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Le prof est un robot

juillet 19th, 2008 Posted in Robot au cinéma

Class of 1984

Parmi mes mille et une passions honteuses, je dois confesser un goût forcément suspect venant d’un enseignant pour les films d’« ultra-violence scolaire » — terme dont je suis l’inventeur si je me fie à Google. Ces films, qui ont tous en commun de se dérouler dans un futur très proche (ou dans un présent légèrement exagéré), mettent en scène un  système éducatif qui déraille, où des professeurs craintifs et dépressifs laissent les dealers vendre leur marchandise dans les couloirs des lycées et où la pédagogie doit se faire de manière musclée (The Principal, The Substitute) voire radicale (Battle Royale). Il existe depuis longtemps des fictions consacrées à l’adolescence en roue libre, mais le fait de leur donner l’école comme cadre et les rapports élèves-professeurs comme principale situation dramatique est, je pense, plus récent. L’école est réputée être un sanctuaire où les problèmes du monde n’entrent pas, c’est ce qui rend toujours si choquant d’y imaginer des violences diverses. Quand au professeur, c’est lui qui est censé être respecté, voire craint de ses élèves, et non le contraire. Cette inversion des rôles (les adultes doivent être protégés des enfants), qui est un grand classique du cinéma d’horreur, fonctionne toujours assez bien. Certains de ces films d’angoisse scolaire se veulent plus « réalistes » : Esprits rebelles (avec Michelle Pfeiffer en ancienne militaire devenue prof de lettres et décidée à amener le dealer local à s’intéresser à la poésie — vous comprenez pourquoi j’ai mis des guillemets au mot « réaliste ») et 187 (avec Samuel L. Jackson) sont deux exemples marquants.

Même si le principe a essaimé dans d’autres pays, tous ces films semblent être nés d’une crise de la société américaine en matière de criminalité, crise qui est très précisément datée par les sociologues et qui atteint son pic entre 1985 et 1995. Pour imaginer la psychose de l’époque, on peut lire ce que déclarait Bill Clinton, président en exercice, en 1997 : « Nous savons qu’il ne nous reste plus que six ans environ pour inverser la tendance en matière de criminalité juvénile, faute de quoi notre pays sera plongé dans le chaos ». Malgré ce genre de prédictions, au tournant du millénaire, en quelques mois, la criminalité a chuté de manière vertigineuse jusqu’à atteindre son plus bas niveau depuis les années 1960. De nombreuses personnes s’en sont attribué les mérites : un gouverneur qui avait triplé les condamnations à mort dans son état, un autre qui les avait pratiquement abolies, le maire Giuliani à New York, avec sa politique dite « de la vitre brisée », d’autres hommes politiques avec leurs programmes éducatifs ou au contraire répressifs. Démocrates ou républicains, chacun s’est félicité de son action, sans trop se soucier du fait que des méthodes apparemment opposées avaient abouti au même succès partout en même temps.
L’économiste politicaly incorrect Steven Levitt s’est penché sur le sujet dans son ouvrage Freakonomics. Pour lui, l’explication de la chute des violences se résume à la libéralisation de l’avortement, qui a pris effet aux États-Unis entre 1970 et 1973. Son hypothèse est que les enfants qui ne sont pas nés, vingt-cinq ans plus tôt, du fait de la promulgation de cette loi, sont justement les enfants qui étaient susceptibles de poser le plus de problèmes du fait d’un environnement familial et/ou social précaire ou tout simplement, du fait d’être nés contre le désir de leurs parents. Cette théorie a fait débat, comme on peut l’imaginer.
Quoi qu’il en soit, on voit que les films d’ultra-violence scolaire ont été les symptômes d’un fait de société. Le cinéaste Joe Dante prétend dans une interview de ce mois (Charlie Hebdo) que pour comprendre une période de l’histoire des États-Unis, il faut visionner ses films d’horreur (affirmation que j’étendrais pour ma part à tous les films dits « de genre »). Il explique aussi que le cinéma actuel lui semble malheureusement étouffé par la qualité hollywoodienne, très standardisée, et perd cette valeur d’inconscient collectif. J’ignore s’il a raison (il faut le recul du temps pour estimer l’adéquation d’un cinéma avec son époque), mais en tout cas, ce genre de film a cessé d’être produit en même temps que les problèmes qu’ils évoquaient ont eu cessé d’obséder l’Amérique.

Le premier de ces films (si l’on met de côté Blackboard Jungle, qui date de 1955 et qui parle sans doute plus de la ségrégation raciale) est peut-être Class of 1984, un film canadien de Mark Lester sorti en 1982 et censé de dérouler aux États-Unis. On y voyait des voyous tellement odieux que l’institution scolaire avait été amenée à s’équiper de détecteurs de métaux et de caméras de surveillance. Prédictions qui se sont avérées justes, mais est-ce le film (qui en plus de rencontrer un certain succès, a provoqué le débat en son temps) qui a influencé la réalité, ou bien a-t-il juste fait preuve de prescience ? Dans Class of 1984, le pervers chef de gang Peter Stegman profitait de l’immunité judiciaire liée à son jeune âge pour diriger un réseau de prostitution et de vente de drogue au détail. Un professeur de musique, fraichement arrivé dans l’établissement, cherche d’abord à régler le problème par la douceur, souvent sans jugeote, puis applique le principe de la réponse proportionnée, jusqu’à décimer la bande de Stegman. Sorti à la fin de la vague punk, Class of 1984 a pour héros des gamins ultra-lookés qui semblent tout droit sortis de la comédie musicale Starmania. Pour l’anecdote, l’acteur le plus célèbre du film est sans doute Michael J. Fox (Retour vers le futur), qui était à l’époque un pré-ado joufflu et qui tient dans Class of 1984 le rôle d’un souffre-douleur. Ce film médiocre et, par bien des aspects, putassier, est emblématique de son temps et contient d’excellentes scènes comme celle où un professeur de biologie effectue son tout dernier cours en profitant pour la première et unique fois d’une attention totale de la part de ses élèves… qu’il tient en joue avec un revolver.

On notera que la perversité de Peter Stegman (le vrai méchant du film) apparaît de manière définitive au moment où l’on comprend qu’il est un pianiste virtuose. Il est intelligent et talentueux, sa famille ne vit pas dans des conditions difficiles (le piano est un instrument évident pour le montrer), s’il est mauvais, c’est donc uniquement par son choix personnel. On en a d’ailleurs la confirmation plus tard, lorsque le professeur de musique, Andrew Norris, se rend chez Stegman : le sale gamin est bien un enfant gâté, surprotégé par sa mère (célibataire a priori).
Il y a une étude sérieuse à faire sur la méfiance que provoquent presque toujours, dans ce genre de fictions, le talent et l’intelligence. Je rapporterais ça à la mode des serial-killers (supérieurement intelligents, nous disait-on) qui fut le cliché le plus pénible des fictions des années 1990 et que l’on subit encore à présent. Ce n’était cependant pas si neuf : le docteur Cornélius de Gustave Le Rouge ou le Fantômas de Souvestre et Allain constituent de beaux spécimens du genre.
Lorsque l’on veut nous montrer la bêtise comme une menace, c’est généralement sous une forme collective : La foule, le groupe, lancés comme un troupeau de buffles, manipulés, liés contre l’innocent, le gêneur, le coupable désigné, etc.

Class of 1999

Toute cette longue introduction nous amène au sujet de l’article : le film Class of 1999 (1990), du même réalisateur que Class of 1984, Mark Lester (dont la carrière culmine en 1985 avec le film Commando).
Cette fois-ci, le système scolaire américain n’est plus seulement jugé problématique, il est le cadre de 500 000 meurtres par an. Des zones entières du pays sont sous le contrôle de petits gangs et aucun policier n’ose s’y aventurer. Il faut pourtant bien assurer le service scolaire, et c’est ce qui pousse le « ministère de l’éducation et de la sécurité » à tester un nouveau genre de pédagogie dans un lycée de Seattle où l’ordre ne règne plus depuis longtemps.
L’idée est d’y envoyer des robots humanoïdes qui ne paniqueront pas ou ne perdront pas leur calme face à des élèves turbulents, et qui pourront, si cela s’avère nécessaire, profiter de leur entrainement militaire pour assurer un minimum de discipline.

L’homme qui dirige le projet est inquiétant albinos doté d’un léger strabisme (à mon avis non voulu, et dû au fait que les lentilles sont mal posées). Il est interprété par Stacy Keach, acteur au physique familier puisqu’il  avait incarné le détective Mike Hammer dans la série éponyme des années 1980 — avant de disparaître totalement des écrans, emprisonné en Grande-Bretagne pour cause d’usage de stupéfiants. Sous les ordres de cet inquiétant albinos, plusieurs techniciens, cachés dans l’établissement, ont pour charge de surveiller les réactions des robots en situation pédagogique.

Les trois androïdes sont professeurs de chimie, d’éducation physique et d’histoire. Eux aussi sont interprétés par des acteurs dont le physique ne nous est pas complètement inconnu : Patrick Killpatrick, habitué aux rôles secondaires dans les films d’action (Minority report, par exemple), John Ryan, plus âgé, lui aussi abonné aux rôles de millitaires (longtemps lieutenant, jusqu’à atteindre le grade de général). Le troisième professeur est interprêté par Pam Grier, figure emblématique du cinéma de blaxploitation (Coffy, Foxy Brown), qui n’avait pas encore été re-découverte par Quentin Tarantino avec Jackie Brown.
Pour compléter le tableau, mentionnons que le proviseur du lycée est interprêté par Malcom McDowell, le tragique Alex du Orange Mécanique de Stanley Kubrick.
Alors que Class of 1984 adoptait le point de vue d’un enseignant, Class of 1999 suit le destin d’un élève, Cody (Bradley Gregg), qui décide de se montrer studieux malgré la pression de son ancienne bande et de son propre frère, Angel. Au moindre écart, il sait qu’il sera renvoyé dans la prison dont il sort.

Les professeurs-robots s’acquittent de leur tâche avec un zèle qui s’avère rapidement problématique. La première correction vient de Mme Connors (Pam Grier), qui parvient à calmer ses élèves avec poigne. Le vénérable professeur Hardin, enseignant en histoire, rétablit pour sa part l’ordre en administrant des fessées douloureuses aux élèves turbulents. Enfin, monsieur Bryles, qui enseigne l’éducation physique, fait preuve d’un goût certain pour la violence gratuite et les vexations, comportement qui, suggère le film, ne permet pas vraiment de le distinguer d’un autre professeur de la même matière.

L’histoire dégénère assez rapidement. Le professeur Hardin provoque l’overdose d’un élève en le forçant à avaler toute le drogue qui se trouve dans son casier et le professeur Bryles, de son côté, rompt le cou d’un autre élève qui se trouvait lui aussi sous l’emprise de la drogue et le menaçait.

Cody, qui s’est amouraché de la fille du proviseur, décide d’aller avec cette dernière chez le professeur Hardin pour y trouver la preuve qu’il est bien un meurtrier.
Là, il découvre que les trois professeurs habitent le même appartement et que cet appartement n’est équipé ni de meubles ni de nourriture, qu’on n’y trouve que quelques bombonnes de gaz et des stocks de produit anti-rouille.Pris sur le fait pendant la fouille de l’appartement, Cody et son amie s’enfuient. N’étant pas parvenu à le rattraper, les trois membres de l’équipe pédagogique cybernétique décident d’adopter une nouvelle stratégie, celle d’une guerre totale contre tous les élèves de l’établissement. Tout d’abord tentés par une approche psychologique, les professeurs montent les deux bandes rivales du lycée l’une contre l’autre (en tuant notamment Angel, le petit frère de Cody). Mais Cody, justement, finit par comprendre ce qui se passe et cherche à s’allier avec tous les autres lycéens contre ces trois professeurs assassins.

Du côté de l’administration, les choses s’enveniment aussi : le proviseur est assassiné par les robots qui ne tardent pas à massacrer toute l’équipe qui s’occupait de leur surveillance, à l’exception de leur supérieur hiérarchique direct. Ce dernier, en bon savant fou, est enchanté de la situation et jubile d’admiration pour la capacité dont font preuve ses machines pour prendre des initiatives.

L’affrontement final se déroule de nuit, dans les couloirs du lycée. Déluge de coups de feu, peau cybernétique qui fond, dévoilant les mécaniques d’acier qui se trouvent en dessous, accessoires gore (le professeur Hardin fend les crânes avec une perceuse dissimulée dans sa main ; le professeur Connors quand à elle dissimule un lance-flamme dans son bras), incendies, explosions, rien ne manque. Puni comme il se doit, Forrest, le papa des créatures, est finalement assassiné par un de ses robots.
Fin de l’histoire.

Nous trouvons ici un archétypes familier, celui du scientifique rendu complètement fou par sa propre création (ou dont la folie se révèle lorsque sa création est mise en route), qui observe avec jubilation les actions de ses machines alors même qu’il devrait tout mettre en œuvre pour les stopper. Comme souvent, ce genre de personnage est marqué par un physique particulier qui le distingue d’emblée des autres humains. Ici, ce sont ses cheveux et ses iris, parfaitement blancs.
Ce genre de docteur Folamour possède toujours un don surnaturel pour convaincre les autorités de le soutenir dans ses projets, jusqu’au moment où il est trop tard et où sa folie apparaît au grand jour. Est-ce que, comme dans les publicités pour les lessives, c’est la blouse blanche qui fait sérieux et qui impressionne ?

Class of 1999 II : le remplaçant

La série contient un troisième film, Class of 1999 II: The Substitute (parfois appelé Class of 2001). Tourné en 1994 avec des moyens nettement plus modestes que le précédent film, il est censé en être la suite directe. Il en recycle d’ailleurs de nombreuses images sous forme de flashbacks documentaires. L’histoire commence cette fois d’un point de vue extérieur, celui du détective Ash, qui a enquêté sur l’affaire des enseignants-robots de Seattle et qui a l’intime conviction qu’un quatrième robot a été construit et qu’il continue, seul, à rendre justice dans les lycées mal famés du pays. Et effectivement, dans une école de l’Oregon, un professeur remplaçant nommé John Bolen emploie des méthodes expéditives pour faire régner l’ordre. Il précipite notamment un de ses élèves depuis le toit de l’établissement et en brûle un autre dans une explosion de gaz.

Après avoir vu Class of 1984 et Class of 1999, on a pourtant l’impression que le lycée de l’Oregon où se déroule le récit cette fois-ci est relativement calme. On y croise bien quelques petits caïds mais ceux-ci sont loin d’avoir le culot de ceux des films précédemment cités. Du reste, l’encadrement pédagogique se montre ici assez confiant dans la méthode douce et cherche à obtenir l’adhésion des élèves avec des activités telles que le paintball.

Quand il ne tue pas ses élèves, Bolen assure la sécurité de Jenna, une collègue qui s’apprête à témoigner contre un de ses élèves, meurtrier, malgré l’avis de tous ses collègues. Jenna, déçue par la lâcheté de son proviseur mais aussi de son fiancé Emmett (interprêté par le réalisateur Nick Cassavetes – fils de John Cassavetes), est heureuse de trouver en John Bolen un soutien efficace et infaillible. Ce dernier semble de son côté être tombé amoureux. Amoureux, un robot ? Hmmm… Bizarre, bizarre, vous dites-vous. Bizarre et même assez comique lorsque le robot assiste en voyeur, dents serrées et larmes aux yeux, à une torride scène d’amour entre Jenna et Emmett.

L’unique bonne idée du film est que Bolen n’est en fait pas un robot, mais un ancien militaire qui est parvenu à se faire croire qu’il n’était pas un être humain et qui, accessoirement, porte sur lui un maillot de corps pare-balles .
L’affaire se termine dans une débauche pyrotechnique comme on n’en voit que dans les films américains destinés au marché de la vidéo : on en fait de jolies explosions avec un peu d’essence !

Class of 1984 est un film intéressant pour de nombreuses raisons. Class of 1999 est un honnête film de série B, nettement moins réussi que Robocop et Escape from New York, dont il s’inspire, moins proprement réalisé que The Faculty de Robert Rodriguez (auquel je pense car les élèves s’y trouvaient confrontés à des professeurs dirigés par un parasite extra-terrestre), mais tout de même regardable.
En revanche je ne vois pas tellement ce qui permettrait de sauver Class of 1999 II, qui fera bailler d’ennui les spectateurs les plus indulgents.

Robots professeurs

Les robots professeurs et les robots policiers ont été promis sans discontinuer par la science-fiction depuis les années 1930. L’idée d’associer ces deux fonctions est plus récente.
J’ignore s’il est capable de violences, mais  l’androïde Geminoid HI-1, clone du professeur Hiroshi Ishiguro de l’université d’Osaka, n’a pas l’air commode du tout.

Ce robot, doté de tics faciaux troublants, remplace parfois son créateur lorsque ce dernier se trouve éloigné de ses amphithéâtres. Il peut en effet répliquer à l’exacte les gestes et les mouvements de la bouche de son modèle.

  1. One Response to “Le prof est un robot”

  2. By Pashupati on Sep 4, 2010

    J’ai cru un moment que vous alliez parler de Vikaren: The Substitute d’Ole Bornedal.

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