Profitez-en, après celui là c'est fini

Machines hostiles

juillet 10th, 2009 Posted in Non classé

montfermeilIl y a dix jours, Henri Guaino, le conseiller spécial du président de la république, s’est fait caillasser dans un véhicule de Police qui effectuait une ronde nocturne dans la cité des Bosquets à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis.
Je ne sais pas ce qu’il faisait à cet endroit et à cette heure mais je suppose qu’il aurait été un peu déçu s’il ne lui était rien arrivé de palpitant, s’il n’avait pas eu droit à un petit frisson, d’autant qu’il ne se déplaçait pas, si j’ai compris, dans une voiture de police normale, mais dans un véhicule (voire un convoi, me souffle mon mauvais esprit) de la BAC, la brigade anti-criminalité : voyant et hostile, autant de raisons de se faire mal recevoir. Il cherchait la preuve qu’il existe des «zones de non-droit» au delà du périphérique, les autochtones du lieu ont eu l’amabilité de réagir conformément à ce qu’il attendait d’eux.
Je n’habite pas à Montfermeil, et aucun homme politique ne fait de Safari dans des véhicules blindés de police en face de chez moi. Je ne sais pas ce que ça fait d’être observé comme une bête fauve. Ce que je sais en revanche, c’est que chaque fois que je dois quitter ma propre banlieue pour me rendre à Paris, une ou deux fois par semaine en fait, je trouve la capitale excitée, bruyante et brutale.

portillons_ratp

Tout à l’heure par exemple, un portillon de la station Pyramides s’est refermé sur moi avant que je ne passe : problème de synchronisation… À un centimètre près, j’étais bon pour racheter mes lunettes. De la même façon, Nathalie s’est une fois fait violemment écraser les tempes par ce même genre de portillons. Évidemment, des parisiens agguéris (bien dressés ?) connaissent mieux le rythme de ces machines que nous, mais je suppose qu’il se produit malgré tout des accidents de gravité variable tous les jours.
Or le problème ce ne sont pas ces portes-automates. Le problème, ce sont les intentions qui motivent leur programmation. Pour les gens de la RATP qui ont réglé ces portillons, il est plus important d’empêcher au maximum la fraude que de s’assurer que les voyageurs qui ont dûment payé leur billet puissent se déplacer sans risquer d’être brutalisés par des portes.
Les robots, les interfaces, les machines, sont bel et bien animés par des sentiments, non pour quelque raison science-fictionnesque, mais parce qu’ils ne font rien d’autre que d’appliquer ce pourquoi on les a conçus.
Je pense que l’hostilité de ces portes mécaniques en dit long sur le rapport de force, sur la suspicion et peut-être même le mépris qui sépare les organisateurs du service des usagers de ce même service. Il y a peut-être même ici l’intention délibérée de faire mal à celui qui tente de passer en même temps qu’un autre.

  1. 10 Responses to “Machines hostiles”

  2. By Christian Fauré on Juil 10, 2009

    « attention à la fermeture automatique des portes … » :-)

  3. By Baptiste on Juil 10, 2009

    …. de faire mal, mais sans qu’il ne reste de traces physiques (hématomes ou fractures), pour éviter les plaintes.

  4. By Pull-Jacquard on Juil 10, 2009

    J’ai toujours pensé que l’on mesurait le degré de civilité d’une ville à ses portiques de Métro.
    à Berlin, nul portique. Le touriste doit même s’interroger quelque temps avant de trouver où valider son bilet. (dans le metro berlinois aussi très peu de publicité, ce qui n’est pas désagréable et indique que c’est tout à fait possible)
    à Montréal : un portique mais point de tourniquet, le billet est mangé dans la machine, alors on se ballade sans ticket, un peu surpris.
    à Londres, c’est déjà plus sérieux.
    Cela dit Paris remporte réellement la palme du portique agressif et répété. Un personne qui traverse la gare du Nord doit passer trois ou quatre de ces obstacles automatisés avant de prendre son train de banlieue.

  5. By FB on Juil 10, 2009

    aguerris ou pas, à Montparnasse c’est tous les jours, dans le mépris le plus parfait des agents si par hasard il s’en trouve – la semaine dernière c’est une jeune femme enceinte qui s’est fait piéger on a dû se mettre à trois pour décoincer le truc – c’est de la politique de minables

  6. By bobig on Juil 11, 2009

    j’ai eu la même expérience, j’ai rattrapé mes lunettes au vol…tout à fait d’accord avec tes observations.
    Concernant le 93 je vous conseille le documentaire « 93 histoire d’un territoire ». je vous résume. l’est parisien est une région qui souffre depuis plus de 150 ans. à pleurer !

  7. By XGouchet on Juil 12, 2009

    Je me suis fait la même réflexion après un voyage au Japon : la bas les portillons sont par defaut ouvert, et ne se ferment que si l’on a « oublié » de valider son ticket. Merci la présomption d’innocence.

    Autre chose agréable, si par mégarde on achète un ticket insuffisant (zone 1-2 alors qu’on va jusqu’en zone 3), il y a des bornes à l’intérieur de la zone payante, ou l’on peut ajuster son billet sans risquer une amende. Combien de fois j’ai vu des gens se faire mettre une amende parce qu’ils ne savaient pas qu’il fallait un billet 1-2 pour aller à Saint Denis en metro, mais 1-3 pour y aller en train…

  8. By Jean-no on Juil 12, 2009

    C’est vrai, ça : depuis l’intérieur du réseau métro-RER, impossible de régulariser ou de changer d’avis… ou même de changer de billet sans commencer par sortir. En général les contrôleurs sont gentils avec les étrangers désorientés mais je pense que c’est surtout pour ne pas perdre de temps avec des amendes qui ne pourront jamais être perçues. Et quand aux droits dont on dispose, ils sont rarement clairement affichés : combien de temps un billet est valide, pourquoi est-ce qu’à certains endroits le billet déjà validé fonctionne et à d’autres pas,… ? J’ai peur que le système repose sur l’idée que tout le monde est malhonnête sauf à avoir le choix.

  9. By Eris on Sep 7, 2009

    Je suis bien d’accord avec Pull-Jacquard: le métro berlinois est infiniment plus accueillant que le parisien: l’autre jour, une dame âgée avait réussit à passer les portillons… mais pas son chien tenu en laisse ! Résultat, si personne n’était passée derrière pour réactiver les portes, elle et la bête seraient encore bloqués, chacun de son côté !
    Et je ne parle même pas des personnes avec des valises, des poussettes, des fauteuils roulants etc.
    En fait ces machines sont un instrument de normalisation typique de notre société productive: si vous êtes trop lent ou trop maladroit, vous vous prenez la porte dans la tronche ! Seul les jeunes cadres dynamiques s’en sortent ^^

    En tout cas, moi et mes proches avont beau vivre à Paris depuis des années, voir depuis notre naissance, on subit *toujours* le coup de stress en imaginant la porte se refermer trop tôt :/

    Si seulement le métro était gratuit (http://ratp.samizdat.net) , on pourrait se débarrasser de toutes ces horreurs…

  10. By nafan on Déc 16, 2009

    Mais bon les programmateurs ne sont pas nécessairement des monstres avides d’ argent (ni leurs dirigeants).
    Il suffit de voir le budget de la RATP pour voir qu’ ils sont trés loind de gagner de l’ argent et que l’ état y injecte de l’ argent à grand coup de pelle.
    Donc oui s’ ils contrôlent et font tout pour que tout le monde paie son billet c’ est peut être pour pas qu’ il y en ait certains qui paient pour d’ autres. Même si je suis d’ accord pour dire que c’ est pas la façon la plus agréable de vivre au jour le jour et que des systèmes moins « présents » seraient préférables.

  11. By Jean-no on Déc 17, 2009

    Ce n’est pas une question de personnes – les gens qui font le sale boulot sont généralement les plus mal payées c’est une constante -, c’est une question de système : comparez à d’autres villes, d’autres pays, vous verrez qu’il est possible de faire autrement.

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