Profitez-en, après celui là c'est fini

Art school confidential

mars 2nd, 2009 Posted in archétype, Au cinéma, Études

Je viens tout juste de regarde Art School Confidential, de Terry Zwigoff, que me signalait Antoine en commentaire à mon précédent article consacré aux universitaires dans les œuvres de fiction. Ici, ce sont les écoles d’art qui servent de cadre au récit.
Terry Zwigoff, a déjà réalisé avec Daniel Clowes et d’après la bande dessinée homonyme l’excellent Ghost World. On lui doit aussi le formidable et terrible documentaire Crumb
Le scénariste, Daniel Clowes, est un des plus grands auteurs contemporains de bande dessinée1. Ancien étudiant en école d’art, il explique que cette expérience est similaire pour lui à ce qu’a été la guerre du Viêt Nam pour Oliver Stone, à savoir un réservoir d’histoires à raconter pour une vie entière.

Clowes a une vision de la motivation artistique très simple : pour lui, bien dessiner est essentiellement le moyen que trouvent des garçons peu costauds et peu agressifs pour approcher de jolies filles, et le reste n’est que littérature (et théorie esthétique). Les étudiants de l’école de Strathmore, où se déroule le récit, sont des stéréotypes ambulants. Il y a le dilettante qui change de section tous les semestres pour ne pas avoir à constater son manque de talent, le flagorneur, la hippie à problèmes, la lesbienne en colère, l’homosexuel qui essaie de faire croire qu’il a une petite amie, la féministe revendicatrice, etc. les professeurs sont encore plus mauvais que leurs étudiants, ce que ne manque pas de leur faire savoir un ancien élève devenu star de l’art contemporain, que son statut rend puant et supérieur au possible. Les enseignants de l’école se tirent dans les pattes, l’un (John Malkovitch) accusant son collègue d’utiliser ses étudiants pour exister par procuration, lequel collègue fait fourbement remarquer que ses étudiants ont plus de succès, tandis que la prof d’histoire de l’art (Anjelica Houston) n’a pas grand chose à raconter… 
Mais ce ne sont pas les seuls stéréotypes, le monde extérieur au milieu de l’art n’est pas épargné, on rencontre aussi des policiers fiers de leur ignorance, un frère qui donne des conseils opportunistes et une grand-mère qui a entendu parler de quelqu’un qui se faisait payer pour dessiner sur des chaussures et qui se dit que c’est peut-être un débouché. Sans oublier l’ancien étudiant, dont la carrière et la vie sont ratées, qui est devenu alcoolique et qui vit dans un taudis.

Et puis il y a le héros, Jerome, que je suppose être un autoportrait cruel de Daniel Clowes : virtuose (Clowes est un dessinateur hors-pair), et plus encore orgueilleux, incapable d’écouter une critique mais prêt à faire semblant s’il pense que ça le rapprochera de son but, à savoir la peau douce de l’inaccessible Audrey, qui pose comme modèle. Jerome n’a jamais couché avec une fille.
Ajoutez à cela qu’un serial-killer étrangle les gens autour de l’école et qu’au même moment, apparait un mystérieux étudiant nommé Jonah. Il est grand, carré, costaud, blond, bronzé, beau… trop bizarre pour être honnête, quoi.

La vision de Clowes peut paraître froidement clinique et dénuée de tendresse pour ses personnages, mais tout cela est surtout un prétexte pour nous faire rire et il me semble qu’à aucun moment on n’oublie que ce n’est qu’une manière de voir, et qu’un film complètement différent, plus indulgent et plus apte à susciter de la sympathie, aurait pu être fait avec la même histoire et les mêmes protagonistes. 
Un portrait assez similaire des écoles d’art est fait dans la série Six Feet Under, où Claire, la cadette de la famille Fischer, étudie la photographie auprès de Billy Chenowith, un artiste charmeur qui souffre de vrais problèmes psychologiques au point d’être dangereux.

Ce regard intransigeant, ou même méchant, me rappelle beaucoup la façon dont j’ai vécu mon passage à l’école des Beaux-Arts, il y a vingt ans. J’en parlerai à l’occasion.
Ce n’est que bien plus tard, en devenant prof d’école d’art à mon tour, que j’ai compris ce que les écoles apportent à leurs étudiants de manière directe (enseignements, production) ou indirecte (environnement, réseau).

  1. De Daniel Clowes, on trouvera en français chez Cornélius : Comme Un Gant De Velours Pris Dans La Fonte, David Boring, Twentieth century Eightball (d’où est extrait le récit qui sert de point de départ au film), Ice Haven ; Chez Rackham : CaricaturePussey!/ Pussey! ; Chez Vertige Graphic : Ghost world. Aux États-Unis il est édité par Fantagraphics books. []
  1. 4 Responses to “Art school confidential”

  2. By Wood on Mar 2, 2009

    Mais pourquoi, alors que toutes les autres BD de Clowes ont été traduites, « Art School Confidential » n’a-t-il jamais été publié chez nous ?

  3. By Jean-no on Mar 2, 2009

    Je pense que si, on doit l’avoir en français dans XXth century Eightball. Enfin je ne l’ai pas lu encore, ça vient de sortir.

  4. By antoine bablin on Mar 2, 2009

    Le traitement de l’école d’art et du milieu arty de Six Feet Under est déplorable !
    Quite à dresser un portrait au vitriol du millieu autant regarder Pecker de John Waters, c’est pas son meilleur film mais il a ce mérite de remetre un peu plus les choses à leurs place.

    http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=2855.html

  5. By Jean-no on Mar 2, 2009

    Pas vu le John Waters. Je n’ai reconnu aucune école d’art que je connais ni dans Six Feet Under ni dans Art School Confidential d’ailleurs, en revanche je vois tout à fait comment d’anciens étudiants en art déçus par leur expérience peuvent en avoir cette vision, je n’étais pas loin du personnage de Clowes moi-même quand j’étais aux Beaux-Arts, il a fallu que je devienne prof pour comprendre l’intérêt des écoles d’art :-)

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