Profitez-en, après celui là c'est fini

Automan

mai 25th, 2009 Posted in Ordinateur au cinéma, Série

automan_dvdLe film Tron (1982), de Steven Lisberger, se déroulait en grande partie à l’intérieur d’un système informatique, où s’affrontaient des agents logiciels. Afin de représenter une chose aussi abstraite, les producteurs avaient notamment fait appel aux talents du dessinateur Moebius et du designer Syd Mead. Les programmes prenaient ici la forme de personnages électriques… Le résultat est d’une grande originalité visuelle, j’aurai l’occasion de parler en détail de Tron dans un futur article, puisqu’il faudra bien y venir.
La série télévisée Automan, sortie en 1983, est nettement inspirée par Tron, on croirait presque à un pastiche de Tron qui aurait été réalisé par quelqu’un qui n’aurait rien compris au film de Steven Lisberger ou qui s’adresserait à un public qui n’y aurait rien compris. Plusieurs éléments très précis attestent de cette influence. Le personnage Automan, pour commencer, est vêtu d’un habit lumineux bleu électrique, tout comme le personnage Tron dans le film du même nom. Les véhicules qu’il emploie apparaissent dessinés en fausse 3D filaire tout comme les véhicules utilisés dans la célèbre scène «Light Cycle» où des personnages s’affrontent sur des deux roues dont le trajet construit un mur. Automan emprunte aussi à cette scène les virages à 90 degrés qu’effectuent ces véhicules ainsi que son « assistant » cursor, un polyèdre sifflotant qui rappellera le « bit » que l’on rencontre à l’intérieur de l’ordinateur de Tron. Même le logo de la série rappelle celui du film Tron.
Par ailleurs, Tron et Automan ont un producteur en commun, Donald Kushner, dont la rumeur prétend qu’il n’a été embauché sur Automan que pour parer à toute éventualité de poursuite judiciaire.

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Comme beaucoup de séries de l’époque, et notamment les autres séries de Glenn A. Larson (à qui l’on doit Galactica, K2000, Tonnerre mécanique et L’homme qui valait trois milliards, par exemple), Automan n’a pas de véritable épisode introductif. La naissance du personnage est juste évoquée dans une courte séquence, montrée avant chaque épisode. Cette séquence nous raconte l’histoire d’un policier, Walter Nebicher, qui est affecté à la salle des ordinateurs d’un commissariat, où il excelle à interroger des bases de données tout en rêvant de vivre de vraies aventures policières.
Walter se plaint de travailler seul et de ne recevoir aucune autre visite que celles de ses amis le lieutenant Jack Curtis, un policier expérimenté (abonné aux accidents de voiture et aux coups), et la belle Roxanne Caldwell, qui traîne dans les bureaux mais dont l’emploi exact ne me semble pas très défini, à moins que se faire enlever par des gangsters, partager les secrets de Walter et laisser ce dernier perpétuellement transi d’amour constitue un métier.

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Pendant son temps libre, Walter met au point une intelligence artificielle capable de se manifester sous la forme d’un hologramme, Automan (pour automatic man). Ce personnage est censé être l’homme idéal, puisque les qualités de nombreuses personnes qui excellent dans divers domaines lui ont été attribuées : il joue du tennis comme Jimmy Connors, il danse comme John Travolta, et il peut enquêter comme James Bond ou Sherlock Holmes. Programmé pour être d’une honnêteté totale, il n’a pas peur de se décrire lui-même comme un être parfait : «sur une échelle de un à dix, dites-vous que je vaux onze».
Walter se félicite des capacités de sa créature : «tu peux tout faire puisque tu n’es pas réel». Il se trompe sur ce point, car si le virtuel n’est que potentialité, il n’en n’est pas pour autant opposé au réel1. Automan le reprend : «je suis aussi réel que toi, mais différent, et, grâce à toi, parfait».

Chaque arrivée du héros suit un protocole immuable : tout d’abord, les murs se mettent à trembler et les appareils électriques à dysfonctionner — comme avec Weird Science, quelques années plus tard, Automan reprend les codes de Frankeinstein : l’électricité donne la vie. Puis apparaît « cursor », dont nous allons parler plus loin. Enfin, filmé à la manière d’une apparition miraculeuse, arrive Automan.

Automan n’est pas un hologramme comme les autres puisqu’il sait, lorsqu’il en a besoin, se donner une substance tangible. Il est constament accompagné d’une entité nommée Cursor, un petit objet en 3D qui s’exprime par sons inintelligibles, éxécute des dessins lumineux en l’air et crée les véhicules dont Automan a besoin, selon le contexte : automobile, char, hélicoptère, avion. Taquin et parfois capricieux, Cursor est assez proche de la fée clochette de Peter Pan.

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Automan peut tout faire, sait tout faire, communique sans problème avec tous les appareils électroniques qu’il rencontre et fréquente même Pac Man. Il fallait bien qu’il ait une faiblesse, et c’est l’électricité. Dès le petit matin, il faiblit, car l’importante demande en énergie électrique le prive de ses ressources. Il lui arrive plus que fréquemment de devoir abandonner Walter au milieu d’une enquête, et généralement dans une posture délicate, pour cette raison. Cependant il n’est pas rare que les scénaristes oublient totalement cette fragilité du héros.

Comme tout personnage de ce genre (intelligence artificielle, robot, et autres candides), Automan n’a pas vraiment le sens commun et le décallage qui sépare son comportement de celui des autres protagonistes crée un effet comique. Son enthousiasme sincère à expérimenter la vie humaine (en dansant ou en embrassant, par exemple) pourrait être très amusante mais le sujet n’est pas exploité très profondément.
La série regorge de trames comme suit : en confondant des cassettes vidéo consacrées à l’étude de la psychologie criminelle avec des épisodes d’un soap-opera, le héros holographique s’approprie des répliques et des attitudes propres à ces feuilletons et les utilise pour son enquête. Ce genre de mécanique me semble intéressante : en imitant à la perfection un cliché cinématographique (Le Parrain, La fièvre du samedi soir, les westerns, Dirty Harry…), Automan parvient à résoudre les affaires, parce que les criminels sont eux-mêmes dupes des clichés qui les représentent et qu’Automan utilise ces fictions comme mode d’emploi comportemental.

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Dans le second épisode, intitulé The Great pretender (29 décembre 1983), aux alentours de la cinquième minute, on trouve ce qui est pour l’instant à ma connaissance (je poursuis mes recherches) la plus ancienne occurence d’un des poncifs les plus fréquents et les mieux installés des fictions mettant en scène l’ordinateur : l’augmentation informatique de la qualité et de la lisibilité d’une image. Ici, le supérieur hiérarchique de Walter se plaint de n’avoir comme indices qu’une photographies de voiture dont les plaques sont illisibles. Walter propose de traiter ces images informatiquement. Le capitaine s’étrangle : «est-ce que vous êtes en train de me dire que l’ordinateur a de meilleurs yeux que nous ?» — «Oui, répond Walter, nous pouvons essayer une technologie nommée « amélioration électronique d’images »  [electronic image enhancement]».

La bande-son est tout à fait extraordinaire, car au fil des épisodes on entend les plus grands succès du moment (dans leur version originale ou sous forme de reprise) : Michael Jackson, Donna Summer, Cyndi Lauper, Yes, Eurythmics, David Bowie, les Bee Gees, Blondie, Olivia Newton John, Pat Benatar, Culture Club… Je doute qu’aucune série télévisée d’aujourd’hui pourrait s’offrir un luxe pareil. Dans un épisode, Laura Brannigan interprète elle-même le rôle d’une chanteuse dont la vie est menacée, ce qui lui permet d’interprèter quatre chansons dont son grand succès, Gloria.

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Automan est, avec Knight Rider (K2000), une des premières séries à avoir eu parmi ses personnages principaux un être virtuel à intelligence artificielle.  Il s’agit cependant d’une série extrèmement datée, à la mécanique redondante, où les explications sont régulièrement redites, où les rapports entre les personnages évoluent très peu. Les « méchants » sont d’improbables gangsters et les aventures se déroulent chaque fois dans un milieu sociologique tel que la mode, le cinéma, les boites de nuit, la chanson, etc. Nous sommes loin d’être en présence d’un propos aussi riche que ceux de séries comparables ultérieures telles que Max Headroom (1985), qui traitait des médias, et Weird Science (1994), consacré à l’adolescence.
Le pilote de la série a cependant un point de départ original : des ingénieurs de haut niveau disparaissent les uns après les autres. L’enquête d’Automan établit que ceux-ci ont été kidnapés par une société de sécurité qui enferme ces chercheurs dans une prison dorée pleine de jolies filles en maillot de bain et située en Suisse : en fait, ce sont les employeurs de ces chercheurs qui les ont fait enlever dans le but qu’ils continueut leurs recherches sans être tentés de passer à la concurrence. Le directeur de la société en question était en outre interprèté par Patrick McNee (John Steed dans The Avengers).

La série Automan, qui n’a eu que 13 épisodes, a été diffusée en 1987 en France sur la cinquième chaîne. Elle n’a pas été éditée officiellement sur support DVD, mais on peut se procurer des copies de VHS de qualité moyenne sur le site Tales of the golden monkey, spécialisé dans la réédition de séries oubliées.

  1. je vous renvoie à la définition que propose Wikipédia. []
  1. 11 Responses to “Automan”

  2. By Hobopok on Mai 25, 2009

    13 épisodes seulement ? On se demande vraiment pourquoi.

  3. By Jean-no on Mai 25, 2009

    Oui c’est curieux hein

  4. By Cécile on Mai 26, 2009

    Je n’avais jamais entendu parler de cette série, mais apparemment ça vaut le détour ! Je ne sais pas vraiment pourquoi je dis ça parce que ta critique tend quand même à dire que ce n’est pas très bon…mais il y a toujours qqch. qui m’attire dans ces images kitsch d’apparitions électriques (en plus Automan sur les photos a vraiment l’air parfait). Une autre bonne référence donc !

  5. By Jean-Michel on Mai 27, 2009

    D’une certaine manière, merci de subir cela pour nous lecteurs.

  6. By Benoit on Mai 27, 2009

    Je ne pense pas que ce soit réellement un calvaire de visionner tant de choses, je pense au contraire qu’elles sont en quelque sorte le reflet des pensées de chaque époque (sur le futur et sur l’époque même) et en cela c’est assez intéressant, même si dans l’absolu c’est mauvais.

  7. By Jean-no on Mai 28, 2009

    Ce n’est pas un calvaire, mais parfois j’ai tendance à faire « avance rapide » quand même :-)
    Les fictions permettent de jauger l’imaginaire de chaque époque (en même temps qu’elles ont participé à le construire), surtout les fictions « sans importance », qui n’essaient pas d’être des oeuvres, de dialoguer avec l’histoire de l’art. Les séries TV sont un vecteur passionnant, enfin l’étaient, car depuis dix ans ou un peu plus elles sont trop bonnes, trop maîtrisées ! En 1975, être un acteur de série c’était la honte. Trente ans plus tard, les acteurs de cinéma se battent pour figurer au générique de séries…

  8. By loic on Juin 23, 2010

    salut pouvez vous me dire ou je peux trouver les episodes d’automan. car je voudrait bien la revoir cette serie.
    je vous remerci d’avance

  9. By Jean-no on Juin 23, 2010

    @Loic : tout ce que je peux dire à ce sujet se trouve à la fin de l’article.

  10. By jyrille on Sep 19, 2010

    Aaarh j’avais oublié ce truc ! Après avoir lu ton article j’ai quand même très envie de revoir le pilote… Bon dieu quelle mémoire, Jean-no !

  11. By Jean-no on Sep 19, 2010

    @jyrille : en fait, Automan je n’ai pas connu à l’époque. Je me souviens très bien de Holmes et Yoyo, tombé dans l’oubli, mais Automan, j’ai trouvé ça plus tard… Et j’ai acheté la saison en DVD. Tu verrais le nombre de conneries que j’ai en DVD, tu n’en reviendrais pas.

  12. By Yuri on Oct 6, 2013

    J’adorerai cette série deja a l epoque.la revoir m’a fait trop rire.
    Pourrais je savoir le titre et chanteur de la chanson qui est dans l’épisode »Zipper »?
    Au moment ou il danse dans la boite(Auto l’élétricien »? Lol
    Merci.
    En tout cas bravo

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