

    Bon, alors si j’y vais avec mon seul œil valide, je sais à quoi m’attendre. Cela dit je reste attendri devant le technicolor, donc je le supporterai sans doute :)

  7. By Jean-no on Déc 28, 2009

    Ah ben toi il faut surtout que tu n’ailles pas le voir dans une salle « relief », l’image est complètement floue sans les lunettes puisque deux projections sont superposées. Je pense que l’image est travaillée très différemment dans les salles qui projettent traditionnellement.

  8. By Neovov on Déc 29, 2009

    Tout à fait d’accord par rapport aux inspirations nippones.
    À mon souvenir, Cameron est assez admiratif des mangas. Il a beaucoup aimé Ghost in the Shell, alors l’inspiration des méchas est tout vue :).

    Son prochain projet doit être l’adaptation de Gunnm (http://www.imdb.fr/title/tt0437086/). Ce n’est pas étonnant, on y retrouve deux éléments qu’il semble aimer : une femme forte (Ripley dans Aliens, Sarah Connor dans les Terminators, etc.) et des robots…

  9. By Jean-no on Déc 29, 2009

    @Neovov : …Ripley, Sarah Connor, mais aussi Max Guevara, dans Dark Angel, qui se rapproche encore plus de Gunnm puisque c’est une jeune fille fabriquée pour tuer.

  10. By hugues on Déc 31, 2009

    Bravo pour cet article.
    Dans les poncifs de l’histoire on pourrait aussi rajouter le héros niais qui à force de travail et courage devient un surhomme, un personnage conçu pour que le teenager moyen s’y identifie, une histoire tellement rebattue que ça ne vaut même pas le coup de citer un précédent.
    Effectivement, on a l’impression que le film est conçu pour laisser du « temps de cerveau disponible » pour l’émerveillement.
    « Ne vous fatiguez pas à comprendre l’intrigue, vous la connaissez déjà, laissez-vous aller et regardez la beauté des images »

    Et véritablement, ça marche, même pour des gens comme moi qui sont des blasés de la Bande Dessinée et ont lu 1000 fois des histoires de mondes exotiques aux confins de l’univers, Cyann ou d’autres.

  11. By Gertrude on Jan 1, 2010

    Ravie d’apprendre que le fantastique manga GUNNM (de mémoire mon préféré) sera adapté, qui plus est par Cameron.
    Par contre, vu son rythme de travail, je doute qu’il sorte en 2011, comme le dit IMDB… :D

    Merci Jean-no pour cet article, passionnant comme à l’accoutumée.

  12. By Oudaios on Jan 5, 2010

    Bel Article.

  13. By Alex' on Jan 5, 2010

    Maintenant que j’ai vu le film, je peux rebondir sur ce que disait hugues: oui, l’histoire est simple.
    Mais pas simpliste pour autant.

    Ce que je vois de particulièrement réussi dans Avatar – au delà de la technique et de l’esthétique qui, une fois les lunettes sur les yeux, se font étonnamment discrètes – c’est la manière dont il parvient à convoquer toutes sortes d’archétypes.
    Pour finalement déboucher sur un conte moderne, pour adultes.

    Malgré les millions de dollars claqués en SFX et autres CGI, le film est étrangement peu tape à l’œil, dans le fond comme dans la forme.
    Pas d’excès de commentaires, de sur-lignage à outrance des différents thèmes que brasse le film, contrairement à ce dont on a l’habitude dans ce genre de blockbusters.

    Il y a une forme de simplicité – voire de candeur, ou de pureté (tout dépend où on se place) – qui parvient à réveiller ce que l’on éprouvait étant enfant face à certains contes (je dis « on » car j’ai recueilli pas mal de témoignages allant dans ce sens).
    Cameron prouve ici qu’il est avant tout un grand narrateur; j’entends par là quelqu’un dont la force n’est pas tant de concevoir des histoires que de savoir comment les conter afin de toucher son audience.

    Bref, comme Jean-no’, même si le film ne m’attirait pas plus que ça (histoire sans aucune originalité, vendue dès le trailer – et direction artistique à la World of Warcraft), je dois avouer que j’ai été touché.
    Pas en plein cœur, mais la flèche (na’vi ;) n’est pas passée loin.

    En revanche, je ne sais pas si je classerais ça dans la SF: tout comme Star Wars, ça relève pour moi avant tout du conte intemporel, plutôt que de l’anticipation.
    Mais peut-être ma définition du cinéma de science-fiction est-elle trop restrictive (et restreinte aux films d’anticipation).

  14. By Jean-Jacques Birgé on Jan 6, 2010

    J’en ai parlé dans mon article que Jean-No rappelle en fin du sien, mais Avatar fait surtout penser au scénario de La forêt d’émeraude de John Boorman. Les similitudes sont trop nombreuses pour être des coïncidences.

  15. By Jean-no on Jan 6, 2010

    @jjb: c’est vrai. Il faut que je revoie ce film, d’ailleurs, il est sorti il y a vingt-cinq ans, j’en ai un grand souvenir, mais très confus (pareil d’ailleurs avec Excalibur, du même réalisateur)… Dans mon lycée (technique), en cours de de dessin on nous avait fait réaliser une affiche alternative pour La forêt d’émeraude.

  16. By Alex' on Jan 6, 2010

    En parlant de similitudes, le compositeur James Horner semble avoir habilement recyclé quelques notes caractéristiques d’une de ses précédentes productions (et peut-être d’autres; je ne connais pas suffisamment sa discographie pour le dire) dans Avatar.

    Notez donc le son de trompettes récurrent, à partir de 5:32, sur la fin de cette musique (lors de la destruction de l’arbre na’vi):
    http://www.youtube.com/watch?v=1Y7eQ-WOl1w

    Maintenant comparez avec le même son, qu’on retrouve un peu partout en leitmotiv dans la BO du Stalingrad – Enemy at the Gates d’Annaud, ici à 0:38, 0:48, 1:27, 1:36, 1:46 etc.
    http://www.youtube.com/watch?v=KRyrDi8AiGU

    :)

  17. By hugues on Jan 9, 2010

    Chacun projette dans ce film ses propres souvenirs, ce qui pour moi va dans mon sens et celui d’Alex:
    L’histoire est un « archétype », une sorte de forme de base que l’on retrouve mille fois par ailleurs. C’est quelque chose de très difficile à accomplir sans être ennuyeux, loin d’être simpliste, qui nécessite un travail de narration au scalpel.
    Et en même temps ce n’est possible qu’en supprimant toute aspérité, toute innovation dans l’histoire, qui casserait l’équilibre du conte.

  18. By Alex' on Jan 9, 2010

    Et là – pour ma part – tout est dit :)

  19. By Jean-no on Jan 9, 2010

    Je viens de lire l’article des Cahiers du cinéma (excellent numéro janvier 2010 qui reprend tout ce que les années 2000 ont apporté au cinéma) sur Avatar. Intéressant, l’auteur y rappelle que la technique est une composante primordiale du film, et notamment, que c’est sans doute le premier film de ce genre où les regards des personnages 3D n’ont pas l’air éteints.
    Bien d’accord avec hugues : le conte archétypal est un genre qui ne souffre pas l’à-peu près et la plupart des risques scénaristiques que prendrait n’importe quel réalisateur de films « plus intelligents » casserait l’ensemble.

  20. By Stan Gros on Jan 24, 2010

    J’ai fini par aller le voir, malgré mes préjugés, et j’ai été surpris d’en penser à peu près la même chose que toi, je ne me suis pas ennuyé et j’ai presque trouvé ça beau, en tout cas je comprends tout à fait l’émerveillement qu’il peut susciter.

    Sinon pour moi qui suis assez ignorant en s-f, le détail qui m’a troublé c’est l’espèce de câble que les Naavis connectent aux animaux qu’ils veulent dresser. J’ignore si Cameron a inventé ce gadget, mais je ne sais pas bien qu’en penser : apparemment il s’agit de « communiquer » avec la nature, mais dans les faits il sert plutôt à la soumettre à sa volonté. Pour un peu j’irais revoir le film pour observer de plus près l’utilisation et la justification du bidule.

  21. By Jean-no on Jan 24, 2010

    Je ne sais pas d’où vient cette interface de « lien neurologique », je doute que Cameron l’ait inventé, mais ça semble plus sortir de la littérature cyberpunk que de la SF écolo, où la télépathie est généralement la norme.

  22. By Tafrit on Jan 26, 2010

    I live In Casablanca, Morocco where Avatar had a great succès. Nothing really new about the simplistic dichotomy between the Good and the Bad. Beautiful imagination though for the creation of a different nature in a different planet? Nice special effects. Nice allegory about destruction of cilivisations for the sake of energy products. Any way my daughter and I enjoyed the film in three dimensions. Now my real question is: How much of that colossal amount of money did go to Haiti? Or did it?

  23. By Jean-no on Jan 27, 2010

    Somebody has made a processing application that shows how much of Avatar could be produced with Haiti donations : (click here). I’m not sure it is very useful, as we can compare anything : how much money is there in a football mundial ? In olympic games ? In a military boat ? etc.

  24. By Proverbe on Jan 30, 2010

    Un film révolutionnaire qui fera certainement date dans l’histoire du cinéma. Tout comme l’odysée de l’espace l’a fait, Avatar révolutionne la science-fiction mais marque également un nouveau départ pour la cinématographie. Sur ce, avatar est un petit bijoux qu’il faut savoir apprécier tel un voyageur qui découvre de nouveau paysage. Je conçois que ceux qui ne savent ( malheureusement ) pas se transporter, puissent trouver le film décevant, le scénario est certes classique. La morale est également un peu trop poussée. Seulement on ne peut qu’oublier ces 2 lacunes devant tant de beauté visuelle. Un moment féérique.

  25. By Satyneh on Août 5, 2011

    Article très intéressant ^^

    Rien à redire sur tout ce qui fut dit : l’émerveillement, l’archétype (ou le mythe) réactualisé et… d’actualité. :)

    Enchantement pour moi aussi, après avoir pourtant lu des critiques blasées, et en y allant sur la pointe des pieds.

    Quelques petites remarques en plus :

    – D’habitude Cameron nous immerge dans des univers catastrophiques, sombres, étouffants (Dark Angel, Abyss, Tinanic et c…)
    « Au secours faut que je sorte de là !! »

    Cette fois c’est l’inverse, il nous fait plonger dans la splendeur et c’est plutôt :
    « Pitié je veux y rester ».
    C’est clair que sachant comment ça se passe à chaque fois dans l’histoire (ou les histoires), on devrait être automatiquement préparé à l’horreur de ce qui va arriver.
    Mais il y a cette nouvelle astuce : plus il nous fait voler haut dans l’extase, plus on se retrouve défait par l’absurdité des « spectacles » de destruction (et plus « ça fait mal au cul » de retomber -si je peux me permettre).

    – « Avatar » c’est aussi le personnage incarné, investi, et animé, dans les univers virtuels des MMORPG.
    Un tour de passe passe se crée parfois entre le joueur et sa marionnette, où l’on ne sait plus où se limite la réalité, et jusqu’où va la fiction.
    Et c’est dans le cadre d’un loisir qu’on peut en apprendre bien plus sur nous ou être bien plus touché puisque « ce n’est qu’un jeu » ; on s’ouvre d’autant plus qu’on croit l’aventure « sans conséquences » dès qu’on débranche.

    Dans le film Avatar, c’est le même processus qui se déploie (à mon avis).
    Le Héros n’observe pas de loin le peuple de l’autre univers (derrière les grandes baies vitrées, ou protégé par un exosquelette), il va s’en approcher en incarnant un « corps de rêve » pour y jouer un rôle.
    Et il découvre ce monde avec assez de candeur pour se placer en situation d’apprentissage (et non d’enseignant contrairement aux autres missionnés)…

    Jusqu’au moment où il confie (grosso modo) :
    « J’ai l’impression que c’est ce que je vis sur Pandora qui est la réalité et mon monde, la fiction »
    …Et comprend qu’à cause des transformations que ces allés-et-retour entre les 2 mondes impliquent, il choisira de jouer un autre rôle.
    Hé bien j’ai l’impression que le tour de magie qui opère dans ce film, est de même teneur pour le spectateur, avec cette force d’immersion dans laquelle il nous emballe.
    Est-ce qu’après ça, beaucoup d’enrôlés choisiront de rebrousser chemin en déclarant comme la pilote Trudy devant l’ampleur du massacre « non je n’ai pas signé pour faire ça » ?

    – sur mon lieu de travail, tout simplement parce qu’on n’arrivait pas à faire fonctionner correctement un nouveau type de capsule (la fine membrane qui séparait la substance liquide de la substance solide ne se déchirait pas, empêchant ainsi l’alchimie prévue), j’ai repensé à Avatar, et plusieurs autres films d’anticipation ou de SF où la capsule semble être le lieu de passage obligé pour connaitre un autre type de fonctionnement, de société, d’univers.
    (Dans Matrix, Contact, Fringe une série qui passe à la TV en ce moment, et d’autres que j’oublie sûrement, les aventuriers rentrent dans une capsule -qui a parfois la forme d’un vaisseau- avant de se connecter).
    Je réfléchis là dessus en ce moment.

    En me disant que tant qu’il ne se produit pas cette traversée, on ne regardera l’autre monde -celui qu’on détruit, par exemple- que de loin, derrière une sorte d’écran qui empêche d’être suffisament touché pour décider d’agir autrement pour arrêter de réproduire les mêmes archétypes.

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